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30/01/2010

Togo suspendu de la CAN : la CAF sans coeur ?

Repus de leur puissance sans partage, Issa Hayatou et ses collaborateurs de la CAF ont-ils tout simplement perdu la raison ? Impossible, à mon avis, de comprendre leur acharnement contre un Togo dont deux citoyens ont trouvé la mort alors qu'ils se rendaient à la grand-messe du foot continental. Personnellement, j'étais favorable à ce que les footballeurs togolais jouent, pour montrer aux terroristes qu'ils n'auraient pas raison d'eux et que la barbarie ne saurait triompher sur la civilisation. Mais on peut tout de même comprendre une Nation traumatisée ! Mais c'est cette civilisation qui veut qu'on pleure avec ceux qui pleurent et non qu'on les accable parce qu'on veut se venger de leur gouvernement. Ce n'est pas bon. Carton jaune à la CAF.

Issa HayatouWS (2)~2.jpgLe Togo privé des deux prochaines Coupes d'Afrique des Nations: la Confédération africaine de football (CAF) l'a sanctionné samedi à la suite de la décision du gouvernement de Lomé de retirer l'équipe nationale de la compétition cette année en Angola contre l'avis des joueurs.

"Cette décision des autorités politiques enfreint les règlements de la CAF et de la CAN", estime la Confédération dans un communiqué. La Fédération togolaise se voit par ailleurs infliger une amende de 50.000 dollars (environ 36.000 euros).

Le Togo avait décidé de retirer son équipe nationale de la Coupe d'Afrique des Nations après le mitraillage du car de la sélection le 8 janvier dernier, deux jours avant le début de la compétition, alors qu'elle se rendait disputer son premier match dans l'enclave du Cabinda. Deux membres de la délégation togolaise avaient été tués dans l'attentat.

La Confédération africaine de football rappelle samedi dans son communiqué qu'elle avait condamné l'attentat et "même annoncé aux joueurs qu'elle comprendrait parfaitement leur volonté de se retirer de la compétition".

"Cependant, alors que les joueurs ont exprimé leur volonté de jouer, le gouvernement du Togo a décidé de retirer son équipe nationale de la compétition", constate la CAF, qui estime que "cette décision des autorités politiques enfreint les règlements de la CAF et de la CAN". "Ainsi en application de ces règlements, le Comité Exécutif décide de suspendre l'équipe nationale représentative du Togo pour les deux prochaines éditions de la Coupe d'Afrique des Nations", précise la CAF.

La CAN, dont la finale opposera dimanche l'Egypte au Ghana, n'a pas connu de nouvelles violences depuis l'attentat contre l'équipe du Togo. Vendredi, lors d'une conférence de presse aux côtés du président de la FIFA Sepp Blatter, le président de la CAF Hissa Hayatou avait justifié la décision de ne pas annuler la compétition après l'attaque. "On ne pouvait pas tout annuler comme ça", avait-il expliqué. "Nous avions un programme. C'était la bonne décision". AP

25/01/2010

CAN 2010 : le proviseur du lycée d'Issia (Côte d'Ivoire) meurt après l'égalisation de l'Algérie

Le proviseur du lycée municipal d’Issia, Semian Dalo Serges a subitement trouvé la mort dimanche des suites d’un arrêt cardiaque provoqué par le deuxième but des Fennecs d’Algérie face aux Eléphants de Côte d’Ivoire (3-2), dans le cadre des quarts de finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) de football en Angola.

Après s’être écroulé devant son poste téléviseur, M. Semian a rendu l’âme au moment de son évacuation à l’hôpital, a relaté à l’AIP une source proche du défunt. "Il était convalescent et n’a pas supporté le rythme du match. Après le but de Kader, il était sûr de la victoire de notre équipe nationale. Mais à l’égalisation des Algériens, quelques minutes seulement après, il a poussé un cri de désespoir et son cœur a lâché ", a ajouté cette source.

Source AIP

21/01/2010

Le Cameroun comme en 2008 ?

"Celui qui sème avec larmes moissonne avec chants d'allégresse". (Psaumes 126)

 

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Un post pour Haïti

Le blogueur Yoro m'a tagué dans le cadre d'une chaîne de posts de soutien à Haïti qu'il a initiée. J'apprécie l'initiative. Nous nous sentons tous impuissants face à ce drame qui touche ces Africains "de l'autre côté" et la moindre des choses que nous, blogueurs afro-orientés, pouvons faire, c'est de participer à ce "buzz" pro-Haïti. Voici donc mes mots pour l'île martyre, mes pauvres mots jetés comme une bouée dans l'océan du web.

"Haïti, notre douleur... Une fois de plus, la première Nation noire indépendante, cette île mille fois martyre, ploie sous le poids d'une catastrophe qui ne fait que mettre un peu plus en lumière la pauvreté d'un pays qui semble payer sa soif de liberté. Haïti, ilôt de misère dans des Caraïbes au niveau de vie tout de même acceptable. Haïti, pays de dictatures soutenues à l'extérieur, de coups d'Etat fomentés de l'étranger, de missions onusiennes à répétition...

La seule cause que nous devons plaider aujourd'hui est celle de la normalisation d'Haïti. Cette île, qui a payé à la France le prix de son indépendance, dont la position géographique a souvent été instrumentalisée par les grands de ce monde pour l'occuper sans la développer, mérite aujourd'hui un vrai plan Marshall, un programme de reconstruction et de mise à niveau. A quoi servirait la communauté internationale (y compris nos petits Etats africains) si elle vient juste donner à manger pendant quelques mois, sous les feux des projecteurs internationaux, à un peuple qui a tout perdu en trente secondes ?"

Je tague Edgar Yapo, Africa2point0 et Babiwatch.

19/01/2010

Un blog bien sympa...

Voici un blog spécialisé très intéressant que j'ai mis dans mon Netvibes il y a peu et que je suis avec intérêt. Il s'intéresse aux énergies renouvelables en Afrique, en particulier en Côte d'Ivoire. Normal : celui qui l'anime, Christophe Gbossou, est un des rares chercheurs ivoiriens "calés" dans ce domaine. Il travaille en ce moment en France et n'en reste pas moins très informé sur les choses telles qu'elles vont - ou ne vont pas - chez lui. Pour découvrir, cliquez ici.

16/01/2010

La CAN peut (re)devenir sucrée

J'ai retrouvé un post mi-sérieux mi-badin que j'avais écrit il y a deux ans après le premier match des Lions indomptables, qui s'était soldé par une défaite contre l'Egypte, qui n'a pas empêché le Cameroun d'aller jusqu'en finale. Avec leur entrée ratée dans la compétition et leur défaite contre le Gabon, les Lions refont-ils le coup du "moteur diesel" - lent à démarrer, puis très puissant ?

Rigolons un peu en relisant ce post, "Lettre de consolation à un jeune Camerounais".

 

15/01/2010

Le FICA du 20 au 25 avril 2010

hanny tchelley.jpgLa 6ème édition du Festival International du Court Métrage d’Abidjan (FICA) aura lieu du 20 au 25 Avril 2010.

Créé par African Queen Productions, le Festival International du Court Métrage d’Abidjan (FICA)- érigée en association autonome en 2008 - se tient tous les deux ans.  La 1ère édition a eu du 15 au 19 Décembre 1998 au Centre culturel Français. Puis en 2001 (à cause du coup d’état de 99 qui n’a pas permis la préparation du FICA 200O), 2004 ,2006 et 2008

Par sa contribution au développement des cinémas du Sud, la diversité des productions proposées, l’ouverture sur le monde, la qualité des invités, le FICA s’est imposé au fil des éditions comme un événement majeur de la vie culturelle en Côte d’Ivoire.

Le FICA, de sa création à nos jours, est sans nulle doute un des rendez vous les plus importants du court métrage en Afrique.

Au programme de cette 6ème édition :

o Projections des films et documentaires en compétitions (les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 01 Mars)

o Rencontre sur la Critique Cinématographique Africaine avec la participation des journalistes de l’espace UEMOA /CEDEAO

o Projections publiques et à la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan

Pour les inscriptions des films et pour toute autre information sur le FICA 2010 :

www.ficafest.com e-mail : aqp@africanqueenprod.com

14/01/2010

Les journalistes et les chiffres

C'est connu : les journalistes, qui sont souvent issus de filières littéraires, sont fâchés avec les chiffres. Ce qui cause des dommages certains, à une époque où les chiffres sont souvent utilisés pour mieux faire comprendre ce qu'on pourrait appeler de manière générique "la complexité".

Ne pas savoir interpréter les chiffres nuit au bon journalisme. Un petit exemple. Dans la livraison de Nord-Sud Quotidien du mercredi 13 janvier 2010, en page 12, je lis un titre. "Des spécialistes révèlent : "Près de 60% des jeunes mariés divorcent"". Je suis interpellé. Cela signifie-t-il qu'en Côte d'Ivoire, six mariages de jeunes sur dix se terminent par un divorce ?

Eh bien, non. A l'intérieur de l'article, maître N'Dah Venance, greffier au tribunal de Yopougon, explique que "environ 60% des candidats au divorce sont des jeunes couples dont l'âge varie entre 35 et 40 ans". Bon, ne chipotons pas sur la structure de la phrase, qui peut laisser croire que l'interviewé évoque l'âge des couples, alors qu'il parle de l'âge des mariés...

Le titre aurait dû être : "60% des divorces concernent des couples de jeunes". En effet, le pourcentage qui est donné est obtenu après l'équation suivante : 'nombre de couples de jeunes qui divorcent' divisé par 'nombre global de couples qui divorcent' multiplié par 100. Or, le pourcentage auquel se réfère l'article - parce qu'il se trompe - devrait s'obtenir après l'équation  'nombre de mariage de jeunes qui se terminent par un divorce/'nombre total de mariage de jeunes' multiplié par 100. Ce n'est absolument pas la même chose.

Notre faible culture des chiffres nous fait écrire des choses fausses. Je pense qu'il faudrait renforcer les cours de statistiques dans nos écoles de journalisme, en insistant sur la pertinence dans l'interprétation des chiffres.  Il faudrait aussi travailler plus en profondeur la synthèse de textes complexes (économiques, scientifiques, technologiques).

Quand j'entrais, il y a douze ans, en école de journalisme, l'information était rare. La base du journalisme était la transmission de l'information. L'analyse et la mise en perspective de cette information étaient un "plus".

Aujourd'hui, j'enseigne le journalisme. Internet est passé par là. N'importe quel possesseur de téléphone mobile ou d'ordinateur peut livrer à un public mondial l'information de base qu'il a recueilli au coin de sa rue. Le travail du journaliste revient à mettre de l'ordre dans le cafouillage des informations qui grouillent, à les interpréter et à les rendre intelligibles.

Les journalistes ne seront jamais des ingénieurs statisticiens, mais devront se réconcilier avec les chiffres et la complexité.

 

10/01/2010

Cinquante ans d'indépendance : le bilan d'Achille Mbembé

L'historien camerounais Achille Mbembe livre ici son bilan des cinquante années de l'Afrique indépendante. Un beau texte désespéré d'où ne sort malheureusement aucune proposition concrète... Le "New Deal" qu'il évoque est en effet impraticable sur le terrain, tout simplement parce qu'il s'oppose à la souveraineté des Etats. Lisez.



mbembe2-187x254.jpgNous voici donc en 2010, cinquante ans après la décolonisation. Y-a-t-il vraiment quoi que ce soit à commémorer ou faut-il au contraire tout reprendre ?

Restauration autoritaire par-ci, multipartisme administratif par là, ailleurs maigres avancées au demeurant réversibles et, à peu près partout, niveaux très élevés de violence sociale, voire situations d’enkystement, de conflit larvé ou de guerre ouverte, sur fonds d’une économie d’extraction qui, dans le droit fil de la logique mercantiliste coloniale, continue de faire la part belle à la prédation – voilà, je dirais, le paysage d’ensemble.

Dans la plupart des cas, les Africains ne sont toujours pas à même de choisir librement leurs dirigeants. Trop de pays sont toujours à la merci de satrapes dont l’objectif unique est de rester au pouvoir à vie. Du coup, la plupart des élections sont truquées. On sacrifie aux aspects procéduraux les plus élémentaires de la concurrence, mais l’on garde le contrôle sur les principaux leviers de la bureaucratie, de l’économie, et surtout de l’armée, de la police et des milices. La possibilité de renverser le gouvernement par la voie des urnes n’existant pratiquement pas, seul l’assassinat, la rébellion ou le soulèvement armé peuvent contredire le principe de la continuation indéfinie au pouvoir. Globalement, les choses sont donc plutôt bloquées, surtout en Afrique francophone où, les manipulations électorales et les successions de père en fils aidant, l’on peut dire que l’on vit, de facto, sous des chefferies masquées.

Où allons-nous ?

Quatre tendances lourdes me frappent aussi. La première est l’absence d’un réel projet démocratique, d’une pensée de la démocratie qui constituerait une véritable alternative au modèle prédateur en vigueur à peu près partout.

La deuxième est le recul de toute perspective de révolution sociale radicale sur le continent. La troisième est la sénilité croissante des pouvoirs nègres – le fait que plus ils sont vieillissants, plus ils deviennent hystériques et carnassiers, et plus les successions deviennent des affaires de famille.

La troisième est l’enkystement de pans entiers de la société et l’irrépressible désir, chez des centaines de millions, de vivre partout ailleurs sauf chez eux – le désir généralisé de défection et de désertion.

À ces dynamiques structurelles vient s’ajouter une autre – l’émergence d’une culture du racket, de l’émeute sanglante et sans lendemain et qui, à l’occasion, tourne facilement à la guerre de pillage. Cette sorte de lumpen-radicalisme, à la vérité violence sans projet politique alternatif, n’est pas seulement porté par les « cadets sociaux » dont « l’enfant-soldat » et le « sans-travail » des bidonvilles constituent les tragiques symboles. Cette sorte de populisme sanglant est aussi mobilisé, lorsqu’il le faut, par les forces sociales qui sont parvenues à coloniser l’appareil d’État.


Il faut craindre que cette violence sans projet politique alternatif ne se généralise. Elle provoquerait en retour le raidissement d’un État qui, bien qu’illégitime ou amputé de la plupart de ses prérogatives classiques, bénéficie du soutien d’une classe qui en a fait l’instrument de son enrichissement personnel ou, simplement, une ressource privée ou encore une source d’accaparements en tous genres, dans le contexte de la lutte quotidienne soit pour l’accumulation, soit pour la survie pure et simple. Quitte à détruire l’État, l’économie et les institutions, cette classe est prête à tout pour conserver le pouvoir, la politique n’étant d’ailleurs à ses yeux qu’une manière de conduire la guerre civile ou la guerre ethnique par d’autres moyens.

Ces brusques observations ne signifient toutefois pas qu’il n’existe aucune saine aspiration à la liberté et au bien-être en Afrique. Ce désir peine cependant à trouver un langage, des pratiques effectives, et surtout une traduction dans des institutions nouvelles et une culture politique neuve où le pouvoir n’est plus un jeu à somme nulle.

La violence des « sans-parts »

Pour que la démocratie puisse s’enraciner en Afrique, il faudrait qu’elle soit portée par des forces sociales et culturelles organisées ; des institutions et des réseaux sortis tout droit du génie, de la créativité et surtout des luttes des gens eux-memes et de leurs traditions propres de solidarité. Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi une Idée dont elle serait la métaphore vivante et absolue. Ainsi, en réarticulant par exemple le politique et le pouvoir autour de la critique des formes de vie, ou plus précisément de l’impératif de nourrir les « réserves de vie », on pourrait ouvrir la voie à une nouvelle pensée de la démocratie dans un continent où le pouvoir de tuer reste plus ou moins illimité, et où la pauvreté et la maladie rendent l’existence si précaire.

Au fond, une telle pensée devrait etre utopique. Elle devrait etre, de nécessité, une pensée de l’émergence et du soulèvement. Mais ce soulèvement devrait aller bien au-delà de l’héritage anti-colonialiste et anti-impérialiste dont les limites, dans le contexte de la mondialisation et au regard de ce qui s’est passé depuis les indépendances, sont désormais flagrantes.

En attendant, deux facteurs décisifs constituent des freins à une démocratisation du Continent. D’abord une certaine économie politique. Ensuite un certain imaginaire du pouvoir, de la culture et de la vie.

D’une part, la brutalité des contraintes économiques dont les pays africains ont fait l’expérience au cours du dernier quart du XXe siècle - et qui se poursuit sous la férule du néo-libéralisme – a contribué à la fabrication d’une multitude de « gens sans-part » dont l’apparition sur la scène publique s’effectue de plus en plus sur le mode de la tuerie lors de bouffées xénophobes ou à l’occasion de luttes ethniques, surtout au lendemain d’élections truquées, dans le contexte des protestations contre la vie chère, ou encore dans le cadre des luttes pour les ressources de base.

Ce sont des gens qui n’ont strictement rien à perdre, qui de surcroit sont totalement livrés à l’abandon – condition de laquelle ils ne peuvent souvent échapper que par la migration, la criminalité et toutes sortes d’illégalismes. C’est une classe de « superflus » dont l’État (là où il existe), voire le marché lui-meme, ne savent que faire. Ce sont des gens que l’on ne peut guère vendre en esclavage comme aux débuts du capitalisme moderne, ni réduire aux travaux forcés comme à l’époque coloniale et sous l’apartheid. Du point de vue du capitalisme tel qu’il fonctionne dans ces régions du monde, ils sont complètement inutiles - des rebuts humains livrés à la violence, à la maladie, à l’évangélisme nord-américain, aux croisés de l’Islam et à toutes sortes de phénomènes d’illumination.

D’autre part, la brutalité des contraintes économiques a aussi vidé de tout contenu le projet démocratique en réduisant celui-ci à une simple formalité – un rituel sans contenu ni symbolique, et plus grave encore sans conséquence réelle sur la vie quotidienne des gens ordinaires. Puis, comme je le suggérais à l’instant, l’incapacité à sortir du cycle de l’extraction et de la prédation dont l’histoire, d’ailleurs, prédate la colonisation. Ces facteurs, pris ensemble, pèsent énormément sur les formes que prend le politique dans nos pays.

À ces données fondamentales s’ajoute l’événement qu’aura été la grande diffraction sociale commencée au milieu des années 80. Cette diffraction de la société a conduit à peu près partout à une informalisation des rapports sociaux et économiques, à une fragmentation sans précédent du champ des règles et des normes, et à un processus de dés-institutionalisation qui n’a pas épargné l’État lui-même.

Cette diffraction a également provoqué un grand mouvement de défection de la part de nombreux acteurs sociaux, ouvrant dès lors la voie à de nouvelles formes de la lutte sociale – une lutte sans pitié pour la survie centrée autour de l’accès aux ressources. Aujourd’hui, le bidonville est devenu le lieu névralgique de ces nouvelles formes d’affrontements souvent sans tete apparente. Il s’agit d’affrontements de type moléculaire et cellulaire qui combinent des éléments de la lutte des classes, de la luttes des races, de la lutte ethnique, des millénarismes religieux et des luttes en sorcellerie.

Pour le reste, la faiblesse des oppositions est connue. Pouvoir et opposition opèrent en fonction d’un temps court marqué par l’improvisation, les arrangements ponctuels et informels, les compromis et compromissions diverses, les impératifs de conquête immédiate du pouvoir ou la nécessité de le conserver à tout prix. Les alliances se nouent et se dénouent constamment. Mais surtout, l’imaginaire du pouvoir ne s’est guère transformée. L’imaginaire structurant de la politique en Afrique reste celui de la guerre civile permanente. Et tant que l’on ne découplera pas la politique et la guerre, le potentiel de violence restera explosif.

Décolonisation et internationalisation

Ce cinquantenaire de la décolonisation n’est pas seulement une affaire africaine. On me dit que la France, en particulier, veut faire de 2010 une « Année de l’Afrique ». La France, justement, donne l’impression de n’accepter que du bout des lèvres la démocratisation du Continent. Dans son pré-carré, elle s’y est opposée farouchement depuis 1960, n’hésitant pas, le cas échéant, à recourir à l’assassinat et à la corruption.

Aujourd’hui encore, elle est connue, à tort ou à raison, pour son soutien le plus tenace, le plus retors et le plus indéfectible aux satrapies les plus corrompues du continent et aux régimes qui, justement, ont tourné le dos à la cause africaine.

Il y a une raison simple à tout cela – les conditions historiques dans lesquelles s’est effectuée la décolonisation et le régime des capitations qu’ont cimenté les accords inégaux « de coopération et de défense » signés dans les années 1960.

On ne le sait peut-etre pas assez, l’objet de ces accords secrets, ce fut non pas de liquider le rapport colonial, mais justement de le contractualiser. C’est au nom de cette contractualisation des vieux rapports coloniaux que la France continue, de facto, d’exercer un droit de propriété sur le sol, le sous-sol et l’espace aérien de ses anciennes colonies.

Lors de son dernier voyage officiel en Afrique du Sud, le Président Nicolas Sarkozy avait promis de rendre public ces accords. Je ne sais s’il l’a déjà fait.

Les États-Unis ne s’opposent peut-être pas activement à la démocratisation de l’Afrique. Cynisme et hypocrisie suffisent largement – encore que de nombreuses institutions privées américaines apportent une aide multiforme à la consolidation des sociétés civiles africaines. C’est par exemple le cas des nombreuses fondations américaines. Mais le caractère moralisateur et évangélique de leurs interventions laisse à désirer.

Un fait majeur des cinquante prochaines années sera la présence de la Chine en Afrique. Cette présence est sinon un contrepoids, du moins un expédient à l’échange inégal si caractéristique des relations que le Continent entretient avec les puissances occidentales et les institutions financières internationales. Il est vrai que pour le moment, la relation avec la Chine ne sort pas du modèle de l’économie d’extraction – modèle qui, ajouté à la prédation, constitue la base matérielle des tyrannies nègres. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que la Chine soit d’un grand secours dans les luttes à venir pour la démocratie.

L’influence de l’autre puissance montante, l’Inde, est pour l’instant marginale.

Quant à l’Afrique du Sud, elle ne peut pas, à elle toute seule, promouvoir la démocratie en Afrique. Elle n’en a ni les moyens, ni la volonté, ni les ressources de l’imagination. Du reste, elle doit d’abord approfondir la démocratie chez elle avant de penser à la promouvoir chez d’autres. Il est dommage que des forces externes continuent de faire pression sur elle pour qu’elle exerce sur le Continent un role de gendarme qui ne lui sied pas du tout et pour lequel elle est si mal équipée.

Ce à quoi il faudrait arriver, c’est à une sorte de « New Deal » continental collectivement négocié par les différents États africains et par les puissances internationales – un « New Deal » en faveur de la démocratie et du progrès économique qui viendrait compléter et clore une fois pour toutes le chapitre de la décolonisation.


Survenant plus d’un siècle après la fameuse Conférence de Berlin qui inaugura la partition de l’Afrique, ce « New Deal » serait assorti d’une prime économique pour la reconstruction du continent. Mais il comporterait également un volet juridique et pénal, des mécanismes de sanction, voire de mise au ban, dont la mise en oeuvre serait nécessairement multilatérale, et dont l’inspiration pourrait etre trouvée dans les transformations récentes du droit international. Ceci impliquerait qu’à l’occasion, des régimes coupables de crimes contre leurs peuples pourraient légitimement etre déposés par la force et les auteurs de ces crimes poursuivis devant la justice pénale internationale. La notion de « crimes contre l’humanité » devrait elle-meme faire l’objet d’une interprétation étendue qui inclue non seulement les massacres et les violations aggravées des droits humains, mais aussi des faits graves de corruption et de pillage des ressources naturelles d’un pays. Il va de soi que des acteurs privés loaux ou internationaux pourraient également etre visés par de telles dispositions.

C’est à ce niveau de profondeur historique et stratégique qu’il importe désormais d’envisager la question de la démocratisation et du progrès économique en Afrique.
La démocratisation de l’Afrique est d’abord une question africaine, certes. Mais elle a aussi des dimensions internationales.

Ré-ouvrir le futur

Pour le demi-siècle qui vient, une partie du role des intellectuels, des gens de culture et de la société civile africaine sera justement d’aider à « internationaliser » la question de la démocratisation de l’Afrique, dans le droit fil des efforts des dernières années visant à mutualiser le droit international et qui ont vu l’apparition d’instances juridictionnelles supra-étatiques.

Encore faut-il aller au-delà de la conception traditionnelle de la société civile, celle qui est étroitement dérivée de l’histoire des démocraties capitalistes. D’une part, il faut tenir compte du facteur objectif qu’est la multiplicité sociale – multiplicité des identités, des allégeances, des autorités et des normes – et, à partir d’elle, imaginer de nouvelles formes de mobilisation et de leadership.

D’autre part, la nécessité de création d’une plus-value intellectuelle n’a jamais été aussi pressant. Cette plus-value doit etre réinvestie dans un projet de transformation radicale du continent. La création de cette plus-value ne sera pas uniquement l’oeuvre de l’État. Elle est, à mes yeux, la nouvelle tache des sociétés civiles africaines. Pour y parvenir, il faudra à tout prix sortir de la logique de l’urgence et de la logique des besoins immédiats qui a, jusqu’à présent, colonisé le débat sur l’Afrique.

Tant que la logique de l’extraction et de la prédation qui caractérise l’économie politique des matières premières en Afrique n’est pas brisée, et avec elle les modes existants d’exploitation des richesses du sous-sol africain, nous n’irons pas loin. La sorte de capitalisme que favorise cette logique allie fort bien mercantilisme, désordres politiques et militarisme. Cette sorte de capitalisme, on en voit déjà les prémisses à l’époque coloniale, avec le régime des sociétés concessionnaires. Tout ce dont il a besoin pour fonctionner, ce sont des enclaves fortifiées, des complicités souvent criminelles au coeur des sociétés locales, le minimum possible d’État et l’indifférence internationale.

Si les Africains veulent la démocratie, c’est à eux d’en payer le prix. Personne ne le paiera à leur place. Ils ne l’obtiendront pas non plus à crédit. Ils auront néanmoins besoin de s’appuyer sur de nouveaux réseaux de solidarité internationale, une grande coalition morale en dehors des États – la coalition de tous ceux qui croient que sans sa part africaine, notre monde décidément sera plus pauvre encore en esprit et en humanité.

ACHILLE MBEMBE

09/01/2010

Peugeot se crée un nouvel "univers"