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21/09/2011

Africa Web Summit : voici le texte de base de ma présentation

Le thème c'était "médias en ligne en Afrique : le défi des contenus en l'absence de modèle économique viable".

Connaissez-vous beaucoup de blogs culinaires tenus par des Africains vivant en Afrique ? Avez-vous souvent surfé sur des plateformes qui centralisent toute l’information administrative disponible sur le Congo, la Côte d’Ivoire ou le Cameroun ? La presse régionale de votre pays profite-t-elle de l’espace illimité qu’est Internet pour toucher un public au sein de la diaspora souvent si attaché à son terroir ? Plus grave : combien de sites de quotidiens nationaux en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Cameroun, réussissent-ils vraiment à avoir sur Internet une audience comparable à leur audience offline ? Très peu, en réalité.

Le web d’Afrique francophone que je connais bien est pauvre, très pauvre en contenus. Je l’assimile à une salle de bains où il y a peu d’eau mais beaucoup de récipients. Un peu paradoxal, n’est-ce pas ? Les seuls sites médias qui ont réussi à s’en sortir assez rapidement sur les marchés qui nous intéressent sont les agrégateurs nationaux d’information. Comme abidjan.net, cameroon-info.net, seneweb.com, etc… Ils ont souvent été créés par des étudiants finissant leur formation en Amérique du Nord ou en Europe, qui ont très vite été déniaisés en ce qui concerne les technologies de publication en ligne – CMS, Google Adsense, etc… Ces portails se caractérisent jusqu’à présent par le fait qu’ils ne produisent pas de contenu, mais agrègent ceux des médias existants, sans rediriger vers leur site (comme le fait par exemple Yahoo Actualités), sans de vrais reversements publicitaires… et très souvent sans autorisation pendant longtemps. On a donc créé une sorte de chaîne de la valeur où les producteurs de contenus amateurs et professionnels les produisaient juste pour une visibilité qu’ils ne parvenaient pas à monétiser. C’est, à mon avis, la principale source du déséquilibre et du manque de diversité des contenus afro-orientés en français sur la Toile.

A quoi bon investir dans le contenu si des gens qui ne dévissent pas de leur ordinateur vous le volent impunément ? J’ai plusieurs fois piqué des colères un peu démesurées à la lecture d’articles du quotidien que j’ai fondé à Abidjan, Le Nouveau Courrier, mis en ligne avant que nous l’ayons décidé (les «metteurs en ligne» s’étaient procurés le journal papier ou le PDF). Des articles souvent rédigés après avoir fait des centaines de kilomètres dans le cadre de reportages ou après avoir consacré plusieurs jours et des ressources financières à des enquêtes. Et Google n’est pas toujours très juste. Les fraudeurs sont souvent mieux référencés que les honnêtes gens… (rires).

Bien entendu, la question de l’absence de modèle économique ne saurait se résumer au non-respect du droit d’auteur et de la nétiquette dans notre sphère d’action. Si ce n’était que ça, ce serait simple, finalement. C’est tout un écosystème cohérent économiquement qu’il faut créer. Il faut le créer parce que l’Afrique subsaharienne se distingue encore radicalement du reste du monde dans sa manière de consommer. Or, c’est bien parce que des internautes finissent pas payer quelque chose sur Internet ou grâce à Internet que la web economy se développe dans le monde. En dehors de la performance, point de salut. Sur le web, les sites qui vendent paient ceux qui jouissent d’un fort trafic dans l’espoir d’améliorer leur visibilité donc leurs ventes.

Or nous sommes en face de gros obstacles. L’Afrique n’achète pas sur Internet. Peut-être est-ce pour cette raison que Google, Facebook et les autres mastodontes ne s’intéressent pas encore sérieusement au continent. Pendant de nombreuses années, Google a même « retenu » les gains des webmasters africains sur sa plateforme Adsense, malgré une campagne en ligne virulente… Paypal a blacklisté un certain nombre de pays africains, dont le Cameroun et la Côte d’Ivoire. MTN, Orange et les autres opérateurs de téléphonie mobile ayant créé des produits de « mobile money » ne sont pas pressés d’ouvrir leurs plateformes en fournissant leurs API. Le taux de bancarisation est de moins de 10% en Afrique, du coup on ne peut pas encore concrétiser un achat sur Internet.

La planète est incomplète… Le SIXIEME JOUR du web en Afrique est toujours attendu. Nous sommes le dimanche, jour du Seigneur, et je parle du sixième jour en référence à Dieu qui, selon la Bible, a fait le monde en six jours. Et c’est le sixième jour que l’acte le plus important de la Création a été posé. Le sixième jour a donc été LE jour, le départ des choses sérieuses, d’un mouvement, d’une grande aventure. En tout cas, vu d’un œil humain – ce n’est sans doute pas l’avis des baleines que nous massacrons… ;)

Une question se pose alors : à quand le SIXIEME JOUR du web africain ? Faut-il attendre que l’Afrique se normalise dans ses modes de consommation, que Google et Facebook s’intéressent à elle et structurent son marché web pour avoir de vrais modèles économiques pour les médias en ligne ?

Je crois que non. Au départ, il nous faut des plateformes structurantes ambitieuses aux niveaux national et surtout régional. De telles plateformes nationales, régionales, qui seraient au départ des grosses PME à fort potentiel, pourraient être finalement rachetées par les plus grands groupes, si elles le désirent, au moment où le marché arrivera à maturité.

Où en est-on en ce moment ? D’emblée, je me rends compte qu’il y a peu de vraies régies web vraiment représentées sur le terrain et agressives sur les différents marchés africains. Pourtant, le web est aujourd’hui dans de nombreux pays un média plus puissant que la presse écrite, qui réussit, elle, à vendre des espaces pub. Le web s’adapte à tous les budgets, y compris ceux de la toute petite entreprise (TPE).

Le web africain gagnerait à mieux exploiter, par exemple, une tendance qui se retrouve même en Occident, où le SIXIEME s’est levé depuis belle lurette. C’est le online/offline. La décision d’achat, on la prend en ligne, mais au final on va dans une boutique pour acquérir le bien ou se faire délivrer le service. Aux Etats-Unis, dans le domaine de la publicité à la performance, il y a ce qu’on appelle le coût par appel. L’annonceur paie sa régie en fonction des appels de prospects qu’elle a pu générer.

L’absence d’outils locaux de paiement en ligne n’est donc pas insurmontable. L’existence de vraies régies efficaces et locales, enrichira forcément les contenus. S’il y a 10 000 annonceurs dans un pays comme la Côte d’Ivoire investissant chacun 100 000 F par an sur le web, ça fait un marché d’1 milliard de FCFA par an pour ce segment-là. Pas assez pour intéresser Google, mais assez pour intéresser de grosses PME qui misent sur l’avenir !

Cette manne nouvelle serait un vrai enjeu pour les créateurs de contenu qui se bousculeraient pour la capter en proposant aux internautes des contenus à même d’attirer une audience ciblée et fidèle, qui représenterait une clientèle pour la nuée de petits annonceurs désormais présents sur Internet.

 

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Commentaires

Salut,

Peut-être faudra-t-il que les Africains se mettent ensembles, à plusieurs, en fonction de leurs spécialités pour animer des sites. Quand vous partez d'un blog à l'autre, on se demande: pourquoi ne se mettraient-ils pas ensembles?

Les productions individuelles, malgré la bonne foi des animateurs, ne peut retenir un public; à quelques exceptions près. Désolé!

Imaginez un site animé par Mamadou Diouf, Bachir Diagne, Eboussi Boulaga, Yacouba Konaté, Achille Mbemé, Kouassi yao, Ngomo Paul Aarons...

Ce site est bien parti pour être l'un des plus visités des universitaires africains.

Décidement, Africa must unite!

Écrit par : Lévy | 21/09/2011

Article intéressant, même comme on se demande si on doit en rire ou en pleurer.

Écrit par : Ngimbis | 23/09/2011

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