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04/06/2010

«Notre» Coupe du monde

Cet édito a été publié dans Le Nouveau Courrier du vendredi 4 juin 2010.

FIFA-coupe-monde-football-2010-afrique-du-sud.jpgDans quelques jours, la phase finale de la Coupe du monde 2010 s’ouvrira en Afrique du Sud. Pour la première fois depuis qu’elle existe, notre continent abritera la compétition sportive la plus suivie au monde avec les Jeux Olympiques. Belle coïncidence, cet événement a lieu durant l’année du Cinquantenaire de nombreux Etats africains. Une sorte de couronnement pour nous tous ?

Pas vraiment. La trajectoire de l’Afrique du Sud, plus grande puissance continentale, n’a pas grand-chose à voir avec celle des pays à qui l’on a octroyé, il y a un demi-siècle, leur autonomie politique. La prospérité et le rayonnement du pays de Nelson Mandela est à la fois fruit de l’apartheid, qui dans son injustice a rendu possible les phénomènes d’accumulation, et de la lutte contre l’apartheid, qui a permis au pays de gagner sa respectabilité et de compter dans le contexte de la mondialisation.

L’Afrique «gardera»-t-elle «sa» première Coupe du monde ? Est-il utopique d’imaginer que l’une des six équipes en lice remporte le trophée tant convoité ? Rien n’est impossible en football, mais les chances objectives sont assez faibles.

Les tares qui ont entravé le demi-siècle qui vient de se dérouler, omniprésentes quand on observe la vie politique et sociale, sont également incrustées dans nos différentes galaxies sportives. L’Afrique vend son café, son cacao, son coton à l’état brut. Elle exporte aussi ses joueurs alors qu’ils sont encore dans la fleur de l’âge, et dans les pires conditions qui soient : nombreuses sont nos vedettes du ballon rond qui ont été sans-papiers en Europe avant de tutoyer la gloire.

Comme les infrastructures nécessaires pour créer des marchés intérieurs et intracontinentaux sont soit inexistantes soit défaillantes, les infrastructures sportives qui pourraient abriter de belles compétitions nationales, régionales et continentales ne sont pas toujours au rendez-vous. Le fait que le Cameroun, deuxième nation africaine de football du moment selon le classement FIFA, n’a plus organisé de Coupe d’Afrique des nations depuis 1972, est à cet égard un signe assez préoccupant.

Comme nous avons du mal à créer les conditions pour voir s’épanouir localement notre industrie musicale, «tuée» par l’absence d’Etat de droit, nous ne créons pas les conditions nécessaires à la viabilité économique de nos clubs de football. Conséquence logique : la «fuite des pieds en or» suit la même trajectoire que la «fuite des cerveaux». Nous vivons nos émotions sportives exclusivement à la télévision. Certes, le capitalisme est ce qu’il est, et il n’est pas question d’exiger des championnats locaux du niveau de ceux de l’Italie ou de l’Angleterre. Mais la professionnalisation du football est à la portée d’un pays comme la Côte d’Ivoire. Commençons déjà par créer de vraies filières «sport-études» au lieu de laisser une bonne partie de la formation de nos talents du football à des aventuriers au profil de «chasseurs de primes», voire de «nouveaux négriers».

Une chose frappe lorsqu’on fait une petite observation sociologique de nos équipes nationales de football. Elles sont tout autant régies par la règle absolue de l’improvisation, du «jemenfoutisme» et du «moi avant les autres» que nos autres organisations. La tendance «fétichiste» des patrons de notre football les pousse à créer une instabilité chronique à la tête des sélections nationales – quand rien ne va, on vire l’entraîneur pour solde de toute autocritique, même si l’on n’a pas le temps de créer une nouvelle dynamique autour d’un autre.

Les joueurs qui s’astreignent à la rigueur et à la discipline quand ils jouent dans les clubs européens qui leur versent des salaires mirobolants libèrent toutes leurs tendances égocentriques dès qu’il s’agit de courir pour la patrie. Clanisme, intrigues, bagarres, débauche, corruption… Tout est permis à nos idoles, puisqu’elles pèsent «lourd» au point de vue financier. Comme si leur «surmoi» – instance de la personnalité qui nous pousse à faire «ce qu’il convient de faire» au lieu de ce que nous avons envie de faire – s’envolait dès lors qu’ils quittaient l’Europe et ses règles serrées.

La Coupe du monde arrive. Elle sera une période de libération d’émotions contradictoires et un festival du beau jeu et du plaisir des yeux. Elle devra également être un temps de méditation pour le continent qui l’abritera. Le foot est une allégorie de la vie.

Commentaires

Clanisme, intrigues, bagarres, débauche, corruption… : le problème est vraiment là Théo. Peux-tu imaginer un instant qu'il y ait des personnes qui se réjouissent de la blessure de Drogba, et pas des étrangers ! De vrais ivoiriens ! La vraie question, c'est celle de savoir si nous voulons vraiment de cette coupe-là sur notre continent !

Écrit par : Ch@rlie | 04/06/2010

comme le dit si bien ta conclusion: "le foot est une allégorie de la vie", que faut -il attendre de la participation africaine? la honte,ou l'ambition (modeste pour moi, mais grande pour les dirigeants africains)de passer le premier tour?
Je pense qu'on va finir par demander aux institutions de bretton woods de nous imposer un programme d'ajustement structurel ou un DSRP (Document de Stratégie Réévaluation et de Promotion) de notre football.comme c'est eux que nous dirigeants écoutent, c'est à eux qu'ils vont rendre compte au moment des élections!

Écrit par : BLE SERY | 07/06/2010

Un très bel article. Merci aux contributeurs.

Écrit par : saglik | 18/06/2010

Cette coupe du monde 2010 est un désastre pour le football français ! C'est un énorme fiasco où les joueurs ont la plus grande part de responsabilité à mon sens. Mais voyons les points positifs : A défaut d'animation sur le terrain de jeu, il y en a eu à l'extérieur ! De plus, au moins cette cacophonie va permettre de faire le grand ménage au sein des institutions du foot français.

Écrit par : Jeux en ligne | 30/06/2010

Je trouve totalement inadmissible que des journalistes soient envoyés en prison pour avoir fait leur boulot.
Ce pays marche sur la tête depuis plusieurs années.
Nous apportons notre soutien et nos encouragements à notre frère Théo et ses collègues injustement detenus

Écrit par : Anicet | 16/07/2010

Le procureur Kimou Raymon vient de vous jeter en prison, toi et deux de tes collègues pour vol, selon lui, de documents administratifs. C'est une honte pour la Côte d'Ivoire pour une telle violation de la liberté de presse. On se croirait dans les années 60. Que fait ce procureur de la loi sur la presse votée en 2001 ? Courage ! Le peuple vous soutient et vous encourage à aller au bout de vos publications pour la suite du dossier. Kimou se trompe de combat.

Écrit par : Abelkassi | 17/07/2010

Le procureur Kimou Raymon vient de vous jeter en prison, toi et deux de tes collègues pour vol, selon lui, de documents administratifs. C'est une honte pour la Côte d'Ivoire pour une telle violation de la liberté de presse. On se croirait dans les années 60. Que fait ce procureur de la loi sur la presse votée en 2001 ? Courage ! Le peuple vous soutient et vous encourage à aller au bout de vos publications pour la suite du dossier. Kimou se trompe de combat.

Écrit par : Abelkassi | 17/07/2010

l'article est très intéressant. Merci pour cette publication. Et en plus merci pour le coupe du monde fantastique.

Écrit par : Fussbodenheizung | 09/12/2010

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Écrit par : air max shoes | 21/01/2011

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