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14/01/2010

Les journalistes et les chiffres

C'est connu : les journalistes, qui sont souvent issus de filières littéraires, sont fâchés avec les chiffres. Ce qui cause des dommages certains, à une époque où les chiffres sont souvent utilisés pour mieux faire comprendre ce qu'on pourrait appeler de manière générique "la complexité".

Ne pas savoir interpréter les chiffres nuit au bon journalisme. Un petit exemple. Dans la livraison de Nord-Sud Quotidien du mercredi 13 janvier 2010, en page 12, je lis un titre. "Des spécialistes révèlent : "Près de 60% des jeunes mariés divorcent"". Je suis interpellé. Cela signifie-t-il qu'en Côte d'Ivoire, six mariages de jeunes sur dix se terminent par un divorce ?

Eh bien, non. A l'intérieur de l'article, maître N'Dah Venance, greffier au tribunal de Yopougon, explique que "environ 60% des candidats au divorce sont des jeunes couples dont l'âge varie entre 35 et 40 ans". Bon, ne chipotons pas sur la structure de la phrase, qui peut laisser croire que l'interviewé évoque l'âge des couples, alors qu'il parle de l'âge des mariés...

Le titre aurait dû être : "60% des divorces concernent des couples de jeunes". En effet, le pourcentage qui est donné est obtenu après l'équation suivante : 'nombre de couples de jeunes qui divorcent' divisé par 'nombre global de couples qui divorcent' multiplié par 100. Or, le pourcentage auquel se réfère l'article - parce qu'il se trompe - devrait s'obtenir après l'équation  'nombre de mariage de jeunes qui se terminent par un divorce/'nombre total de mariage de jeunes' multiplié par 100. Ce n'est absolument pas la même chose.

Notre faible culture des chiffres nous fait écrire des choses fausses. Je pense qu'il faudrait renforcer les cours de statistiques dans nos écoles de journalisme, en insistant sur la pertinence dans l'interprétation des chiffres.  Il faudrait aussi travailler plus en profondeur la synthèse de textes complexes (économiques, scientifiques, technologiques).

Quand j'entrais, il y a douze ans, en école de journalisme, l'information était rare. La base du journalisme était la transmission de l'information. L'analyse et la mise en perspective de cette information étaient un "plus".

Aujourd'hui, j'enseigne le journalisme. Internet est passé par là. N'importe quel possesseur de téléphone mobile ou d'ordinateur peut livrer à un public mondial l'information de base qu'il a recueilli au coin de sa rue. Le travail du journaliste revient à mettre de l'ordre dans le cafouillage des informations qui grouillent, à les interpréter et à les rendre intelligibles.

Les journalistes ne seront jamais des ingénieurs statisticiens, mais devront se réconcilier avec les chiffres et la complexité.

 

Commentaires

@Theo
Tu es journaliste ou tu ne l'es pas. C'est pas un métier ou on t'enseigne les maths, la chimie et la littérature. On enseigne a prendre des informations et les rendre intelligible, tu l'as dit toi même.

Conclusion : ils sont mauvais et de mauvaise fois pour la plus part en eburnie...tu as du travail on dirait :-))

Écrit par : metu | 14/01/2010

Merci infiniment, Théophile. Je pensais, en tant que statisticien de profession, écrire un de ces quatre sur les carences de certains journalistes en la matière. Mais ce n'est plus la peine, tu l'as déjà si bien fait. Soit dit en passant, je suis disposé à donner des cours de statistique descriptive dans les écoles de journalisme qui en auraient besoin. Je l'ai enseigné pendant trois ans à l'ENSEA.

Écrit par : Charlie | 15/01/2010

"Près de 60% des jeunes mariés divorcent" / "60% des divorces concernent des couples de jeunes"=Cela signifie-t-il qu'en Côte d'Ivoire, six mariages de jeunes sur dix se terminent par un divorce ?

Cherchons l'erreur...personnellement , le sens reste le même et comprends peu la démonstration que théo veut nous faire...
Mais peut être qu'il a raison...

Écrit par : hilaire KOUAKOU | 15/01/2010

@ Hilaire,

Je prends un exemple. Disons que dans un pays, il y a 100 mariages, dont 80 mariages de jeunes. 10 de ces mariages se terminent par un divorce. Et 6 de ces mariages concernent des jeunes.
La première proposition :
Il sera faux de dire : "60% des jeunes mariés divorcent", mais vrai dire dire "60% des divorces concernent des jeunes".
C'est un peu dans ce type de schéma qu'on est, même si j'ai extrapolé pour mieux me faire comprendre. On est dans le rapport divorces de jeunes/divorces et non mariages de jeunes se terminant par un divorce/mariages de jeunes.
On se comprend ?

Écrit par : Théo | 15/01/2010

Je comprends mieux...merci

Écrit par : hilaire KOUAKOU | 15/01/2010

Constat juste sur les carences en "interpretation" des chiffres de la plupart de nos journalistes.
Sans accepter ces lacunes je ne leur en veut pas trop.
Je constate malheureusement que le problème ce n'est pas qu'avec les chiffres. Les journalistes en RCI sont en majorité très limités ( théo fait partir des rares que je trouve professionnel).

Oui pour les cours en stats descriptives, mais surtout surtout renforcement des "cours de journalisme" (lol).

Écrit par : sawadogo | 17/01/2010

@sawadogo
C'est très drôle merci

Un jour on aura les 2 dans des articles de qualité.
@Theo, considère la proposition de Charlie, ta critique n'en sera que plus grandie, constructive.

Écrit par : metu | 17/01/2010

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