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13/08/2010

Duel journaliste togolais/officier français : le web citoyen a gagné !

Beaucoup d'entre nous ont vu la fameuse vidéo (diffusée par le célèbre blogueur et journaliste multimédia Noël Kokou Tadégnon) montrant l'attitude outrageusement colonialiste d'un officier français, le lieutenant-colonel Romuald Letondot, coopérant au Togo de Faure Gnassingbé, menaçant de manière indigne un journaliste, Didier Ledoux du quotidien Liberté, ayant eu l'outrecuidance de le prendre en photo durant la dispersion d'un congrès de l'UFC, parti d'opposition togolais. Pour ceux qui ne l'ont pas encore vue ou qui veulent la revoir, la voici plus bas.

L'on apprend aujourd'hui que le militaire français, à qui un beau plan de com' a été offert, et qui s'est expliqué comme il pouvait sur le site de L'Express, hebdo français de premier plan, est non seulement désavoué par sa hiérarchie mais sanctionné. Pendant dix jours, il sera privé de liberté.

"La France a voulu montrer qu’elle ne tolérait pas son attitude, aux relents de colonialisme. Le lieutenant-colonel, "rappelé immédiatement à Paris", se voit infliger "une sanction disciplinaire de dix jours" pour "atteinte au renom de l’armée française", a déclaré vendredi le Quai d’Orsay. Interrogé, le ministère de la Défense a précisé que le gradé ne risquait pas de retourner officier au Togo, même après les dix jours d’arrêt forcé. "Le rappel est toujours définitif", a expliqué le ministère." (lejdd.fr)

Habiles en matière de communication, les "spin doctors" de la diplomatie française ont compris à quel point cette vidéo, qui traduit une attitude de mépris condescendant en réalité tout à fait ordinaire, pouvait faire mal. Ils ont frappé fort. Mais il ne faut pas se leurrer : ce n'est qu'un coup de com', d'autant plus intelligent qu'à cette période de l'année, la presse française n'a rien à se mettre sous la dent. Elle aurait donc pu faire mousser encore plus cette affaire, au moment où l'ONU s'inquiète d'un regain de xénophobie dans l'Hexagone.

En tout cas, de l'eau a coulé sous les ponts et le web a gagné en influence depuis novembre 2004 et les insupportables vidéos des crimes commis par l'armée française sur des civils ivoiriens à Abidjan, après le bombardement non élucidé de Bouaké et la révolte de la rue ivoirienne. A l'époque, il avait fallu que Canal + confirme ce que des vidéos d'amateurs montraient depuis des semaines pour mettre en mauvaise position Michèle Alliot-Marie, surnommée à l'époque Mensonges après Mensonges.

Bref, revenons au sujet de l'heure. Pierre Haski, fondateur de l'influent site d'information Rue89, qui a amplifié la "vidéo Letondot", rappelle que l'affaire "serait restée anonyme et presque banale s'il n'y avait eu la force de la vidéo", et met en garde le cercle des pouvoirs africains.

"C'est aussi le signe de l'entrée de l'Afrique de plain-pied dans l'ère du Web et des réseaux sociaux, avec la possibilité pour les puissants d'être piégés par une vidéo déposée sur YouTube, et revenant comme un boomerang. Les dirigeants africains feraient bien d'en prendre note."

Il a raison sur le moyen terme. Mais on ne doit pas oublier que beaucoup de pouvoirs d'Afrique subsaharienne francophone sont "technoploucs" devant l'Eternel, et ne réagissent que quand leur image est écornée... à l'étranger. Voici par exemple deux vidéos qui, bien que choquantes, n'ont pas suscité la réaction qu'elles méritaient. La première montre un fait de corruption ordinaire à Abidjan où on peut reconnaître les policiers "piégés". Et la deuxième, une séance de torture d'étudiants par un corps spécial de l'armée camerounaise (certes relayée par les Observateurs de France24). A mon avis, ils auraient fait bouger les gouvernants de ces deux pays s'ils étaient passés avec force du web à la télé... surtout - et c'est triste de le dire - à "la télé des Blancs". Le web et les réseaux sociaux en Afrique peuvent devenir puissants, mais ils ont aujourd'hui besoin du relais des médias "classiques" occidentaux. C'est malheureux, mais c'est comme ça.

Commentaires

Comme tout bon technoplouc qui se respecte Romuald Letondot (Alias "Moi on ne me prend pas en photo comme ça") s'en prend à une technologie déjà ancienne: la photo, même numérique - sert avant tout en Afrique á illustrer la presse papier.

Et pendant ce temps, le caméraman filme tranquillement ce filme désormais diffusé dans le monde entier via le pouvoir du web. Cette petite vaguelette médiatique d'un jour est annonciatrice d'un tsunami techno-politique en Françafrique dont Novembre 2004 nous a donné un avant-goût.

Les mois et les années qui viennent vont être aussi rejouissants pour les observateurs en avance d'un train et très triste pour ce triste Sir Romuald (Alias "Tu sais qui je suis?").

Non je ne sais pas qui tu es et me contrefous de ton grade. Viens donc chercher les millions de copies de cette vidéo. Le vivant est vivant et toi tu as eu tes 103 secondes de gloire. Au suivant !

Écrit par : calixte | 13/08/2010

Correction de la dernière phrase: L'internet est vivant et toi, après tes 103 secondes de gloire, tu es mort. Au suivant!

Écrit par : calixte | 13/08/2010

Honnêtement je ne sais pas pourquoi on s'en prend à l'officier français!! sur la vidéo, on voit pourtant bien, comme au temps de l'esclavage, les gendarmes togolais servir de bras séculier de cet homme contre leur propre concitoyen!! quelle sanction ils ont eu, rien!

Si les officiels togolais l'avaient mis à sa place, je ne crois pas qu'il aurait eu cette attitude désinvolte! c'est d'abord eux qui lui ont montré leur pouvoir arbitraire sur n"importe quel togolais sinon il n'aurait pas eu cette légèreté.

Moi, je n'éprouve aucune satisfaction à voir cet homme sanctionné pour la gloire de l'armée française.

Écrit par : marianne | 14/08/2010

Bonjour Marianne et merci pour la réflexion

En lisant le post, je redoutais de ne pas pouvoir lire de commentaire qui allait mettre l'accent sur le comportement qu'ont eu les soldats togolais face a leur compatriote qui est très regrettable; Et c'est une énième fois à l'image de la verve de l'éternelle victimisation que nous tenons au devant des européens quand bien pire encore, notre oubli de se remettre en cause triomphe alors qu'elle demeure centrale dans l'analyse des faits; oublions deux secondes le comportement colonialiste de ce colonel et épanchons nous sur la manière dont nous réagissons dans de cas pareil car le dominateur lâche du lest que lorsque le dominé se révolte; En tout cas l'audace du vidéoman d'avoir dit " NON" au colonel m'a soulagé; la preuve est que l'image circule; Quand au photographe on est moins sûr de retrouver à quelque endroit que ce soit la photo dudit colonel qui figurait dans son appareil; SAVOIR DIT NON, en certaines circonstances ,c'est aussi apprendre à s'aimer; Enfin, je trouve qu'on ne s'aime pas assez;

Bon weekend à tous et A bientôt,

Écrit par : mohamed billy | 14/08/2010

"grand détail"

J'ai voulu dire "Apprendre à s'aimer soi-même"(à juste valeur qu'il faut pour ne pas sombrer dans la mégalomanie) pour faire réfléchir cette image valorisante dans le regard que l'Autre porte en lui sur nous.

Écrit par : mohamed billy | 14/08/2010

Bravo au videoman qui a su dire non! encore une fois dommage pour ces corps habillé togolais qui épaulais le colonel français. dans un de mes post j'avais déjà noté que c'est nous africains qui donnons notre flanc pour être chaque fois battu! Arrêtons un peu de culpabiliser les autres, analysons notre comportement (nos hommes politiques, nos policiers, nos militaires, tous ceux qui croient avoir le pouvoir) envers nos populations. Asseyons-nous et réfléchissons. Je milite pour avoir plus de vidé de ce genre, surtout sur le corrompu(e)s de nos républiques!!!!

Écrit par : Emile | 14/08/2010

@ Marianne, @Mohamed Billy @Emile, merci pour vos apports très intéressants.
Je retiens que notre degré d'exigence citoyenne en local est faible par rapport à ce que nous attendons de la France. Capitulation face à des systèmes politiques moins sophistiqués ? Fuite en avant ? Intériorisation du différentiel démocratique ?

Écrit par : Théo | 14/08/2010

Heureux de te retrouver mister Theo,

Eh oui, on ne fait mal à nos dirigeants qu'en écornant leur image à l'étranger (puisque pour certains, leur pouvoir leur vient de l'étranger, et ils le savent).

Je lis actuellement sur Abidjan.net:
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USA - La diaspora africaine organise une grande manifestation anti-française devant l’ambassade de France à DC
*************

Tu comprends pourquoi à chaque fois que la diaspora parle, le pouvoir en place réagit en disant que la politique se fait sur place, et pas à l'étranger....Ils savent bien que sur place, tu joues sur leur terrain, à domicile. Alors qu'en étant à l'étranger, le terrain leur est inconnu.

C'est pour ça que les Blé Goudé allait organiser des manifs anti-françaises à Paris. Lui et ses commanditaires n'étaient pas fous.
Il n'y a rien de plus protecteur pour Gbagbo que de faire savoir en France que la France veut le tuer, et le faire savoir dans les journaux français.

C'est l'art de la guerre.

Écrit par : oniN | 17/08/2010

Les commentaires sont fermés.