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30/07/2011

Les dessins de Karlos, caricaturiste au Nouveau Courrier

Karlos, le caricaturiste du Nouveau Courrier, a créé son blog. Quelques-uns de ses dessins.

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28/07/2011

Déclaration d'Eric Kahé

Alors que ses proches sont dans le meilleur des cas persécutés et dans le pire des cas abattus et que des rumeurs "justificatives" sont distillées, Eric Kahé, ancien ministre du Commerce et président de l'AIRD, parti politique appartenant au CNRD (coalition pro-Gbagbo), a fait une déclaration pour remettre les choses à plat et défendre son honneur. Pour lire l'intégralité, cliquez Ek Declaration 201107.pdf

27/07/2011

Pour la libération d'Hermann Aboa

L'édito de Sylvie Kouamé "samplé" par Grégory Protche du Gri-Gri International.

 

25/07/2011

Ils ne veulent pas d’une opposition civilisée !

Là où il croupit, arrêté pour des crimes imaginaires, en attendant un procès hypothétique mais qui s’annonce ubuesque s’il se tient finalement, Hermann Aboa a-t-il seulement le droit de lire ? Des quotidiens, des magazines, des livres ? La préoccupation semble étrange, mais pas pour ceux qui connaissent et aiment ce jeune homme pétri de talent, passionné de journalisme jusqu’au bout des doigts, qui vit son métier comme un sacerdoce. Hermann Aboa embastillé, et c’est votre quotidien préféré, Le Nouveau Courrier, qui se retrouve une fois de plus comme en prison. Un an jour pour jour après l’épreuve carcérale qui a frappé Théophile Kouamouo, Saint-Claver Oula et Stéphane Bahi.

Car Hermann est de la famille. Depuis qu’il a ouvert la porte du Temps en 2003, porteur d’une brillante contribution de lecteur qui a « accroché » son rédacteur en chef d’alors, il a dit adieu à ses chères études de géologie pour embrasser notre belle et périlleuse profession. Il nous a accompagnés au Courrier d’Abidjan, quotidien dans lequel il a publié de beaux reportages, avant d’être happé par l’audiovisuel. La RTI, qu’il a jusqu’ici servi avec passion et engagement, même s’il a été – comme d’autres – souvent persécuté par une hiérarchie qui l’a plus d’une fois remis à sa place. Il a avalé de grosses couleuvres, même pendant la crise postélectorale. Bref, Hermann Aboa n’est pas le deus ex machina ayant la haute main sur la communication de guerre du camp Gbagbo, comme les nouveaux dirigeants veulent le faire croire, pour justifier leur méchanceté.

Il est important de s’attarder sur la signification politique du martyre d’Hermann Aboa. Voilà un journaliste « de l’autre bord », ayant fui le pays après le 11 avril et l’orgie punitive qui a suivi, qui a écouté les appels du nouveau pouvoir aux « exilés » à venir rejoindre l’effort collectif au nom de la nécessaire « réconciliation ». Dans une interview, il a tenu envers le nouveau pouvoir des propos conciliants, qualifiant une éventuelle tentative de coup d’Etat contre Ouattara d’aventure suicidaire – ce qui lui a valu des vives critiques des soutiens les plus extrémistes du président renversé sur les réseaux sociaux en ligne. Revenu au pays, il a regagné la RTI, engagé les démarches évoquées par le pouvoir lui-même pour voir ses maigres avoirs « dégelés ». Puis, patatras. Il a été arrêté. Le message est clair. Les appels à la réconciliation sont au mieux une opération de com’ menteuse destinée en réalité à la communauté internationale. Au pire, il s’agit d’un piège cynique pour remplir au plus vite la MACA d’un maximum de prisonniers politiques.

Ainsi agit le pouvoir Ouattara en matière de reconstitution du tissu social. Comme un lézard qui détruit avec sa queue ce qu’il a construit avec ses pattes, il multiplie les signaux négatifs à peine le premier acte positif posé. Il est évident que les nouvelles autorités entretiennent à dessein un climat de tension et de psychose destiné à paralyser l’opposition civilisée, ou même les simples citoyens ayant le moindre rapport avec l’ancien pouvoir – et ils sont nombreux – dans une peur panique permanente. Si Hermann Aboa est arrêté, plus de 100 jours après la prise effective de pouvoir d’ADO, parce qu’il a « soutenu » Gbagbo en continuant de travailler pendant la crise postélectorale, cela signifie que des milliers de personnes peuvent être, du jour au lendemain, prises dans les rêts d’un arbitraire sans scrupules ni complexes. Il est donc sage, dans ce contexte, de se tenir à carreau.

Consciemment ou non, nos nouveaux gouvernants affaiblissent chaque jour l’opposition « modérée », qui a – pour des raisons qu’on ne discutera pas ici – choisi de « composer ». Grands doivent être les regrets de Paul Yao N’Dré, qui s’est humilié au nom de la paix en « intronisant » Alassane Ouattara. Aujourd’hui, le nouvel aboyeur public, Alphonse Soro, tente de le pousser à la démission en utilisant des méthodes inacceptables, là où nos institutions empêchent ses « mandants » de le débarquer. La ligne Mamadou Koulibaly ne cesse de s’affaiblir dans l’opinion pro-Gbagbo. A peine le président de l’Assemblée nationale a-t-il reconnu le chef de l’exécutif que ce dernier, de manière anticonstitutionnelle, a entrepris de « dissoudre » le Parlement. Il refuse tout dialogue sérieux avec l’opposition sur des questions élémentaires comme la composition de la CEI. Du coup, ceux qui lui ont tendu la main parmi ses adversaires sont assimilés à des traîtres incompétents. Dans ce contexte, la relecture de l’interview accordée à RFI par l’actuel président de LIDER, en rajoute à l’inquiétude générale. « La priorité, c’est d’abord de reconstituer cette opposition républicaine face à Ouattara. Il n’est pas question que l’on retombe dans un régime de parti unique. Si dans cette dynamique, je réussissais, alors Ouattara pourrait avoir en face de lui une bonne opposition et ce serait ma contribution à la réconciliation. Mais si j’échouais sur ce terrain, que le FPI disparaissait, alors monsieur Ouattara aurait en face des factions dispersées sur l’ensemble du territoire et organisées n’importe comment, qui lui rendraient la vie très difficile. Et cela n’est pas souhaitable », disait-il. On a pourtant l’impression que le camp d’en face, que le « bouclier » franco-onusien rend arrogant, veut à tout prix pousser l’adversaire à la reprise des armes. Pour « finir le travail » et justifier une nouvelle épuration politique de masse. Plus que jamais, comme le disait une blogueuse passionnée il y a quelques mois, « l’argent n’a pas d’odeur mais Abidjan sent l’hydrogène ».

Sylvie Kouamé

23/07/2011

Côte d'Ivoire : la tentation coloniale, par Michel Galy (version multimédia)

Le très beau texte de Michel Galy mis en scène avec talent par l'ami Grégory Protche. Qui lui donne, pour ainsi dire, de la chair.

22/07/2011

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21/07/2011

France-Côte d'Ivoire : la tentation coloniale

Depuis la chute du régime de Laurent Gbagbo, le 11 avril 2011, la diplomatie et l'armée françaises sont en première ligne à Abidjan. Selon le politologue Michel Galy, cette situation ramène la Côte d'Ivoire 50 ans en arrière.

 

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Quels que soient les arguments mis en avant pour arbitrer le différend postélectoral entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, il n'en demeure pas moins que l'armée française a été contrainte par le pouvoir politique à la plus importante opération depuis la guerre d'Algérie et la sanglante opération de répression contre l'Union des populations du Cameroun (UPC), au Cameroun.

Et ce dans des circonstances encore floues, tant dans la préparation en amont de l'opération avec la mission de l'ONU en Côte d'Ivoire (Onuci) et avec l'ex-rébellion, bras armé du pouvoir d'Alassane Ouattara, que dans le bombardement d'objectifs plus symboliques que militaires.

Tous les observateurs savent bien, une fois le drame retombé, que le bombardement de la présidence et de la résidence présidentielle d'un pays étranger n'entre pas dans le cadre d'un quelconque mandat onusien! Quand les armes lourdes, les tanks et les hélicoptères d'assaut des deux corps expéditionnaires occidentaux tirent sur de tels objectifs (résidence, présidence, hôpital et supermarché, foule de jeunes civils voulant servir de «bouclier humain», etc.), qui pourrait croire à l'application de la résolution 1975, censée protéger les civils?

Un coup d'Etat programmé

Il s'est agi de toute évidence de changer de régime et de président, en prenant le contrôle d'une capitale de 5 millions d'habitants. En toute clarté terminologique: un coup d'Etat franco-onusien.

A quel prix? Voilà un point qu'une commission d'enquête parlementaire ou internationale ou pourquoi pas un rapport enfin objectif d'organisations de droits de l'homme -décidément bien ambiguës- pourraient éclaircir. A moins que des chercheurs africanistes, que l'on a connu plus diserts pour condamner le régime précédent, se livrent à des enquêtes de terrain ou des analyses argumentées.

Il est question, lors de ce coup d'Etat, de centaines ou de milliers de morts, dont nombre de civils désarmés. Où est la vérité? Les forces pro-Ouattara ont torturé et exécuté plusieurs milliers de civils, tant à Yopougon (quartier pro-Gbagbo) que dans l'ensemble de la capitale, et commis des crimes de guerre dont Duékoué n'est que l'exemple le plus connu.

Qui nous donnera des chiffres exacts et détaillera la complicité -même dans la passivité- des forces occidentales? Tout ce qu'on sait de la «triple alliance» force Licorne, Onuci-FRCI (Forces républicaines de Côte d'Ivoire, ex-rebelles pro-Ouattara) font craindre une implication de l'armée française plus importante qu'au Rwanda.

Une gouvernance de l'ombre en Côte d'Ivoire

Ces graves problèmes sont en fait la conséquence d'une délégitimation programmée du régime précédent, coupable sans doute d'une résistance larvée à une volonté de normalisation franco-africaine, et d'une volonté pourtant très relative de se tourner vers de nouveaux partenaires, comme la Chine.

Délégitimation intellectuelle et politique, depuis Paris et Abidjan, concomitante à une aide multiforme au coup d'Etat de 2002 où les forces de Guillaume Soro et Alassane Ouattara ont conquis les deux tiers du pays. Cette descente vers le Sud des conquérants dioulas n'a été possible in fine que grâce à l'aide des services français et de la force Licorne, dont seules les grandes lignes sont connues.

«Et maintenant, on fait quoi?», disent volontiers les Abidjanais... La«tentation coloniale» semble se traduire par une mise en coupe réglée du pays et, pire encore, une mise sous tutelle du nouveau régime, qui ramène 50 ans en arrière.

Tous les observateurs le savent: en cas de retrait de la force Licorne et des troupes de l'ONU, l'armée et le régime Ouattara ne tiendraient pas longtemps dans une ville qui leur reste majoritairement hostile. D'où la tendance, pour les responsables français d'Abidjan, à se substituer ou à collaborer aux centres de décision ouattaristes: de nommer très récemment, par exemple, un colonel français au poste de conseiller sécurité à la présidence.

Le retour des institutions internationales -et particulièrement françaises, comme l'Agence française de développement (AFD)- (absentes depuis 10 ans, avec la volonté implicite de couper toute aide au régime Gbagbo) se traduira par des experts étrangers tout puissants et par des conditionnalités renforcées: une gouvernance de l'ombre qui formate en amont projets et programmes.

Décapitalisation aussi de l'économie: de nombreuses sociétés d'Etat seraient alors privatisées, comme pendant la primature Ouattara, au profit de ses proches (et des clients étrangers) qui trustent déjà ministères et postes-clés -au détriment du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI, ancien parti unique de Felix Houphouët Boigny de 1960 à 1990, de droite, à tendance libérale), décidément la dupe du coup d'Etat.

Les matières premières comme le café, le cacao et surtout le pétroleoffshore du golfe de Guinée sont bien plus importants, et les Américains sont à l'affût, en rivalité directe avec les entreprises françaises.

L'opposition muselée

Le prix de ce retour à l'ordre colonial est hélas celui d'une brutale criminalisation de l'opposition, de l'incarcération et de la déportation de ses dirigeants -tandis qu'une répression multiforme décime ou terrorise ses partisans. Le plus scandaleux est la déportation non seulement de Laurent Gbagbo à Korhogo, mais de sa famille (son fils, de nationalité française, Michel Gbagbo, qui subit des mauvais traitements à Bouna, est-il coupable d'un «délit de parenté»?) et des «Cents d'Abidjan» eux aussi emprisonnés dans des conditions indignes dans des zones hostiles, malgré la présence complice des troupes de l'ONU. Les conventions de Genève stipulent des conditions de détention décentes et la possibilité de consulter un avocat; des droits déniés à ces prisonniers politiques ivoiriens.

Encouragé par l'absence de réactions internationales, le pouvoir vient très récemment de déporter à Boundiali les réfugiés de la Pergola, hôtel où, dans une sorte de guet-apens, l'ONU était censé assurer leur sécurité. Le Premier ministre Aké Ngo Gilbert, que j'ai connu dirigeant l'université d'Abidjan et garant scientifique des remarquables colloques de 2010 (pour fêter les 50 ans des «indépendances»!) a-t-il fait autre chose que de gérer honnêtement une situation économiquement très difficile depuis les élections?

On a hélas l'impression qu'au-delà de l'opposition, ce sont les élites intellectuelles et même les classes moyennes qui sont condamnées, tandis que les criminels de guerre et autres rebelles reçoivent les prébendes et la reconnaissance internationale!

Abidjan «hors de contrôle»

Sur le plan militaire, les pouvoirs français et ivoiriens (ou «franco-ivoiriens»?) sont devant un dilemme: soit ils s'appuient sur les FDS (Forces de défense et de sécurité) pro-Gbagbo, foncièrement hostiles à l'armée de Ouattara; soit ils aident comme pendant la«bataille d'Abidjan» (entraînement, logistique, armes et uniformes) les rebelles pro-Ouattara, dont tout laisse deviner qu'il ne suffit pas de les baptiser «FRCI» pour que cessent leur pratiques de prédation.

L'amalgame étant difficile -si ce n'est impossible- tant les deux factions militaires sont hostiles, l'armée française peut être tentée de se substituer à l'armée ivoirienne (comme sous le président Houphouët-Boigny) ou de l'«encadrer», c'est-à-dire de la diriger par une présence massive de «conseillers», comme au Vietnam autrefois, ou en Libye aujourd'hui.

La situation à Abidjan est en effet «hors de contrôle», selon l'aveu des dirigeants civils pro-Ouattara: outre les centaines de meurtres d'opposants, notamment à Yopougon, d'immenses quartiers comme Angré ont été totalement pillés; plus de police et de gendarmerie, et les Dozos (qui auraient massacré un millier de civils à Duékoué) sont dans les commissariats.

Dès lors la tentation est grande pour les Franco-onusiens d'aider le gouvernement Ouattara à éliminer les rebelles les plus dangereux, sur le modèle de la liquidation d'Ibrahim Coulibaly -ce qui entraînerait plus loin les forces occidentales dans les violences ivoiriennes.

Contre ce programme néocolonialiste, une autre politique franco-ivoirienne se dessine, qui pourrait favoriser un retour à la paix civile et à des élections législatives représentatives, faute de quoi l'hypothèse d'un nouveau cycle de violences ne serait pas à exclure, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur du pays. Retrait des deux corps expéditionnaires occidentaux, libération des prisonniers politiques et réintégration de ceux-ci dans le jeu politique en seraient les points-clés.

Dans le cas contraire, la «bataille d'Abidjan» et ses nombreuses victimes aurait été menée pour rien: à terme, les intérêts et même les ressortissants français courraient de graves dangers, tant le ressentiment est important à Abidjan.

Décidément, l'image quasi «bushienne» de lutte du bien contre le mal -comme en Libye?- n'était pas très réaliste... Pas plus que celle d'un «post-conflit» idyllique et consensuel.

On parierait qu'un terrible scandale politico-médiatique reste à venir, quand on saura enfin ce qu'il s'est réellement passé à Abidjan, il y a aujourd'hui trois mois.


Michel Galy

(Source SlateAfrique)

 

20/07/2011

François Fillon : discours peu sérieux pour personnes peu sérieuses (Le Nouveau Courrier du 18 juillet 2011)

Ainsi donc, François Fillon a fini son « tour du propriétaire » en Côte d’Ivoire. Un séjour qu’on devrait qualifier d’historique : la première visite officielle d’un Premier ministre français en Côte d’Ivoire depuis… 1986. A l’époque, Jacques Chirac, chef d’une droite ayant tout juste obtenu la majorité lors des législatives et par conséquent le contrôle du gouvernement dans le cadre de la cohabitation, venait remercier son « papa » Félix Houphouët-Boigny de l’avoir aidé par ses « conseils », mais surtout par son argent, qui se confondait avec celui de son pays, durant la campagne électorale. C’était le temps de l’Afrique de papa, d’un néocolonialisme que pourfendait, à Ouagadougou, Thomas Sankara, avant d’être assassiné avec, disent certains historiens, la bénédiction de Paris et d’Abidjan.

Tout aurait, aujourd’hui, changé de face. Evoquer même encore le terme « Françafrique » reviendrait à se servir d’un « logiciel dépassé », si l’on en croit les propos du Premier ministre de Nicolas Sarkozy. Ce discours de François Fillon, disons le tout net, est peu sérieux, et ne sera considéré sérieusement que par des personnes peu sérieuses. Mal inspiré au Cameroun en mai 2009, quand il niait les crimes commis par l’armée française durant la guerre d’indépendance, à côté de la plaque quand il a évoqué le faible taux de « francité » d’Eva Joly, et ce – ironie ! – devant Alassane Ouattara, la « victime » de l’ivoirité, Fillon a été naturellement défaillant en essayant de donner un avis pertinent sur l’évolution des relations entre son pays et ses ex-colonies africaines.

Au fait, quand est-ce que la France officielle a-t-elle admis que le logiciel « Françafrique » était de saison, pour qu’elle puisse affirmer aujourd’hui qu’il est passé de mode ? Depuis que François-Xavier Verschave, ex-président de l’ONG Survie, a passé au tamis critique le néologisme créé par Félix Houphouët et l’a érigé en mot-repoussoir résumant l’ensemble des relations mafieuses et entachées de sang liant la France à son « pré carré », le concept a été contesté, moqué, ridiculisé. Verschave a été accusé de paranoïa complotiste. Aujourd’hui, on aurait parlé de « conspirationnisme »… D’hier à aujourd’hui, qu’est-ce qui a changé dans le sens de la souveraineté des pays d’Afrique dite francophone? En 1997, Paris soutenait les milices de Denis Sassou N’Guesso contre le président élu Pascal Lissouba dans le cadre de la reconquête de Brazzaville. En 2002, Paris soutenait les milices pro-Ouattara contre le président élu Laurent Gbagbo. En septembre 1979, les parachutistes français renversaient le Centrafricain Jean-Bedel Bokassa. En avril 2011, les forces spéciales françaises détruisaient la Résidence présidentielle ivoirienne afin de livrer Laurent Gbagbo à ses adversaires. Lors de la guerre du Biafra, entre 1967 et 1970, la France, alliée à l’Afrique du Sud raciste, convoyait des armes aux rebelles ibos. Aujourd’hui, la France largue des armes aux rebelles libyens, en partie islamistes. La seule différence entre les aventures militaires néocoloniales d’hier et celles d’aujourd’hui ? La force de la résistance populaire qui se construit lentement « oblige » légionnaires et hélicoptères à tuer des civils africains. Par centaines. A Abidjan, François Fillon a demandé que les crimes de tous les camps soient punis. Qui punira la France ?

La Françafrique, c’est une relation dans laquelle la France utilise sa présence militaire en Afrique pour y jouer un rôle politique, renverser et installer, soutenir et déstabiliser. C’est ce qui s’est passé et c’est ce qui se passe en Côte d’Ivoire. La Françafrique, c’est une relation économique du cheval et du cavalier, où Paris est le partenaire économique « de référence », vers qui les contrats se tournent prioritairement… sans que la réciproque soit vraie. On est en plein dedans. La Françafrique, ce sont les conseillers militaires et économiques dépêchés par l’Elysée et qui travaillent, au plus haut niveau de l’Etat africain vassal et de manière très officielle, pour le compte du pays donneur d’ordres. On y est retournés, pieds et poings liés. La Françafrique, c’est le jeu qui consiste pour la France à choisir ses interlocuteurs en Afrique, et à décider toute seule en donnant l’impression d’un dialogue avec « nos partenaires africains ».

La manière dont les autorités françaises communiquent sur le maintien – ou le retrait – des troupes hexagonales en Côte d’Ivoire illustre à la perfection le complexe de la marionnette et du ventriloque qui caractérise les relations diplomatiques entre nos pays. Alors que l’investiture d’Alassane Ouattara se tenait encore, Nicolas Sarkozy a affirmé devant ses compatriotes regroupés dans le camp militaire français de Port-Bouët – symbole ravageur ! – que son pays garderait une présence militaire « permanente » en Côte d’Ivoire. Pourtant, les accords de défense doivent être renégociés d’Etat à Etat, et ratifiés par l’Assemblée nationale. Si Sarkozy se risque à une telle affirmation, c’est parce qu’il sait qu’il contrôle le pouvoir exécutif ivoirien et qu’il contrôlera demain – notamment grâce à l’opération d’épuration politique en cours, sanctifiée par Paris – le pouvoir législatif, au terme des élections qui doivent se dérouler avant la fin de l’année.

François Fillon a raison : le logiciel « Françafrique » est dépassé. Il a été remplacé par un software d’écrasement des peuples africains qui est, paradoxalement, à la fois plus subtil et plus grossier. Et terriblement violent.

Sylvie Kouamé

13/07/2011

La pornographie de l'humiliation (publié dans Le Nouveau Courrier du 11 juillet)

Un énorme buzz à travers les réseaux sociaux et des reprises – timides – par les sites Internet de Radio France Internationale et de CNN, et par des pure players comme slateafrique.com et afrik.com. Les images obscènes d’humiliation des “otages” de Bouna, dont Pascal Affi N’Guessan, président du FPI, et Michel Gbagbo, fils aîné du président ivoirienrenversé, qui ont “fuité” sur la toile après avoir été vraisemblablement prises par les hommes du “comzone” Morou Ouattara, ne seront pas oubliées de sitôt et représenteront sans doute un tournant dans la perception internationale de la vraie nature du régime d’Alassane Dramane Ouattara.

Les scènes qu’elles nous donnent de voir, les paroles qu’elles nous donnent d’entendre, nous renseignent également sur l’état d’esprit et les dispositions psychologiques de nos actuels gouvernants. Morou Ouattara pose son groupement politique en
victime absolue et ses adversaires d’hier en figures diaboliques totales. Dogbo Blé est un « monstre » qui a tyrannisé Abobo, fulmine-t-il. Se souvient-il seulement que le village ébrié d’Anonkoua Kouté, que les forces pro-Ouattara ont attaqué durant la nuit, tuant de nombreux civils endormis, fait partie de la commune d’Abobo? Le centre émetteur de la RTI, où deux civils – dont un adolescent – sont morts calcinés par la “grâce” des combattants anti-Gbagbo, se trouvait également à Abobo.

Morou Ouattara fustige les refondateurs, qui ont ruiné le pays par leurs achats d’armes et leurs détournements de fonds, allant jusqu’à ne pas payer certains fonctionnaires – ah bon ? On en oublierait presque que les premiers à avoir acheté des armes pour mener une guerre en Côte d’Ivoire sont les financiers occultes des ex-Forces nouvelles. Qui, selon des rapports non démentis des experts de l’ONU, ont continué à en acquérir après la signature de l’Accord de Ouagadougou. On en oublierait presque qu’en matière de bonne gestion, la zone gouvernementale était un paradis par rapport à la “zone CNO” où les soldats n’ont jamais été payés, où les taxes vont toujours directement dans les poches des “Comzones” ou dans les caisses d’une structure ad hoc qui ne doit de comptes à personne : la “Centrale”. On en oublierait également que le Premier ministre du régime “démoniaque” stigmatisé par Morou a été, pendant trois ans et neuf mois, Guillaume Soro, visage officiel de l’ex-rébellion. Quand on a été pendant de longues années un “commandant” des Forces Nouvelles, on ne peut pas jouer les “indignados” de la vingt-cinquième heure. A moins d’avoir été contaminé par la grande névrose de la mémoire disséminée dans le corps social ivoirien par un certain nombre d’idéologues véreux…

Une autre chose frappe celui qui regarde attentivement la vidéo mettant en scène l’épreuve de torture morale imposée aux “otages” de Bouna. Dès que Morou a terminé son “sermon” et énoncé la sentence punitive – “pompez” –, ses nervis dirigent leurs caméras vers les “réprouvés” pour filmer leur humiliation. Des images qui seront très vite assez diffusées pour que des officiels de l’ONUCI puis le grand public les voient. « Comment ces gens s’arrangent-ils pour que ces images qui les accablent pourtant soient sur Internet ? », s’interrogent les observateurs un peu trop rationnels. Ils ne réalisent pas que cette “pornographie de l’humiliation” répond à un désir d’assouvissement de pulsions sadiques collectives encouragé – assez curieusement – par le sommet de la pyramide.

Cette culture du voyeurisme mortifère n’a-t-elle pas été, d’une certaine manière, “officialisée” le 11 avril à l’Hôtel du Golf, siège provisoire de la présidence Ouattara, où les images d’humiliation de Laurent, Simone et – déjà – Michel Gbagbo ont été diffusées dans l’urgence et la jubilation sur TCI puis, dans ses aspects les plus trash, sur Internet ? Il n’y a qu’Eugène Dié Kacou, patron désormais zélé du Conseil National de la Presse (CNP) qui, voulant sauver le nouveau pouvoir de lui-même, met toute son énergie à censurer ces images insupportables certes, mais criardes de vérité…

Enfants de la télé, fils naturels du numérique et de la poudre à canon, les compagnons de route de Guillaume Soro ont pris, depuis 2002, l’habitude de laisser une trace digitale signalant leurs “exploits”. Qui se souvient de “Kass”, chef rebelle pro-IB emblématique, dont les performances sexuelles filmées se sont retrouvées sur des VCD vendus comme des petits pains à la “Sorbonne”, et dont le corps endolori a été exhibé selon le même procédé après son assassinat par ses petits camarades de la tendance rivale ?

Il faut aller assez loin dans la sémiologie politique pour comprendre cette obsession de l’image violente. Simone Gbagbo jetée par terre et tenue par les cheveux par des combattants aux yeux injectés de sang, des jeunes patriotes embastillés improvisant sur le court de tennis de l’Hôtel du Golf improvisant un chant de zouglou en l’honneur de la “solution”, les photos des corps sans vie d’Ibrahim Coulibaly dit “IB” ou de “Maguy le Tocard”… Tous ces clichés visent à faire comprendre à notre inconscient collectif que nous sommes entrés dans l’ère de la terreur. Tu te plies ou on t’achève ! Ainsi va la vie dans “nouvelle Côte d’Ivoire”.

 

09/07/2011

Une chanson que je dédicace aux "voyageurs de la liberté" ivoiriens...

En particulier à mon jeune frère Claudus Kouadio. Il s'agit de "Fils de la terre" de Meiway. Ecoutez les paroles.

20:00 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (3)