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12/07/2012

Pius Njawé, deux ans qu'il nous manque !

Cela fait aujourd'hui deux ans.

Deux ans que Pius Njawé, fondateur du quotidien de combat camerounais Le Messager s'est éteint lors d'un dramatique accident de voiture loin de son pays. Aux Etats-Unis.

Deux ans qu'il nous manque !

Désormais il est entré dans le Panthéon de l'Afrique digne, de l'Afrique qui préfère son espérance têtue aux sombres promesses du manger/boire/jouir. Nous qui avons la chance de l'avoir connu, savions qu'au-delà des péripéties de son itinéraire de patron de presse - donc de patron... -, il avait une véritable âme de Don Quichotte.

J'ai passé quasiment une journée entière avec lui à Abidjan en 2007 ou en 2008, je crois. Nous avons sillonné la ville en voiture en refaisant le monde. C'est ce jour-là que j'ai su qu'il avait une passion folle : les fleurs, dont il recherchait avec fièvre les différentes espèces. Les petits vendeurs de Port-Bouët Route de l'Aéroport s'en souviennent. C'est également ce jour-là que j'ai su, lors d'une virée à la librairie Mediastore de Cap-Sud, que nous avions en commun la foi chrétienne. Il a acheté un maximum de livres d'édification en même temps que des innombrables essais politiques.

Pius Njawé était un véritable "Citizen Kane" africain, un personnage romanesque. Je me souviens d'avoir jeté de rage sur le mur de ma chambre d'étudiant un numéro de Jeune Afrique (en 1997 je crois) dans lequel un éditorial tentait, à forte litotes et allusions, de relativiser une de ses mille incarcérations dont il avait, parenthèse sorti un livre mordant d'ironie, "Bloc-notes du bagnard". Je me souviens également de ce que ma politisation précoce (à 13-14 ans) doit au Messager, à ses éditos, à ses combats.

Pius Njawé est, avec Mongo Beti, l'une de ces figures camerounaises de l'insoumission qui nous servent aujourd'hui de boussoles et de guides dans les dédales de nos aventures intellectuelles. Sans Pius Njawé, sans Mongo Beti, trouver la force de s'accrocher à une vérité contrariante pour beaucoup, notamment pour le cartel des puissants, aurait été bien plus difficile.

Je ne résiste pas au plaisir de réécouter cette riche interview de cet honorable devancier dont la mort a rencontré mon destin de manière assez étrange. Le Nouveau Courrier a six semaines environ, et alors que je "checke" mes mails après le bouclage avant de rentrer chez moi (il est bien plus de minuit !), je tombe sur un courrier m'apprenant l'insupportable nouvelle. Je retourne en larmes à la maison, réveillant ma femme avec mon trop-plein d'émotion. Quand elle me quitte le matin pour aller travailler alors que je dors encore, elle ne se doute pas qu'elle ne dormira avec moi une nouvelle fois que quinze jours plus tard. En effet, je suis réveillé par un de mes collaborateurs qui m'explique que le procureur Tchimou nous convoque à son bureau parce que nous avons eu copie d'un document judiciaire confidentiel que nous avons abondamment cité. Sur le scandale du café-cacao. Quand je vais au Tribunal du Plateau, je ne me doute pas que je suis sur la route de la résidence secondaire "préférée" de Pius Njawé, qui vient tout juste de s'éteindre. La prison.

Pius Njawé dans l'Atelier des médias from Philippe Couve on Vimeo.

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