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29/08/2011

Ce n’est pas «une affaire de Kadhafi»…

Ainsi donc, nous devrions nous réjouir ! Pour ne pas être excommuniés du «cercle de la raison», nous devrions applaudir l’expédition de l’OTAN en Libye, glorifier la «benladinisation» de Muammar Kadhafi depuis la prise de Tripoli par les forces supplétives de la «communauté internationale» pro-occidentale, saluer ce prétendu dénouement qui relancera la dynamique des révolutions arabes, jouer les autruches face au chaos qui s’annonce… Mais voilà ! Nous préférons être minoritaires plutôt que de bêler avec le troupeau face à une des plus grosses mystifications de l’histoire contemporaine.

Ce qui se passe en Libye est inquiétant. Il ne s’agit pas d’une «guerre pour la démocratie». Qui a consulté le peuple libyen pour savoir s’il était prêt à accepter de voir son pays et ses acquis détruits pour pouvoir jouir d’hypothétiques libertés demain ? Il ne s’agit pas du dernier épisode du «printemps arabe», que les chaînes de télévision Al-Jazira, CNN et France 24, pour une fois d’accord, nous «vendent» comme elles le feraient pour la dernière telenovela à la mode. Comparer la révolte de la rue tunisienne aux manipulations de Benghazi reviendrait à mettre côte à côte Martin Luther King – apôtre du progressisme non-violent – et tous les théoriciens du chaos libérateur dont le siècle dernier a été fécond.

Ce qui se déroule en Libye n’est rien d’autre qu’une guerre illégale de l’Occident. Et la situation historique qui s’en rapproche le plus est la campagne d’Irak. L’évolution d’un certain nombre de gouvernements et d’opinions publiques est monstrueusement fascinante. Qui se souvient de Dominique de Villepin acclamé dans son pays et dans le monde arabe parce qu’il défendait, contre George W. Bush et le nouvel impérialisme américain, les principes de la légalité internationale ? Qui peut prétendre – sans rire ou emprunter le regard vitreux des porte-paroles officiels payés pour mentir en dépit des évidences – que c’est au nom de la résolution 1973 des Nations unies censée protéger les civils et créer une zone d’exclusion aérienne que les soldats des services spéciaux américains, français et britanniques combattent désormais au sol aux côtés des «insurgés» ? La ruse de l’OTAN, qui a enrobé son forfait dans un beau paquet cadeau onusien, rajoute au gangstérisme international une détestable malhonnêteté intellectuelle.

Les propagandistes «otaniens» pourront toujours dire qu’ils ont violé la Charte des Nations unies pour «sauver des vies», selon leur rhétorique habituelle. Seulement, l’expérience irakienne nous montre que le type de chaos qui vient est gourmand en sang humain… Il faut de toute urgence revenir aux fondamentaux et se demander quel monde nous prépare-t-on quand le droit international cesse d’être un référent admis par toutes les nations. Pour l’instant, l’OTAN ne fait face à aucune coalition résolue à mettre en échec ses visées. Mais demain ? La rage contenue des Chinois et – surtout ! – des Russes a de quoi inquiéter pour l’avenir.

Pour parler à l’ivoirienne, on dira que «ce n’est pas une affaire de Kadhafi». Il s’agit ici du destin de la Libye et de l’Afrique, malmenées au gré des caprices de véritables apprentis-sorciers. Depuis le 11 septembre 2011, les Etats-Unis ont remué la planète entière au nom de la lutte contre le terrorisme islamiste. Maintenant que le CNT est quasiment sûr de l’emporter, tout ce que le monde compte de spécialistes de la Libye nous explique que les combattants qui sont en première ligne aux côtés de l’OTAN sont des… islamistes ! Devons-nous nous attendre à une «réplique» quelques mois après le «séisme», et à des règlements de compte meurtriers entre anciens alliés ? L’irresponsabilité des Occidentaux et leur volonté de faire des «coups» à très court terme au mépris de leurs conséquences nous confortent dans notre conviction : l’Afrique doit écrire elle-même sa propre histoire, et non se contenter d’être un jouet à la disposition des puissants.

En Côte d’Ivoire, le pouvoir Ouattara, installé par la «communauté internationale» au prix de milliers de morts, se réjouit du trépas de Kadhafi parce qu’il constitue un message subliminal à destination d’une potentielle opposition musclée. «Voyez comme nos protecteurs sont forts, comme ils sont fous, comme ils sont déterminés et tremblez» : tel est, en substance, ce que nos nouveaux maîtres voudraient laisser entendre. Le plus grotesque dans les articles de leur presse est qu’ils se plaisent à tancer le «dictateur» Kadhafi, assimilé sans nuances à Laurent Gbagbo et à Charles Taylor. Ils le font en trichant une fois de plus avec l’histoire récente de la Côte d’Ivoire. En effet, si Alassane Ouattara est aujourd’hui au pouvoir, c’est en partie grâce à Charles Taylor, qui a créé de toutes pièces le MPIGO et le MJP, avec la participation de Blaise Compaoré – selon la très sérieuse ONG britannique Global Witness. En septembre 2002, la presse française ne glosait-elle pas sur le soutien supposé du Guide libyen à la toute nouvelle rébellion ivoirienne ? L’on se souvient également de la jubilation avec laquelle Le Patriote, quotidien fondé par Hamed Bakayoko, prêtait ces propos à Kadhafi, au cours de la crise postélectorale : «Allez-y bombarder son Palais, lui et ses soldats, tuez-le s'il le faut. Mais ne laissez plus Gbagbo au pouvoir. Y en a marre. Je ferai face à la facture de la reconstruction».

Les alliances politiques se font et se défont au gré des intérêts des acteurs, c’est une évidence. Aujourd’hui, un certain camp en Côte d’Ivoire se réjouit d’être sous le parapluie occidental. Il ne faudrait pas que ses animateurs, dont certains sont assez jeunes pour voir l’Histoire se retourner, considèrent ce soutien comme une donnée permanente. Au-delà des calculs à courte vue, il est plus qu’urgent que le continent, militairement indigent et extrêmement riche de ses matières premières, plaide d’une seule voix pour le respect du droit international, notamment des chartes de l’ONU et de l’Union africaine. Et pour cause : si une deuxième guerre froide ou une troisième guerre mondiale commence, ce qui est aujourd’hui plus que probable, ses enfants seront les premiers à en mourir. Par dizaines de milliers.

27/08/2011

Reconnaissance des rebelles libyens : Ouattara s’invite à la ‘‘soupe populaire’’

Comme bien d’autres pays, la Côte d’Ivoire vient de reconnaître les rebelles libyens regroupés au sein du Conseil national de transition (Cnt). Dans l’ordre normal des choses.

 

Le bal des vainqueurs est à son climax. Et il ne fait pas bon de se tenir à l’écart quand on sait d’où on vient et grâce à qui on est là où on est. Les grandes capitales du monde, qui ont porté à bout de bras les rebelles libyens, saluent la «chute» du Guide libyen Mouammar Kadhafi. Certains pays comme la France, rappellent à qui veut l’entendre qu’ils ont été les premiers à reconnaître les rebelles. Ce n’est pas fortuit, le partage du gâteau est pour bientôt. Le chef des rebelles a dans ce sens promis récompenser, lors de la reconstruction du pays, les Etats ayant aidé les rebelles en ‘‘ fonction du soutien’’. Il n’en fallait pas plus pour déclencher la course à la reconnaissance du CNT. Ainsi du gouvernement ivoirien qui, par la voix du ministre des Affaires étrangères Daniel Kablan Duncan, «décide en conséquence de reconnaitre le CNT comme seul représentant légitime du peuple libyen pour conduire une transition politique en Libye». En clair, la Côte d’Ivoire, pays de démocratie, reconnait la prise de pouvoir de rebelles. Doit-on s’en étonner ou s’en offusquer ? Certainement pas. Pour qui connaît les méthodes et le pedigree des nouveaux hommes forts d’Abidjan, c’est dans l’ordre normal des choses. Point besoin de rappeler qui a pris les armes contre la mère patrie en 2002, ou encore qui a financé la rébellion – de l’aveu d’un des commandants de la nouvelle armée qui a récemment donné des cours de «babiè» à des dames en détresse – pour s’en convaincre.

Pour justifier cette décision qui s’apparente à du suivisme, le régime Ouattara invoque entre autres, «la justesse et la pertinence du CNT dans la défense des intérêts du peuple libyen et dans sa quête du soutien de la Communauté internationale et du gouvernement ivoirien» ; «les massacres des populations civiles, les atteintes massives aux droits de l’homme». Des maux qu’on retrouve dans la Côte d’Ivoire d’après crise post-électorale, censée écrire une page blanche. Des maux dénoncés dans les deux pays par les organisations de défense des droits de l’homme comme Human Rights Watch et Amnesty international. C’est connu, les oiseaux de même plumage volent ensemble. Les Ivoiriens ne sont ne sont pas dupes.

Gérard Koné

 

24/08/2011

Le Nouveau Courrier 300 du 24 août 2011

 

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23/08/2011

Alassane Ouattara Ouattara à l'hôpital à Toulon

Une dépêche AFP est tombée à ce sujet. La voici.

Le président ivoirien Alassane Ouattara était mardi à Toulon, dans le sud de la France, où il a été admis dans la matinée à l'hôpital militaire Sainte-Anne pour subir des examens médicaux, a-t-on appris de source proche du dossier.

M. Ouattara, 69 ans, séjourne depuis quelques jours dans le sud-est de la France, selon cette source, qui n'était pas en mesure de préciser si M. Ouattara était toujours à l'hôpital en fin de journée.

Le président ivoirien avait été reçu avec son épouse à déjeuner vendredi, dans la plus grande discrétion, par Nicolas Sarkozy au Cap Nègre, dans la résidence de la belle-famille du président français, dans la même région.

Une source de l'entourage du président ivoirien, jointe en France au téléphone depuis Abidjan, a indiqué mardi qu'"il a profité de son séjour pour faire un bilan de santé classique".

"Il est (de retour) à son domicile. Quand je l'ai eu au téléphone, il m'a dit qu'il fête ses vingt ans de mariage demain (mercredi)", a précisé cette source, selon qui M. Ouattara n'a donc passé que peu de temps à l'hôpital.

Alassane Ouattara a été investi président de la Côte d'Ivoire en mai, la France jouant, par son intervention militaire avec l'Onu, un rôle décisif dans son arrivée au pouvoir au terme de six mois de conflit avec le sortant Laurent Gbagbo, qui refusait de reconnaître sa défaite à l'élection de novembre 2010.

Est-ce que ce monde est sérieux ?

Les taureaux qui sont «sacrifiés» au cours des moments de sadisme collectif que sont les corridas philosophent-ils au moment de s’éteindre ? Oui, l’on en croit un texte de Francis Cabrel, qui s’est mis pour les besoins de la cause poétique, dans la peau de l’un d’entre eux. Subissant la folie des hommes, qu’il entend rire lorsqu’il «râle», danser lorsqu’il «succombe», s’amuser «autour d’une tombe», il s’interroge, au sujet de la civilisation violente qui le met à mort : «Est-ce que ce monde est sérieux ?»

Ces derniers mois, alors que l’actualité internationale s’emballe et que la recolonisation violente de larges pans de la planète se masque derrière un storytelling qui abêtit une opinion occidentale encore plus anesthésiée en cette période estivale, les Africains devraient-ils avoir honte de s’identifier à des bovins ployant sous les lances d’impitoyables toreros ? A bien y réfléchir, pas forcément. En tout cas, il est légitime, en observant les différents épisodes de la guerre «au nom de la démocratie» lancée par un Occident quasi-ruiné en Afrique et dans le monde arabe, de se poser mille et une fois la question : est-ce que ce monde est sérieux ?

La démocratie, ça signifie que le parti au pouvoir organise des élections où il est juge et partie

De manière générale, les observateurs africains et occidentaux ont considéré, au fil du processus de démocratisation, que les administrations nationales étaient trop liées aux pouvoirs en place sur le continent et étaient disqualifiées pour organiser des élections. On a donc conçu les Commissions électorales indépendantes (CEI) pour en finir avec l’emprise de régimes tricheurs «par nature». En Côte d’Ivoire, une CEI mêlant représentants de l’administration, de la société civile, du gouvernement et des partis politiques existait avant les accords de Linas-Marcoussis. La « très très démocratique » communauté internationale a estimé qu’elle n’était pas assez équilibrée. L’opposition et son bras armé, soutenus par leurs alliés internationaux, ont exigé le contrôle de cette institution, notamment à travers une farce qui a consisté à créer trois sigles, donc trois «organisations», pour désigner un seul et même mouvement rebelle. Il n’était pas bon, disait-on, que le président d’alors – un vrai boulanger, n’est-ce pas ? – ait la haute main sur le processus électoral.

Au Cameroun, les Etats-Unis mettent la pression sur ELECAM, l’instance chargée des élections, et exigent la mise en place d’un «organe vraiment indépendant ». Matthew Miller, ambassadeur des Etats-Unis, a refusé d’honorer de sa présence la cérémonie de prestation de serment des membres d’ELECAM. «Nous sommes déçus par la composition de ELECAM. Elle n’est pas représentative de la société camerounaise dans son ensemble », a-t-il affirmé. Pendant ce temps, son «collègue» en service en Côte d’Ivoire, Philip Carter III, apporte son soutien enthousiaste à une CEI totalement monopolisée, aujourd’hui, par les partis et les mouvements rebelles faisant partie de la coalition qui a porté Alassane Ouattara au pouvoir. Ni l’opposition, ni la société civile n’y ont le moindre pouvoir décisionnel. En «dictature», c’est l’administration «corrompue» qui organise les élections. Après la «guerre pour l’installation de la démocratie» en Côte d’Ivoire, c’est la coalition au pouvoir, qui présentera bien entendu des candidats, qui est appelée à arbitrer entre ses poulains et «le reste du monde». Formidable, non ?

Déstabilisation des Etats faibles : la doctrine d’Abidjan appliquée en Libye et en Syrie

Les officiers français ont toujours aimé théoriser, modéliser, expérimenter des schémas de belligérance susceptibles d’être mis en œuvre sur plusieurs fronts, en sacrifiant à quelques adaptations locales. C’est ainsi que la théorie de la «guerre révolutionnaire», conçue en Indochine, va être «exportée» (pour le pire) en Algérie, en Amérique latine et au Rwanda.

A bien y réfléchir, un «logiciel» d’un nouveau type n’a-t-il pas été expérimenté au cours de ces dernières années en Côte d’Ivoire ? En tout cas, en Libye comme en Syrie, le début des événements s’apparentent en certains points au 19 septembre 2002 d’Abidjan. Les concepts de rébellion armée et de révolution populaire sont ainsi amalgamés au profit des guerilleros pro-occidentaux, dont la cause improbable est «vendue» par les médias dominants, qui passent relativement sous silence les sources de leur approvisionnement militaire. Qui font comme si une «colère» plus ou moins partagée est capable «d’accoucher» toute seule d’armes provenant d’opportunes base-arrières, de camions de transport de troupes…

Les parallèles sont plus que troublants. En Libye, le CNT utilise des techniques expérimentées en Côte d’Ivoire pour saper les bases de l’Etat et créer ce que le philosophe Léo Strauss appelait avec cynisme «le chaos constructeur». En 2002 à Bouaké et en 2011 à Abidjan, les combattants pro-occidentaux ont ouvert les portes des prisons dans leur avancée, enrôlé les occupants des lieux et accentué l’insécurité. Les rebelles libyens ont fait de même à la prison de Maya, à 25 kilomètres de Tripoli. Les reporters qui font des analyses alternatives à celles des médias dominants expliquent également que des armes ont été larguées depuis plusieurs jours à Tripoli, à des membres de «cellules dormantes» de la rébellion et à des commandos des Forces spéciales étrangères infiltrés dans la capitale libyenne. On voit que les méthodes de la rébellion et du «commando invisible» d’Ibrahim Coulibaly, assassiné à la grande satisfaction des services spéciaux étrangers qui l’ont aidé à faire ce qu’il a fait d’Abobo avant d’y mourir, ont été reproduites de manière quasiment parfaite. Après-demain, la «doctrine d’Abidjan» sera étudiée dans les écoles de guerre !

De qui le Bahreïn se moque-t-il ?

Avez-vous, vous aussi, ri aux éclats après avoir lu ou entendu que le Bahreïn, aux côtés de l’Arabie saoudite et du Koweit, a rappelé son ambassadeur en Syrie pour «protester» contre la «répression» du mouvement de contestation du régime de Bachar El-Assad ? Avez-vous voulu rappeler au rédacteur de la dépêche évoquant la question ou au présentateur du bulletin d’information annonçant la nouvelle que le Bahreïn lui-même avait violemment maté ses contestataires, avec l’appui militaire de l’Arabie saoudite et la complicité des Occidentaux, qui se sont gardé de demander «le départ immédiat» d’un régime «ami» ? Etre ami des pays les plus puissants du monde est-il un brevet de sainteté ? En tout cas, il y a mille et une raisons de se poser la question du taureau de Cabrel: «Est-ce que ce monde est sérieux ?»

21/08/2011

Blaguer-tuer

Image du Blog karlosguede.centerblog.net
Source : karlosguede.centerblog.net sur centerblog.

17/08/2011

Hermann Aboa : la photo de la honte !

 

 

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Il y a des photos qui en disent plus que mille éditos. Le cliché que nous publions ici, et que nous mettons à notre « Une », fait partie de ces clichés qui décrivent à merveille une situation donnée, et démasquent le langage perfide des « communicants » et des « étouffeurs professionnels », très habiles à justifier l’injustifiable. Comme l’image de Pius Njawé, fondateur du quotidien Le Messager et prisonnier personnel de Paul Biya, le président camerounais, à plusieurs reprises, regardant tristement à travers le grillage de sa prison.

 

Chaque fois qu’un journaliste est emprisonné, c’est toute la profession qui est déshonorée. La situation d’Hermann Aboa est d’autant plus choquante qu’il est un des quinze prisonniers d’une métropole abidjanaise où tous les voleurs, braqueurs et criminels ont été mis en liberté par ceux-là mêmes qui ont désormais à cœur de mettre des universitaires, des hauts fonctionnaires, des hommes politiques et… des journalistes au secret. Tandis que le pays s’enfonce dans une insécurité générée par nos « libérateurs » autoproclamés.

Il faut bien regarder cette photo d’Hermann Aboa. Il n’est pas abattu,non ! Il esquisse même une sorte de petit sourire qui en dit long sur sa force mentale, lui qui est accusé des crimes les plus infâmants par le premier magistrat de son pays, qui a dû regarder une autre émission que la sienne pour se convaincre qu’il lançait des appels au meurtre contre certaines ethnies précises. Il est libre. Libre derrière les barreaux. Et sa liberté intérieure est un moteur pour nous, qui pouvons encore écrire, publier, nous indigner.

Il faut bien regarder cette photo d’Hermann. Elle fera le tour du monde. Et elle édifiera le monde, sur la nature véritable du régime ivoirien, porté à bout de bras par un Occident qui se dit démocratique.

 

16/08/2011

Côte d'Ivoire : le clivage fondamental

 

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Le dernier-né des partis politiques ivoiriens, Liberté et Démocratie pour la République (LIDER), a fait sa première sortie le 11 août dernier, un mois jour pour jour après le départ hypermédiatisé du FPI de Mamadou Koulibaly, son “président-fondateur”. Quatre mois jour pour jour après le violent kidnapping de Laurent Gbagbo par les forces françaises et leurs supplétifs d’alors, les Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). On peut se contenter de considérer ce nouvel objet politique sous l’angle exclusif de la compétition entre les différentes chapelles partisanes. Et il est assez piquant de noter que Le Nouveau Réveil, journal pro-Ouattara, qui s’est enthousiasmé au commencement pour l’aventure politique de Koulibaly, et Notre Voie, journal du FPI, ont eu le même traitement de l’événement. Koulibaly n’est parti qu’avec des « feuilles mortes », et a fait une « maigre moisson ». Leçon de choses: dans l’arène politique, personne ne fait de cadeau à personne. Et les petits “clins d’oeil” ne servent qu’à exacerber les divisions du camp adverse…

 

Pour notre part, nous voudrions nous attarder sur les enjeux idéologiques de la création de LIDER. Qui revendique très clairement son appartenance à la grande famille libérale. Au moment où les pays-phares du libéralisme vacillent sur leurs bases et redoutent un krach financier et un effondrement du système. Crise de la dette, folie des marchés financiers, conséquences désagréables de la dérégulation et de la désindustrialisation de l’Occident qui en est le corollaire… Les idéologues de la”démondialisation”, nouveau mot pour définir le protectionnisme, commencent à se poser en alternative et à engranger des partisans.

Aujourd’hui, les Etats-Unis, patrie emblématique du libéralisme, vivent en “prenant crédit” auprès de la Chine, toujours dirigée par un Parti communiste qui a jeté aux orties son orthodoxie et adopté une forme de capitalisme d’Etat hybride qui semble relativement lui réussir… pour l’instant. Economiquement piégé, l’Occident libéral engage des guerres au nom de la démocratie. Hier en Irak, aujourd’hui en Côte d’Ivoire et en Libye. Et où demain?

On peut toujours rétorquer que le libéralisme n’y est pour rien, que c’est l’ingérence gouvernementale, de nature profondément keynésienne donc “socialiste” qui a, par exemple, fabriqué la crise des “subprimes”. On peut dire que le libéralisme est par nature pacificateur, parce que, dans sa vision idéelle, les nations qui commercent ensemble ne se font pas la guerre. Mais est-il réaliste d’imaginer qu’une Côte d’Ivoire dirigée demain par le LIDER soit le seul pays qui applique “bien” les recettes miraculeuses du libéralisme “pur”?

Dans son discours de présentation de son parti, Mamadou Koulibaly dit quelquechose qui nous semble pertinent. Selon lui, les concepts de gauche et de droite sont inopérants en Afrique. Le véritable clivage se situe, selon lui, entre l’étatisme castrateur et le libéralisme émancipateur. Mais ces concepts, dans toute leur pertinence, ne sont-ils pas des “pièges” pour une Afrique qui doit faire preuve, plus que jamais, d’une créativité conceptuelle bien son histoire, sa géographie et sa sociologie? Mamadou Koulibaly prend l’exemple du marché foncier pour illustrer les bienfaits que l’affirmation de la propriété individuelle apporterait à la Côte d’Ivoire. Munis de leurs titres de propriété, les paysans devenus exploitants agricoles pourraient obtenir des crédits bancaires, acheter des intrants et des engins, et améliorer leur productivité.

Le schéma est séduisant sur le papier, mais se heurte à un certain nombre de réalités locales. Premièrement la conception profonde que beaucoup d’entre nous ont de la ruralité. Le village est à la fois terroir ancestral inaccessible voire mystique, moyen de production, cimetière et lieu de mémoire. Le paysan dont le cousin rachètera à la banque son titre de propriété, après qu’il ait fait quelques “mauvaises années”, admettra-t-il de bon coeur une transaction de cette nature? Et si c’est l’ancien métayer «allogène » qui récupère ses terres? Sur quel mode seront distribués les titres de propriété, alors que le concept même de propriété est source de conflits, et que ni les “transactions traditionnelles”, très souvent orales, ni le droit coutumier, souvent interprété de manière fantaisiste par les dépositaires du pouvoir local, ne peuvent être un point de départ pertinent? Plus grave, un pays comme la Côte d’Ivoire peut-il “supporter” socialement l’activisme des fonds américains ou asiatiques cherchant à acheter des terres et proposant aux paysans, pauvres parmi les pauvres, des deals qu’ils ne pourront pas refuser?

Au-delà de toutes ces considérations, on peut se poser une question: dans un Etat dominé, occupé militairement par la France et l’ONU, où les élections et les institutions ne tiennent que si elles ne disconviennent pas à la “communauté internationale”, débattre des subtilités du socialisme et du libéralisme est-il aussi fondamental que cela? Le peuple ne doit-il pas arracher le droit de disposer de lui-même avant toute chose? Contrairement à ce que certains disent, Mamadou Koulibaly n’est pas passé du socialisme au libéralisme. Il a de tout temps été libéral. C’est au nom de la nécessaire lutte contre les structures du parti unique qu’il s’est, selon ses propres explications, fait compagnon de route des sociaux-démocrates, des marxistes et des frustrés de tout bord qui se sont réunis pour créer le FPI qui était, selon son fondateur, un « front », une sorte de fédération de plusieurs tendances idéologiques.

Aujourd’hui, après le 19 septembre 2002 et le 11 avril 2011, la question de l’indépendance de la Côte d’Ivoire s’est substituée à celle du multipartisme, depuis que l’alternance d’octobre 2000 a été littéralement “sabotée” par l’ancienne puissance coloniale qui a réussi à se remettre au centre du jeu et à imposer sa volonté. Au-delà du libéralisme, du marxisme, du conservatisme et de toutes les autres écoles de pensée. Un autre “front” ne s’impose-t-il pas désormais? Mamadou Koulibaly, qui s’est refusé à condamner la dernière expédition punitive de la Force Licorne, la qualifiant de “remise en ordre”, considère-t-il que « la guerre de la France contre la Côte d’Ivoire » s’est terminée au bénéfice de la Côte d’Ivoire, pour que la subtilité des choix de société puisse s’exprimer sur une terre désormais “libérée”? Question subsidiaire: face à un RDR membre de l’Internationale libérale, Mamadou Koulibaly, qui prône les vertus du bipartisme, veut incarner une opposition tout aussi libérale que le pouvoir. La Côte d’Ivoire ne mériterait-elle donc rien d’autre que le choix entre un libéralisme de type A – frelaté selon l’interprétation de Koulibaly – et un libéralisme de type B, plus authentique? Le débat est ouvert.

10/08/2011

"La Recolonisation de l'Afrique" réédité

photo-7.jpgJe viens de faire rééditer mon deuxième essai. "La Recolonisation de l'Afrique - le cas de la Côte d'Ivoire" a été publié en 2007. Dans un climat d'optimisme général - juste après la signature de l'accord de Ouaga. Il n'a donc pas suscité à l'époque les débats que la thématique nécessitait. Maintenant que les expéditions destructrices de la "communauté internationale" en Côte d'Ivoire et en Libye ont donné une forme de gravité à cette problématique, je remets sur le marché cet ouvrage qui se voulait une démonstration. Cet essai voulait montrer comment la France officielle s'est arrogée le monopole de l'initiative diplomatique, le monopole de l'action l'armée légitime, pour faire avancer ses pions et "assécher" progressivement, à son profit, les institutions ivoiriennes. Dans le but de remettre la main sur le pays.

La deuxième édition de "La Recolonisation de l'Afrique - le cas de la Côte d'Ivoire" a été présentée pour la première fois à Montréal, où j'ai été invité par le Congrès des Ivoiriens du Canada, avec à sa tête le très dynamique Jean-Hilaire Yapi, qui a réuni autour de lui une belle équipe. Que je remercie au passage pour l'accueil chaleureux. Je suis disponible désormais pour d'autres séances de dédicace. Et je prépare le début de la vente en ligne, qui ne saurait tarder.

 

04/08/2011

Droit d'ingérence ou de colonisation ?

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Source : karlosguede.centerblog.net sur centerblog.