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25/02/2011

Côte d'Ivoire : le syndrome de Touba ou comment la presse étrangère choisit ses morts

Au moment où j'écris ces lignes, la guerre a recommencé en Côte d'Ivoire, même si personne n'ose encore le dire clairement. A Abidjan, dans le centre et dans l'ouest, les combats ont repris entre l'armée ivoirienne et les insurgés pro-Ouattara. Des combats à l'arme lourde. Immanquablement, les morts se multiplient. Comment la presse doit-elle évoquer les violations des droits de l'homme occasionnées par cette situation ? En Côte d'Ivoire, les journaux ont des identités politiques très marquées, et il semble acquis qu'ils auront plus de compassion pour les morts de leur camp. Mais la presse étrangère, a priori, a le recul nécessaire pour ne pas trier les morts.

A priori, seulement... Car la couverture de la Côte d'Ivoire de ces derniers mois met en lumière une "stratégie du récit" qui occulte volontairement les crimes des pro-Ouattara pour mieux accabler le "méchant" Gbagbo. Le dernier rapport d'Amnesty International, qui évoque les crimes et les agressions sexuelles commis de part et d'autre, illustre de manière magistrale cette stratégie du récit.

- D'une part, il y a les exactions des soldats loyalistes, abondamment commentés par les médias étrangers et par la division des droits de l'Homme de l'ONUCI. Amnesty ne fait que confirmer des allégations déjà rendues publiques par d'autres moyens.

- D'autre part, il y a les exactions des Forces nouvelles, rebelles au service d'Alassane Ouattara. Silence, on regarde ailleurs... Le lecteur naïf qui parcourt le rapport d'Amnesty découvre, effaré, une réalité occultée par des médias qui ont pourtant abondamment couvert la Côte d'Ivoire depuis octobre 2010.

J'entends déjà des justifications : la presse ne peut pas être partout. Et elle n'était pas au courant. Le problème est qu'un des faits évoqués par Amnesty International, la tuerie de Touba, qui a eu lieu en octobre 2010, quelques semaines avant le premier tour, était largement documentée. Les images des victimes ont été abondamment partagées sur Internet. Amnesty International écrit :

"En octobre 2010, des membres des FN ont sommairement exécuté onze hommes qu'ils avaient détenus et qui étaient accusés d'être des « coupeurs de route » et d'avoir assassiné plusieurs voyageurs à Touba (environ 680 km à l'ouest d'Abidjan). Bien que ces assassinats aient été publiquement connus (des membres des FN ont eux-mêmes filmé ces tueries, y compris les cadavres des 11 personnes abattues), aucune mesure concrète ne semble avoir été prise par les dirigeants des FN pour demander des comptes aux auteurs de ces actes."

Expéditions punitives contre des villages de leur zone qui ont eu le "malheur" de voter Gbagbo, tueries sur la base ethnique, viols... Comment se fait-il que ces exactions des Forces nouvelles n'aient pas été évoquées par la "grande presse" ? J'ai ma petite réponse : au nom de ce que je baptise "le syndrome de Touba". Il faut préserver l'image de ceux qui sont estampillés "bons", "gentils", "dignes d'être soutenus". Je me souviens d'octobre 2002. Près d'une centaine de gendarmes et leurs familes avaient été froidement assassinés par les "rebelles qui sourient" et jetés dans une fosse commune. Tout le monde savait : les journalistes sur place, qui ont même filmé l'envoi à la mort des victimes, les organisations des droits de l'homme. Mais il a fallu un mois pour que l'information sorte. C'était dans un rapport tardif... d'Amnesty International.

Utiliser les droits de l'homme dans des guerres d'influence internationales, c'est violer les droits de l'homme.

Commentaires

Cela ne me surprend guerre.La presse dite internationale fait un choix dans le traitement de l'information,on ferme les yeux sur tous les crimes ou viols ou dérives des rebelles qu'il considère comme défendant la bonne cause et il tire sur l'autre camp dès que l'occasion lui est donné.C'est cela l'information a deux vitesses auquel nous sommes confronté c'est dommage mais c'est comme ça.

Écrit par : Treh honore | 25/02/2011

Je ne suis qu'à moitié étonné de ce que j'apprends. Et j'ai encore plus mal pour mon pays et mon Afrique qui subissent la loi du plus fort. Que D.ieu préserve votre vie et vous donne le courage de continuer à faire votre métier aussi objectivement que possible. On a assez vu d'attachés de presse au service de telle ou telle partie. Place aux journalistes...

Écrit par : Jean-Yves M. | 25/02/2011

Pourquoi dire que l'ONUCI et la "communauté internationale" sont du côté de Ouattara et des rebelles est un non-sens présentement?
Pourtant les faits sont criards et je veux même dire débordants !
Qui enfin aura encore un peu de justice et de justesse pour confirmer le complot (et le mot n'est pas assez fort) contre les ivoiriens? Pro-Gbagbo me taxerez-vous, ce nè pas cela la question, regardez ce qui se passe sur le terrain et jugez-par vous-mêmes... En passant, merci monsieur KOUAMO pour cet article.

Écrit par : Lange | 25/02/2011

A lire ce billet, je me demande bien c'est qui cette presse internationale dont il est question. Vous me donnez l'impression que "la presse internationale" est un organe de régulation centralisé qui décident de qui doit paraitre ou pas, de quelle information est la plus appropriée ou pas. La liberté de presse existent pourtant bel et bien à ce que je sache. De toutes les chaines de télévision publique et organes de presse du monde entier qui existent, je suis surpris que certains se sentent quand meme marginalisés et donne l'impression que "la presse internationale" ne parle que de leur méfaits.

Écrit par : Francesco d'Assisi | 25/02/2011

Je suis très déçu du comportement de la presse dite civilisée. Elle n'est plus là pour donner l'information, pour former la population. Elle est là pour appuyer le plus fort. Depuis la crise en Côte d'Ivoire, nous n'avons eu aucun article indépendant qui nous édifie sur lesdites élections. Tout ce qui est fait contre le camp GBAGBO, même sans support juridique est applaudi.
1-Quand la signature est retirée au camp GBAGBO à l'UEMOA, sur quoi se basent les ministres pour une telle décision? tant que ça fait mal au camp LG, on applaudit
2-Quand les banques ferment sans aviser les clients, on est content parce que le peuple aura faim et se soulèvera.
3-Quand les rebelles qui ont fait des massacres en CI sont autour d'ADO, on oublie ces morts et la morale, ADO doit aller à la présidence. Un Chef rebelle tant soutenu étonne et choque ma conscience.
La crise en CI m'a beaucoup ouvert les yeux, je comprends que le monde est cynique et qu'il faut se battre pour survivre.

Écrit par : lendoye andré | 25/02/2011

Pour repliquer a Francesco, a mon sens, il faudrait peut-etre noter (par exemple) deux points:
- (1) en fait, le majorite du corps journalistique etranger se referre a un tout petit nombre de sources quand il s'agit de petit pays comme la Cote d'Ivoire, donc il n'y a rien de bien curieux a ce qu'il relate en choeur l'histoire que ces sources la souhaitent donner en fonction de leurs interets. (Et le fait qu'elles ont un interet se suggere a priori par le fait meme qu'elles s'investissent en Cote d'ivoire de maniere relativement disproportionnee, et a posteriori pour ceux dont les proches qui vivent en Cote d'Ivoire relatent une histoire differente.)
- (2) en theorie, quand il s'agit d'Afrique, il y a une disposition a simplifier depuis l'exterieur les histoires de facon manicheenne, et ce selon des formules etablies telles que: "dictateur," "tribalisme," "violations des droits de l'homme," etc... Le langage compte, et, par exemple, moi je suis toujours surpris que les articles que je lis dans la presse Francaise me laisse l'impression que Mr. Ouattara a des "partisans" alors que Mr. Gbagbo a des "proches," quand on sait que les deux hommes peuvent pretendre avoir le support ferme d'au moins 30 a 40% de la population chacun (selon les resultats incontestes du premier tour de la presidentielle, avec 80% de participation).

Écrit par : AK | 25/02/2011

je pense que ceux qui nous font la guerre savent qu'ils jouent leur dernière carte. ils savent qu'ils ont déjà tout perdu et qu'ils ne recevront rien de la côte d'ivoire encore moins du président Gbagbo.
je souhaite que les ivoiriens prennent leur courage en main en se dressant contre cette vague de violence qui veut emporter notre beau pays.
je souhaite également que l'état de côte d'ivoire prenne ses responsabilités en mettant vraiment en garde et en menant des actions vigoureuses contre ces pays et institutions qui servent de soutient aux rebelles.
Il nous faut nous défendre par tous les moyens pour la sauvegarde de notre nation. nous ne devons permettre à quiconque de la détruire...

Par jean-claude Gnahoré

Écrit par : jean-claude | 26/02/2011

Merci Théophile de le dire''la guerre a recommencé en Côte d'Ivoire, même si personne n'ose encore le dire clairement'', mais sache que c'est une tradition (du temps de FHB) dans mon pays de ne pas annoncer les pires nouvelles, car si on ne peut empêcher les faits, on peut contenir au moins sa parole, pour ne pas faire peur: voila l'esprit de la tradition. Mais par charité, je vous prie d'informer largement que la guerre a commencé, afin que tous le sache pour prendre les dispositions nécessaires. Car la limite de cette tradition c'est que les ivoiriens ont une inclination à l'amusement.

Écrit par : JM | 26/02/2011

Puisque qu'on parle de crime contre la rebellion, pourquoi ne pas parler de ses commanditaires? Je veux dire il va bien falloir que quelqu'un soit responsable de ces crimes non? J'ai mon idee la dessus. Voyez vous même:

http://www.facebook.com/l.php?u=http%3A%2F%2Fwww.dailymotion.com%2Fvideo%2Fxdrjv5_alassane-ouattara-et-le-culte-du-me_news&h=29f4a

Écrit par : paisible | 01/03/2011

Bien cher Théophile, beaucoup d'étrangers à la Côte d'Ivoire se plaignent de ce que personne n'a pensé en une ou deux pages à résumer la situation qui prévaut en CI depuis le résultat du deuxième tour des élections. Ils sont désolés d'être obligés de s'informer par la presse partisanne française principalement pour l'étranger et la presse partisanne ivoirienne. Pourriez-vous s'il vous plaît, nous situer sur les faits étayés par des informations vérifiables et objectives ?
Je vous remercie
Josette Desclercs

Écrit par : josette Desclercs | 20/03/2011

La presse est coupable de choisir ses morts, mais l'ONU et les fausses ONG financées par la fondation National Endowment for Democracy (NED), avatar de la CIA, sont toutes aussi coupables. Ce sont elles qui nourrissent la presse et qui lui fournissent les arguments mensongers dont elle a besoin pour exécuter les ordres. Human Rights Watch, Amnistie Internationale et Reporters sans frontières sont trois exemples d'ONG financées par la NED, qui sont chargées de camper le décor et d'y insérer les bons et les méchants selon le scénario établi.

Écrit par : Bernard Desgagné | 21/03/2011

Nice discussion you have here. Only useful information ... Thanks!

Provillus

Écrit par : Only Provillus | 21/03/2011

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