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06/09/2011

Se faire coloniser… avec son propre argent !

Editorial publié dans Le Nouveau Courrier du 5 septembre 2011.

Certes, quelques lecteurs pourraient s’agacer de ce qui peut apparaître chez l’auteur de ces lignes comme une obsession tournant autour du thème de la recolonisation de l’Afrique, désormais évoqué de manière quasi-hebdomadaire dans le cadre de cette rubrique éditoriale. Pour ma défense, j’aimerais dire qu’il y a toujours, pour les analystes de l’actualité, d’une part des thématiques centrales, incontournables, structurantes. Et d’autre part, des faits et phénomènes qui en découlent ou se nouent de manière plus ou moins autonome autour du «tronc fondamental».

Pouvait-on reprocher à un éditorialiste français du début des années 40 de parler encore et toujours du nazisme et de la guerre ? Peut-on reprocher à un analyste irakien d’aujourd’hui d’évoquer quotidiennement l’occupation américaine ? A un chroniqueur de Tel-Aviv ou de Ramallah de gloser à l’infini sur le «processus de paix» israélo-arabe ? La réalité géopolitique centrale de notre temps, pour les Africains, c’est la recolonisation de leur continent. Il faut pouvoir imposer cette vérité, face aux adeptes de la théorie de la diversion, dont les numéros de prestidigitation continueront à faire de l’effet tant que personne n’en dévoilera les misérables ficelles.

L’Afrique est en cours de recolonisation. Pour s’en convaincre, il faut analyser avec froideur la chorégraphie des sangsues exécutée lors de la «Conférence de soutien à la Libye nouvelle» tenue à l’Elysée jeudi dernier. Il faut lire, par exemple, entre les lignes des doctes articles de l’édition du quotidien français Le Monde datée de samedi. En particulier à propos du «dégel» des avoirs libyens se trouvant principalement dans les pays occidentaux. Rappelons-nous que pour empêcher Kadhafi de «massacrer son propre peuple», le Conseil de sécurité de l’ONU avait ordonné aux pays où les fonds de la Jamahiriya sont investis ou gardés, d’interdire à leur propriétaire – l’Etat libyen – d’en faire usage d’une manière ou d’une autre. Kadhafi désormais «benladinisé», Tripoli étant entre les mains des «démocrates» du Conseil national de transition (CNT), reconnus par quasiment toutes les chancelleries, que devient donc ce pactole ? «Les dizaines de milliards de dollars libyens gelés dans des banques étrangères en vertu des sanctions internationales contre le régime Kadhafi devraient être prochainement débloqués : c’est un atout considérable pour les nouveaux dirigeants libyens. Ils n’auront pas à aller mendier auprès de laborieuses conférences de donateurs. La nouvelle Libye financera elle-même sa reconstruction», nous apprend le prestigieux quotidien parisien du soir.

On respire… Mais pas pour longtemps. «La communauté internationale n’en a pas moins un rôle important à jouer. D’abord, en subordonnant le déblocage de ces fonds au bon déroulement de la transition démocratique. (…) Il est de la responsabilité des pays qui ont très concrètement appuyé l’insurrection libyenne d’être vigilants sur ce point. C’est sans doute Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat américaine, qui a formulé cette exigence le plus clairement en mentionnant notamment les droits des femmes», écrit Le Monde. Cela s’appelle se faire coloniser avec son propre argent…

La Libye est tombée ! Tombée comme «cacao de Côte d’Ivoire». Hier nation liquide, dont le fonds souverain allait sauver Unicredit, première banque italienne, de la banqueroute, le pays de Simon de Cyrène, qui a aidé le Christ à porter sa croix sur le chemin du Calvaire, est aujourd’hui un Etat mendiant paradoxal, qui supplie des Etats quasiment en faillite de lui rétrocéder un peu de son argent. La Libye est sous curatelle occidentale. Et ses tuteurs sont sadiques : ayant créé eux-mêmes les conditions de son «irresponsabilité», ils comptent désormais bien la lui reprocher pour conserver entre leurs mains son fabuleux trésor, et le soumettre à tous types de chantages. L’Occident a armé des combattants islamistes et se scandalisera demain, avec des arrière-pensées bassement lucratives, qu’ils fassent avancer la cause de la charia. Un long reportage du Monde s’émeut désormais du «calvaire des Africains noirs de Tripoli, brutalisés par les révolutionnaires libyens». Répétez après moi un principe très simple présidant à l’encodage du logiciel du nouveau colonialisme : avoir, en toute occasion, le beau rôle, et s’ériger en arbitre vertueux ! Il y aura sans doute un peu d’eau dans le gaz – c’est le cas de le dire, au vu des fabuleuses richesses énergétiques du pays. La Russie, la Chine et l’Afrique du Sud, plus ou moins pro-Kadhafi lors des hostilités, feront un petit «chantage dans le chantage» pour ne pas être trop marginalisées. Leurs diplomates chipoteront un peu sur la question du dégel avant de rentrer dans le rang, avec des (petits) paquets-cadeaux sous le coude.

Le cas libyen est caricatural, mais la Côte d’Ivoire n’est-elle pas aujourd’hui colonisée avec son propre argent elle aussi ? De nombreux économistes sérieux ont démontré qu’en 2000, l’Afrique avait déjà payé trois à quatre fois le montant de sa dette, mais se retrouvait piégée dans l’engrenage des intérêts exorbitants, les pays occidentaux et les organisations multilatérales campant ici le rôle immoral de l’usurier ou – on le dira en français d’Abidjan – du «margouillat». C’est au moment où la dénonciation de cette escroquerie internationale devenait la plus argumentée que les programmes Pays pauvres très endettés (PPTE) ont vu le jour. Les bailleurs de fonds, affectant la magnanimité, ont dit en substance : «Puisque vous pleurez, continuez à nous payer ce que nous disons que vous nous devez, et nous vous redonnerons cet argent si vous investissez… à nos conditions !» Curieusement, alors que la Côte d’Ivoire devait boucler son dossier le 23 septembre 2002, elle a été attaquée par une rébellion qui a été considérée comme tellement légitime que la «transformation» de sa dette a été ajournée. Cela fait neuf ans que ça dure… et que le pays d’Houphouët-Boigny transfère des centaines de milliards de FCFA en Occident au nom de la dette et du service de la dette, ce que quasiment plus aucun Etat africain ne fait.

Détruite par une guerre soutenue par l’ancien bloc «capitaliste», au bout de laquelle leur favori a pris le pouvoir, la Côte d’Ivoire va elle aussi financer une reconstruction profitant quasi uniquement aux entreprises occidentales, par le biais de programmes comme le Contrat désendettement développement (C2D), au nom duquel les entreprises ivoiriennes paieront leurs impôts… pour que le fruit de leur collecte se retrouvent dans la poche des multinationales françaises qui leur font la concurrence, et qui seront désormais prioritaires dans les attributions de marchés publics. Au nom de la transformation de la dette en investissements. Toujours avoir le beau rôle, on vous dit !

Commentaires

Salut,

La situation que tu viens de décrire a connu ses heures de gloire dans les années 70 en Amérique Latine lorsque les Chicago Boys, épris de leur "père-à-penser" Friedman, ont fait sauter toutes les théories dévelopementalistes au profit du néo-libéralisme!
Cette situation resurgit en Afrique où des Etats européens utilisent leurs armées pour défendre les intérêts des multinationales. Et il y a des Africains qui appellent cela: gagner le combat de la liberté!
Nous sommes bien partis pour TOUT céder à l'Occident au nom de la sainte trinité néo-libérale si claire dans le "consensus de Washington"; avec des Think tanks financés par ces multinationales pour faire de la propagande en leur faveur! Pauvre Afrique!
Mon avis est que l'Afrique devra se contenter malheureusement des tâches ingrates, peu rentables.
Avantage comparatif et non compétitif!

Écrit par : Esther G | 06/09/2011

Au début du bouleversement dans le monde arabe j'ai dit à des amis ça y est l'antichrist passe à l'action. ils ont présenté les adeptes de l'islam extrémistes commes des démons et renforcé le pouvoir dictatorial. maintenant que les arabes eux même ont honte de l'islam extrémiste c'est plus simple de faire sauter les dictateurs. mais il 31 ans en arriere, après la signature des accords de paix entre Israel et l'Egypte qui a valu des prix Nobel? LE GRAND RABBIN de Jérusalem s'était opposé et il a dit je cite(je ne comprends pas qu'Israel ait cédé les champs pétrolifères du sinaï au nom d'un accord. savent-ils qui dirigera l'Egype dans 1 an ou qui seront les nopuvelles autorités dans 30ans.Saddat assassiné 1 an plus tard, et 30 ans plus tard l'Egypte bascule. Il y a un grand bouleversement dans le monde qui se passe sous nos yeux, mais même les plus analystes ne peuvent que comprendre les aspects géopolitiques. après l'afrique ne vous étonnez pas que les états indépendantistes de l'amérique latine subiront à leurs tours des renversements.ils n'ont pas placé un corridor en Afganistan par hasard, ni placé des boucliers antimissiles en europe de l'est par hasard.je ne suis pas prophète, je suis un lecture attentif de la bible. Toutes les nations qui refuseront de soumettre leur souveraineté à l'anti christ en personne (par le biais de la mondialisation et la globalisation) seront traités comme dictateurs et renversés. quand les peuples sans sécours n'ont plus s'espoir face à cette machine, c'est le terrorisme, c'est pas la bonne voie. il faut tourner les regards vers le MESSIAH, Jésus pour garder espoir à la justice de Dieu. ne croyez pas au pape, ni à certains pasteurs vendeurs d'illusions, Croyez au seigneur Jésus car il revient bientôt.

Écrit par : Philippe Z. | 07/09/2011

C'est regretable la recolonisation de l'Afrique,tous ses chefs d'états qui ont pris part à la reunion de Paris pour destabiliser la Lybie meritent la mort.La jeunesse africaine je m'adresse a vous;nous avons un seul continent, mobilisons-nous maintenant a sauver le continent des mains des vallets de la France en afrique.Ses blancs nous on imposés une democratie de merde et des marionnettes a la tete de nos pays,on doit se soulever contre l'oppresseur.Que DIEU veille sur L'afrique

Écrit par : ouattara | 07/09/2011

Se faire surtout tuer avec son propre argent. Ce sont les ressources du pays pillées par les rebelles au nord de la Côte d'ivoire qui ont servi à l'achat des armes qui ont massacré et qui continuent de massacrer le digne peuple ivoirien. Et les orphelins continueront à payer des dettes qui ont servi à payer les assassins de leurs parents. Pitoyable...

Écrit par : Xada | 07/09/2011

BONJOUR THEO,

N'aies crainte de dire ou à dire ce que tu dois dire. Ce que tu dis est toujours vrai, et c'est la vérité, laquelle sauve. Or la vérité se dit un nombre infini de fois. Tu as raison de dire la vérité autant de fois que cela le nécessite. Seuls les mauvais esprits s'opposent à la vérité et à son expression. Ne crains donc pas ces esprits-là, si tu veux sauver la Côte d'Ivoire et l'Afrique,qui est en pleine ré-colonisation.

Dieu te bénisse.
La Vierge Marie te pouponne spirituellement.

Bien à toi.

Écrit par : LE PRINCE | 07/09/2011

Cet article me rappelle un autre glané sur la toile, où on explique comment les Allemands Nazis faisaient payer aux Français vaincus les frais financiers de l'occupation militaire de leur pays : l'impérialisme françafricain serait-il un nazisme tropicalisé????

http://fr.panafrikan.net/le-franc-cfa-est-inspire-de-l%E2%80%99emonaz/#more-475

"[...] dans la convention d’armistice datée du 22 juin 1940, les autorités allemandes imposèrent aux Français vaincus de pourvoir aux frais financiers de l’occupation militaire de leur propre pays. D’abord, d’un montant mensuel de 300 millions de francs (soit 15 millions de marks), cette rançon mensuelle est passée à 500 millions de francs à partir de mai 1941."

Écrit par : Ogotemmêli | 08/09/2011

Salut Ogo,

Sois le bienvenu. Les Nouvelles du village? Les Blancs ont décidé de reprendre le village; comme s'ils l'avaient abandonné un seul jour.
Nous nous retrouvons TOUS prisonniers. Que/Quoi faire?
Certains estiment que nous devons nous montrer "polis" afin de recevoir des bonbons des gardiens de la prison en guise de récompense. D'autres estiment que nous devons maîtriser les plans de la prison, nous battre contre les gardiens pour être libres.
Ah, il y a un troisième groupe. Ceux-là sont devenus les collabos des Blancs. Ils prennent les "miroirs" des Blancs, les "bonbons" des gardiens de la prison commune. Ils passent leur temps, par la suite, à raconter tant de vilaines choses sur nous: "la France a fait du nettoyage", il faut que l'Etat se déssaisise de ses activités régaliennes, seul le laisser-faire peut développer l'Afrique
je ne vais pas être long. Le chef du village a déjà donné beaucoup de nos nouvelles.
Bien de choses à toi, espérant que tu resteras un bout de temps avec nous dans cet enfer que lucifer veut nous forcer à appeler Pa-ra-dis!

Écrit par : Lévy | 09/09/2011

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