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07/05/2012

Un ennemi de l'Afrique est tombé, mais la Françafrique n'est pas morte

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L’Histoire retiendra que Nicolas Sarkozy aura été, après Valéry Giscard d’Estaing, le second président en exercice en France à perdre le pouvoir après un seul mandat. Comme Giscard, il laisse le pouvoir à la gauche, après avoir échoué à réunir les droites. Comme Giscard, il n’incarnait pas vraiment le gaullisme historique français, mais représentait une droite ouvertement libérale et atlantiste (alignée sur les Etats-Unis). Giscard est tombé avec en bruit de fond «l’affaire des diamants» de Jean-Bedel Bokassa, dont il avait complaisamment orchestré le sacre avant de le renverser. Sarkozy s’en va alors que s’enchaînent les révélations sur les 50 millions d’euros que Muammar Kadhafi lui aurait promis, pour financer sa campagne victorieuse de 2007… On connait la suite de l’idylle !

Bon débarras ! Un ennemi de l’Afrique indépendante s’en est allé, un adversaire déclaré des Africains vivant en France, Subsahariens et Maghrébins, est tombé. Ni remords, ni regrets. La carrière politique de cet homme qui aura amené la droite républicaine vers une impasse idéologique fascisante est finie. Nicolas Sarkozy est avocat, ça tombe bien pour lui. Il risque fort désormais d’avoir beaucoup de travail avec toutes les procédures judiciaires qui visent déjà ses proches – et qui l’atteindront bientôt – et qui témoignent toutes du rapport problématique à l’argent de sa coterie de profiteurs.

Dire que Nicolas Sarkozy a été un bourreau de l’Afrique n’est ni mentir ni exagérer. Cet homme a brisé tous les tabous et a fait de la souveraineté de la Côte d’Ivoire et de la Libye de simples chiffons de papier. Violent, il a lancé des milices assassines à l’assaut de ces nations. L’insécurité, les actes de génocide dans l’Ouest, l’activisme meurtrier des miliciens dozos en Côte d’Ivoire en témoignent. Le chaos libyen, la prolifération d’armes lourdes, la poussée salafiste, le Mali livré à des hordes salafistes dont certaines ont part liée avec Al-Qaida… tel est l’héritage mortifère de l’ancien maire de Neuilly dans la bande sahélo-saharienne. Nicolas Sarkozy aura été le président français le plus détesté en Afrique depuis les indépendances. Et sur le continent, on fêtera plusieurs jours sa fabuleuse débâcle.

Un système qui n’est pas réductible à un homme

Pour la première fois depuis 1993, la droite sera, selon toute évidence, à 100% dans l’opposition. Le président ne sera pas de droite, le Premier ministre non plus. Le Sénat est déjà à gauche, l’Assemblée nationale suivra lors des législatives qui viennent. La gauche aura donc le pouvoir. Tout le pouvoir. Alors qu’une crise financière inédite fait trembler l’Europe, osera-t-elle en finir avec les pratiques discutables – et meurtrières – de la Françafrique, qui sont arrivées à un tel point qu’elles créent une fracture au sein même de la communauté nationale hexagonale ?

Une hirondelle ne fait pas le printemps. Une élection ne fait pas la révolution. La Françafrique est toujours là. Président élu de la République française, François Hollande en est le nouveau chef. A ce titre, il est le nouvel adversaire de l’Afrique digne, de ceux des Africains qui pensent que leur continent a un destin en dehors de l’arrimage à une quelconque grande puissance. Le système qui a semé la mort et la désolation ces dernières années en Côte d’Ivoire, en Libye, au Mali, n’est pas réductible à un homme. La Françafrique, c’est la présence des bases militaires françaises en Afrique. Les dix dernières années en Côte d’Ivoire montrent bien que ces bases peuvent servir d’instrument puissant de déstabilisation des Etats dont les chefs déplaisent. La démocratie dans un pays occupé par l’armée française ne peut être qu’une démocratie «sous haute surveillance». Une démocratie frelatée, en carton-pâte, en trompe-l’œil. La Françafrique, c’est également ce franc CFA piloté depuis Paris, nouvel instrument de pression de la galaxie françafricaine dont les filiales locales les plus «dynamiques» sont installées à Abidjan et à Ouagadougou. Sur les 54 Etats africains, seuls les quinze pays de la zone franc sont considérés – et se considèrent – comme mineurs sur le plan monétaire. Il faut en finir avec ce scandale. 

A gauche, des activistes françafricains…

La Françafrique de gauche existe. Et l’activisme africain de personnalités comme Jean-Louis Bianco, Laurent Fabius, Jean-Pierre Mignard (qui a l’oreille d’Alassane Ouattara, d’Idriss Déby et de Paul Biya), n’a rien de rassurant. François Hollande est déjà sous surveillance. Au-delà de sa détestation de Gbagbo – qui irrite une partie de sa base électorale, et il le sait désormais –, François Hollande a déjà fait un premier renoncement. Sur le départ des troupes françaises de Côte d’Ivoire. «Je considère que la France doit maintenant retirer ses troupes de Côte d’Ivoire. Sa présence n’y est plus nécessaire», disait-il dans le cadre d’une interview à Jeune Afrique en octobre 2011. «Pour l'instant, il y a une demande du gouvernement ivoirien (…) Et tant que nous n'avons pas eu de la part des autorités qui ont décidé de cette présence une demande de nous retirer, nous ne le ferons pas. Mais c'est vrai que l'objectif est plutôt de ne pas rester plus longtemps que nécessaire», a affirmé le candidat socialiste entre les deux tours.

François Hollande aura très vite les clés des secrets d’Etat français. Il saura, avec la plus grande des certitudes, que le bombardement de novembre 2004 au terme duquel il a décrété l’infréquentabilité de Laurent Gbagbo, a été le fruit des sombres manœuvres des gouvernements d’alors. Il connaîtra le rôle des services spéciaux de son pays en Côte d’Ivoire, de septembre 2002 à aujourd’hui. Il connaîtra la situation réelle en Libye, au Mali, et sera instruit sur les fautes et erreurs de son prédécesseur. Comprendra-t-il mieux ceux de ses électeurs d’origine africaine qui crient leur amertume hebdomadairement sur le pavé parisien ? S’il refuse de les entendre, cela ne sera pas sans conséquences. Il continuera de crier leur dépit, de dénoncer la nouvelle Françafrique. Et refuseront de mettre, dans cinq ans, leur bulletin dans l’urne au profit du Parti socialiste. 

(Un éditorial publié par Le Nouveau Courrier)

Commentaires

Belle analyse! Nous sommes conscient que cette hydre à mille têtes qu'est la françafrique aura du mal à remettre en cause ses pratiques nauséabondes qui ont plombé le développement du continent Africain.Vigilance et vigilance.En tout état de cause, il ne faudra donner aucun répit au nouveau locataire de l'Elysée.

Écrit par : kephrem | 10/05/2012

Ennemi ou pas ce n’est pas là la question, mais ce que l’on peut noter c’est qu’une nouvelle vision pour l’Afrique arrive Hollande a une vision contraire que Sarkozy, on ne peut que souhaiter que cela se traduise dans les faits.

Écrit par : Mathilde Toukam | 11/05/2012

Oui la vérité est dite que F Hollande face le point pour savoir le poids réel et surtout le rôle de tous ces mécontents Ivoiriens et mais surtout Africains qui ont inlassablement milité pour la chute du petit dictateur avant de s'engager contre cette opinion avec laquelle il faut désormais compter de mon point de vu. Car ce qui vient de naitre n'ira que grandissant. Oui un ennemi de l'Afrique est tombé. Mais pas seulement, cet homme est un ennemi de tout ce qui est liberté, ennemi de tous ceux qui à travers le monde ne peuvent souffrir l'injustice et le mensonge ériger à un tel point en moyens d'action. Cet homme a véritablement un problème avec la morale. C'est pourquoi tous, nous nous réjouissons de son abaissement.L'Eternel est au contrôle.
Que DIEU vous bénisse. LGSEIGNEUR.blog4ever.com

Écrit par : lyé | 11/05/2012

Vous écrivez très bien. Plusieurs siècles ne pourrons pas effacer les blessures que nous a infligé cet homme. Je n'ai jamais imaginé comment on pourrait représenter un démon. Cet homme en est la description exacte. Il a détruit tout ce que nous pouvions avoir de beau, tout ce qui faisait notre fierté. Pourquoi autant de haine? Pourquoi autant de gestes gratuits et d'actes insensés? pourquoi tant de morts à Duékoué, Abobo, Tripoli, Sirte?...? Il a semé inutilement la désolation. Avait il besoin de tout ce spectacle macabre pour continuer à braquer ce continent comme la France le fait? Que fait Gbagbo à la Haye? et Kadhafi cet homme hors du commun, un philosophe, un homme politique, un homme religieux que plusieurs siècles n'ont pas eu la grâce de voir
Je prie sincèrement pour Sarkozy. Il peut devenir le St Paul de notre époque, qui après avoir persécuté, tué les chrétiens est devenu pour l'éternité l'un des plus chrétiens qui ait foulé ce sol. Peut être deviendra-t-il le plus grand africaniste? Je lui souhaite de se retourner. et Je prie personnellement pour lui

Écrit par : aube | 16/05/2012

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