topblog Ivoire blogs Envoyer ce blog à un ami

27/02/2010

L'ivoirité, fantôme insaisissable

Les derniers développements de la crise ivoirienne ont remis au goût du jour un mot : ivoirité. L'ivoirité serait de retour. Les ivoiritaires voudraient purger la liste électorale de tous les ressortissants du nord, et selon Philippe Hugon, grand universitaire français (sic !), ils auraient déjà réussi leur funeste tâche.

Mais au juste, qu'est-ce que l'ivoirité, et quelles sont ses manifestations pratiques ? Je ne suis pas naïf : je sais que depuis 1999 et l'expulsion emblématique des Burkinabè de Tabou (sous Henri Konan Bédié), des tensions récurrentes opposent, surtout en zone rurale, autochtones et étrangers, voire autochtones et Ivoiriens originaires d'autres régions... et que ces tensions sont souvent exacerbées par des "cadres" du coin, liés hier au PDCI, aujourd'hui au FPI, et qui ont souvent les moyens de créer des plantations industrielles là où des "espaces" se seraient créés. Est-ce cela l'ivoirité ? Peut-être. Mais dans les pays où le taux d'immigration est plus bas, ce même type de concurrence foncière oppose des compatriotes d'ethnies différentes, voire de la même ethnie. Ce phénomène global, au-delà des passions idéologiques et des instrumentalisations auxquelles il donne droit, est au fond très contemporain. Il est lié à la raréfaction des ressources et à la compétition qui demain, nous explique-t-on, entraîneront des guerres de la terre et de l'eau. Le fait que la Côte d'Ivoire soit entourée de pays sahéliens comme le Burkina Faso et le Niger, les pays les plus pauvres d'entre les pauvres (plus pour longtemps pour le Niger), dont les taux de natalité sont les plus élevés au monde, peut expliquer un certain nombre de batailles. Poser ainsi le problème est plus objectif que diaboliser une partie des acteurs et victimiser les autres, et appelle des solutions  - qui existent, j'en suis persuadé, et relèvent de l'aménagement du territoire - au lieu d'aggraver les problèmes en prenant partie.

Juste avant Linas-Marcoussis, de nombreux éditorialistes ont affirmé que la nationalité de nombreux Ivoiriens était niée, juste parce qu'ils étaient Nordistes. Les accords qui étaient censés régler tous les problèmes n'ont pas évoqué ce déni de nationalité. Comme c'est curieux. Qu'ont-ils dit ?

"La Table Ronde estime que la loi 61-415 du 14 décembre 1961 portant code de la nationalité ivoirienne modifiée par la loi 72-852 du 21 décembre 1972, fondée sur une complémentarité entre le droit du sang et le droit du sol, et qui comporte des dispositions ouvertes en matière de naturalisation par un acte des pouvoirs publics, constitue un texte libéral et bien rédigé.

 

La Table Ronde considère en revanche que l’application de la loi soulève de nombreuses difficultés, soit du fait de l’ignorance des populations, soit du fait de pratiques administratives et des forces de l’ordre et de sécurité contraires au droit et au respect des personnes.

(...)

 

En conséquence, le gouvernement de réconciliation nationale :

  • a. relancera immédiatement les procédures de naturalisation existantes en recourant à une meilleure information et le cas échéant à des projets de coopération mis en oeuvre avec le soutien des partenaires de développement internationaux ;
  • b. déposera, à titre exceptionnel, dans le délai de six mois un projet de loi de naturalisation visant à régler de façon simple et accessible des situations aujourd’hui bloquées et renvoyées au droit commun (notamment cas des anciens bénéficiaires des articles 17 à 23 de la loi 61-415 abrogés par la loi 72-852, et des personnes résidant en Côte d’Ivoire avant le 7 août 1960 et n’ayant pas exercé leur droit d’option dans les délais prescrits), et à compléter le texte existant par l’intégration à l’article 12 nouveau des hommes étrangers mariés à des Ivoiriennes."

Linas-Marcoussis n'évoque pas des Ivoiriens privés indûment de leur nationalité, mais des étrangers "longue durée" qu'il serait juste - et je le pense aussi - de naturaliser. Une loi spéciale de naturalisation destinée à ces derniers, obligeant l'Etat à répondre aux demandes trois mois après, a été votée par l'Assemblée nationale. Etrangement, très peu de personnes se sont saisies de cette loi. Les adversaires proclamés de l'ivoirité, locaux ou internationaux, n'ont rien fait pour qu'elle soit appliquée. Il n'y a pas eu de campagne d'explication à ce sujet, alors que l'Union européenne a dépensé des sommes importantes pour faire connaître et appliquer le code foncier rural, aussi évoqué à Linas-Marcoussis. Les millions d'étrangers longue durée ont disparu totalement des écrans radar. Inintéressants politiquement de toute façon, puisque la loi prévoyait qu'ils ne pourraient voter que cinq ans après leur naturalisation... donc après la fameuse présidentielle qui vient.

Très rapidement, la ligue officiellement hostile à l'ivoirité a évoqué un autre thème. Il y aurait trois millions d'Ivoiriens qui seraient privés de papiers d'identité parce qu'ils n'auraient pas été déclarés lors de leurs naissances. Il fallait urgemment leur en fournir, à travers des audiences foraines. Estimant ce chiffre énorme, le camp présidentiel s'est rebiffé, accusant le parti d'Alassane Ouattara de vouloir profiter de cette opération, alors menée par des responsables issus de l'opposition, sans aucune concertation, pour inscrire des étrangers originaires de la CEDEAO sur les listes électorales. Des sanglantes batailles de rue ont eu lieu. Les acteurs se sont assis à la table de négociations, et ont accouché d'un "mode opératoire consensuel", garantissant les droits des personnes sans papiers d'identité et maintenant des procédures de vérification. Au final, cette population de sans-papiers s'est élevée à 600 000 individus environ... cinq fois moins que ce que les "alassanistes" affirmaient. Beaucoup, dans le camp présidentiel, ne peuvent s'empêcher de penser que le "mode opératoire" a empêché de nombreuses fraudes.

La crise de la "double dissolution" relève du même paradigme que celle des "audiences foraines". Un camp craint que des étrangers soient inscrits sur les listes électorales, l'autre a peur que des Ivoiriens en soient exclus. Contrairement à la première expérience, un "mode opératoire consensuel" impliquant de nombreux acteurs a été déterminé. Malheureusement, le président de la Commission électorale indépendante (CEI) a violé ce mode opératoire en procédant à des croisements (ce qui n'était pas du ressort de son institution) et en procédant à des manipulations sur des ordinateurs dans les Commissions électorales locales. On pourrait comparer cette situation à celle d'un directeur général qui viole les procédures internes de l'entreprise qui l'emploie en engageant des actions alors que seuls les membres du Conseil d'administration ont le droit de les engager. D'où le conflit entre le camp de ceux qui estiment que ces manipulations de toute façon illégales relevaient de la fraude et ceux qui n'y voient qu'une maladresse instrumentalisée par le pouvoir. Malgré tout, à cette occasion encore, on parle d'ivoirité.

L'explication "ivoiritaire" de tous ces soubresauts finit par isoler la Côte d'Ivoire de tous les pays du même type. Pourtant, la technique de fraude qui consisterait à faire voter des étrangers est régulièrement dénoncée par de nombreuses oppositions africaines, au Togo, ce qui a entraîné des violences "xénophobes", au Sénégal, et au Gabon. Aujourd'hui, du strict point de vue électoral, Gbagbo est dans l'opposition, puisque la Commission électorale est dirigée par ses adversaires. Il a les mêmes craintes que ses "collègues" opposants. On ne peut pas arriver à une paix juste sans en tenir compte.

Mon propos ici n'est pas de nier les tentations de repli sur soi qui existent en Côte d'Ivoire. Mais il serait bon qu'on OBJECTIVE les problèmes. C'est ainsi qu'on commence à les résoudre. Refuser de prendre la peine de comprendre la subtilité des affrontements et se presser de juger, d'une manière qu'on estime vertueuse, renforce le sentiment de victimisation chez les uns, et le réflexe de "tribu assiégée" chez les autres.

Chaque fois qu'un Philippe Hugon débite des contre-vérités absolues pour nourrir la thèse de l'ivoirité, facteur explicatif total de la crise ivoirienne, les tensions s'exacerbent et la paix s'éloigne. L'enfer est pavé de bonnes intentions.

26/02/2010

Youssouf Bakayoko, nouveau président de la CEI

bakayoko_youssouf2.jpg
Il a été élu à l'unanimité, ce qui prouve que la classe politique ivoirienne peut s'entendre, si chacun met son orgueil de côté et négocie. Plus d'infos ici.

25/02/2010

Signé Pahé

sarko-opposition-786632.jpg


Il est pas hilarant, talentueux ? Le blog de Pahé, le caricaturiste gabonais le plus inspiré du moment, ici.

Le RHDP a déjà perdu la CEI

Selon les informations qui filtrent, les acteurs ivoiriens ont convenu, lors de la dernière visite de Blaise Compaoré, que le président et les vice-présidents de la Commission électorale indépendante (CEI) seraient changés (exit Mambé donc !), mais que cette commission garde la même structure que celle qui a été dissoute par le président Laurent Gbagbo.

Rien ne change donc ? Pas si sûr. Le RHDP+PIT ont 10 représentants à la Commission centrale de la CEI. Le FPI, le président, le président de l'Assemblée nationale et l'UDCY (camp présidentiel) en ont 6. Et les Forces nouvelles en ont 6.

Lors de l'élection de la Commission centrale dirigée par Mambé Beugré, le RHDP et les Forces nouvelles ne faisaient qu'un. Aujourd'hui, les choses ont changé. Les FN se piquent de jouer un rôle d'arbitres. Dans le cas d'espèce, c'est l'ex-rébellion qui sera la faiseuse de roi.

Du coup, non seulement Mambé s'en va, mais en plus le PDCI perd le poste de président de la CEI.

Deux possibilités désormais : un président de la CEI issu de la seule force signataire des Accords de Linas-Marcoussis qui ne soutient officiellement aucun candidat (Forces nouvelles) ; ou un président de la CEI présenté par les FN ou une force institutionnelle (président par exemple), mais qui se caractérise par une forme de neutralité. Un religieux, par exemple.

23/02/2010

Gouvernement ivoirien (partiel) du 23 février 2010

Plus bas, la liste des ministres de la "première fournée" (FPI et FN, ex-rébellion). On constate que 17 postes sont pourvus et que 11, destinés au RHDP s'il le veut bien, sont à pourvoir. Soro et Gbagbo en ont profité pour virer certains ministres de leur camp. Soro a éconduit le ministre du Commerce Youssouf Soumahoro, connu pour ses frasques et son goût du scandale (bagarres publiques), qui s'est chamaillé avec des opérateurs économiques, la Chambre de Commerce au sujet d'une sorte d'impôt déguisé qu'il voulait instaurer. Gbagbo a "limogé" Léon-Emmanuel Monnet, ministre des Mines confronté au délestage et à la crise à la Société ivoirienne de raffinage (SIR) et Hubert Oulaye, ministre de la Fonction publique, qu'il avait tancé presque ouvertement lors d'une cérémonie à l'Ecole Nationale d'Administration où il parlait des fraudes à l'entrée. Il n'a pas trouvé un autre strapontin à Sébastien Dano Djédjé, ministre de la Réconciliation, et les mauvaises langues pourront épiloguer sur les raisons de cette disgrâce. Gbagbo promeut l'ancien ministre de la Culture, Augustin Komoé, qui devient ministre des mines et de l'énergie, et Yapo Atsé Benjamin, originaire, comme Léon-Emmanuel Monnet, du pays attié, désormais ministre de l'Enseignement technique. Géopolitique oblige, le remplaçant de Hubert Oulaye à la Fonction publique est aussi un Wê (Guéré).

Mel Théodore reste au gouvernement tandis que son ancien portefeuille, ministre de la Ville, est supprimé. Son action n'aura pas réussi à rendre le ministère indispensable. Le tandem Gbagbo-Soro laisse les ministères du Commerce et de la Culture aux RHDP, et lui prend l'Industrie et l'Urbanisme. Alors qu'il n'y avait qu'un seul ministre d'Etat, proche de Gbagbo, il y en a désormais deux, dont un proche de Soro. L'amour fou, quoi !

 

Premier ministre, chef du gouvernement : Guillaume Soro Kigbafori (FN)

Ministre d'Etat, ministre du Plan et du Développement : Paul-Antoine Bohoun Bouabré (FPI)

Ministre d'Etat, Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des droits de l'homme : Koné Mamadou (FN)

Ministre de l'Intérieur : Tagro Assiénini Désiré (FPI)

Ministre de l'Economie et des Finances : Charles Diby Koffi (société civile)

Ministre de la Défense : Michel Amani N'Guessan (FPI)

Ministre des Mines et de l'Energie : Kouadio Komoé Augustin (FPI)

Ministre de l'Industrie et de la Promotion du secteur privé : Koné Moussa (FN)

Ministre du Tourisme et de l'Artisanat : Sidiki Konaté (FN)

Ministre de la Communication : Ibrahim Sy Savané (société civile)

Ministre de la Fonction publique : Guiriéoulu Emile (FPI)

Ministre de la Production animale et des ressources halieutiques : Alphonse Douaty (FPI)

Ministre de l'Education nationale : Gilbert Bleu Lainé (ex-UDPCI)

Ministre de la Construction, de l'Urbanisme et de l'Habitat : Koné Tiémoko Mélégué (FN ?)

Ministre de l'Enseignement technique et de la formation professionnelle : Yapé Atsé Benjamin (FPI)

Ministre de la lutte contre le sida : Adjobi Nebout Christine (FPI)

Ministre de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs : Mel Eg Théodore (UDCY)

A pourvoir

Ministère des Affaires étrangères

Ministère de l'Agriculture

Ministère du Commerce

Ministère des Transports

Ministère des Infrastructures Economiques

Ministère des NTIC

Ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche scientifique

Ministère de la Santé

Ministère de l'Environnement et de la Salubrité Publique

Ministère de la Famille, de la Femme et des Affaires sociales

Ministère de la Culture et de la Francophonie

 

 

Côte d'Ivoire : à propos de la dissolution de la CEI et du gouvernement, par Guy Labertit

Ami de notre communauté, Guy Labertit, Conseiller du Président Afrique de la Fondation Jean-Jaurès et proche du président Laurent Gbagbo, nous livre un certain nombre de faits et d'éléments d'analyse expliquant la logique qui a poussé le chef de l'Etat ivoirien à dissoudre à la fois le gouvernement et la CEI. En lisant son texte long - mais il faut bien entrer dans la complexité des arguments de part et d'autre pour comprendre un fait d'actualité, au-delà des jugements hâtifs -, une expression me vient, personnellement, à l'esprit : technologie électorale.

Lire la suite

19/02/2010

Une conseillère de Gbagbo publie un article au vitriol... contre son boss !

Vous avez dit bizarre... comme c'est bizarre... Une journaliste basée en Suisse, dénommée Catherine Fiankan-Bokonga, entre autres correspondante du quotidien gouvernemental Fraternité-Matin et conseillère à la présidence de la République de Côte d'Ivoire (si l'on en croit cette liste où son nom se trouve à la neuvième position dans la sous-liste des conseillers techniques) publie un article au vitriol contre son "boss" sur le site de l'agence de presse Infosud. Article repris par son partenaire Rue89.

Extraits :

"Le Président de la Côte d'Ivoire semble avoir atteint les limites de son jeu qui lui a permis de se maintenir au pouvoir en exacerbant les questions d'identité nationale (ivoirité), les tensions religieuses et tribales entre le Nord et le Sud du pays. (...)

Reste à savoir comment la « pierre angulaire de l'Afrique de l'Ouest » va éviter une nouvelle crise politique. L'actuel climat de suspicion, de délation et de lassitude entourant le contentieux de l'inscription sur les listes électorales pousse les Ivoiriens à des actes de plus en plus violents.

L'ONU et le Premier ministre et ex-chef de la rébellion, Guillaume Soro, ont lancé un appel au calme. Le porte-parole de l'ex-rébellion, Sidiki Konaté, également ministre du Tourisme, a mis en garde contre un risque de « guerre civile. C'est le Rwanda qui se prépare ». Une perspective qui menace aussi de déstabiliser les États voisins, tributaires de la santé économique de la Côte d'Ivoire."

Post-Scriptum

Catherine Fiankan-Bokonga a réagi à mon post sur Rue89 en ces termes :

"Monsieur,

Suite à vos commentaires laissés sur le blog de «Rue 89» après la publication de l’article intitulé : « Après le report des élections, la Côte d'Ivoire de nouveau en crise », je me permets de vous apporter quelques précisions.

L’article que vous avez lu sur rue89, a été publié une première fois le 10 février 2010 dans un quotidien suisse « Le Temps » et sur le site "www.infosud.org" sous le titre : « Nouvelle menace d’éclatement ». Le chapeau que j'avais alors rédigé était le suivant : « Depuis 2005, date de la fin du mandat du président Laurent Gbagbo, la Côte d’Ivoire attend l’o! rganisation d’une élection présidentielle. La communauté internationale perd patience. Le peuple aussi. »

Cet article a été rédigé suite aux déclarations et faits survenus entre le 5 et le 7 février 2010 en Côte d’Ivoire. C'est-à-dire avant que les dissolutions du gouvernement et de la Commission Electorale Indépendante n’interviennent. Vous noterez que je ne fais que reprendre les déclarations officielles des acteurs de la vie politique ivoirienne, des dirigeants du FMI et de la Banque Mondiale.

Pour répondre à vos insinuations, j’ai été citée comme témoin à la barre lors du procès Gbagbo vs Le Monde car j’avais publié, un article sur le fait qu’il n’existait pas d’annexes secrètes au Rapport sur la Côte d’Ivoire présenté par le Haut Commissariat des Droits de l’Homme (février 2003) comme l’affirmait le quotidien français. Le Haut Commissaire de l’époque, Sergio Vieira de Mello, m’avait accordée une interview filmée dans laquelle il infirmait l’existence d’un tel document (arrêt rendu le 5 avril 2006 par la Cour d’appel de Paris).

Force est de constater que vous-même, monsieur Théophile Kouamouo aviez été cité dans cette affaire comme témoin à charge contre le quotidien français « Le Monde » duquel vous aviez démissionné en octobre 2002 du poste de correspondant en Afrique de l’Ouest, basé à Abidjan (http://www.africultures.com/php/index.php?nav=murmure&...).

Je vous rappelle également que lorsque vous étiez rédacteur en chef du quotidien ivoirien « Le courrier d’Abidjan », réputé appartenir à Madame Simone Ehivet-Gbagbo, la publication a relaté le contenu de mon intervention devant le tribunal (Le courrier d’Abidjan du 27 mai 2004, article de William Aka).

A cette époque, mon interview du Haut Commissaire avait été interprété comme un acte pro-Gbagbo car il n’allait pas dans le sens de la majorité des publications françaises.

Concernant la présence de mon nom sur la liste des conseillers techniques de la Présidence de la République ivoirienne, j’en ignorais l’existence. En consultant cette liste grâce à vos indications, j’ai constaté que les noms d’autres journalistes professionnels étrangers sont cités. J’ai pris contact avec eux et, tout comme moi, ils sont surpris de cet état de fait. Je ne suis en aucun cas un des conseillers politiques du Président Laurent Gbagbo.

Je suis journaliste professionnelle depuis plus de 28 ans ainsi j’ai travaillé avec de multiples médias de la presse écrite, de la radio et de la télévision. Je suis accréditée au Palais des Nations Unies, à Genève, depuis 12 ans comme correspondante de plusieurs publications européennes et africaines dont le quotidien ivoirien « Fraternité-Matin » dans lequel je publie des articles relatifs à l’ONU et aux agences spécialisées du système des Nations Unies. Fraternité Matin est le plus ancien quotidien ivoirien, créé le 9 décembre 1964, et ainsi le journal le plus lu. Le quotidien du parti au pouvoir (FPI) s’appelle : «Notre Voie».

Je m’intéresse particulièrement aux événements de Côte d’Ivoire depuis la tentative de coup d’Etat du 18 septembre 2002. Dès novembre 2002, j’ai été sollicitée par l’ONG suisse « Media Action International » afin d’animer en Côte d’Ivoire, à Bassam, un séminaire financé par la Direction du Développement de la Coopération suisse qui regroupait l’ensemble de la presse ivoirienne. Le but de la réunion était d’expliquer aux journalistes présents le pouvoir de la presse en cas de conflit et son devoir d’information non partisane. Il a été suivi d’autres ateliers à Abidjan (2003) effectués en collaboration avec the Int! ernational Federation of Journalists (IFJ) et à Accra pour évoquer la dimension régionale du conflit ivoirien avec le Bureau de Coordination Humanitaire des Nations Unies (OCHA) et Media Foundation West Africa (http://africa.ifj.org/en/articles/report-on-ifj-mission-t...). Le travail de MAI avait d’ailleurs été salué dans un rapport des Nations Unies.

A ce titre, mon nom est cité sur divers sites officiels ou non, car mes nombreux écrits et actions ont souvent dérangés.

Tout au long de ma carrière j’ai été parfois confrontée à des accusations diverses et variées par des lecteurs qui pensent que la rédaction d’un article est une prise de position de la part de l’auteur pour une situation donnée ou un individu.

Mes articles ont comme seul but d’informer le lecteur, grâce aux faits exposés et de susciter une réflexion."

J'ai jugé nécessaire de répondre à sa réponse :

"Mme Fiankan,

Je n'ai fait aucune "insinuation". Tout ce que j'ai écrit était très clair. J'ai évoqué votre papier et je l'ai mis en relation avec le statut de conseillère du président ivoirien que vous attribue le site officiel de la Présidence de la République de Côte d'Ivoire. Par ailleurs, je serais curieux de connaître les noms des journalistes professionnels étrangers figurant sur la liste officielle des conseillers de Gbagbo. J'ai beau fouiller, je n'en trouve aucun.
De plus, "Le Courrier d'Abidjan" n'a jamais appartenu à Simone Gbagbo. J'en étais le copropriétaire avec mon associé Sylvestre Konin. Par la suite, j'ai vendu mes parts. Ce journal a eu ses engagements, qu'on peut discuter, mais en tant que journal indépendant, non lié contractuellement à quiconque. Fraternité-Matin est bien un journal gouvernemental, puisqu'il est la propriété du gouvernement, qui désigne ses responsables. Cela n'empêche pas ce journal d'être professionnel et de jouir de la confiance de ses lecteurs."

Post-Scriptum 2 : 19 février 2010

Suite à la réaction de Catherine Fiankan-Bokonga sur ce blog, j'ai reçu un coup de fil d'un conseiller spécial du président ivoirien qui affirme qu'ils ont "cohabité" dans les couloirs du Palais présidentiel et qu'elle revendiquait son titre de conseiller technique. Il nous propose de regarder ici une vidéo où elle apparaît, dans une délégation officielle lors d 'une visite de Gbagbo au Qatar. On la voit à côté du gouverneur du district de Yamoussoukro à partir de la 51è seconde.

16/02/2010

Les fables de Philippe Hugon, "spécialiste" de l'Afrique

Dans la série "quand on est un universitaire occidental, on peut dire toutes les extravagances sur l'Afrique", j'ai l'honneur de vous présenter l'épisode Philippe Hugon. Directeur de recherche à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) de Paris, il a été invité par France24 pour "éclairer" les téléspectateurs dans le cadre de l'émission à la "Une". Sa thèse ? Gbagbo veut retarder les élections parce qu'il a peur de les perdre. Thèse légitime à défendre tant qu'elle est étayée par des faits.

Malheureusement, Philippe Hugon se révèle un très mauvais connaisseur de la Côte d'Ivoire, et se met à débiter des contre-vérités navrantes et dangereuses pour la paix sociale. Regardez la vidéo ici. Retranscription d'extraits :

"Il y a un contentieux notamment sur la composition de cette liste électorale puisqu'il y a 429 000 cas litigieux, et notamment de savoir si les originaires du Nord peuvent voter ou pas et donc il y a eu ce qu'on appelle un délit par rapport aux patronymes et on a supprimé, les juges ont supprimé de la liste électorale tous ceux qui avaient un nom qui renvoyait aux originaires du Nord."

Ces propos sont absolument faux, et cette histoire n'a jamais été entendue même venant de la bouche des opposants ivoiriens les plus virulents. Philippe Hugon, qui est venu pour développer une thèse partisane, a oublié de s'informer sur les derniers développements en Côte d'Ivoire.

En effet, un recensement électoral ("enrôlement") a eu lieu. La procédure acceptée par tous ne nécessitait que la présentation d'un extrait de naissance. Par la suite, des "croisements" avec les fichiers historiques de l'état-civil devaient permettre de "débusquer" d'éventuelles fraudes ou fausses déclarations. Une liste électorale de personnes "sans problèmes" a été publiée, et une liste d'un peu plus d'un million de personnes devant apporter une preuve supplémentaire de leur identité, ou toute autre précision, est sortie. Sur cette liste, on trouve des Ivoiriens originaires du Sud, du Centre, du Nord, de l'Ouest et des naturalisés qui n'ont pas fourni tous leurs papiers. Tous les partis ont admis cette pratique.

En violation de la procédure, le président de la Commission électorale indépendante (CEI) a repêché de la liste d'un million 429 000 personnes dont les noms devaient être, selon la justice ivoirienne, insérés dans la liste électorale sans qu'elles suivent la procédure normale... si le pot-aux-roses n'avait pas été découvert. Signalons au passage que le procureur adjoint qui a mené l'enquête porte un nom, Diakité, "renvoyant aux originaires du Nord".

Le président de la CEI a admis qu'il avait établi cette liste de 429 000 personnes, mais pour sa "propre gouverne", sans envisager de l'introduire dans la liste définitive. Tout le monde reconnaît le "dysfonctionnement", mais certains parlent de tentative de fraude rédhibitoire tandis que d'autres évoquent des incompréhensions et accuse le camp présidentiel de chercher la petite bête. Personne ne dit que tous les Nordistes ont été sortis de la liste électorale. D'où Philippe Hugon sort-il tout ça ?

Il confond visiblement deux affaires : celle des 429 000 et celle des contentieux judiciaires, légaux, qui voient certaines personnes inscrites sur les listes électorales accusées, certaines fois à raison, d'autres fois à tort, devant les tribunaux. Pour l'instant, il y a tout au plus quelques centaines de personnes qui ont été radiées des listes électorales par des juges qui ont rejeté une grande partie des plaintes. Personnellement, je déplore le caractère expéditif de certaines audiences, qui ne respectent pas assez les droits de la défense, et surtout les incendies et saccages des tribunaux, comme si la violence devait l'emporter sur le contradictoire du droit.

Philippe Hugon sait-il que supprimer de la liste électorale tous les originaires du Nord revient à exclure près d'un million et demi de personnes de cette liste ? Se rend-il compte que cette affirmation totalement fantaisiste peut être gobée par une partie de la population peu alphabétisée et la pousser à des violences "de survie" ?

Complètement carent sur l'actualité, le "spécialiste" n'est pas non plus calé sur l'Histoire. Il affirme :

"Le Nord historiquement a été rattaché à la Haute-Volta pendant la période coloniale, on est dans un contentieux extrêmement ancien en Côte d'Ivoire".

Seulement voilà, c'est une partie de la Haute-Volta (ancien nom du Burkina Faso) qui a été rattachée à la Côte d'Ivoire de 1932 à 1947 par les Français, alors qu'une deuxième a été incluse dans le Soudan français (actuel Mali) et une troisième dans le Niger.

Comment l'Afrique ne se sentirait-elle pas méprisée quand des ignorants complets viennent jouer les savants sur les plateaux les plus prestigieux à son sujet, maniant à dessein le couteau identitaire, comme si un Rwanda ne suffisait pas ?

15/02/2010

La vidéo de Bédié qui va faire le buzz cette semaine


QUAND LE PASSE DE BEDIE LE RATTRAPE
envoyé par lgconnect. - L'info internationale vidéo.

01:50 Publié dans Vidéo | Lien permanent | Commentaires (13)

13/02/2010

Les cyberescrocs peuvent nuire à votre réputation


On connaît déjà, depuis de longues années, un des techniques préférées des cyberescrocs africains. Ils envoient à des centaines de personnes Hermann_Yameogo.jpgdes mails en se faisant passer pour des héritiers de présidents déchus qui cherchent à faire sortir leur argent du pays où ils se trouvent. Désormais, ils se font passer pour des personnes existantes, connues, qui veulent effectuer le même type d'opérations.

Il y a quelques jours, je reçois un mail prétendument envoyé par Hermann Yaméogo, figure de proue de l'opposition burkinabé à partir - tout de même :) - de l'adresse barro.ali@live.fr. Son contenu :

"CHER AMI

Excusez-moi pour avoir aucune correspondance officielle avant ce message,mon nom est M. HERMANN YAMEOGO, Président de l'UNDD au Burkina Faso, Afrique de l'Ouest. J'ai besoin de votre aide pour transférer la somme de 21,6 millions $ US de mon compte ici au Burkina Faso pour l'un de vos compte à l'étranger pour les investissements. Été un citoyen de ce pays, il est permet pas pour moi de transférer audience à l'ètranger .je attend votre reponse pour vous des détails sur la manière dont le transfert sera exécuté et aussi noter que vous aurez 10% du montant total après le transfert. merci"

Le français est franchement approximatif, un oeil averti flaire l'arnaque à plein nez, mais tout le monde n'est pas averti. Ayant déjà interviewé Hermann Yaméogo et connaissant sa vraie adresse, je lui envoie un mail pour l'avertir de cette utilisation abusive de son identité. Il m'a répondu ceci.

"(...) J'étais au courant de cette affaire, découverte par une de mes filles aux USA depuis deux mois environ.J'en avais touché un mot à un ami de Fasozine et à un autre de l'Observateur Paalga  qui ont trouvé utile de  prévenir les lecteurs de cette tentative d'escroquerie. si vous voulez à votre niveau le faire, puisque  vous avez été destinataire, ce serait une bonne chose et pourrait décourager un tant soit peu l'ardeur de ces cyber-escrocs. (...)".

Je lui ai promis de diffuser son "droit de réponse" aux cyberescrocs, dont acte. Cela dit, je me demande s'il y a des manières simples de faire des réclamations chez les fournisseurs d'adresses email en cas d'usurpation d'identité.