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13/09/2010

Paix et élections

Paru dans Le Nouveau Courrier du 11 septembre 2010.

Epuisés après huit ans de sécession et plus de dix ans d’instabilité politique chronique, les Ivoiriens soupirent légitimement après le prochain scrutin présidentiel. Bon nombre d’entre eux espèrent que les urnes apporteront une paix définitive, là où les kalachs ont charrié la guerre, le sang et la mort. Leur attente sera-t-elle déçue ? Le pays tout entier prie pour que la réponse à cette question soit négative.

Pour conjurer le malheur, il serait tout de même bon de s’interroger sur la nature exacte de la relation entre la paix et les élections en Côte d’Ivoire. En d’autres termes, est-ce l’absence d’élections qui a entraîné la guerre ? Bien évidemment, non. La crise armée a commencé le 19 septembre 2002, moins de deux ans après la présidentielle du 22 octobre 2000, et quelques semaines après les premiers scrutins départementaux du pays. C’est la volonté de contrarier un processus électoral dont l’issue était considérée par certains comme illégitime qui a donné naissance à la rébellion. Une rébellion dont le projet initial était un coup d’Etat.

L’on peut considérer que la guerre est la conséquence d’un scrutin jugé illégitime par certains, parce que le processus qui y a conduit était fondé sur de mauvaises bases, selon eux. C’est ainsi que, quand ils ont jeté le masque de « zinzins » et « bahéfoués » derrière lequel ils se cachaient, les rebelles ivoiriens ont fustigé « l’exclusion » dont certains candidats ont été victimes en octobre 2000, puis exigé que « chaque Ivoirien » ait sa carte d’identité – après avoir, curieusement, compromis le processus d’identification en détruisant de manière systématique tous les registres d’état-civil se trouvant sur leur passage.

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En résumé, c’est la contestation électorale qui a conduit la Côte d’Ivoire à la crise armée. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, faut-il s’inquiéter d’une tragique répétition de l’Histoire ? Les croyants doivent en tout cas redoubler de ferveur dans la prière, dans un contexte où un leader du RHDP appelle les militants de son bord à descendre dans les rues en cas de proclamation de Gbagbo comme vainqueur et où les dignitaires du camp présidentiel pestent contre une liste électorale qu’ils considèrent comme « truffée de fraudeurs ».

Il est incontestable que ce qui préserve un pays de la guerre, c’est le refus de ceux qui en ont les moyens d’en prendre l’initiative. C’est la sagesse et le sens des responsabilités de l’élite politique qui protègent le peuple. C’est sa conception de l’entreprenariat politique qui détermine tout. Ce qui nous a malheureusement été donné de voir durant les huit dernières années, c’est une compétition dans la « course aux ressources », qu’elles soient directement financières ou « monétisables », tant au sein du gouvernement qu’entre les belligérants. L’exemple le plus tragiquement évocateur restera dans l’Histoire le cacao ivoirien, dont une partie des recettes a été détournée dans la zone gouvernementale, tandis que la totalité de la production des zones sous contrôle de la rébellion était exportée à travers une « nouvelle route contrebandière » passant par le Burkina Faso et le Togo. Le fruit des rapines des deux bords étant pour partie précieusement conservé dans des banques européennes…

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Si la politique est vue comme un moyen d’enrichissement facile, et si perdre les élections signifie perdre une source de revenus confortables, pourquoi ne pas investir une partie de ce qu’on a pour « garantir l’avenir », y compris par un recours à la force armée aux fins de conquérir des territoires ou des postes ministériels « juteux » ? De plus, les diverses formes de « partage tribal/clanique » des différentes portions de la rente politique nationale lient étroitement des leaders (nationaux ou régionaux) à leurs bases, constituées en général sur le mode communautaire. Ce sont donc des « armées dormantes » qui peuvent être mobilisées à n’importe quel moment.

La Côte d’Ivoire demeure donc tout aussi fragile que le jour où le démon de la guerre l’a visitée. Sa sortie de convalescence dépend de manière centrale de ses hommes politiques. De leur capacité à laisser le jeu démocratique se faire, mais aussi de leur volonté de bâtir des consensus solides, y compris en ce qui concerne le partage du pouvoir aux différents niveaux, et la détribalisation – qui ne peut être que progressive – d’une société ivoirienne qui a trop souffert et qui rêve d’une nouvelle ère. Celle de « l’entente cordiale ».

 

Commentaires

Et la France dans tout ça? Tu ne l'as même pas évoquée? Le coup d'Etat contre Idriss Deby, magie-magie...Kif-kif bourricot.

Écrit par : celestin | 13/09/2010

A Célestin: Il y a des moments où il faut se souvenir que si les rues d'Abidjan sont sales, ce n'est pas parce que la France l'a voulue...

A Théo: tu as posé la question centrale: comment faire pour que le pouvoir politique ne soit plus la voie d'accès royale aux ressources de la Nation? Je pense sincèrement qu'il s'agit là essentiellement d'un travail d'éducation, donc d'un travail de longue haleine. Il faudrait qu'il puisse exister au sein de la société ivoirienne, des groupes d'hommes et de femmes qui aient les moyens d'exister indépendamment du pouvoir politique et qui puissent faire sentir leur influence sur le cours de la vie politique et sociale du pays, sans avoir besoin d'être en politique (au gouvernement, dans les partis, etc) pour pouvoir être entendus. Il s'agira pour ces groupes de montrer à la communauté nationale qu'il existe d'autres manières de vivre une vie pleine et réussie en dehors des schémas de l'enrichissement matériel soudain et massif. Il s'agira de developper des manières de penser et d'agir qui prouvent que la politique n'est qu'un moyen parmi tant d'autres d'influer sur le cours de la vie sociale, en somme il s'agira de détrôner la politique de son pouvoir trop grand sur le reste de la vie en société. La volonté de changement est nécessaire afin d'impulser des grands mouvements de ce genre, mais elle ne se sera pas suffisante. Il y a des réalités structurelles qu'il va falloir dépasser, voire détruire et reconstruire sur des bases nouvelles. Par exemple, l'idée que l'éxécutif doive revenir à un seul individu: pourquoi au juste? (et ceci n'est qu'un exemple...)

Écrit par : Enrico | 13/09/2010

Non je ne crois pas que les élections apporeteront la paix!
Car en 2000,il ya eu élection,malgré cela la guerre a suivi parce que les uns et les autres voulaient forcément être au pouvoir.L objctif ici reste et démeure le pouvoir,rien que le pouvoir quelque soit la voie d'accès!!!
Et puis,on a déja vu sous d'autres cieux qu'après les élections,il y a eu la geurre.A cuse des l'égoisme humain.La paix ne viendra que si les hommes poliques se subliment pour ne privilégier que l'intérêt général.

Écrit par : abraham | 13/09/2010

A Enrico:"Le colonisateur travaille è détruire les bases fondamentales de la culture locale"(Marcien Towa). Et l'esclave "n'a ni le temps, ni la force, ni le courage de s'élever au-dessus des préoccopations matérielles et de se conduire en être pensant"(...).
Enrico, les Ivoiriens sont devenus fous. Ils ne savent plus que être sale, ça tue, esclaves de la France qu'ils sont: CIE, SODECI, CItelecom-orange-ci... "s'en fout la mort" vive la guerre-offrande-de-la-France!
Enrico, le jour où les brigands iront t'assiéger chez toi à la maison avec femme et enfants, tu leur demanderas la permission d'aller cirer tes chaussures...

Écrit par : Célestin | 13/09/2010

Merci Théophile, pour ce texte : non seulement il est beau (bien écrit), mais en plus, je suis d'accord avec son contenu. Depuis le début, je m'évertue à dire que ce ne sont pas les élections qui vont donner la paix, mais bien le contraire. C'est lorsque nous auront retrouvé la paix, que de vraies élections pourront se tenir, dont l'issue va consolider cette paix. Merci encore !

Écrit par : Ch@rlie | 14/09/2010

Célestin, ce que tu dis est vrai. mais ce que je dis, c'est qu'il ne faut pas oublier d'assumer notre part de responsabilité dans notre propre destin en tant que peuple. Je ne peux pas nier la mainmise des intérêts français sur ceux de la CI, mais de grâce cela veut-il dire que nous avons renoncé à être nous-même? que nous n'avons pas une parole qui nous soit propre, une pensée qui nous soit propre? Il ne faut pas parler comme si le colonialisme avait complètement vaincu l'Afrique, parce que dans le fond ce n'est pas ce qui s'est passé. Si tel était le cas, nous ne serions pas sur ce forum à discuter, ou bien?

Après: je dois avouer que je ne comprends pas très bien la dernière phrase de ta réponse, à propos des brigands qui viendront m'assiéger chez moi un jour. Métaphore? Conseil d'ami? Prenons garde à mettre les formes quand nous nous parlons sur le net, s'il te plaît. Je te respecte, même si je ne te connais pas.

Écrit par : Enrico | 14/09/2010

A Enrico: Salut Enrico! T'inquiète, je suis un monsieur très cool qui ne saurait faire du mal à une mouche. Ma dernière phrase est une métaphore pour dire que les détails ne comptent pas quand tu as un problème sérieux et immédiat à gérer. Je peux tout écorcher ici, sauf ton respect.
Pour en revenir au débat, tu as tout à fait raison, la colonisation ne nous a pas ôté la faculté de penser, réfléchir et raisonner par nous-mêmes et pour nous-mêmes. Mais malheureusement dans le système des relations internationales, la CI demeure un maillon strtégique important pour l'hégémonie politique et économique de la France. Si la France ne veut plus de cette guerre aujourd'hui, elle finit aujourdh'ui.

Écrit par : Célestin | 14/09/2010

A Célestin: reconnaissons alors ensemble qu'il y a des problèmes que notre société connaissait avant cette guerre que nous n'arrivions pas à régler, France ou pas France. Tu vois, je considère que la France a eu bon dos au cours de cette crise, et qu'il y a beaucoup de défis que nous aurions pu relever par nous mêmes à notre niveau, quelque soit la géopolitique de la France. De plus, dans l'histoire de notre continent, on a vu dans des pays des régimes dont l'existence était basée sur une soit-disant opposition à "l'impérialisme"; on sait aujourd'hui que c'était une fuite en avant.

Je crois que l'esprit du papier de Théo était justement de s'adresser directement à ceux qui nous dirigent, parce que "La sortie de convalescence [du pays] dépend de manière centrale de ses hommes politiques. De leur capacité à laisser le jeu démocratique se faire, mais aussi de leur volonté de bâtir des consensus solides, y compris en ce qui concerne le partage du pouvoir aux différents niveaux, et la détribalisation." Je pense que l'on peut espérer relever un tel défi entre nous, sans que la main de la France vienne interrompre un tel effort. Ou bien tu penses que je suis trop optimiste? Bien à toi, Enrico.

Écrit par : Enrico | 14/09/2010

je pense que la paix veritable est consécutive au reglement definitif de la question de la nationalité qui a tant empoisonné la vie politique ivoirienne-instumentalisée à des fins purement electoralistes-et à l'ouverture du jeu democratique,evitant ainsi de créer des frustrations unitiles en excluant des candidatures jugées "irrecevables". De ce fait,chaque homme politique etant le leader d'un groupe d'individus socialement,ethniquement ou religieusement representatif,leur "exclusion"entaine toute leur clique dans leurs turpitudes et ouvre mecaniquement la boite de pandore.

Écrit par : diedri anderson | 14/09/2010

Merci beaucoup de vos idées. Bonnes nouvelles ! Voilà les chaussures modernes de Christian Louboutin. Les semelles rouges sont bien sexy. Cette fois, les-esssayez ! Ne ratez pas les chaussures Louboutin!

Écrit par : chaussures Louboutin | 15/09/2010

Bonjour Théophile,

Je trouve votre analyse pertinente et intéressante.

Une élection bien organisée, en terme de transparence et de crédibilité, peut concourir au retour de la paix et de la stabilité d'un pays.

Je vous invite à cet effet, à venir visiter notre blog sur les élections en Côte d'ivoire: http://cotedivoireavenir.ivoire-blog.com/

Tous ensemble, nous pouvons apporter notre contribution à quelque niveau que ce soit pour sortir notre pays de cette situation.

Merci

Écrit par : cote d'ivoire avenir | 27/09/2010

bonjour Théophile,

Il est temps d'actualiser ton blog s'il te plaît. j'ai besoin de ton analyse de la course au fauteuil présidentielle qui est en cours.
Merci.

Écrit par : MN | 21/10/2010

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