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05/09/2011

Albert Bourgi : "Wade a atteint un niveau d'impopularité jamais connue au Sénégal"

Peut-on dire aujourd’hui, après la prise de Tripoli par les rebelles, que la question libyenne est réglée?

En Libye, il y a toujours eu, même sous le roi Idriss, des pouvoirs locaux autonomes. Même s’ils se reconnaissaient à travers la monarchie. Et Kadhafi l’avait compris. C’est pour cela qu’arrivé au pouvoir sans grande résistance, il a plaqué sur la société libyenne des comités populaires qui avaient infiltré des pouvoirs locaux. Des pouvoirs locaux au-dessus desquels trônait un Guide omnipotent…

Aujourd’hui, la question fondamentale en Libye est celle des dividendes de l’intervention militaire de l’OTAN. Qui sera sans doute remboursée par les dizaines de milliards de dollars d’avoirs libyens gelés et qui dorment dans les banques occidentales. C’est aussi le paradoxe des dictateurs africains. Leur argent est placé ailleurs. Et un jour ou l’autre, il tombe dans l’escarcelle des pouvoirs occidentaux. Bien entendu, personne ne surveillera l’usage qui sera fait de ces avoirs gelés. Il y aura également des dividendes en contrats pétroliers et gaziers. Du reste, Sarkozy ne s’en cache pas…

Au Sénégal, des élections auront lieu en février prochain, dans un contexte assez particulier. Wade peut-il survivre?

Politiquement, non. Wade a atteint un niveau d’impopularité qu’on n’a jamais connue au Sénégal. Même en 2000, lors de la sanction électorale historique qui a permis l’alternance et l’arrivée au pouvoir de Wade. Il y a aujourd’hui un rejet de Wade qui n’est pas d’ailleurs toujours rationnel. Au-delà de son bilan, c’est sa personnalité qui est rejetée. Et sa famille aussi. Cette forme de rejet personnalisé, qui vise le président et sa famille, est finalement assez rare.

Wade, qui est quelqu’un de rusé, sait que ce rejet existe. Et il ne cesse de chercher des parades clientélistes, d’arroser des «grands électeurs», en particulier dans les zones rurales. Il ne se passe pas un jour sans qu’il y ait un défilé de clients électoraux qui viennent prendre leurs prébendes et font miroiter à Abdoulaye Wade des milliers de voix à la présidentielle. Mais je crois que cela n’aboutira nulle part. L’histoire électorale du Sénégal est très ancienne. Les Sénégalais, lorsqu’ils votent, le font en connaissance de cause. Ils l’ont montré en 2000. Et les élections qui viennent s’annoncent comme une sanction de l’ère Wade. Un Wade dont la candidature n’est de toute façon pas fondée juridiquement. Je ne sais pas quelle parade il trouvera. Toujours est-il que le futur président de la République ne sera ni Wade ni quelqu’un de son écurie.

 

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