06.02.2010
Présomption de culpabilité

Je n'évoquerai pas sur ce blog le fond de l'affaire Mambé Beugré, président de la Commission électorale indépendante (CEI), conformément à ma décision de ne plus parler ici de questions relevant de la politique ivoirienne au quotidien. Mais le principal titre de "Une" de Fraternité-Matin d'aujourd'hui m'interpelle. Frat-Mat, qui est un journal dont le professionnalisme ne se discute pas, a fait à mon avis une assez grosse bourde en barrant sa "Une" de ces deux mots : Mambé coupable.
Un tel titre viole peut donner l'impression de violer le principe de la présomption d'innocence, édictée par l'article 11 de la déclaration universelle des droits de l'homme. "Toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées."
En tout état de cause, ce n'est pas le procureur qui établit la culpabilité d'un prévenu (son métier est d'accuser), c'est le juge.
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Le journalisme, entre objectivité et honnêteté
Hier, en lisant un vieux VSD entre deux rendez-vous, je suis tombé sur une conversation qui m'a intéressé, entre Patrick Poivre d'Arvor et Claire Chazal. Une partie de l'échange évoquait la contradiction apparente entre l'engagement du journaliste et son devoir d'objectivité. Voici qu'en disait PPDA:
"Ce qu'on apprend en école de journalisme, c'est-à-dire l'objectivité, est un vain mot. Il faut en finir avec ce mythe. Je pense qu'on est tous subjectifs. Tu es auvergnate, moi je suis né à Reims : en raison de ces racines, on se trouve de fait dans des engagements personnels, philosophiques, éthiques, religieux. Il faut assumer cette subjectivité-là. Mais nous devons aussi rester très honnêtes intellectuellement et, évidemment, tendre vers l'objectivité, surtout sur l'engagement politique."
Cette vérité simple, je pense que beaucoup de blogueurs l'ont comprise. Parce qu'ils ne cachent pas le "lieu" d'où ils parlent, parce qu'ils assument leurs opinions sans pour autant renoncer au discours rationnel, ils sont moins frappés de suspicion que les journalistes traditionnels.
Pour ma part, bloguer m'a beaucoup aidé à ne pas sombrer, en tant que journaliste considérant qu'il restait un être de chair et de sang, avec ses "racines", sa part d'histoire faisant qu'il était difficile pour lui d'écrire et de penser dans des moules faits par d'autres, pour d'autres, et qu'on appelait "objectivité", bien entendu avec des intonations dans le fond tyranniques.
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