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23/06/2010

Ce que nos «dieux du stade» nous révèlent

Mon édito du 23 juin dans Le Nouveau Courrier.

La Coupe du monde 2010 bat son plein, suscite les passions les plus folles et célèbre, sans que l’on s’en rende toujours compte, le capitalisme et son corollaire obligatoire – le marketing. Comme une sorte de parabole sportive, elle nous parle du monde, de notre monde tel qu’il se porte aujourd’hui. Elle nous révèle ou nous rappelle un certain nombre de réalités, qui nous ramènent très souvent aux grands enjeux politiques et de «civilisation» de notre temps.

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19/06/2010

Côte d'Ivoire : le sondage interdit

C'est La Lettre du continent qui nous l'apprend :

"C'est super confidentiel, il ne faut surtout pas le répéter, mais un sondage commandé par l'opposition ivoirienne auprès d'Opinion Way, la société de Patrick Buisson, conseiller du président Nicolas Sarkozy- donnerait 44% à Laurent Gbagbo au premier tour de la prochaine élection présidentielle. Un score proche de celui du dernier sondage TNS-Sofres 43%."

La presse ivoirienne n'a pas le droit d'en parler. Et pour cause. Le CNP, organe régulateur de la profession, frappe d'une amende d'un million de FCFA les journaux qui choisissent de publier ou de commenter ce sondage. Comme l'indique cette décision d'Eugène Dié Kacou, président de l'organe, prise le 6 avril 2010.

"Le Collège des Membres du Conseil National de la Presse, délibérant en sa session du vendredi 02 avril 2010, a rendu des décisions portant sanctions pécuniaires applicables aux entreprises de presse dont les noms suivent et fixé le montant de l'amende à la somme de un million (1.000.000) de Francs CFA ce, en raison de la publication par les journaux qu'elles éditent, des résultats d'un sondage de la Tns-Sofres relatif aux intentions de vote en faveur des candidats à l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire.

Qu'il y ait lieu de rappeler qu'aux termes des dispositions de l'article 39 nouveau alinéa 5 de l'Ordonnance N° 2008-133 du 14 avril 2008 portant Ajustements au Code Electoral pour les élections de sortie de crise,« il est interdit de publier ou de diffuser des estimations de vote ou de procéder à l'établissement de sondages sous quelque forme que ce soit, à partir de quelque lieu que ce soit à compter de la publication de la liste électorale provisoire ».

Qu'un Communiqué du CNP, rendu public le 20 novembre 2009, avait rappelé cette interdiction et invité l'ensemble des organes de presse au respect scrupuleux de cette disposition légale.
Qu'en publiant les résultats du sondage de la Tns-Sofres, les entreprises de presse en cause ont violé les dispositions de l'ordonnance susvisée et contrevenu délibérément au Communiqué du 20 novembre 2009 du CNP ;

Ce sont :

  • SNEPCI éditeur, de Fraternité Matin
  • REGIE CYCLONE, éditeur de Le Temps
  • SOCEF-NTIC, éditeur de L'Intelligent d'Abidjan
  • OLYMPE, éditeur de L'Inter
  • LES EDITIONS YASSINE, éditeur de L'Expression
  • LES EDITIONS LE NERE, éditeur de le Jour Plus

Les décisions prises ont été notifiées aux intéressés."

Qu'en pensez-vous ?

 

Le blog des amis du "Nouveau Courrier"

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04/06/2010

«Notre» Coupe du monde

Cet édito a été publié dans Le Nouveau Courrier du vendredi 4 juin 2010.

FIFA-coupe-monde-football-2010-afrique-du-sud.jpgDans quelques jours, la phase finale de la Coupe du monde 2010 s’ouvrira en Afrique du Sud. Pour la première fois depuis qu’elle existe, notre continent abritera la compétition sportive la plus suivie au monde avec les Jeux Olympiques. Belle coïncidence, cet événement a lieu durant l’année du Cinquantenaire de nombreux Etats africains. Une sorte de couronnement pour nous tous ?

Pas vraiment. La trajectoire de l’Afrique du Sud, plus grande puissance continentale, n’a pas grand-chose à voir avec celle des pays à qui l’on a octroyé, il y a un demi-siècle, leur autonomie politique. La prospérité et le rayonnement du pays de Nelson Mandela est à la fois fruit de l’apartheid, qui dans son injustice a rendu possible les phénomènes d’accumulation, et de la lutte contre l’apartheid, qui a permis au pays de gagner sa respectabilité et de compter dans le contexte de la mondialisation.

L’Afrique «gardera»-t-elle «sa» première Coupe du monde ? Est-il utopique d’imaginer que l’une des six équipes en lice remporte le trophée tant convoité ? Rien n’est impossible en football, mais les chances objectives sont assez faibles.

Les tares qui ont entravé le demi-siècle qui vient de se dérouler, omniprésentes quand on observe la vie politique et sociale, sont également incrustées dans nos différentes galaxies sportives. L’Afrique vend son café, son cacao, son coton à l’état brut. Elle exporte aussi ses joueurs alors qu’ils sont encore dans la fleur de l’âge, et dans les pires conditions qui soient : nombreuses sont nos vedettes du ballon rond qui ont été sans-papiers en Europe avant de tutoyer la gloire.

Comme les infrastructures nécessaires pour créer des marchés intérieurs et intracontinentaux sont soit inexistantes soit défaillantes, les infrastructures sportives qui pourraient abriter de belles compétitions nationales, régionales et continentales ne sont pas toujours au rendez-vous. Le fait que le Cameroun, deuxième nation africaine de football du moment selon le classement FIFA, n’a plus organisé de Coupe d’Afrique des nations depuis 1972, est à cet égard un signe assez préoccupant.

Comme nous avons du mal à créer les conditions pour voir s’épanouir localement notre industrie musicale, «tuée» par l’absence d’Etat de droit, nous ne créons pas les conditions nécessaires à la viabilité économique de nos clubs de football. Conséquence logique : la «fuite des pieds en or» suit la même trajectoire que la «fuite des cerveaux». Nous vivons nos émotions sportives exclusivement à la télévision. Certes, le capitalisme est ce qu’il est, et il n’est pas question d’exiger des championnats locaux du niveau de ceux de l’Italie ou de l’Angleterre. Mais la professionnalisation du football est à la portée d’un pays comme la Côte d’Ivoire. Commençons déjà par créer de vraies filières «sport-études» au lieu de laisser une bonne partie de la formation de nos talents du football à des aventuriers au profil de «chasseurs de primes», voire de «nouveaux négriers».

Une chose frappe lorsqu’on fait une petite observation sociologique de nos équipes nationales de football. Elles sont tout autant régies par la règle absolue de l’improvisation, du «jemenfoutisme» et du «moi avant les autres» que nos autres organisations. La tendance «fétichiste» des patrons de notre football les pousse à créer une instabilité chronique à la tête des sélections nationales – quand rien ne va, on vire l’entraîneur pour solde de toute autocritique, même si l’on n’a pas le temps de créer une nouvelle dynamique autour d’un autre.

Les joueurs qui s’astreignent à la rigueur et à la discipline quand ils jouent dans les clubs européens qui leur versent des salaires mirobolants libèrent toutes leurs tendances égocentriques dès qu’il s’agit de courir pour la patrie. Clanisme, intrigues, bagarres, débauche, corruption… Tout est permis à nos idoles, puisqu’elles pèsent «lourd» au point de vue financier. Comme si leur «surmoi» – instance de la personnalité qui nous pousse à faire «ce qu’il convient de faire» au lieu de ce que nous avons envie de faire – s’envolait dès lors qu’ils quittaient l’Europe et ses règles serrées.

La Coupe du monde arrive. Elle sera une période de libération d’émotions contradictoires et un festival du beau jeu et du plaisir des yeux. Elle devra également être un temps de méditation pour le continent qui l’abritera. Le foot est une allégorie de la vie.