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15/05/2012

Pour Jean-Baptiste Placca, contre la direction de RFI

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L'éditorialiste Jean-Baptiste Placca vient d'être contraint à arrêter sa chronique hebdomadaire sur RFI, "la radio mondiale". Pourquoi ? Il a eu le malheur de s'en prendre à Denis Sassou Nguesso, chouchou de la Françafrique, dans une de ses chroniques. Qu'a-t-il donc dit de si grave ? L'intégralité du texte "à problèmes".

"Une petite pensée pour les femmes de Brazzaville, pour toutes les mères du Congo, à nouveau endeuillées par ce qu’il faut bien appeler une lourde faute politique. Une pensée, aussi, pour ces milliers d’enfants, qui vont devoir grandir sans leurs parents, dans un environnement national dur où, pour prendre part au banquet de la colossale manne pétrolière, il faut, au moins, graviter dans la périphérie immédiate de la galaxie du pouvoir. Un habitué des champs de guerre, venu en renfort médical, assimile le spectacle qu’il a vu aux dégâts d’un terrible bombardement. Une semaine après, des centaines de blessés n’ont toujours pas reçu les soins appropriés, tant est grand le dénuement des hôpitaux brazzavillois.

Et voilà le peuple congolais une fois encore piégé par ses propres dirigeants. Une poudrière en plein milieu des habitations des populations civiles ! Ne nous parlez pas d’accident, non ! Si ce n’est pas délibéré, alors, c’est de l’inconscience, et c’est encore pire ! Ailleurs, le chef d’état-major de cette armée-là aurait déjà été limogé. Le ministre de la Défense aurait donné sa démission, et tous ses supérieurs seraient à genoux, en train d’implorer le pardon de la nation.

Le général Denis Sassou Nguesso est chef de l’Etat congolais depuis 1979 (trente-trois ans !). Congédié par les urnes en 1992, il a repris le pouvoir par les armes, en 1997. Quinze ans plus tard, il a encore manifestement toujours besoin d’un arsenal conséquent au cœur de la capitale, pour protéger son pouvoir.

Le scandale, ici, ne réside pas uniquement dans le fait que l’on investisse des centaines de milliards dans l’armement, dans un pays qui n’a jamais été en guerre avec personne. Le scandale, c’est qu’un Etat pétrolier de ce rang, peuplé d’à peine 4 millions d’habitants, ne puisse pas investir quelques dizaines de millions dans les pansements, compresses et autre Bétadine dont ont cruellement besoin les hôpitaux du Congo.

«Le sous-équipement des hôpitaux de Brazzaville est tel que, en quelques heures, ils étaient dépassés», dit le célèbre chirurgien français Alain Delloche, bouleversé par l’ampleur de la catastrophe.

Et voilà le général Sassou Nguesso, si sourcilleux sur tout ce qui touche à son image, trahi par sa propre poudrière. La colère, contenue, des Congolais, peut se résumer à ce cri du cœur d’une femme – d’une mère –, qui a hurlé, dans le micro de RFI, que le régime en place dans son pays est un régime militaire.

Elle aurait tout aussi bien pu dire, en écho au cri de ralliement de la jeunesse du Sénégal : « Y en a marre ! Vraiment, vraiment marre ! »."

Doit-on punir ou décorer un éditorialiste pour avoir dit ces phrases fortes et pleines de bon sens ? C'est ce type d'incidents qui montre aux yeux du monde le type de dirigeants africains qu'une certaine France chérit jusqu'à la déraison. C'est le réflexe de protection qui s'est exprimé à cette occasion qui explique la longévité de nos tyrans. Doit-on rappeler que Denis Sassou N'Guesso a été réinstallé au pouvoir en 1997 au prix d'une guerre impitoyable financée par la multinationale d'Etat française Elf Aquitaine ?

Jean-Baptiste Placca mérite, sur ce coup, qu'on le soutienne. C'est pour cette raison que j'ai signé la pétition en la faveur de ce journaliste et entrepreneur de presse courageux, qui a été mon premier patron à 'L'Autre Afrique' et qui a généreusement parachevé ma formation. Et que je vous exhorte à faire de même. En suivant ce lien : http://www.gopetition.com/petitions/p%C3%A9tititon-en-fav...

08/05/2012

Michel Galy : "Voici ce qui doit changer entre Paris et Abidjan"

Le politologue français Michel Galy analyse, dans une tribune publiée en exclusivité par Le Nouveau Courrier, l’alternance en France et les perspectives qui se dessinent. Il évoque également les craintes qu’il faut légitimement avoir.

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Violation de la liberté de la presse en Côte d'Ivoire : comment le CNP veut imposer les mensonges officiels

Le Nouveau Courrier bientôt suspendu dans sa version papier en Côte d'Ivoire ? Peut-être. Le Conseil national de la presse, organe de répression du régime Ouattara, vient de nous coller un blâme. Et il l'explique dans un courrier.

"Vous publiez à la page 02 de votre parution numéro 502 du jeudi 26 avril 2012, une contribution de Monsieur Roger Gballou, intitulée : «FPI : La convention de toutes les espérances». A la lecture, le Conseil National de la Presse (CNP) relève ceci : «Le 29 avril 2012, le parti politique de Laurent Gbagbo tient une convention, un an après le coup d’Etat qui emporta son régime».
Le CNP condamne ces écrits qui violent son communiqué n°014/CNP/DP/SG en date du 21 septembre 2011, dans lequel il vous est interdit de publier des écrits relevant de la manipulation des faits et de la réalité. Le CNP vous rappelle que Monsieur Alassane Dramane Ouattara, Président de la République de Côte d’Ivoire, exerce son mandat actuel des suites d’élections démocratiques reconnues par la communauté nationale et internationale et, pour lequel, il a été officiellement investi. Vous écopez ainsi d’un blâme pour le manquement susmentionné."

Dont acte. Il est toutefois loisible de constater que le CNP s'empêtre dans ses théories. Ouattara n'a pas fait de coup d'Etat puisqu'il a été "officiellement investi". Le souci avec ce pan de l'histoire officielle est qu'il a pris le pouvoir par les armes le 11 avril 2011, et a été investi le 21 mai 2011. Il a pris le pouvoir sans être reconnu par "la communauté nationale", incarnée par le Conseil constitutionnel. Qui l'a par la suite investi en endossant les résolutions de l'Union africaine, sans revenir sur sa décision donnant Laurent Gbagbo vainqueur des élections.

Si ce n'est pas d'un coup d'Etat qu'il s'agit - le coup d'Etat étant une rupture de l'ordre constitutionnel -, de quoi s'agit-il donc ?

07/05/2012

Un ennemi de l'Afrique est tombé, mais la Françafrique n'est pas morte

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L’Histoire retiendra que Nicolas Sarkozy aura été, après Valéry Giscard d’Estaing, le second président en exercice en France à perdre le pouvoir après un seul mandat. Comme Giscard, il laisse le pouvoir à la gauche, après avoir échoué à réunir les droites. Comme Giscard, il n’incarnait pas vraiment le gaullisme historique français, mais représentait une droite ouvertement libérale et atlantiste (alignée sur les Etats-Unis). Giscard est tombé avec en bruit de fond «l’affaire des diamants» de Jean-Bedel Bokassa, dont il avait complaisamment orchestré le sacre avant de le renverser. Sarkozy s’en va alors que s’enchaînent les révélations sur les 50 millions d’euros que Muammar Kadhafi lui aurait promis, pour financer sa campagne victorieuse de 2007… On connait la suite de l’idylle !

Bon débarras ! Un ennemi de l’Afrique indépendante s’en est allé, un adversaire déclaré des Africains vivant en France, Subsahariens et Maghrébins, est tombé. Ni remords, ni regrets. La carrière politique de cet homme qui aura amené la droite républicaine vers une impasse idéologique fascisante est finie. Nicolas Sarkozy est avocat, ça tombe bien pour lui. Il risque fort désormais d’avoir beaucoup de travail avec toutes les procédures judiciaires qui visent déjà ses proches – et qui l’atteindront bientôt – et qui témoignent toutes du rapport problématique à l’argent de sa coterie de profiteurs.

Dire que Nicolas Sarkozy a été un bourreau de l’Afrique n’est ni mentir ni exagérer. Cet homme a brisé tous les tabous et a fait de la souveraineté de la Côte d’Ivoire et de la Libye de simples chiffons de papier. Violent, il a lancé des milices assassines à l’assaut de ces nations. L’insécurité, les actes de génocide dans l’Ouest, l’activisme meurtrier des miliciens dozos en Côte d’Ivoire en témoignent. Le chaos libyen, la prolifération d’armes lourdes, la poussée salafiste, le Mali livré à des hordes salafistes dont certaines ont part liée avec Al-Qaida… tel est l’héritage mortifère de l’ancien maire de Neuilly dans la bande sahélo-saharienne. Nicolas Sarkozy aura été le président français le plus détesté en Afrique depuis les indépendances. Et sur le continent, on fêtera plusieurs jours sa fabuleuse débâcle.

Un système qui n’est pas réductible à un homme

Pour la première fois depuis 1993, la droite sera, selon toute évidence, à 100% dans l’opposition. Le président ne sera pas de droite, le Premier ministre non plus. Le Sénat est déjà à gauche, l’Assemblée nationale suivra lors des législatives qui viennent. La gauche aura donc le pouvoir. Tout le pouvoir. Alors qu’une crise financière inédite fait trembler l’Europe, osera-t-elle en finir avec les pratiques discutables – et meurtrières – de la Françafrique, qui sont arrivées à un tel point qu’elles créent une fracture au sein même de la communauté nationale hexagonale ?

Une hirondelle ne fait pas le printemps. Une élection ne fait pas la révolution. La Françafrique est toujours là. Président élu de la République française, François Hollande en est le nouveau chef. A ce titre, il est le nouvel adversaire de l’Afrique digne, de ceux des Africains qui pensent que leur continent a un destin en dehors de l’arrimage à une quelconque grande puissance. Le système qui a semé la mort et la désolation ces dernières années en Côte d’Ivoire, en Libye, au Mali, n’est pas réductible à un homme. La Françafrique, c’est la présence des bases militaires françaises en Afrique. Les dix dernières années en Côte d’Ivoire montrent bien que ces bases peuvent servir d’instrument puissant de déstabilisation des Etats dont les chefs déplaisent. La démocratie dans un pays occupé par l’armée française ne peut être qu’une démocratie «sous haute surveillance». Une démocratie frelatée, en carton-pâte, en trompe-l’œil. La Françafrique, c’est également ce franc CFA piloté depuis Paris, nouvel instrument de pression de la galaxie françafricaine dont les filiales locales les plus «dynamiques» sont installées à Abidjan et à Ouagadougou. Sur les 54 Etats africains, seuls les quinze pays de la zone franc sont considérés – et se considèrent – comme mineurs sur le plan monétaire. Il faut en finir avec ce scandale. 

A gauche, des activistes françafricains…

La Françafrique de gauche existe. Et l’activisme africain de personnalités comme Jean-Louis Bianco, Laurent Fabius, Jean-Pierre Mignard (qui a l’oreille d’Alassane Ouattara, d’Idriss Déby et de Paul Biya), n’a rien de rassurant. François Hollande est déjà sous surveillance. Au-delà de sa détestation de Gbagbo – qui irrite une partie de sa base électorale, et il le sait désormais –, François Hollande a déjà fait un premier renoncement. Sur le départ des troupes françaises de Côte d’Ivoire. «Je considère que la France doit maintenant retirer ses troupes de Côte d’Ivoire. Sa présence n’y est plus nécessaire», disait-il dans le cadre d’une interview à Jeune Afrique en octobre 2011. «Pour l'instant, il y a une demande du gouvernement ivoirien (…) Et tant que nous n'avons pas eu de la part des autorités qui ont décidé de cette présence une demande de nous retirer, nous ne le ferons pas. Mais c'est vrai que l'objectif est plutôt de ne pas rester plus longtemps que nécessaire», a affirmé le candidat socialiste entre les deux tours.

François Hollande aura très vite les clés des secrets d’Etat français. Il saura, avec la plus grande des certitudes, que le bombardement de novembre 2004 au terme duquel il a décrété l’infréquentabilité de Laurent Gbagbo, a été le fruit des sombres manœuvres des gouvernements d’alors. Il connaîtra le rôle des services spéciaux de son pays en Côte d’Ivoire, de septembre 2002 à aujourd’hui. Il connaîtra la situation réelle en Libye, au Mali, et sera instruit sur les fautes et erreurs de son prédécesseur. Comprendra-t-il mieux ceux de ses électeurs d’origine africaine qui crient leur amertume hebdomadairement sur le pavé parisien ? S’il refuse de les entendre, cela ne sera pas sans conséquences. Il continuera de crier leur dépit, de dénoncer la nouvelle Françafrique. Et refuseront de mettre, dans cinq ans, leur bulletin dans l’urne au profit du Parti socialiste. 

(Un éditorial publié par Le Nouveau Courrier)

02/05/2012

Cameroun : la lettre de Marafa Hamidou Yaya à Paul Biya qui nous apprend beaucoup sur l'intérieur du régime

Marafa Hamidou Yaya, MINATD.JPG

Méfiance, délation, haines recuites, double langage d'un chef aussi cynique qu'on l'imaginait, et guerres au couteau pour la succession. La lettre-plaidoyer de l'ancien tout-puissant ministre de l'Administration territoriale au numéro un camerounais Paul Biya, publiée par le journal L'Oeil du Sahel (un journal régional, donc, ce qui en dit long sur la nature des batailles futures dans un pays dont le corps social est surtribalisé à dessein), est édifiante sur le fonctionnement du système Biya. Bien entendu, Marafa se donne le beau rôle. Lisons-la.

 

Monsieur le président de la République,
Le lundi 16 avril 2012, j’ai été convoqué par le juge d’instruction du Tribunal de grande instance du Mfoundi et écroué à la prison centrale de Kondengui, sans autre forme de procès.
Vous avez certainement dû apprendre que j’ai demandé la récusation de ce juge d’instruction qui était venu me voir de son propre chef et qui, avec instance, m’a sollicité pour que nous nous « arrangions » afin qu’il instruise le dossier dans un sens qui me serait favorable ! J’ai tout naturellement refusé sa proposition.
Je vous en  avais rendu compte en son temps, pensant que le président du Conseil supérieur de la magistrature s’en serait ému.
Est-il besoin de vous le rappeler, monsieur le président de la République, que c’est moi qui vous ai sollicité, par correspondance en date du 7 mai 2008 à vous adressée, pour être entendu par les instances judiciaires compétentes, afin d’apporter mon témoignage et contribuer à la manifestation de la vérité dans cette scabreuse affaire que vous connaissez mieux que quiconque parce que régulièrement informé de ce processus d’acquisition de votre avion, que vous suiviez au jour le jour.
Vous savez bien que mon incarcération n’a rien à voir avec cette affaire pour laquelle je ne suis coupable d’aucun délit et surtout pas de celui que vous avez instruit que l’on m’impute. J’espère que les débats à venir permettront à nos compatriotes de savoir quel est le rôle joué par tous les intervenants, et cela à tous les niveaux. Vous savez également ce que je pense de certaines de ces arrestations spectaculaires. Wikileaks s’en est d’ailleurs fait largement l’écho.
Monsieur le président de la République,
Le 06 novembre 1982, j’ai couru derrière votre cortège du carrefour Warda jusqu’au rond-point de l’école de Bastos. J’étais alors un jeune haut cadre de la Snh ; et à ce moment-là, j’étais fier de mon pays. Par la suite j’ai été séduit par votre discours et je me suis engagé corps et âme derrière vous, convaincu de participer à l’édification d’une société de paix et de justice. J’ai essayé de toutes mes forces de travailler dans  ce sens. Et vous le savez. Nos compatriotes également l’apprendront.
Vous m’avez donné l’opportunité de servir notre pays à un très haut niveau. Je l’ai fait avec enthousiasme, engagement et je l’espère modestement, avec une certaine compétence. Comme je vous l’ai dit dans le message de vœux de nouvel an que je vous ai adressé le 30 décembre dernier, je continuerai à servir à l’endroit où vous m’assignerez pour contribuer à faire de notre pays un pays de paix et de Justice. Et de là où je suis, je puis vous affirmer que mon enthousiasme et mon engagement pour ces nobles causes restent intacts.
J’ai été votre proche collaborateur pendant dix-sept (17) années sans discontinuer. D’abord comme conseiller spécial, ensuite comme secrétaire général de la présidence de la République et enfin comme ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation pendant près d’une décennie.
Je vous ai servi avec loyauté, sincérité et sans préjugé. Comme vous le savez bien, pendant toutes ces années, j’ai toujours refusé d’être un courtisan. (A titre d’exemple, j’ai constamment refusé de m’associer aux folklore des différentes éditions de « l’Appel du peuple »). J’ai toujours préféré  garder une liberté qui me permettait de vous donner, en toute indépendance d’esprit, des avis vous permettant de gérer les affaires de l’Etat dans le plus grand intérêt de notre pays.
Ce n’était pas une position facile à assumer pour moi, dans un environnement et un contexte qui sont les nôtres, car je n’étais pas un de vos proches de longue date, ni originaire de votre aire culturelle. J’ai cependant eu l’impression que cette position, même si elle vous agaçait quelquefois, était malgré tout appréciée de vous, ce qui justifierait l’exceptionnelle durée et je dirais même l’intensité de notre collaboration.
Cette indépendance d’esprit m’avait permis de vous dire, après l’élection présidentielle de 2004, que ce septennat devrait être le dernier pour vous et que nous devrions tous nous mobiliser pour le succès des « grandes ambitions » afin que votre sortie de la scène politique se fasse avec fanfare, que vous jouissiez d’un repos bien mérité, à l’intérieur de notre pays.
Etait-ce un crime de lèse-majesté ? C’est possible ! Mais j’exprimais sincèrement ce que je pensais à l’époque être dans votre intérêt et dans celui de notre pays. Ma conviction à l’époque était qu’un mandat supplémentaire serait le mandat de trop. Comme nous allons le voir, le harcèlement et la vindicte à mon égard datent de ce temps-là ; aujourd’hui, je paye peut-être pour cette lucide franchise.
Cette liberté m’a également permis de vous exprimer une opinion sincère, comme l’illustrent les trois exemples suivants, concernant le gouvernement de la République :
a)    Après la formation du gouvernement consécutif à l’élection présidentielle de 2004, vous m’avez accordé une audience au cours de laquelle vous m’avez demandé ce que les gens pensent du gouvernement.
Je vous ai répondu qu’ils pensent qu’avec un effectif d’environ soixante-cinq (65) ministres et assimilés, le gouvernement est pléthorique et manquerait d’efficacité.
Entre agacement et irritation, vous m’avez tenu ces propos : «…Monsieur le ministre d’Etat, vous êtes combien de ministres dans ce gouvernement ? Peut-être dix (10) ou quinze (15) tout au plus. Le reste, ce sont des fonctionnaires à qui j’ai donné le titre ».
Je vous ai répondu : « … C’est peut-être vrai, monsieur le président de la République. Mais le problème, c’est que ces fonctionnaires eux, se prennent pour des ministres ».
Le dialogue à ce sujet s’est arrêté là.
b)    De même, à la veille d’un remaniement, vous m’avez fait l’honneur, au cours d’une audience, de m’interroger sur un compatriote. Je vous ai répondu que ce monsieur ne méritait pas de siéger au gouvernement de la République. Vous avez développé des arguments qui m’ont convaincu que votre décision était déjà prise. Je vous ai alors dit : « …Monsieur le président de la République, au cas où vous le nommeriez au gouvernement, ne lui confiez surtout pas un département ministériel ». Nous connaissons la suite.
c)    Enfin, après la formation du gouvernement au sein duquel monsieur Issa Tchiroma est devenu ministre (afin de contrecarrer mes ambitions, aux dires de certains), vous m’avez accordé une audience au cours de laquelle vous m’avez demandé ce que les gens pensent du nouveau gouvernement. Je vous ai répondu san détour que monsieur Issa Tchiroma ne mérite pas de siéger au gouvernement de la République. Vous et moi et d’autres (y compris lui-même) savons à quoi je fais référence. Je vous ai dit en outre que je ne collaborerai jamais avec lui.
Jusqu’à présent, les gens pensent que notre « inimitié » est d’ordre politique car nous sommes adversaires dans la même circonscription. Cela n’a rien à voir et l’avenir le prouvera.
Monsieur le président de la République,
Lorsque la vindicte à mon égard a commencé, j’ai traité avec indifférence les ragots faisant état de ma déloyauté à votre égard et je me suis abstenu de vous en importuner. Mais lorsque votre entourage le plus proche est rentré dans la danse, j’ai cru devoir à chaque fois, m’en ouvrir à vous.
Ainsi, lorsqu’en novembre 2007, il a été demandé au préfet du département du Mfoundi de « prolonger la garde-à-vue administrative de quinze (15) jours renouvelables » concernant vingt (20) personnes dont dix-huit (18) sont des militaires de divers grades, j’ai instruit le gouverneur de la province du Centre et le préfet du département du Mfoundi de ne pas s’éxécuter et de se conformer strictement aux dispositions de la loi. Je vous en ai rendu compte par note en date du 21 novembre 2007. Ces personnes auraient été libérées quelques mois plus tard sur vos instructions.
Quelques jours après le refus de l’administration territoriale de cautionner cette mascarade, j’apprendrai qu’il vous a été rapporté que les personnes concernées seraient mes complices dans une tentative de déstabilisation des institutions de la République.
Devant cette accusation extrêmement grave et devant la réccurrence des rapports systématiquement négatifs qui vous parvenaient à mon sujet de la part de certaines officines et sur lesquels vous ne me disiez rien, j’ai dû prêter une oreille attentive à l’une des nombreuses offres d’emploi qui m’étaient faites régulièrement au niveau international. J’espérais que mon départ permettrait de préserver la qualité des relations que j’ai eu l’honneur d’entretenir avec vous. Je vous en ai fait part ainsi que de mon désir  de quitter le gouvernement au cours d’une audience en date du 30 novembre 2007. Vous m’avez expliqué que vous aviez encore besoin de moi et qu’en ce qui vous concernait, vous me faisiez encore entièrement confiance.
Je me dois cependant de rappeler à votre attention, quelques faits suivants, entre autres :
a)    Après les émeutes de février 2008, les rapports négatifs à mon encontre se sont intensifiés. Pour mes détracteurs, mon refus constant d’interdire ou de saisir les journaux et mon approche des problèmes consistant à éviter une réponse exagérément et inutilement violente ainsi qu’une répression systématique, prouvaient à suffisance mon manque de loyauté à votre égard.
A nouveau, je vous ai saisi par note en date du 5 mars 2008 pour vous rappeler que le département ministériel à la tête duquel j’étais, est trop délicat pour avoir à sa tête quelqu’un qui ne jouirait pas de votre confiance.
J’ai également saisi l’occasion de cette note pour porter à votre attention les relations incestueuses qui tendaient à se développer entre l’Etat et le parti Rdpc, au vu d’une correspondance me concernant adressée par le ministre de la Justice au secrétaire général de ce parti.
b)    Dans un rapport cousu de fil blanc, en date du 24 juillet 2008, le député Mvondo Assam, vice-président de la Commission de défense et de sécurité à l’Assemblée nationale et par ailleurs votre neveu, faisant référence à « différentes notes antérieures », vous souligne « l’ambition d’un grand destin national » qui m’anime ainsi que ma « stratégie de conquête du pouvoir ».
Je vous ai saisi par note en date du 17 septembre 2008 afin de « solliciter respectueusement l’ouverture d’une enquête sur ces graves accusations ».
Au cours d’une audience ultérieure, j’ai évoqué la nécessité de diligenter cette enquête, vous m’avez dit que votre neveu ne sait pas ce qu’il fait ; vous m’avez chaleureusement renouvelé votre confiance et vous m’avez demandé de ne pas tenir compte de cet incident.
Je vous ai remercié tout en vous disant que si le député Mvondo Assam ne sait pas ce qu’il fait, il ne devrait pas occuper un poste aussi sensible à l’Assemblée nationale.
c)    En février 2010, j’ai fait l’objet d’une interdiction de sortie du territoire national. Cette mesure illégale a été grossièrement rendue publique alors que je présidais à Bertoua la commission mixte de sécurité entre le Cameroun et la République centrafricaine, à la tête d’une délégation camerounaise de cinq (5) membres du gouvernement face à sept (7) membres du gouvernement centrafricain. J’ai stoïquement fait face à mes responsabilités.
A mon retour à Yaoundé, j’ai sollicité une audience au cours de laquelle je vous vous ai à nouveau présenté ma démission. A cette occasion, je vous ai renouvelé l’impérieuse nécessité de nommer à la tête du ministère de l’Administration territoriale et de la décentralisation une personne qui non seulement jouirait de votre confiance, mais aussi que l’on laisserait travailler en toute sérénité. A nouveau vous avez refusé ma démission et vous m’avez renouvelé votre confiance.
d)    Avant la convocation du corps électoral pour l’élection présidentielle du 9 octobre dernier, vous m’avez fait recevoir par le Directeur du cabinet civil. Une première ! Celui-ci m’a dit qu’il me recevait en votre nom et que vous vouliez savoir si j’allais me présenter contre vous à cette élection. J’ai été choqué car ce faisant, vous donniez du crédit à la rumeur qui vous avait été maintes fois rapportée selon laquelle j’aurais créé un parti politique clandestin.
J’ai dit au directeur du cabinet civil de vous dire que j’étais blessé aussi bien par le contenu du message que par la manière dont il a été délivré. Je lui ai dit par ailleurs de vous rassurer, par souci de responsabilité et pour éviter toute crise inopportune, que je ferai tout mon devoir pendant la période délicate avant, pendant et après les élections, afin que la paix soit préservée dans notre pays. Mais qu’après cette élection, compte tenu de l’effritement continu de la confiance depuis bientôt (07) ans et finalement de la perte manifeste de celle-ci, je n’entendais plus continuer ma collaboration avec vous au niveau du gouvernement.
J’ai fait part à mes proches de cette blessure ainsi que de la décision de ne pas figurer au gouvernement après l’élection présidentielle.
Après la clôture du dépôt de candidatures et ayant constaté que la mienne n’y figurait pas, le directeur du cabinet civil m’a à nouveau reçu  pour me dire de ne pas surinterpréter votre message qui est allé au-delà de votre pensée et que vous me recevriez bientôt pour lever toute équivoque. Je lui ai répondu que je n’étais  pas demandeur d’une audience et que ma décision de ne plus faire partie du gouvernement après l’élection présidentielle était non négociable. J’avais alors mesuré toute la portée de ces paroles de Fénelon à Louis XIV : «Vous êtes né, Sir, avec un cœur droit et équitable, mais ceux qui vous ont élevé ne vous ont donné pour science de gouverner, que la méfiance».
e)    Après mon départ du gouvernement, une certaine presse en furie et aux ordres, s’est mise à préparer l’opinion (comme il est désormais de coutume) pour mon incarcération à venir, faisant fi au passage des intérêts de notre pays.
C’est ainsi que le monde entier apprendra que je suis à la tête d’une armée de 6.000 rebelles ! A ce jour, je n’ai pas été interrogé sur cette volonté affichée de déstabilisation qui aurait été éventrée. A ma connaissance, ceux qui ont publié cette grossièreté ne l’ont pas été non plus. On se serait limité à dire que la grossièreté se le dispute à la bêtise si ce n’est que c’est notre pays qui souffre de cette image pré-insurrectionnelle.
De même, cette obsession à me lier à la France alors que c’est du Cameroun qu’il s’agit ! Des notes de renseignements vous parviennent selon lesquelles l’ambassadeur de France à Yaoundé viendrait souvent à mon  domicile en cachette, dans une voiture banalisée, afin que nous élaborions des plans de déstabilisation de notre pays.
Aussi, des informations sont distillées dans le public sur mes prétendues relations avec un grand industriel français qui viendrait souvent clandestinement à Garoua me rencontrer pour le même objet. Notre pays serait-il devenu une passoire pour que l’on y pénètre sans visa ou y faire atterrir des aéronefs sans une autorisation préalable de survol du territoire ?
Monsieur le président de la République,
Vous me connaissez très bien. Je ne cache ni mes opinions ni mes agissements.
Vous comprenez donc qu’ayant recouvré ma liberté de parole car n’étant plus tenu par une quelconque obligation de solidarité ou de réserve, je puisse exposer, échanger et partager avec tous nos compatriotes mes idées et mes réflexions que je vous réservais en toute exclusivité ou que je ne développais qu’au cours des réunions à huis clos. Ces idées et ces réflexions portent particulièrement sur la paix et la justice.
Et avant de terminer, permettez-moi de vous assurer, que du fond de mon cachot, je n’ai ni haine, ni regrets, et que je ne nourris ni mélancolie, ni amertume. Surtout, je n’ai aucune pulsion suicidaire. S’il m’arrivait quelque chose par inadvertance, ce ne serait ni de mon fait, ni du fait des repas que je me fais livrer par ma famille. Bien que n’ayant pas particulièrement peur de la mort, j’aimerais que si cette fâcheuse éventualité survenait, les responsabilités soient bien établies.
Marafa Hamidou Yaya 

01/05/2012

Côte d'Ivoire : le monde syndical se réveille

Alors que son "boss", Basile Mahan Gahé, est embastillé arbitrairement à Boundiali, le secrétaire général de la centrale "Dignité", Elie Boga Dago, dresse courageusement le bilan social désastreux du régime Ouattara. Devant le Premier ministre Jeannot Ahoussou Kouadio. A l'occasion de la traditionnelle cérémonie de présentation des doléances des syndicats au chef de l'Etat.

Une tradition violée par Alassane Ouattara, qui a boycotté la cérémonie, et préféré se rendre en "séjour privé" en France, entre les deux tours de la présidentielle.