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04/04/2011

Qui sont les dozos, accusés des massacres à Duékoué ?

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« Il y a eu 330 personnes tuées à Duékoué de lundi à mercredi […]. La plupart ont été exécutés par les "dozos", des FRCI ». Cette accusation provient de l'ONUCI, considérée comme "très compréhensive" vis-à-vis desdites FRCI (Forces républicaines de Côte d'Ivoire, pro-Ouattara. Mais elle n'explique pas pour les profanes qui sont ces fameux "dozos", qui font partie des combattants du "président reconnu par la communauté internationale".

Les dozos sont les membres d'une confrérie ancestrale de chasseurs traditionnels en pays malinké (Nord de la Côte d'Ivoire, mais aussi Burkina Faso et Mali). Une confrérie à caractère ethnique, donc. Ils sont craints pour leurs supposés pouvoirs mystiques. Ils seraient invulnérables aux balles et créeraient l'effroi chez les militaires de l'armée ivoirienne. Les dozos sont en général analphabètes et frustes. Confinés dans un univers tribal, ils n'ont qu'une faible compréhension des concepts républicains.

Depuis le déclenchement de la rébellion le 19 septembre 2002, ils ont été accusés de nombreux massacres, mais ils n'ont jamais été démobilisés ni désarmés. Leurs dérives étaient prévisibles. Durant la guerre en Sierra Leone, leurs alter ego, les kamajors, se sont rendus coupables de graves crimes contre l'humanité.

Les massacres perpétrés par les dozos de Ouattara mettront forcément en lumière la nature réelle et le parcours des combattants des FRCI, qui se pose déjà en armée "officielle" de la Côte d'Ivoire. En dehors des dozos, on retrouve une majorité de jeunes civils, enrôlés sur une base ethnique après le 19 septembre 2002, des mercenaires "prêtés" par des Etats étrangers comme le Burkina Faso voisin et quelques officiers ou sous-officiers déserteurs des FDS, quasiment tous issus du Nord de la Côte d'Ivoire - ils sont désormais "secourus" par des déserteurs plus récents, sortis du rang des loyalistes lors de la crise postélectorale.

Est-il possible de faire d'un agglomérat de combattants soudés par le "revanchisme ethnique" une armée nationale, respectueuse de tous les individus et de toutes les ethnies du pays ? Difficile de répondre à cette question. Beaucoup plus difficile que de vanter le "professionnalisme" de l'assaut des FRCI sur Abidjan.

Commentaires

Merci théo de cette information de taille que tu donnes aux personnes ne vivant pas en Afrique de l'ouest. J'espère qu'elles pourront se faire une idée précise de cette hordes de guerriers d'un autre âge et leur implication dans le crime contre l'humanité qui a cours en ce moment en Côte d'Ivoire.

Haut les coeurs

Écrit par : Akoun Nazaire Yapi | 04/04/2011

Félicitations pour votre courage en tentant d'alerter l'opinion sur la nature réelle du conflit en Côte d'Ivoire. Moi-même m'étant spécialisé dans l'interprétation de l'actualité, j'ai pu constaté avec quels termes "compréhensifs" voire de complicité avec ceux coupables de crimes contre l'humanité les média français traitent les évènements tragiques de la Côte d'Ivoire. Ils étaient pareils à l'époque des génocides cambodgiens et rwandais. Ils n'ont rien compris, rien appris. On n'a pas le droit de massacrer des innocents. Cela s'appelle crime contre l'humanité et porte déshonneur aux pays qui sont complices.

Écrit par : michael scott | 10/04/2011

Les Dozo ont bon dos !
Si l'Onuci les accuse nommément, c'est sans soute pour innocenter les FRCI et par là prétendre que la responsabilité de ce crime de guerre ne peut pas remonter toute la chaîne de commandement de l'armée de A.D. Ouattara ou de son ministre de la défense.
Un mensonge peut en cacher un autre. Il y a d'une part la sous-estimation évidente du nombre des victimes civils de ces massacres : 330 ! ; alors que les organisations Carritas, CICR, Amnesty International, en ont compté plus de 1000 à Duékoué. Mais d'autre part, il y a cette accusation sournoise des Dozo "groupe ethnique" qui fait diversion en transformant un crime de guerre en "violences inter-ethniques" incontrôlable. Ah, les Africains…

Cette accusation souille encore l'Afrique à deux niveaux. D'abord en dépeignant un continent en proie au tribalisme, par atavisme et par primitivisme, alors que l'Afrique est peut-être le continent où différents groupes humains ont su à la fois préserver leur identité comme nulle part ailleurs, et vivre ensemble, se côtoyer —non pas sans problème, mais du moins en formant des pays d'une richesse de Cultures qui laisse pantois.
Ensuite parce qu'il ne s'agit aujourd'hui que d'une milice guerrière sans fraternité ni honneur aucun, faite de soldats de fortune et de jeunes enrôlés ; le tout en mal d'identité et qui se choisissent un sigle, un "Totem". Des Dozo ancestraux, ils ne font que porter un petit chapeau en coton brut et quelques amulettes. Combien d'entre ces Dozo là peuvent prétendre avoir passé l'initiation ? (la vraie, pas celle de massacreur et d'enfant-soldat plongés dans l'école de l'horreur façon Taylor et Sanko)
Est-ce que la fameuse milice Ninja du Congo était constituée de Japonais ou d'adeptes véritables des Arts martiaux ?

Maintenant ce que vous dites est vrai aussi, ce n'est pas la première fois qu'une telle confrérie a été détournée de son rôle de vrais chasseurs pour se mêler à la vie politique. Je crois même qu'ils ont défendu Senghor lors d'une insurrection à Dakar il y a bien longtemps.
Mais je tenais à souligner que cela sonne aujourd'hui comme une insulte à la tradition et à la mémoire africaine. Certaines confréries de chasseurs ont une histoire longue et édifiante. Notamment cette confrérie de chasseurs du Mali qui, sous l'égide de Sounjata, proclama l'interdiction de l'esclavage dans une charte qui date de 1222 ! (voir la traduction de Youssouf Tata Cissé ).

Écrit par : David Leterrier | 29/04/2011

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