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13/09/2011

L’illusionnisme au pouvoir

Publié dans Le Nouveau Courrier du 12 septembre.

L’on savait que tout pouvoir a tendance à s’autocélébrer. Après tout, c’est une des règles du jeu politique. L’on savait également qu’Alassane Ouattara est un roi du marketing, qui vendrait un réfrigérateur à un esquimau grâce à un aplomb qui ne fait pas toujours bon commerce avec la sincérité. Mais tout de même ! Le concert de tam-tams qui a accompagné la pose de la première pierre du futur troisième pont d’Abidjan nous a laissé songeur. Cette première pierre serait tout un symbole : le retour à une Côte d’Ivoire qui travaille, qui se développe, qui bâtit, là où les anciens gouvernants «bavardaient». Ce pont qui vient est donc le signe d’une renaissance, nous somme-t-on de penser.

 

La propagande a ceci de particulier qu’elle abêtit les esprits sans grand sens critique mais qu’elle a tendance à se retourner contre ses auteurs dès lors que les personnes qu’elle vise la passent au tamis de la raison et de l’Histoire. Effectivement, le troisième pont d’Abidjan est un symbole. Ravageur ! Et la manière dont la reprise des travaux est montée en épingle dévoile la nature de l’idéologie pernicieuse de ceux qui ont, à travers mille et une conjurations, entravé le destin de la Côte d’Ivoire tant qu’ils n’étaient pas au pouvoir. Dans le but de faire admettre à tous qu’ils étaient certes le problème, mais qu’ils étaient également la solution. Persuadés que le pays finirait par se soumettre à eux… par épuisement ! Le troisième pont d’Abidjan est le symbole de l’arrêt de la marche du pays d’Houphouët-Boigny vers le progrès, qui a commencé avec le coup d’Etat du 24 décembre 1999. Le premier épisode d’une série d’attaques violentes contre la tranquillité des Ivoiriens, l’intégrité du territoire national et la stabilité sans laquelle tout développement est illusoire. Si demain, dans un mois ou dans trois mois, des «jeunes gens» suivent l’exemple des Guillaume Soro, Issiaka Ouattara ou Chérif Ousmane, nouveaux demi-dieux d’Eburnie, il est évident que le dossier sera à nouveau mis dans les tiroirs…

La construction de ce pont commence aujourd’hui parce que la pax franca, la paix française qui s’est imposée à coups de missiles, règne. Ce ne sont pas les formidables capacités de gestionnaire de l’actuel chef de l’Etat qui sont donc la source de ce «bonheur». Comme beaucoup de confrères l’ont déjà rappelé, le projet est né sous Henri Konan Bédié et a été relancé sur Laurent Gbagbo. Le pool de financiers avait déjà été constitué, de l’argent avait déjà été dégagé, notamment à travers un emprunt obligataire… Le constructeur n’attendait que les élections pour se mettre au travail. Ouattara n’a donc rien fait, à part augmenter le coût du pont dont les caractéristiques n’ont pourtant pas changé. Evaluée à 85 milliards de FCFA à tout casser en 2009, sa construction coûtera 125 milliards de FCFA au final. Où ira le différentiel ? Mystère et boule de gomme.

De plus, le choix profondément politique d’Alassane Ouattara, qui a choisi l’option du péage là où Laurent Gbagbo y était opposé pour des raisons pratiques – s’il s’adresse à la minorité des Ivoiriens qui peuvent débourser 1 400 FCFA par jour juste pour le traverser, Abidjan ne sera pas désengorgée – est révélateur. Ouattara se pose en président des riches, qui veut construire un beau pays pour que les riches s’y sentent bien. Quant aux pauvres, ils n’auront plus qu’à les contempler ! En effet, avant de lancer les travaux du «pont des riches», Alassane Ouattara a détruit les maisons et les commerces des pauvres. Sans les reloger ! A Yopougon, à Port-Bouët, à Cocody, Anne «Bulldozer» Ouloto n’a pas fait de quartier. Auparavant, le nouveau régime avait délogé les étudiants des campus pour y loger ses nervis. Que de drames personnels et familiaux derrière cette décision ! Essayez désormais de louer le moindre studio à Abidjan : les étudiants éjectés des Universités, les prix des loyers ont pris l’ascenseur. Comme ceux des produits de première nécessité, au demeurant. Mais si vous en parlez, vous êtes un «aigri». «Silence, on développe !», vous rétorquera-t-on, en empruntant maladroitement l’expression de Jean-Marie Adiaffi, qui dénonçait pourtant la philosophie pernicieuse du parti unique, qui est de retour.

La Côte d’Ivoire se construit, nous dit-on. Mais qui la construit ? Comment ? A quel prix ? Et surtout : pour le bien-être de qui, au profit de qui ? L’Afrique du Sud des John Vorster et des Pieter Botha se construisait aussi. Mais contre la majorité, contre le peuple, contre les Noirs. Au passage, rien ne nous prouve que le «vaste chantier» que l’on nous promet sera un jour réalisé. Comme une hirondelle ne fait pas le printemps, une première pierre ne fait pas le bâtiment. Il est toujours temps de se pencher sur ce que les membres de la coalition au pouvoir ont détruit, pour mieux faire la balance avec ce qu’ils construiront demain. Alassane Ouattara nous a promis cinq universités en cinq ans, certes. Il reste qu’aujourd’hui, la Côte d’Ivoire n’en a aucune. Qui a détruit l’Université de Cocody ? Et celle d’Abobo-Adjamé ? Et celle de Bouaké, dont les moindres carreaux ont été recyclés dans des pays voisins ? Qui a passé Abidjan au «peigne fin» du pillage systématique, il y a exactement cinq mois ? Qui a détruit la RTI, reconstruite aujourd’hui à grands frais, et grâce à des prêts dont les taux d’intérêt ne sont jamais communiqués ? A qui appartiendra demain une Côte d’Ivoire surendettée ? Une chose est sûre, et les vieux Africains le savent : quelqu’un qui n’arrange rien et qui ne gâte rien est toujours meilleur que quelqu’un qui arrange un peu après avoir beaucoup gâté.

 

 

Commentaires

tres bell une analyse , on ne peut pas etre un intellectuel et se taire sur la gestion qui se fait en CI. Sous nos yeux ils bazardent tous et demain nos enfants ne pourront meme plus respirer l'air tellement ils auront tout vendu. il n'ya pas 2 jours une de mes connaissances chef d'une unite a la SOTRA m'informe que la sotra a ete vendue comme aubergine a SDV et l'etat de ci n'a que 35% de part. la rti aujourd'hui ne nous appartient plus, les ressources pour lesquelles on nous a tués evidemment ne nous appartiennent plus, le 3eme pont dont on attend la naissance depuis les annees Bedie est annoncés pour dans 2ans MAIS 1400fcfa pour un aller-retour. Pourquoi on nous prend pas au serieux, pourquoi mr Mamadou Koulibaly ne demande t il pas de compte sur tout (il prefere surement eviter la prison). GBAGBO etait et restera le president qu'on aurait du jamais perdre, nous autres on se dit c'est une parenthese qui va se refermer

Écrit par : dje bye | 13/09/2011

belle analyse qui rejoint mon opinion sur l'infâme publicité qui est faite avec un slogan hypnotisant ''la CI est en chantiers''. quelle CI? quels chantiers? Quels profits? Quelles retombées pour quelles populations?
Que du ''blue Band'' sur les yeux des irréductibles
Pauvre CI!

Écrit par : nina | 14/09/2011

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