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26/09/2011

Une question de légitimité morale (paru dans Le Nouveau Courrier du 26 septembre)

Un sujet d’actualité a captivé l’opinion publique mondiale durant la semaine qui vient de s’écouler : celui de la démarche de la Palestine visant à demander à l’ONU de l’admettre comme Etat-membre au même titre qu’Israël, la Bosnie, le Sud-Soudan… On a eu l’occasion d’observer une fascinante chorégraphie diplomatique. Bien que conscient de ce que, de toute façon, les Etats-Unis, membre permanent du Conseil de sécurité, poseraient leur veto, le numéro un palestinien Mahmoud Abbas a tout de même «déposé son dossier». Il a ainsi montré qu’il était prêt à accroître la pression exercée sur la communauté internationale pour faire avancer une cause qui marque le pas. Surtout, sa manœuvre vise à délégitimer les Américains, considérés comme les «propriétaires» du dossier Proche-Orient. En effet, ils apparaissent désormais comme des alliés inconditionnels d’une des deux parties qu’ils sont censés réconcilier. Et du coup, ils perdent leur légitimité morale, du moins dans le rôle d’arbitre qu’ils veulent se donner. Et ce n’est pas un hasard si, à la tribune de l’ONU, Nicolas Sarkozy a insisté sur le nécessaire élargissement du cercle des négociateurs…

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Sans légitimité morale, impossible de faire accepter durablement et efficacement son autorité, en dehors de la contrainte, qui n’est qu’un des visages de la lâcheté. Nous devons tous méditer cette maxime dont la pertinence se vérifie régulièrement. Ces derniers jours, la France a continué d’être secouée par des révélations mettant à jour l’incroyable culture du gangstérisme international de ses élites politiques, qui mettent la diplomatie et l’image de leur pays au service d’intérêts personnels et inavouables. Au grand déballage sur les mallettes d’argent se promenant entre les palais africains et les palais français, et expliquant de nombreuses connivences, a succédé le feuilleton judiciaire sur les rétro-commissions récupérées à l’occasion des grands contrats d’armement, planquées dans des comptes en Suisse et progressivement ramenées en espèces en France par des intermédiaires au-dessus de tout soupçon. Les éditorialistes français ont commenté ces scandales et ces révélations sous tous les angles, sauf un, en forme de questionnement. Un pays dont les chefs ont un rapport profondément affairiste avec les grands enjeux diplomatiques, qui propose des avions de guerre et vend des technologies d’espionnage à une «dictature» à travers des hommes sulfureux un jour pour le renverser au nom de la «démocratie» le lendemain peut-il être considéré comme sérieux ? Comment les citoyens français peuvent-ils être sûrs que derrière le bruit et la fureur répandus sur Benghazi et sur Syrte, ne se cachent pas des gratifications que telle ou telle compagnie pétrolière donnera à tel chef d’Etat qui a peu de chances d’être élu, et qui n’a cessé de dire depuis longtemps qu’il sera «riche», selon ses propres termes, quand il quittera le pouvoir ? La France d’aujourd’hui, qui «importe» de l’argent sale par le biais de ses hommes politiques, a-t-elle la légitimité morale pour exporter la démocratie, les droits de l’homme et autres bons concepts qui cachent souvent de bien mesquins intérêts ? Cette question-là, il faudrait qu’on se la pose dans les médias parisiens, où l’on admet avec enthousiasme la fable selon laquelle la France défend, l’arme à la main, le beau et le bien en Libye et en Côte d’Ivoire…

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Devinette… Quelle est la personnalité ivoirienne la plus controversée de la semaine ? Bien entendu, la réponse va de soi ! Eugène Dié Kacou ! Le patron du Conseil national de la presse (CNP) s’est illustré par un zèle répressif inédit dans l’histoire des médias ivoiriens. En un seul jour, il a interdit trois publications : Notre Voie, Aujourd’hui et Prestige. Toutes les trois appartenant à des groupes de presse «bleus». Son dernier coup de théâtre est dans la droite ligne de son action depuis sa réinstallation par le régime Ouattara : déstabiliser économiquement la presse d’opposition par des interdictions qui leur font perdre, à chaque coup, beaucoup d’argent.

Eugène Dié Kacou parviendra-t-il à convaincre l’opinion ivoirienne de sa volonté d’assainir une presse «culturellement» agressive et de bannir la «haine» ? Non, très clairement. Parce qu’il n’a pas, lui non plus, la légitimité morale nécessaire pour mener à bien ce chantier. En un mot comme en cent, il n’est pas crédible. Il n’est pas crédible parce qu’hier, à ce même poste sous un autre pouvoir, il n’a pas manifesté la «rigueur» dont il se veut le chantre aujourd’hui. Il est d’autant plus illégitime que son interprétation de la «haine» à laquelle inciterait la presse est très politiquement orientée. Qui peut vraiment croire que la presse d’opposition est plus virulente, plus «haineuse», que la presse proche du pouvoir ? Le travail de monitoring de l’association Reporters sans frontières lors de la dernière présidentielle a démontré que les pratiques de la presse ivoirienne se «répondent» de manière symétrique.

Eugène Dié Kacou est d’autant plus contestable que cela fait longtemps qu’il n’est plus un authentique défenseur de la liberté de la presse, de la loi sur la presse et du Code de déontologie du journaliste ivoirien. Hier , alors que nous étions embastillés à la Police Criminelle par un procureur qui nous faisait un chantage éhonté pour que nous dévoilions nos sources, Eugène Dié Kacou, président du CNP, à rebours de toutes les organisations professionnelles qui demandaient notre libération inconditionnelle, se transformait – à notre grande surprise – en auxiliaire de justice, en nous demandant de violer le Code de déontologie et de «livrer» nos sources. Depuis deux mois, notre confrère Hermann Aboa est incarcéré pour un prétendu délit qu’il aurait commis dans le cadre de son travail de journaliste. Reporters sans frontières (RSF), le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), le Comité ivoirien pour la protection des journalistes (CIPJ), se sont mobilisés pour le respect de la loi ivoirienne et la libération d’Hermann. Où se trouve notre «doyen» Eugène ? Disparu. Ceux qui ont toujours dit qu’il était fort avec les faibles et faible avec les forts s’en trouvent confortés. Dans ces conditions, l’issue de l’action de celui qui, à son âge, se soucie sans doute de la trace qu’il laisse dans l’Histoire, est malheureusement connue d’avance. Il échouera, et l’on s’en souviendra comme d’un juge partisan. Comme tant d’autres…

Commentaires

Que croyez vous? un régime qui a été capable de larguer des bombes sur Abidjan pour installer son champion, vous croyez qu'il va s'embarrasser de scrupules pour faire taire des journalistes?
s'il fallait affamer tous les ivoiriens, les priver de médicaments et tuer tous les LMP de copte d'ivoire Il l'aurait fait!
Au moins lui, il se donne tous les moyens pour pérenniser son pouvoir

le hic, c'est qu'on se rend compte que pour ces locataires du pouvoir actuel, il suffit de faire exactement ce que gbagbo n'a pas voulu faire pour pouvoir garder le pouvoir. Ce qui à mon avis ne suffira pas.

Écrit par : marianne | 26/09/2011

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