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16/08/2010

Le Nouveau Courrier : le retour !

Note éditoriale de Saint-Claver Oula, rédacteur en chef du Nouveau Courrier, dans le premier numéro d'après la suspension du quotidien.

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Après une longue période d’absence imposée par la décision de suspension décidée par le tribunal correctionnel d’Abidjan, Le Nouveau Courrier est de retour dans les kiosques. Durant notre période d’absence, nous avons été encouragés par les nombreux messages de soutien de nos lecteurs. Lors des conversations avec eux – avec vous ! – un certain nombre de questions sont revenues. Nous avons souhaité y répondre ici.

On attendait Le Nouveau Courrier pour le mercredi 11 août dernier. Pourquoi ce report ?

Compte tenu de certaines contingences liées aux nombreuses sollicitations des responsables du Nouveau Courrier ici comme à l’extérieur du pays, nous avons dû reporter la parution à partir de ce jour. Nous tenons à rassurer nos lecteurs dont certains pensaient que notre titre ne reparaîtrait plus.

Allons-nous renoncer à notre ligne éditoriale d’avant le «clash» ?

Non. Bien au contraire, nous avons une crédibilité à renforcer désormais. Nous travaillerons dans la vision de notre slogan : «la passion de l’info, le sens de l’Histoire». Notre objectif est d’informer sérieusement les Ivoiriens, de la manière la plus professionnelle et la plus fouillée. Nous ne nous interdisons pas de nous engager et d’exprimer nos opinions et de nous engager, quand nous estimons que l’intérêt général et une certaine idée de la Nation ivoirienne sont en jeu. De plus, nous avons l’intention de renforcer le journalisme d’investigation qui est devenu, par la force des choses, une part de notre identité. Nous considérons que c’est un devoir citoyen, et qu’il est important que nous nous inscrivions dans la logique de moralisation de la vie publique prônée par le président de la République. Nous avons l’intention de demeurer un contre-pouvoir citoyen au sein d'une société démocratique.

Quelles leçons retenir de notre incarcération, du procès et du verdict ?

Le procureur de la République, après nous avoir laissé entendre que c’est lui qui interprète la loi, a voulu opérer un passage en force en tentant de nous incarcérer dans la plus célèbre prison du pays, la Maca. Pourtant, la loi sur la presse en Côte d’Ivoire, votée en 2004, interdit l’incarcération en cas de délit de presse. Dans le cas échéant, si l’on estime que nous avons fauté, nous aurions pu nous voir infliger une peine pécuniaire mais pas la prison. En outrepassant cette loi pour nous envoyer en prison, le procureur Raymond Tchimou a violé cette loi et c’est extrêmement grave dans le processus de démocratisation de notre pays, mais surtout pour la liberté de la presse à laquelle nous tenons tant. Nous sommes persuadés que le président de la République qui a fait de la liberté de la presse son credo dès son accession au pouvoir en tirera toutes les conséquences.

Au point de vue juridique, nos cinq avocats – Maître Désiré Gueu, Maître Hivat Tié Bi, Maître Abdou Sarr, Maître Narcisse Aka, Maître Toussaint G. Dako – très brillants sur toute la ligne, ont démontré au cours de ce procès que le procureur Tchimou ignorait un aspect du journalisme, à savoir le travail d’investigation et qu’il n’avait pas à nous opposer un quelconque délit de vol. Ils ont alors réussi à convaincre le juge Koné Brahma.

Notre détention a fait l’objet d’une mobilisation exceptionnelle. Elle a fait que nous avions le moral haut du fond de notre cellule. Nos confrères ivoiriens, toutes tendances confondues, et les confrères de la presse étrangère ont fait bloc. Les organisations de défense des droits de l’homme, des diplomaties comme celles de la France et des Etats-Unis sont montées au créneau pour demander notre relaxe. A tous ces acteurs, préoccupés par les droits de l’Homme et la liberté de la presse, nous voulons dire grand merci.

Nous pensons aussi qu’il ne faut pas désespérer de la justice ivoirienne dont certaines personnes ont une mauvaise image. Il y a encore des magistrats qui sont dignes de leur métier. C’est une des leçons que nous avons pu en tirer.

A partir de cette affaire et vu la mobilisation, je crois que l’autorité pourra se montrer plus prudente dans l’avenir. L’opinion a pu savoir que la protection des sources est sacrée en journalisme, en Côte d’Ivoire et dans toutes les nations qui partagent l’idéal démocratique. Et aucune autorité ne va plus se risquer sur ce terrain. Pour nous, un pas important a été posé.

Une action envisagée contre le procureur ?

En maintenant les responsables de l’entreprise dans les liens de la détention, en violation de la loi sur la presse, le procureur Raymond Tchimou a déstabilisé volontairement notre entreprise qu’il tenait d’ailleurs, d’après son réquisitoire, à fermer. Les dommages financiers sont énormes, et notre survie n’est pas assurée. L’auteur de ces lignes, malade à cette période, est aujourd’hui obligé de reprendre son traitement qui coûte cher. Les trois incarcérés ont connu ou connaissent des contrecoups médicaux après les quinze jours d’épreuve qui nous ont été imposés. Nos avocats nous ont suggéré des actions. Nous y réfléchissons.

Quand on est au fond de sa cellule dans la peau d’un journaliste, que se dit-on ?

L’état d’esprit qui se dégageait, c’est qu’il fallait rester fort. Dès l’instant où on nous a déférés à la Maca, nous nous préparions psychologiquement à plusieurs mois de prison et étions prêts à un sacrifice qui en valait la peine. Nous jouions la liberté de la presse.

Quel traitement journalistique ferons-nous de ces quinze jours d’incarcération ?

Nous n’avons pas l’intention de noircir des pages entières des détails de nos souffrances et contrariétés. A la MACA, nous nous sommes comportés en journalistes d’investigation. Dès demain, nous publions une série d’enquêtes et de reportages sur des sujets liés à cet endroit où, malheureusement, les droits les plus élémentaires de la personne humaine sont bafoués. Nous commencerons par un retour sur la mutinerie de décembre 2008, qui n’a pas révélé tous ses secrets, dont certains sont franchement honteux.

Commentaires

Du courage et que le Dieu du journalisme vrai continue d'être à vos côtés.Car la TENTATION de plaire à....est trop grande en ce bas monde

Écrit par : hilaire KOUAKOU | 16/08/2010

Salut,
Welcome, "on est ensemble"! Courage!

Écrit par : Lévy | 16/08/2010

ce qui me séduit dans le courrier c'est qu'on est pas dans les enfantillages du genre ADO est laid gbagbo est beau (ou vice versa).

continuez à dénoncer ce que nos hommes politiques ne sont pas capables de faire, la société n'en tirera que profit!

la critique que je peux quand même formuler c'est que je trouve que vous n'utilisez pas souvent la force émotionnelle générée par la photo, est ce par manque de photographe de race au niveau de votre rédaction?

N'est t il pas possible de faire une entrée de ressources en nous demandant de payer pendant un ou deux mois le numéro au prix double pour vous soutenir, moi pas de pb.

Écrit par : marianne | 17/08/2010

Les commentaires sont fermés.