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27/09/2010

Un blog canadien que j'ai aimé visiter...

... parce qu'il explore un peu les dédales des fameux médias sociaux. Pour le découvrir, cliquez ici.

25/09/2010

Le journaliste et le prophète

Cet édito est paru dans Le Nouveau Courrier du 25 septembre 2010.

A quoi sert le journalisme ? Cette question, qui est moins triviale qu’il n’y paraît à première vue, devrait mobiliser, non seulement la profession, mais aussi la société entière. Il est clair qu’il ne saurait y avoir de réponse monolithique à cette interrogation. Mais il est plus que nécessaire de structurer la réflexion.

Il nous semble, pour notre part, qu’il est utile de rapprocher deux figures, afin de mieux mener le débat. Celle, contemporaine, du journaliste africain, dans sa dimension «engagée», et celle du prophète des temps bibliques. Pourquoi la mise en parallèle est-elle pertinente ? Parce que les deux acteurs évoluent dans des systèmes politiques dont l’ouverture n’est pas la caractéristique première : des monarchies théocratiques d’une part, et des simili-démocraties où le culte du chef est omniprésent d’autre part. L’un comme l’autre font face à un même défi : dire une parole alternative et dérangeante là où la société hésite entre la complaisance et la peur. En effet, le progrès est impossible là où l’altérité est contrariée, là où la pensée unique règne, confortée par les égoïsmes et les petits calculs à court terme.

Le défi de la parole dérangeante n’est pas une mince affaire. Notre culture politique est totalitaire, même quand dans le quotidien de nos régimes sont en voie de démocratisation. Les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire se confondent et neutralisent souvent des vérités qui devraient être criées, si l’intérêt général était au centre des préoccupations. Plus globalement, la culture populaire peut sembler sommaire et prompte à juger sans comprendre. Et la population pour laquelle le journaliste engagé se bat peut ne pas toujours cerner son intérêt, prise qu’elle est au piège des passions partisanes.

Le prophète parle de la part de Dieu, le journaliste doit être la voix du peuple, qui, dit la tradition, est la voix de Dieu. Le journaliste doit avoir le phénoménal courage de parler, à temps et à contretemps. Dire les vérités qui rassurent, mais également celles qui dérangent. Le prophète n’est pas, dans la tradition biblique, seulement celui qui prédit l’avenir. Il est aussi celui qui «reprend» la société, et lui donne de se regarder telle qu’elle est, afin de se repentir – de se réformer.

«Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et crie contre elle ! car sa méchanceté est montée jusqu'à moi», demande ainsi Jahvé au prophète Jonas. C’est le prophète Nathan que Jahvé envoie au roi David pour le convaincre de sa faute et de son injustice quand il fait tuer un de ses soldats pour prendre sa femme. Comme nous, journalistes d’aujourd’hui, Jonas et Nathan avaient peur des effets de leur parole. Mais c’était leur «job» que de dire le mot difficile à dire. Et ils l’accomplissaient…

Le prophète biblique est, peut-on rétorquer, protégé par le sacré. Le journaliste, lui aussi, peut être protégé. Par une opinion qui, parce qu’elle en a eu l’expérience, a désormais compris l’utilité fondamentale des «diseurs de vérités».

Le prophète a le pouvoir de dévoiler l’avenir, peut-on ajouter. Le journaliste, en éclairant l’actualité, peut de son côté permettre à tout citoyen ayant le sens du discernement, d’ouvrir les portes de l’avenir. Le prophète biblique, souvent, met le peuple face à un carrefour. Selon la voie qu’il choisit, plusieurs destinées s’offrent à lui.

Un des atouts du prophète des temps anciens, c’est sa crédibilité. Elle a été éprouvée par le temps. Il n’est pas lui-même acteur de la vie publique, dans l’arène, bataillant pour sa chapelle politique, pour ses intérêts immédiats. Il ne protège ni ne pourfend le roi. Il est le plus grand loyaliste, parce qu’il sait plus que personne que le roi est oint par Dieu avant d’être porté par les hommes. Il n’est donc pas un opposant. Son légitimisme ne contrarie pas sa liberté de ton.

Au contraire, c’est sa révérence au roi, son amour du pays et sa crainte de Dieu qui l’obligent à ne pas crier avec la meute, à ne pas rejoindre le cercle des applaudisseurs, à se tenir loin des passions courtisanes. A être le gardien de l’intérêt général.

Bien entendu, le journaliste n’est pas le seul à pouvoir remplir la mission «prophétique» dans notre contexte de société laïque. Les religieux, les membres de la société civile, les artistes, les universitaires sont tous appelés par l’Histoire à jouer le rôle difficile de vigies de leur temps. Sans haine et sans complaisance.

Le défi est immense, et nul ne peut prétendre le relever sans l’aide de Dieu. Mais nous sommes tous appelés à essayer…

17/09/2010

Un embargo qui prépare le chaos ?

 

Le mystère est levé. Le ressortissant ivoirien du nom de Yao N’Guessan arrêté aux Etats-Unis alors qu’il tentait d’exporter «illégalement » des armes vers la Côte d’Ivoire est un haut gradé de l’armée ivoirienne qui était en mission officielle. Au cours d’une conférence de presse donnée hier, le ministre de la Défense Michel Amani N’Guessan a confirmé une information qui avait déjà été divulguée, la veille, par nos confrères du Nouveau Réveil.

Les explications de Michel Amani N’Guessan n’ont pas dissipé toutes les zones d’ombres qui entourent cette étrange affaire. Il n’a pas voulu citer le nom de ses fournisseurs, qui ne semblent pas non plus avoir pignon sur rue aux Etats-Unis. Il n’explique pas exactement si les Nations unies ont oui ou non validé la demande d’allègement de l’embargo sur les armes infligé à la Côte d’Ivoire. Ni si cette opération bien particulière a été validée par le Conseil de sécurité. Il en dit trop ou pas assez, et ses propos seront diversement interprétés.

Cela dit, cette affaire un peu rocambolesque nous rappellent à tous que cela fait près de six ans que la Côte d’Ivoire est sous embargo onusien. Et que certaines des prérogatives des Etats – celle de se défendre contre une agression étrangère par exemple – ne lui sont plus reconnues. Il n’est pas question ici de polémiquer sur les justifications éthiques de cet embargo. Mais de considérer avec attention ses conséquences pratiques et les risques sécuritaires qu’il représente désormais.

Le colonel Yao N’Guessan est aujourd’hui dans de beaux draps pour du matériel qui relève du maintien de l’ordre : armes au poing et grenades lacrymogènes. Il y a quelques semaines, dans un rapport d’enquête très instructif, l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) recommandait justement au Conseil de sécurité d’alléger l’embargo pour permettre à l’Etat de Côte d’Ivoire de commander ce type de matériel. Le raisonnement est très simple : en l’absence de ces outils conventionnels de répression des mouvements de foules «musclés», tout face-à-face entre manifestants en colère et hommes en tenue se termine par des morts, tués à balles réelles.

Il n’est pas question ici de faire de l’angélisme. Même en étant dotés de manière adéquate, certains de nos «corps habillés» sont assez brutaux pour faire couler le sang (inutilement). Mais qui a intérêt à une neutralisation des forces régaliennes en Côte d’Ivoire ? Personne. Pour une raison simple : pour l’instant, aucune force ne peut les remplacer. Elles sont le seul rempart à un chaos qui serait encore plus incontrôlable que ce que nous avons vécu jusqu’à présent. En dehors du fait qu’elles ne disposent d’aucune légitimité pour le faire, ni la force Licorne ni l’ONUCI ne peuvent – ni ne veulent d’ailleurs ! – se substituer à la police et à la gendarmerie nationales, surtout dans un contexte de « troisième tour électoral » dans la rue, où il n’y a que des coups à prendre.

Déshabiller les forces nationales pour n’habiller personne d’autre revient donc objectivement, pour la communauté internationale, à jouer les apprentis-sorciers. Il est vrai que la tendance, dans la résolution de la crise ivoirienne a toujours été la mise à égalité de la République et de la rébellion. Une mise à égalité qui a longtemps installé l’ONU dans le rôle confortable d’arbitre et de seul maître après Dieu. Mais c’était une ambition bien trop grosse. La présence de l’ONUCI dans la zone de confiance n’a pas pu empêcher des massacres d’une sauvagerie extrême, qui ont disparu aujourd’hui que cette zone est démantelée. Le stationnement des forces françaises dans l’Ouest du pays a exacerbé les tensions intercommunautaires dans un village comme Diéouzon, où massacres et contre-massacres se sont répétés dans un passé récent. Voulons-nous revivre de telles situations au nom des ambitions des hommes politiques ?

Nous devons nous convaincre d’une chose. Demain, commencera une course au pouvoir impitoyable. L’intérêt principal du pays à long terme est que la bataille qui vient ne soit pas totalement « sauvage », sans règles, sans limites. L’intérêt national voudrait que l’armée et les autres forces de défense et de sécurité restent républicaines, et qu’elles aient aussi le pouvoir de canaliser les débordements. Sinon, c’est la porte ouverte aux pillages indifférenciés et à une «milicianisation» encore plus forte du corps social.

16/09/2010

“Entreprenez”, disent-ils

Cet édito a été publié le Nouveau courrier N°077 du 13 Septembre 2010.


Il est pourtant un fait impossible à éluder : nul ne peut entreprendre en l’absence d’un contexte favorable. Et il semble que la réflexion concrète et pratique sur les conditions favorables devant être mises en place pour favoriser l’initiative économique populaire n’est pas encore mûre. Pour parler plus clairement, elle est quasiment inexistante. Pourtant, il y a beaucoup de choses à dire sur les innombrables aspects de l’environnement global qu’il faut modifier pour que la Côte d’Ivoire cesse d’être une « nation de salariés ».

Il faut assainir le cadre global

Pourquoi un jeune étudiant ambitionnerait- il de se mettre à son compte et de travailler dur durant des années pour construire pierre après pierre, non pas une fortune (la majorité des entrepreneurs ne sont pas riches) mais un patrimoine fragile, à défendre constamment…alors qu’autour de lui, les personnes les plus aisées, celles qui « claquent » des fortunes, sont des fonctionnaires s’enrichissant sans effort ni risque sur le dos de l’Etat ? Il faudrait un jour qu’une enquête indépendante raconte le harcèlement dont sont l’objet les petits entrepreneurs les plus honnêtes de la part de contrôleurs des Impôts qui ne respectent absolument pas la valeur « travail », et qui cherchent à les piéger pour les racketter. Ce sont ces fonctionnaires qui fournissent au secteur informel ses raisons d’exister. Un secteur informel qui subit lui-même les effets d’une grande hypocrisie : ceux qui y exercent paient des impôts communaux (y compris quand ils occupent l’espace public de manière anarchique), puis sont violemment chassés, voire dépouillés, en fonction deb l’actualité (sommet international, nouvelles résolutions au sommet, etc.).

Pourquoi entreprendre quand, dès le moindre litige avec un associé, un client ou un fournisseur, une simple «convocation » vous envoie dans le plus infâme des «violons» des commissariats d’Abidjan, où des réseaux faciles à identifier vous extorquent des centaines de milliers de FCFA pour vous éviter la MACA, que vous ayez raison ou tort ? Où sont les tribunaux de commerce, seuls à même de juger sereinement un certain type de querelles ?

La formation et l’encadrement absolument nécessaires

Dès lors qu’il s’agit d’une affaire dont l’objectif va au-delà de la simple survie quotidienne sans perspective, l’entreprenariat est une chose ardue, difficile, exigeante. On ne peut pas entreprendre si on n’est pas formé pour. De nombreux observateurs ou acteurs politiques et sociaux constatent ou se plaignent de la mainmise des étrangers ouest africains ou syro-libanais dans le secteur des PME et du petit commerce en Côte d’Ivoire. C’est une mauvaise manière de voir les choses. Au-delà de tout, ce sont des gens qui ont été formés – par leurs parents – à marchander et à créer de la valeur ajoutée qui s’en sortent dans ce secteur. Et c’est normal.

Ceux qui n’ont pas eu la chance d’être tombés dans la marmite du business dès leur naissance doivent pouvoir compter sur l’Etat pour les préparer à entreprendre. Le premier secteur dans lequel les Ivoiriens sont appelés à le faire, c’est l’agriculture. Mais où sont les BEP, les BAC, les BTS agricoles ? Où sont les filières de formation spécialisées dans les zones rurales elles-mêmes ?

Entreprendre dans les services est une chose bien moins aisée que ce qu’elle paraît. Où sont les pépinières d’entreprises, qui encadrent, protègent et valorisent des bonnes idées, qui deviennent des plans d’affaires viables puis des entreprises rentables ? Quel interlocuteur, quel statut et quelle fiscalité pour les Très Petites Entreprises (TPE) ? Le débat est ouvert.

La question des opportunités

La meilleure manière d’encourager les jeunes entrepreneurs, c’est de les persuader de l’existence d’opportunités. Par exemple, si l’Etat crée une centrale qui rachète à certaines conditions de qualité le riz local pour le revendre aux grossistes (comme à l’époque de la SODERIZ, où l’incurie a tué un bon système), le marché se clarifie, et devient attractif. Certains marchés des collectivités, voire de l’Etat, pourraient être réservés aux « jeunes entrepreneurs ». Sans pour autant que cette modalité ne devienne, comme d’autres, une foire à la magouille. Tout un programme !

14/09/2010

Le commissaire Brice Oré, bourreau de la presse, ami des "barons" du cacao

Il était une fois un officier de police dont la passion était de brutaliser et d'insulter des journalistes... coupables de "sortir" des affaires qui amènent d'honnêtes citoyens en prison. Lire la suite sur le blog des amis du Nouveau Courrier, ici.

13/09/2010

Paix et élections

Paru dans Le Nouveau Courrier du 11 septembre 2010.

Epuisés après huit ans de sécession et plus de dix ans d’instabilité politique chronique, les Ivoiriens soupirent légitimement après le prochain scrutin présidentiel. Bon nombre d’entre eux espèrent que les urnes apporteront une paix définitive, là où les kalachs ont charrié la guerre, le sang et la mort. Leur attente sera-t-elle déçue ? Le pays tout entier prie pour que la réponse à cette question soit négative.

Pour conjurer le malheur, il serait tout de même bon de s’interroger sur la nature exacte de la relation entre la paix et les élections en Côte d’Ivoire. En d’autres termes, est-ce l’absence d’élections qui a entraîné la guerre ? Bien évidemment, non. La crise armée a commencé le 19 septembre 2002, moins de deux ans après la présidentielle du 22 octobre 2000, et quelques semaines après les premiers scrutins départementaux du pays. C’est la volonté de contrarier un processus électoral dont l’issue était considérée par certains comme illégitime qui a donné naissance à la rébellion. Une rébellion dont le projet initial était un coup d’Etat.

L’on peut considérer que la guerre est la conséquence d’un scrutin jugé illégitime par certains, parce que le processus qui y a conduit était fondé sur de mauvaises bases, selon eux. C’est ainsi que, quand ils ont jeté le masque de « zinzins » et « bahéfoués » derrière lequel ils se cachaient, les rebelles ivoiriens ont fustigé « l’exclusion » dont certains candidats ont été victimes en octobre 2000, puis exigé que « chaque Ivoirien » ait sa carte d’identité – après avoir, curieusement, compromis le processus d’identification en détruisant de manière systématique tous les registres d’état-civil se trouvant sur leur passage.

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En résumé, c’est la contestation électorale qui a conduit la Côte d’Ivoire à la crise armée. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, faut-il s’inquiéter d’une tragique répétition de l’Histoire ? Les croyants doivent en tout cas redoubler de ferveur dans la prière, dans un contexte où un leader du RHDP appelle les militants de son bord à descendre dans les rues en cas de proclamation de Gbagbo comme vainqueur et où les dignitaires du camp présidentiel pestent contre une liste électorale qu’ils considèrent comme « truffée de fraudeurs ».

Il est incontestable que ce qui préserve un pays de la guerre, c’est le refus de ceux qui en ont les moyens d’en prendre l’initiative. C’est la sagesse et le sens des responsabilités de l’élite politique qui protègent le peuple. C’est sa conception de l’entreprenariat politique qui détermine tout. Ce qui nous a malheureusement été donné de voir durant les huit dernières années, c’est une compétition dans la « course aux ressources », qu’elles soient directement financières ou « monétisables », tant au sein du gouvernement qu’entre les belligérants. L’exemple le plus tragiquement évocateur restera dans l’Histoire le cacao ivoirien, dont une partie des recettes a été détournée dans la zone gouvernementale, tandis que la totalité de la production des zones sous contrôle de la rébellion était exportée à travers une « nouvelle route contrebandière » passant par le Burkina Faso et le Togo. Le fruit des rapines des deux bords étant pour partie précieusement conservé dans des banques européennes…

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Si la politique est vue comme un moyen d’enrichissement facile, et si perdre les élections signifie perdre une source de revenus confortables, pourquoi ne pas investir une partie de ce qu’on a pour « garantir l’avenir », y compris par un recours à la force armée aux fins de conquérir des territoires ou des postes ministériels « juteux » ? De plus, les diverses formes de « partage tribal/clanique » des différentes portions de la rente politique nationale lient étroitement des leaders (nationaux ou régionaux) à leurs bases, constituées en général sur le mode communautaire. Ce sont donc des « armées dormantes » qui peuvent être mobilisées à n’importe quel moment.

La Côte d’Ivoire demeure donc tout aussi fragile que le jour où le démon de la guerre l’a visitée. Sa sortie de convalescence dépend de manière centrale de ses hommes politiques. De leur capacité à laisser le jeu démocratique se faire, mais aussi de leur volonté de bâtir des consensus solides, y compris en ce qui concerne le partage du pouvoir aux différents niveaux, et la détribalisation – qui ne peut être que progressive – d’une société ivoirienne qui a trop souffert et qui rêve d’une nouvelle ère. Celle de « l’entente cordiale ».

 

11/09/2010

Pourquoi tant d'incivisme

Dans le cadre de la rubrique "la parole aux lecteurs", Le Nouveau Courrier lance un "appel à opinions". Selon vous, quelle est la cause profonde de l'incivisme urbain en Côte d'Ivoire, souvent assimilé par certains observateurs à un manque de sentiment national réel ? Et comment combattre cet incivisme ?

Vous pouvez participer à ce débat en laissant un commentaire - constructif ; - en dessous de cette note.

10/09/2010

Café-cacao : les barons peuvent-ils faire sauter la République ?

Cet article a été publié dans Le Nouveau Courrier du 9 septembre 2010.

 

 

Certains observateurs estiment que les « fortes têtes » de la filière font peur. Parce qu’elles auraient pu, si le procès s’était tenu avant la présidentielle, créer un climat délétère et interférer dans la campagne électorale en procédant à des mises en cause « ciblées ».

Par Benjamin Silué

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Des ministres et des gros bonnets auraient-ils pu être directement mis en cause par les « barons de la filière café-cacao » si le procès s’était effectivement ouvert hier comme cela était prévu ? Des révélations fracassantes auraient-elles pu éclabousser tout ou partie du personnel politique ivoirien, au pouvoir ou dans l’opposition ? C’est en tout cas ce que pensent une partie des observateurs, après le spectaculaire report du procès sur les malversations dans la filière, qui est intervenu hier.

Une chose est sûre : aucun ministre ou ancien ministre n’a été jusqu’ici inculpé. Sur les cinq qui ont exercé une tutelle administrative ou financière – Alphonse Douaty, Paul-Antoine Bohoun Bouabré, Charles Diby Koffi, Sébastien Dano Djédjé et Amadou Gon Coulibaly –, seuls les deux derniers pourraient de toute façon être mis en accusation devant le tribunal correctionnel, le cas échéant, puisqu’ils ont été congédiés du gouvernement. Ministres en exercice, les autres ne pourraient être mis en accusation que par la Haute Cour de Justice, institution prévue dans la Constitution votée en août 2000. Mais toujours pas mise en place.

« Sortir des sous » en dehors de toute orthodoxie financière

De quelle manière les ministres de tutelle auraient-ils pu participer à la gabegie supposée qui a eu cours dans la filière café-cacao, au-delà des « fantasmes populaires » ? Selon nos investigations, le mode des décaissements des précieux fonds issus des prélèvements relevant de la parafiscalité agricole ont évolué dans le temps. Du début de la réforme jusqu’en 2004, les structures de la filière avaient une certaine autonomie en matière de mouvements financiers. Une autonomie qui leur a été « arrachée » en partie en 2005 par une décision selon laquelle, en dehors des fonds de fonctionnement, les dépenses relatives aux investissements et à la « réserve de prudence » devaient être autorisées par les ministres de tutelle. Mais cette disposition a très vite été contournée et des décaissements irréguliers ont eu lieu. Ils n’ont pas cessé quand un Comité d’examen et de suivi des projets et programmes de la filière café-cacao a été créé en 2006, pour « surveiller » le petit monde des « barons ». Qui s’organisent assez vite dans le cadre d’une structure sans statut légal : la Conférence des Présidents de Conseil d’Administration et des Directeurs Généraux. Un « outil » qui leur aurait donné la liberté de « sortir des sous » des différentes caisses en dehors de toute règle d’orthodoxie financière. Et bien entendu, dans la plus grande opacité.

Des « appels de fond » venant du ministère de l’Agriculture

Quand bien même les règles de validation par les ministres de tutelle auraient été observées scrupuleusement, les procédures n’auraient pas permis que les services des concernés « touchent » directement les fonds de la filière. Ils n’ont jamais eu plus qu’un pouvoir d’autorisation. Toutefois, un Comité interministériel des matières premières (CIMP) a existé durant un moment, et aurait apporté un appui financier à certains ministères membres. Dans leurs confidences à leurs proches, certains barons évoquent aujourd’hui des « appels de fond » multiples provenant d’un ministère : celui de l’Agriculture ! A quelle période (sous quel ministre) ont-ils eu lieu ? Etaient-ils réguliers ? Ont-ils servi à des usages légitimes ? Ce sont des questions qui pourraient s’avérer délicates.

Ce n’est un secret pour personne : durant la crise, les planteurs de la filière sont venus en appui aux institutions du pays, dans le cadre d’usages relevant souvent de l’effort de guerre, donc de la Défense nationale. La nature exacte des transactions et leur caractère officiel et formaté n’a jamais été élucidé. Les « barons » peuvent-ils utiliser ce « flou » pour « mouiller » le sommet de l’Etat et « se venger » d’une détention que certains d’entre eux estiment exagérément prolongée ? Possible.

Les « barons » étaient les seuls à pouvoir puiser dans les caisses et gérer le « cash ». Mais vu l’ampleur des sommes considérées comme détournées, et les nombreuses mises à disposition de fonds à des personnes privées, par chèque ou « de main à main », l’on ne peut écarter que certaines figures de la filière aient par devers eux des « preuves » de leurs largesses envers des personnalités liées à la classe politique. Même si ces largesses ont pu bénéficier de manière œcuménique à tous les bords politiques, les « barons » auraient pu, durant le procès qui est finalement ajourné, choisir qui mettre en cause et qui épargner. Histoire de « punir » des « amis » qui ne les ont pas sortis des « problèmes ».

 

 


 

 

08/09/2010

La fin de l’innocence

Cet éditorial est paru dans Le Nouveau Courrier du 7 septembre 2010.

Ces derniers jours, j’ai relu « Divagations », roman publié par Bédi Holy durant la décennie dernière et que j’ai dans ma bibliothèque depuis sept ans. « Divagations » s’inspire des grandes batailles politiques et syndicales qui ont marqué le début des années 1990. L’auteur les raconte à travers son personnage central – le prince-érudit Oko Ménéda revenu de son exil occidental, qui fait face aux persécutions du régime et est entraîné par son neveu dans le combat contre les excès du Père de la nation. Un Oko Ménéda finalement tué par les séides du régime, mais qui sera ressuscité dans le secret, par des forces telluriques d’une Afrique profonde échappant à l’emprise totalitaire.

L’épilogue de « Divagations » est plein d’espoir, et préfigure d’un avenir radieux pour la République (imaginaire) de Logadou, avec une relève assurée – Oko Ménéda et son fils, en exil temporaire, mais qui reviendront. Pourtant, quand on lit ce livre avec nos yeux de 2010, l’on ne peut s’empêcher d’avoir un goût d’amertume à la bouche. Voire de nourrir sa besace d’ivoiropessimisme.

Dans «Divagations», il y a une omniprésence de la figure romantique, à côté de celle du « tyran éternel » (selon l’expression du romancier Patrick Grainville) et de ses courtisans. Oko Ménéda, l’intellectuel intègre qui refuse l’offre du président de la République – devenir ministre ! – et préfère chercher du travail en dépit des persécutions, est là pour tracer un sillon nouveau. La « Fédé » (terme utilisé pour désigner l’équivalent romancé de la FESCI) est un groupe de jeunes à l’intelligence vive et au sens critique acéré, adepte des débats d’idées. Et capable d’héroïsme. « Nous lutterons contre toutes les adversités, quitte à en perdre la vie (…) Jeunesse orpheline, nous refusons de servir d’agneau de sacrifice aux ambitions cupides de nos devanciers : ils ne le méritent pas ! », scande un des étudiants que campe Bédi Holy.

Quelles sont les organisations, les individus, les courants d’idées qui incarnent ce type de figure romantique, près de vingt ans après les événements décrits par l’auteur de « Divagations » ? Violente question ! Au point de vue politique, le Père de la Nation hostile à la démocratie n’est plus. Dans la douleur, une alternance s’est même réalisée. Laurent Gbagbo, longtemps figure romantique et porteur de la « folie » qui seule fait avancer l’Histoire, est président de la République. Mais l’âge d’or n’est pas venu. Chacun a ses raisons pour expliquer le bégaiement de notre Histoire, mais il est là. Implacable.

Dans les faits, ceux qui incarnaient le système et ceux qui le combattaient ont eu l’occasion de gouverner. Ces dix dernières années, ils l’ont même fait à la fois ensemble et les uns contre les autres. La dictature d’un seul chef s’est transformée en tyrannie des politiques, chacun jouant avec (et se jouant souvent de) ses soutiens les plus zélés. Les tendances prédatrices des gouvernants, qu’ils soient d’anciens imprécateurs ou des bébés gâtés de l’oligarchie, se sont renforcées – implicitement appuyées par un peuple nourri à la mamelle du clientélisme.

La « Fédé » dont parle « Divagations » est méconnaissable. Hier, elle se battait pour la qualité des repas dans les restaurants universitaires, aujourd’hui elle intimide et veut fermer les yeux de ceux qui y furètent et racontent ce qu’ils y ont vu : des bâtiments délabrés, une nourriture immangeable. Elle s’est à la fois alliée à l’autorité et aux entreprises qui font leurs marges en dégradant la « pitance » des étudiants. Ses responsables de l’époque sont aujourd’hui dans l’arène politique, où certains sont entrés par la force de la kalach. Et on ne peut pas dire que le souci des générations d’après eux soit déterminant dans leur pratique de leur « métier ».

Sur les chantiers sociaux, on n’a pas avancé. La MACA (rebaptisée C.A.C.A) que décrit Bédi Holy n’a pas changé, en dépit du fait que ses pensionnaires d’il y a dix-huit ans sont aujourd’hui aux affaires. Elle demeure un univers de « déshumanisation », où des « adultes violeurs » continuent d’abuser d’adolescents sans défense. Bédi Holy parle de Samuel, arrivé en prison à 13 ans, et qui s’y trouve toujours à 25 ans… sans avoir été jugé. Aujourd’hui, des Samuel pullulent toujours à la MACA. « Et voilà, dans toute sa laideur, la vanité des discours : ceux qui ont le pouvoir ont-ils idée de la réalité des institutions sous leur autorité ? Ceux qui sont administrés se rendent-ils compte de la dichotomie entre les discours et les faits ? Et ceux qui critiquent, connaissent-ils vraiment la densité concrète des tares qu’ils dénoncent ? », s’interroge l’écrivain. Ses questions sont toujours d’actualité.

Voici donc notre imaginaire bien sec, et nos rations de cynisme renouvelées. C’est dans ce contexte que Laurent Gbagbo, numéro un ivoirien, a appelé, lors de sa tournée de l’Agnéby (précisément lors de l’escale de Rubino) à réhabiliter la politique. Vaste chantier ! Qui ne pourra avancer que si les différents bords politiques laissent l’occasion à ceux qui participent au renouvellement de l’intelligence de revisiter l’utopie, comme aux jours où il était totalement fou d’imaginer le multipartisme et la liberté d’expression… et où certains l’imaginaient. Il faut surtout que cette utopie soit force créative, qui s’incarne et s’enracine, et non verbiage d’un instant… qui s’envole, puisque les paroles s’envolent.

05/09/2010

Profondément ému...

... De voir pour la première fois ces images de la webtv ivoirienne djibitv.com, qui témoignent du combat âpre que les journalistes de tout bord ont mené pour notre libération de prison.

Emu et un peu intimidé face aux responsabilités que cette mobilisation induit naturellement. MERCI A VOUS, CONFRERES !