topblog Ivoire blogs Envoyer ce blog à un ami

08/05/2012

Michel Galy : "Voici ce qui doit changer entre Paris et Abidjan"

Le politologue français Michel Galy analyse, dans une tribune publiée en exclusivité par Le Nouveau Courrier, l’alternance en France et les perspectives qui se dessinent. Il évoque également les craintes qu’il faut légitimement avoir.


une petite 510.jpg

Et maintenant ? Passée l'illusion lyrique du soir de la victoire, il devient urgent de réévaluer l'impact de l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement de gauche à Paris sur les relations internationales, particulièrement africaines. Même si l’Afrique, et singulièrement la Côte d'ivoire, n'a pas été citée durant la campagne et durant les débats entre les deux principaux candidats.
Trois écueils me semblent à éviter : celui d'une évaluation de la situation franco-africaine en soi - alors que la politique étrangère est toute d’interdépendance. Celui d'un optimisme excessif - quand l'histoire d'une persistance de la Françafrique à travers les régimes pourrait désespérer les adeptes de l'incantation du changement, maintenant et partout ! Mais aussi celui d'un afropessimisme exagéré, car rien ne sera pire que la présidence précédente, et que de nouveaux acteurs peuvent forcer le destin de l 'Afrique.

UNE NOUVELLE POLITIQUE ETRANGERE FRANCAISE ...

Moins atlantiste, plus progressiste ? Plus européenne, moins africaine ? Plus démocrate, moins françafricaine ? Sans doute, mais encore ?
Un premier constat : celui d'un désengagement progressif, lent et chaotique de l'Afrique-au profit des intérêts européens, d'autant qu'un François Hollande, contrairement à Ségolène Royal n'a pas de passé ni de tropisme africain - non plus que de passif ou de volonté interventionniste, comme son prédécesseur. Et ce désengagement peut être une chance.
En effet, le désengagement en question s'inscrit en principe dans une opposition au courant « néoconservateur » et interventionniste, tant américain que français, qui prétend imposer «la démocratie par les bombes», si ce n 'est procéder à des «guerres humanitaires» – en Irak, en Libye, en Côte d'ivoire, et peut être bientôt en Iran.
Mais que ce soit sur le plan militaire, économique (par exemple la suppression du franc CFA), la diplomatie d'un pays européen se réoriente lentement : le retrait d'Afghanistan, le renouveau d'une relation équilibrée entre Israël et le monde arabe, la redéfinition d'une politique envers les pays du Sud prennent du temps, des années sans doute.
De la retenue, de la neutralité, voire du retrait : voilà ce qu'on peut raisonnablement espérer, sans trop d'illusion, d'un pouvoir socialiste à Paris. Ce que Jospin avait maladroitement baptisé «ni ingérence, ni indifférence», et qui lui avait permis, à la chute de Bédié, de s'opposer à Jacques Chirac – alors que ce dernier aurait voulu - déjà!, faire intervenir pour le pire le 43°BIMA. Ce qui n'est pas rien. Qui ne voit ce qu'un retrait ou une neutralisation de la Force Licorne permettrait comme évolution à Abidjan ?

...OU UNE FRANCAFRIQUE REPEINTE EN ROSE ?

Pour autant, l’expérience mitterandienne rappelle, hélas , qu'attendre des socialistes un bouleversement dans les rapports avec l'Afrique participe plus des promesses électorales que des réalités. En 1984,trois ans après la prise de pouvoir de la gauche, l 'africaniste Bayard dénonçait «la politique africaine de François Mitterrand» :pour le «noyau dur» francophone africain, les réseaux «à la Foccart» et les liens de sujétion s’étaient maintenus.
Les affaires continuent, certes - et sous Laurent Gbagbo les intérêts des grands groupes français comme Bouygues et Bolloré ont été maintenus, et les structures de dépendance persistent, ou au mieux évoluent lentement. C'est aussi qu'ils sont portés par des hommes : des liaisons sulfureuses existent autour de Hollande ; ainsi l'avocat Jean-Pierre Mignard et ses fructueux contacts africains ; ou Maître Jean Paul Benoît, défenseur de Ouattara. La «commission Afrique» du PS est tenue par la droite du Parti, notamment un certain Melonio, employé de son état à l' «Agence française de développement», grande institution progressiste comme on le sait...L'ancien Premier ministre Laurent Fabius (ami personnel d'ADO autant que Strauss-Kahn), s'il était nommé aux Affaires étrangères terminerait de dresser un tableau très sombre des dérives potentielles des socialistes à venir.

Car nous ne y trompons pas : au-delà des anecdotes et des individus, c'est une dérive constante, à certains moments de notre histoire, des socialistes les plus droitiers vers le néocolonialisme, voire la répression armée. Le nom de Guy Mollet est attaché à cette politique paradoxale, qui peut tenir un discours progressiste, voire marxisant, et mener une répression féroce comme ce dernier l'a fait en Algérie.
Déjà Laurent Fabius n'a-t-il pas fait un voyage exploratoire au Gabon ? Est-ce par hasard - et je parle d’expérience, jusqu’à en prendre congé ! - que la «commission Afrique» du PS se refuse à nommer dictature une dictature et à faire une analyse politique des régimes francophones africains ?

DES ALLIANCES TRANSNATIONALES POUR LE CHANGEMENT

Alors, que faire ? Quoi d’autre que de combattre ces forces de l'ombre et de passer des alliances, définition même du politique ? Partant des recherches novatrices de Marc Augé, anthropologue des alladian ivoiriens, j’ai proposé une « politologie des mondes contemporains » qui replace les enjeux nationaux ou de relations internationales dans un aller et retour constant entre l'ici et le là-bas, entre l'Afrique et l’Europe, la Côte d'ivoire et la France pour l'exemple.
Oui, il y a des internationalistes et des démocrates français opposés aux réseaux Foccart et à un retour impérial dans la terreur et les massacres, au Sud du Sahara -comme en avril 2011 à Abidjan, mais aussi dans les 47 interventions armées françaises depuis 1960, sous des prétextes divers et variés!
Non, François Hollande ne sera pas seul à décider : lui aussi, dans la perspective des législatives, doit passer des alliances et prendre des engagements : avec la gauche du PS comme Benoît Hamon. Avec le Front de gauche et Jean-Luc Mélenchon, qui ont soutenu la résistance ivoirienne, appelé à la libération des déportés politiques des geôles nordistes et à la dissolution des milices tribales FRCI, condamné l'intervention de la Licorne et de l'ONUCI et l'arrestation par les Forces spéciales françaises du président Laurent Gbagbo.
Et tout cela, après un an, va sortir dans les grands médias français, et devant l'opinion publique africaine : cette vérité politique que l'on nous a trop cachée va être révélée - maintenant que les dossiers vont être découverts par le nouveau pouvoir et que l'ancien président ne sera plus là pour travestir les réalités de la guerre franco-ivoirienne.
Quant au pouvoir ivoirien, ce n'est pas par hasard si son éminent représentant nomadise entre hôpital et résidence, entre Mougins et Paris, entre XVIème arrondissement et Élysée. Cette fébrilité n'indique pas seulement une panique certaine devant l’alternance à Paris, ne signifie pas seulement que sa sécurité est plus assurée dans la capitale française que parmi ses compatriotes abidjanais, ni que ses affinités sont plus occidentales qu’africaines.
Car on peut caractériser la relation sarko-outtariste comme un pouvoir hybride, transcontinental, un pouvoir double. Non pas «en double», comme aiment le dire les africains se référant à la sorcellerie (quoique à décrypter les massacres d'avril,on se demande de quel exorcisme relèvent leurs auteurs - faute de justice), mais duel, caractérisé par «l'assimilation réciproque des élites», pour repolitiser une formule politologique à succès.
C'est une des premières choses que la gauche doit faire cesser : un général français à la présidence ivoirienne, un Serey Eiffel grand maître de la coopération, une force Licorne en pleine régression coloniale. Tout cela est aussi dangereux qu'anachronique et devra s’arrêter au plus vite.
Au-delà, les démocrates africains et occidentaux demanderont des comptes au pouvoir socialiste pour que soient retirés au plus vite les corps expéditionnaires franco-onusiens, que soient jugés les crimes de guerre de quelque bord ou nationalité qu'en soient leurs auteurs.
Que les élections ne soient plus sous tutelle et la «continuation de la guerre par d'autres moyens» - et que des négociations s'engagent sérieusement avec l'opposition, le retour de Laurent Gbagbo et des formes d'union nationale que les intéressés définiront eux-mêmes. Que les fauteurs de guerre, comme l'actuel responsable du Burkina, soient arrêtés dans leur déstabilisation de l'Afrique de l'Ouest - si son propre peuple ne se charge pas de l'alternance à Ouagadougou.
En Mai 1981, nous nous souvenons que François Mitterrand n'avait qu'un mot à dire pour encourager les oppositions démocratiques et que tombent les partis uniques et les dictatures africaines : il ne l'a pas dit , et tout a continué. En mai 2012, François Hollande n'a qu'un mot à dire, et il n'est pas sûr qu'il le dise. Et ce n'est pas grave : c'est nous tous qui le dirons, au nom des révolutions africaines encore à venir.

Michel Galy

Commentaires

bien vrai que nous avons tous souhaites la venue de francois hollande,mais svp n'oublions que nous que nous l'avons fait aussi pour nicolas ou chirac tuait les ivoiriens.que celui_ci ne vient pas nous faire croire que le serpent a des fesses.

Écrit par : rondy michel | 09/05/2012

Je voudrais ici poser une question au président français ou est est qu'il connait le président Gbagbo Laurent au point de le détester.je le dis et je repète les français ne changeront pas pour nos beaux yeux, il leur faut opposer la force, le boycott,les ivoiriens dans leur ensemble sont prets à se passer de la france.l'amité ne se force pas, pauvre france.elle est incapable de dire aux français d'ou proviennent leurs richesses,je ne suis pas convaincu que le petit français sache la provenance des fèves de cacao et de café.je suis heureux parce que la france est entrain de s'engouffrer,lorsqu'elle ouvrira les yeux ce sera trop tard

Écrit par : gnamien | 12/07/2012

Les commentaires sont fermés.