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10/01/2010

Cinquante ans d'indépendance : le bilan d'Achille Mbembé

L'historien camerounais Achille Mbembe livre ici son bilan des cinquante années de l'Afrique indépendante. Un beau texte désespéré d'où ne sort malheureusement aucune proposition concrète... Le "New Deal" qu'il évoque est en effet impraticable sur le terrain, tout simplement parce qu'il s'oppose à la souveraineté des Etats. Lisez.



mbembe2-187x254.jpgNous voici donc en 2010, cinquante ans après la décolonisation. Y-a-t-il vraiment quoi que ce soit à commémorer ou faut-il au contraire tout reprendre ?

Restauration autoritaire par-ci, multipartisme administratif par là, ailleurs maigres avancées au demeurant réversibles et, à peu près partout, niveaux très élevés de violence sociale, voire situations d’enkystement, de conflit larvé ou de guerre ouverte, sur fonds d’une économie d’extraction qui, dans le droit fil de la logique mercantiliste coloniale, continue de faire la part belle à la prédation – voilà, je dirais, le paysage d’ensemble.

Dans la plupart des cas, les Africains ne sont toujours pas à même de choisir librement leurs dirigeants. Trop de pays sont toujours à la merci de satrapes dont l’objectif unique est de rester au pouvoir à vie. Du coup, la plupart des élections sont truquées. On sacrifie aux aspects procéduraux les plus élémentaires de la concurrence, mais l’on garde le contrôle sur les principaux leviers de la bureaucratie, de l’économie, et surtout de l’armée, de la police et des milices. La possibilité de renverser le gouvernement par la voie des urnes n’existant pratiquement pas, seul l’assassinat, la rébellion ou le soulèvement armé peuvent contredire le principe de la continuation indéfinie au pouvoir. Globalement, les choses sont donc plutôt bloquées, surtout en Afrique francophone où, les manipulations électorales et les successions de père en fils aidant, l’on peut dire que l’on vit, de facto, sous des chefferies masquées.

Où allons-nous ?

Quatre tendances lourdes me frappent aussi. La première est l’absence d’un réel projet démocratique, d’une pensée de la démocratie qui constituerait une véritable alternative au modèle prédateur en vigueur à peu près partout.

La deuxième est le recul de toute perspective de révolution sociale radicale sur le continent. La troisième est la sénilité croissante des pouvoirs nègres – le fait que plus ils sont vieillissants, plus ils deviennent hystériques et carnassiers, et plus les successions deviennent des affaires de famille.

La troisième est l’enkystement de pans entiers de la société et l’irrépressible désir, chez des centaines de millions, de vivre partout ailleurs sauf chez eux – le désir généralisé de défection et de désertion.

À ces dynamiques structurelles vient s’ajouter une autre – l’émergence d’une culture du racket, de l’émeute sanglante et sans lendemain et qui, à l’occasion, tourne facilement à la guerre de pillage. Cette sorte de lumpen-radicalisme, à la vérité violence sans projet politique alternatif, n’est pas seulement porté par les « cadets sociaux » dont « l’enfant-soldat » et le « sans-travail » des bidonvilles constituent les tragiques symboles. Cette sorte de populisme sanglant est aussi mobilisé, lorsqu’il le faut, par les forces sociales qui sont parvenues à coloniser l’appareil d’État.


Il faut craindre que cette violence sans projet politique alternatif ne se généralise. Elle provoquerait en retour le raidissement d’un État qui, bien qu’illégitime ou amputé de la plupart de ses prérogatives classiques, bénéficie du soutien d’une classe qui en a fait l’instrument de son enrichissement personnel ou, simplement, une ressource privée ou encore une source d’accaparements en tous genres, dans le contexte de la lutte quotidienne soit pour l’accumulation, soit pour la survie pure et simple. Quitte à détruire l’État, l’économie et les institutions, cette classe est prête à tout pour conserver le pouvoir, la politique n’étant d’ailleurs à ses yeux qu’une manière de conduire la guerre civile ou la guerre ethnique par d’autres moyens.

Ces brusques observations ne signifient toutefois pas qu’il n’existe aucune saine aspiration à la liberté et au bien-être en Afrique. Ce désir peine cependant à trouver un langage, des pratiques effectives, et surtout une traduction dans des institutions nouvelles et une culture politique neuve où le pouvoir n’est plus un jeu à somme nulle.

La violence des « sans-parts »

Pour que la démocratie puisse s’enraciner en Afrique, il faudrait qu’elle soit portée par des forces sociales et culturelles organisées ; des institutions et des réseaux sortis tout droit du génie, de la créativité et surtout des luttes des gens eux-memes et de leurs traditions propres de solidarité. Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi une Idée dont elle serait la métaphore vivante et absolue. Ainsi, en réarticulant par exemple le politique et le pouvoir autour de la critique des formes de vie, ou plus précisément de l’impératif de nourrir les « réserves de vie », on pourrait ouvrir la voie à une nouvelle pensée de la démocratie dans un continent où le pouvoir de tuer reste plus ou moins illimité, et où la pauvreté et la maladie rendent l’existence si précaire.

Au fond, une telle pensée devrait etre utopique. Elle devrait etre, de nécessité, une pensée de l’émergence et du soulèvement. Mais ce soulèvement devrait aller bien au-delà de l’héritage anti-colonialiste et anti-impérialiste dont les limites, dans le contexte de la mondialisation et au regard de ce qui s’est passé depuis les indépendances, sont désormais flagrantes.

En attendant, deux facteurs décisifs constituent des freins à une démocratisation du Continent. D’abord une certaine économie politique. Ensuite un certain imaginaire du pouvoir, de la culture et de la vie.

D’une part, la brutalité des contraintes économiques dont les pays africains ont fait l’expérience au cours du dernier quart du XXe siècle - et qui se poursuit sous la férule du néo-libéralisme – a contribué à la fabrication d’une multitude de « gens sans-part » dont l’apparition sur la scène publique s’effectue de plus en plus sur le mode de la tuerie lors de bouffées xénophobes ou à l’occasion de luttes ethniques, surtout au lendemain d’élections truquées, dans le contexte des protestations contre la vie chère, ou encore dans le cadre des luttes pour les ressources de base.

Ce sont des gens qui n’ont strictement rien à perdre, qui de surcroit sont totalement livrés à l’abandon – condition de laquelle ils ne peuvent souvent échapper que par la migration, la criminalité et toutes sortes d’illégalismes. C’est une classe de « superflus » dont l’État (là où il existe), voire le marché lui-meme, ne savent que faire. Ce sont des gens que l’on ne peut guère vendre en esclavage comme aux débuts du capitalisme moderne, ni réduire aux travaux forcés comme à l’époque coloniale et sous l’apartheid. Du point de vue du capitalisme tel qu’il fonctionne dans ces régions du monde, ils sont complètement inutiles - des rebuts humains livrés à la violence, à la maladie, à l’évangélisme nord-américain, aux croisés de l’Islam et à toutes sortes de phénomènes d’illumination.

D’autre part, la brutalité des contraintes économiques a aussi vidé de tout contenu le projet démocratique en réduisant celui-ci à une simple formalité – un rituel sans contenu ni symbolique, et plus grave encore sans conséquence réelle sur la vie quotidienne des gens ordinaires. Puis, comme je le suggérais à l’instant, l’incapacité à sortir du cycle de l’extraction et de la prédation dont l’histoire, d’ailleurs, prédate la colonisation. Ces facteurs, pris ensemble, pèsent énormément sur les formes que prend le politique dans nos pays.

À ces données fondamentales s’ajoute l’événement qu’aura été la grande diffraction sociale commencée au milieu des années 80. Cette diffraction de la société a conduit à peu près partout à une informalisation des rapports sociaux et économiques, à une fragmentation sans précédent du champ des règles et des normes, et à un processus de dés-institutionalisation qui n’a pas épargné l’État lui-même.

Cette diffraction a également provoqué un grand mouvement de défection de la part de nombreux acteurs sociaux, ouvrant dès lors la voie à de nouvelles formes de la lutte sociale – une lutte sans pitié pour la survie centrée autour de l’accès aux ressources. Aujourd’hui, le bidonville est devenu le lieu névralgique de ces nouvelles formes d’affrontements souvent sans tete apparente. Il s’agit d’affrontements de type moléculaire et cellulaire qui combinent des éléments de la lutte des classes, de la luttes des races, de la lutte ethnique, des millénarismes religieux et des luttes en sorcellerie.

Pour le reste, la faiblesse des oppositions est connue. Pouvoir et opposition opèrent en fonction d’un temps court marqué par l’improvisation, les arrangements ponctuels et informels, les compromis et compromissions diverses, les impératifs de conquête immédiate du pouvoir ou la nécessité de le conserver à tout prix. Les alliances se nouent et se dénouent constamment. Mais surtout, l’imaginaire du pouvoir ne s’est guère transformée. L’imaginaire structurant de la politique en Afrique reste celui de la guerre civile permanente. Et tant que l’on ne découplera pas la politique et la guerre, le potentiel de violence restera explosif.

Décolonisation et internationalisation

Ce cinquantenaire de la décolonisation n’est pas seulement une affaire africaine. On me dit que la France, en particulier, veut faire de 2010 une « Année de l’Afrique ». La France, justement, donne l’impression de n’accepter que du bout des lèvres la démocratisation du Continent. Dans son pré-carré, elle s’y est opposée farouchement depuis 1960, n’hésitant pas, le cas échéant, à recourir à l’assassinat et à la corruption.

Aujourd’hui encore, elle est connue, à tort ou à raison, pour son soutien le plus tenace, le plus retors et le plus indéfectible aux satrapies les plus corrompues du continent et aux régimes qui, justement, ont tourné le dos à la cause africaine.

Il y a une raison simple à tout cela – les conditions historiques dans lesquelles s’est effectuée la décolonisation et le régime des capitations qu’ont cimenté les accords inégaux « de coopération et de défense » signés dans les années 1960.

On ne le sait peut-etre pas assez, l’objet de ces accords secrets, ce fut non pas de liquider le rapport colonial, mais justement de le contractualiser. C’est au nom de cette contractualisation des vieux rapports coloniaux que la France continue, de facto, d’exercer un droit de propriété sur le sol, le sous-sol et l’espace aérien de ses anciennes colonies.

Lors de son dernier voyage officiel en Afrique du Sud, le Président Nicolas Sarkozy avait promis de rendre public ces accords. Je ne sais s’il l’a déjà fait.

Les États-Unis ne s’opposent peut-être pas activement à la démocratisation de l’Afrique. Cynisme et hypocrisie suffisent largement – encore que de nombreuses institutions privées américaines apportent une aide multiforme à la consolidation des sociétés civiles africaines. C’est par exemple le cas des nombreuses fondations américaines. Mais le caractère moralisateur et évangélique de leurs interventions laisse à désirer.

Un fait majeur des cinquante prochaines années sera la présence de la Chine en Afrique. Cette présence est sinon un contrepoids, du moins un expédient à l’échange inégal si caractéristique des relations que le Continent entretient avec les puissances occidentales et les institutions financières internationales. Il est vrai que pour le moment, la relation avec la Chine ne sort pas du modèle de l’économie d’extraction – modèle qui, ajouté à la prédation, constitue la base matérielle des tyrannies nègres. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que la Chine soit d’un grand secours dans les luttes à venir pour la démocratie.

L’influence de l’autre puissance montante, l’Inde, est pour l’instant marginale.

Quant à l’Afrique du Sud, elle ne peut pas, à elle toute seule, promouvoir la démocratie en Afrique. Elle n’en a ni les moyens, ni la volonté, ni les ressources de l’imagination. Du reste, elle doit d’abord approfondir la démocratie chez elle avant de penser à la promouvoir chez d’autres. Il est dommage que des forces externes continuent de faire pression sur elle pour qu’elle exerce sur le Continent un role de gendarme qui ne lui sied pas du tout et pour lequel elle est si mal équipée.

Ce à quoi il faudrait arriver, c’est à une sorte de « New Deal » continental collectivement négocié par les différents États africains et par les puissances internationales – un « New Deal » en faveur de la démocratie et du progrès économique qui viendrait compléter et clore une fois pour toutes le chapitre de la décolonisation.


Survenant plus d’un siècle après la fameuse Conférence de Berlin qui inaugura la partition de l’Afrique, ce « New Deal » serait assorti d’une prime économique pour la reconstruction du continent. Mais il comporterait également un volet juridique et pénal, des mécanismes de sanction, voire de mise au ban, dont la mise en oeuvre serait nécessairement multilatérale, et dont l’inspiration pourrait etre trouvée dans les transformations récentes du droit international. Ceci impliquerait qu’à l’occasion, des régimes coupables de crimes contre leurs peuples pourraient légitimement etre déposés par la force et les auteurs de ces crimes poursuivis devant la justice pénale internationale. La notion de « crimes contre l’humanité » devrait elle-meme faire l’objet d’une interprétation étendue qui inclue non seulement les massacres et les violations aggravées des droits humains, mais aussi des faits graves de corruption et de pillage des ressources naturelles d’un pays. Il va de soi que des acteurs privés loaux ou internationaux pourraient également etre visés par de telles dispositions.

C’est à ce niveau de profondeur historique et stratégique qu’il importe désormais d’envisager la question de la démocratisation et du progrès économique en Afrique.
La démocratisation de l’Afrique est d’abord une question africaine, certes. Mais elle a aussi des dimensions internationales.

Ré-ouvrir le futur

Pour le demi-siècle qui vient, une partie du role des intellectuels, des gens de culture et de la société civile africaine sera justement d’aider à « internationaliser » la question de la démocratisation de l’Afrique, dans le droit fil des efforts des dernières années visant à mutualiser le droit international et qui ont vu l’apparition d’instances juridictionnelles supra-étatiques.

Encore faut-il aller au-delà de la conception traditionnelle de la société civile, celle qui est étroitement dérivée de l’histoire des démocraties capitalistes. D’une part, il faut tenir compte du facteur objectif qu’est la multiplicité sociale – multiplicité des identités, des allégeances, des autorités et des normes – et, à partir d’elle, imaginer de nouvelles formes de mobilisation et de leadership.

D’autre part, la nécessité de création d’une plus-value intellectuelle n’a jamais été aussi pressant. Cette plus-value doit etre réinvestie dans un projet de transformation radicale du continent. La création de cette plus-value ne sera pas uniquement l’oeuvre de l’État. Elle est, à mes yeux, la nouvelle tache des sociétés civiles africaines. Pour y parvenir, il faudra à tout prix sortir de la logique de l’urgence et de la logique des besoins immédiats qui a, jusqu’à présent, colonisé le débat sur l’Afrique.

Tant que la logique de l’extraction et de la prédation qui caractérise l’économie politique des matières premières en Afrique n’est pas brisée, et avec elle les modes existants d’exploitation des richesses du sous-sol africain, nous n’irons pas loin. La sorte de capitalisme que favorise cette logique allie fort bien mercantilisme, désordres politiques et militarisme. Cette sorte de capitalisme, on en voit déjà les prémisses à l’époque coloniale, avec le régime des sociétés concessionnaires. Tout ce dont il a besoin pour fonctionner, ce sont des enclaves fortifiées, des complicités souvent criminelles au coeur des sociétés locales, le minimum possible d’État et l’indifférence internationale.

Si les Africains veulent la démocratie, c’est à eux d’en payer le prix. Personne ne le paiera à leur place. Ils ne l’obtiendront pas non plus à crédit. Ils auront néanmoins besoin de s’appuyer sur de nouveaux réseaux de solidarité internationale, une grande coalition morale en dehors des États – la coalition de tous ceux qui croient que sans sa part africaine, notre monde décidément sera plus pauvre encore en esprit et en humanité.

ACHILLE MBEMBE

Commentaires

Mon cher Théo,

d'abord merci de partager ce texte de Mbembe avec le reste du village. Ensuite, quand tu dis qu'il n'avance pas de propositions concrètes, je pense que tout dépend de ce que tu appelerais, toi, une proposition concrète. je considère qu'en appeler à l'imagination des intellectuels et personnes de culture africaines par exemple est une proposition très concrète. Je vois cela comme une invitation à aller au-delà d'une certaine habitude que l'on a acquise de se lamenter sur notre sort, une invitation à laisser nos esprits se promener dans des lieux nouveaux et féconds, une invitation à prendre au sérieux les idées les plus folles qu'il s auront rencontré et à se battre pour les mettre en place.Il y a déjà beaucoup d'hommes et de femmes sur le Continent qui s'attelent à cela, tellement qu'il serait difficile de répertorier l'étendue de leurs domaines d'activités. Mais il n'y en a pas encore assez, car quand il y en aura en nombre suffisant, cela signifiera que notre conception du futur de l'Afrique elle-même aura changé et que celle-ci se sera libérée de façon définitive de la vague mais persistante notion (que beaucoup portent encore en eux) qu'un jour nous devrions ressembler à l'Occident pour savoir que nous sommes "arrivés" en tant que société. Parce que cette vague attente emprisonne notre volonté, tout simplement. Libérer sa volonté, afin d'offrir cette dernière à la vitalité de son âme, me semble un projet tout à fait concret, en tout cas me semblent telles les actions à entreprendre afin de parvenir à faire émerger la possibilité pour la libération de ces volontés, aux niveaux individuel et collectif.

Écrit par : Enrico | 12/01/2010

Bonjour frère théo
Mais après cinquante année , que se passe t-il chez ton ami Gbagbo, qu'il soit plus fin tout de même .
Je crois bien qu'il est gagnant avant les élections non?
Enfin, c'est aussi ça l'opposant historique devenu Prési...

Écrit par : hilaire KOUAKOU | 12/01/2010

Merci pour le texte Theo.
L'appel de Mbembe à la société civile et aux intellectuels Africain est en phase avec l'opinion de beaucoup d'entres nous, Africains, que le peuple a un role plus constructif à jouer que les simples marches et soulèvements. C'est vrai qu'après nous etre plaint il est difficile de passer à l'aspect pratique des propositions.
Mbembe a au moins le mérite de s'y essayer.
Je crois que bien souvent quand nous voulons faire des propositions nous sommes limités par nos connaissances juridiques,economiques, etc... en ce qui concerne les affaires de la cité.
C'est bien pour cela que nous appelons les intellectuels en général, mais surtout les experts dans les différents domaines qui touchent aux affaires des nations afin qu'ils fassent des propositions concrètes.
Pour ma part, lisant l'article de Mbembe, j'ai noté qu'il y fait allusion à une classe politique qui souvent se sert aussi bien qu'elle sert l'Occident. Le peuple lui-même n'etant que "géré".
Nous suspectons souvent que les modes d'accession au pouvoir sont la cause de cet état de fait.
En effet quand un régime tire sa légitimité de sa capacité à garantir les intérêts économiques d'une ancienne puissance coloniale, le peuple n'a pas beaucoup de moyen de pression pour garantir son bien être. Les urnes ne sont dans ce cas que decorum.
Je suis d'accord avec Mbembe que cette situation prévaut en Afrique francophone.
Alors quelle solution?
Prenons l'exemple d'un pays imaginaire Y. Imaginons que le texte fondamental de cette nation, sa constitution, ait été adopté de facon démocratique au suffrage universel direct.
Imaginons que cette constitution contient en elle même tous les mécanismes nécessaires à son changement.
Assumons qu'elle garantisse que le peuple reste souverain. C'est à dire que le peuple peut à tous moments demander des comptes à ses representants. Cette même constitution prend en compte la mise en place d'institutions qui garantisent que l'action gouvernementale soit toujours conforme aux réelles aspirations du peuple. C'est a dire que les plus hauts représentants du peuple (president, prenier ministre etc..) applique le Programme du Peuple et non leur programme.
Assumnons que les mécanismes menants à l'élucidation du Programme du Peuple sont explicites dans cette constitution.
Une telle constitution, tant qu'elle est respectée, produirait inévitablement des gouvernements qui veillent sur les intérêts de leur peuple.
En effet, un problème majeur de nos démocratie est le fait que les élus ne sont pas obligés d'être à l'écoute du peuple.
Par exemple, un député élu en RCI pour 5 ans n'est pas obligé de rendre compte à ses électeurs de ce qu'il fait à l'Assemblée Nationale. Un président élu pour 5 ans n'est pas obligé de demander notre avis avant de signer un accord international...
On nous dit souvent que si nous ne sommes pas d'accord avec ce qu'un élu fait nous avons les prochaines élections pour le lui faire savoir.
OK, je suis pour le respect des lois. C'est bien pour cela que je soutiens un changement, constitutionel, de la constition de sorte à donner bien plus de pouvoir au citoyen et bien moins aux élus.
Comment donner plus de pouvoir au citoyen lambda? Une exquisse de réponse:
Beaucoup de constitutions en Afrique sont redigées par des comités d'experts. C'est une bonne chose.
Les différents partis politiques mettent en place des comités d'experts pour produire leurs programmes de gouvernement. Ca aussi c'est pas mal.
Alors pourquoi ne pas élargir l'exercice à la majorité du peuple?
J'imagine des comités nationaux d'experts réfléchissants aux problèmes de l'éducation, la santé, l'économie etc.. Se sont des comités non-partisans et non-sectaires qui ont en leur sein tous ceux des nationaux qui pensent avoir l'expertise nécessaire pour débattre d'un sujet particulier (sante, eco, edu etc..). Ce sont les résultats de telles réflexions qui constitueront le Programme de Gouvernement du Peuple.
Il y aurait ensuite un appel à candidature pour désigner les ministres. En effet quand en RCI on peut faire des appels à candidatures pour des postes tels la douane comment ne pas imaginer que cela soit possible pour des postes aussi importants que ceux de ministres?
On pourrait alors garantir que seuls ceux des technocrates les plus compétents mènent a bon port le Programme du Peuple.
Donc pour chaque pan du programme élucidé lors de la phase de réflexion il y aurait appel à candidature. Les technocrates choisis pour chaque pan du programme (santé, défense, éco etc...) devront alors mener à bien leur pan du programme et seront controlés et audités par des organes adéquats stipulés dans la constitution du pays Y.
Il reste le choix du premier ministre. Celui-ci devrait avoir fait ses preuves en tant que administrateur ou chef de projet. Un autre appel a candidature peut aider a choisir ce dernier. A ce stade peut être que un lot de candidats remplissants les critères de l'emploi pourront être présentés au peuple qui aurait alors le loisir d'élir celui qu'il préfere. Toujours est-il que sont travail sera de veiller à la coordination des efforts des différents ministres. Lui aussi devra repondre devant le peuple et sera soumis aux mêmes contrôle et audit que ces ministres.
Comment se choisir un president alors? La je crois que ce poste ne serait alors que honorifique. Notre president serait un peu notre mascote. Cependant il n'interviendrait pas dans les décisions touchant à la mise en oeuvre du programme du peuple.
Dans ce pays Y, le peuple aurait la possibilité d'intervenir directement dans la vie politique à travers des referendums comme en Suisse. Les ministres et autres pourraient être renvoyés qunad leurs résultats sont jugés insastifaisants par le peuple ou les institutions adéquates de contrôle et d'audit. Ce genre de décision seront alors plus techniques que politiques.
Un tel pays Y aurait plusieurs avantages démocratiques:
1- Les aspects sectaires et partisans seront éliminés ou ammoindris dans les affaires de l'état.
2- Le peuple aurait une plus grande participation au processus démocratique et pourrait garantir ses intérêts.
3- Les puissances coloniales auraient moins d'influence sur la vie politique du pays. En effet, pour l'instant, quand une ancienne puissance coloniale ou une puissance Occidentale veut préserver ses intérêts en Afrique, elle n'a qu'a faire pression sur le président ou la classe politique du pays concerné pour avoir gain de cause. Avec une plus grande participation du peuple au processus democratique et un gouvernement qui depend entièrement du peuple, c'est sur le peuple que la pression devra être faite. La force du peuple sera dans le nombre. C'est un peu la difference entre le jeu de dame et les échecs. Dans le jeu de dame tous les pions sont égaux et pour gagner il faudrait avoir éliminé le plus de pions de l'adversaire. Au jeu d'échecs, quand la reine le jeu est déja presque perdu...

Bien entendu tout changement a un coût. Et la solution proposée n'est qu'une parmis tant d'autres. Cependant, ce qu'il faut se poser comme question c'est plutôt quel est le coût de l'inaction. Allons nous attendre une solution exogène à notre contexte. Je crois que nous devons réinventer la démocratie si l'Afrique doit avoir un avenir meilleur. Que nos intellectuels s'y attelent. Nous avons besoins d'eux.

Écrit par : paisible | 12/01/2010

Plus haut j'ai voulu dire
"Au jeu d'échecs, quand la reine est prise le jeu est déja presque perdu... "

Écrit par : paisible | 12/01/2010

Great blog!!!
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Thanks,
Pablo from Argentina

Écrit par : Pablo (yo) | 13/01/2010

Les historiens se lancent rarement dans des propositions, quel qu’elles soient entuka en ce qui concerne les historiens africains.
Une fois qu'ils ont fait le constat ils disparaissent pour écrire sur d'autres sujets. Un peu comme une punition. On ne fait que la science du passé. Rien d'autre.

Pour une fois je suis heureux de voir qu'au moins un historien s'essaie à cet exercice.
Le texte est très bien écrit.
50 ans de notre histoire contemporaine, immédiate mérite ce texte.

la proposition est excellente.
..."il faut tenir compte du facteur objectif qu’est la multiplicité sociale –
multiplicité des identités, des allégeances, des autorités et des normes –
et, à partir d’elle, imaginer de nouvelles formes de mobilisation et de leadership"...

Tout est la.
Je pense que la plus part d'entre nous savent déjà la technique utilisée par les colons pour garder leur pré-carré sur le continent africain.

On met des peuples minoritaires au pouvoir pour être sure qu’il y aura des problèmes quand la majorité ou les autres minorités voudront elles aussi manger en prenant le pouvoir.
A ce moment la l’intervention du colon devient un acte « humanitaire » et donc justifie TOUT. Ca marche, les exemples sont pléthore .
De ce fait si on garde le système tel qu’il est on fait le travail à la place des colons.
Ils n’ont même plus besoin de bouger. Sous couvert du sobriquet « Communauté International » on peut soutenir un « gouvernement » local tant qu’il ne remet pas en cause les intérêts extérieurs.

Mbembé révèle le souhait le plus cher à tous ceux qui rêve d’une vraie démocratie.
On ne prend pas en compte la réalité de nos sociétés avant de vouloir proposer la démocratie. Parce qu’on sait ce que c’est la démocratie ailleurs :
… « … La première est l’absence d’un réel projet démocratique, d’une pensée de la démocratie qui constituerait une véritable alternative au modèle prédateur en vigueur à peu près partout. »…

Tous les jours on voit en Cote d’ivoire des rois, des chefs de villages intronisé. Dans le système en place a quel moment prend on en compte ce qu’ils ont a dire de manière nationale ? Il faut inventer un système qui leur donne un rôle national. Une démocratie participative.

Le problème c’est qu’on veut se mettre ensemble, on crée des sous groupe régionaux, comme la CEDEAO, mais on ne veut pas mettre en place une plateforme, une politique centralisée qui s’occuperait des vrais problèmes des peuples.

Le peuple n’a pas d’influence. Elle subit et réagit parfois de manière brutale. Parce qu’on ne lui a pas donné le rôle qu’elle devrait jouer, ou elle ne l’a pas pris. Elle fuit même ses responsabilités parfois.

Merci Mbembé de montrer qu’un homme de science et surtout historien n’est pas seulement la pour faire le constat des effets de l’actualité mais peut aussi apporter des solutions, des réponses.

Les scientifiques occidentaux étaient derrière les « décision » de Copenhague. On ne change rien on se met d’accord pour dire aux pays pauvre d’arrêter de se développer comme les occidentaux et en échange on leur donne l’argent. Ils ont aidé les gouvernants à protéger leur « démocratie ». Exemple parmi tant d’autres du rôle de la société civile.
Tant qu’on voudra aller vers un tel système on est perdu.

@Theo
Vous rêvez comme moi d'une Afrique digne, indépendante et imaginative ? Marchons d'un même pas.

Écrit par : metu | 13/01/2010

La démocratie: il n'y a rien qui ne m'énerve plus que cette expression débile, vide de sens, surtout quand on fait allusion à la soi-disante démocratie occidentale.
Si la démocratie existait aux Etats-Unis, jamais ils n'auraient organisé tous ces crimes en Amerique du Sud (Panama, Allende, etc..), jamais Bush LePetit n'aurait été élu président, jamais les USA n'auraient envahi l'Irak.
Si la démocratie existait en France, jamais elle n'aurait fomenté tous ces coups d'Etat dans son précarré africain.
Donc faut nous excuser avec ca.

Et c'est là que commencent nos problèmes africains. Ils suffit que les wannabe "maîtres du monde", tel des torreros, agitent les chiffons rouges de "démocratie, droit de l'homme", pour que nous partions dans un délire métaphysique sur des concepts, qui non seulement ne sont pas les notres, mais, plus grave, qui n'existent même pas chez ceux là qui l'index en l'air, prétendent nous servir de modèle.
Qui ici veut vraiment une démocratie à l'occidentale où les décisions sont prises par tel ou tel lobby, executifs et legislatifs étant juste tenus de s'executer comme de gentils toutous?
En tout cas pas moi. C'est pas le modèle de développement dont je rêve pour l'Afrique.

Sinon pour le cinquantenaire machin là, je ferai le bilan de l'indépendance quand nous serons indépendants.

Écrit par : Eddy | 16/01/2010

@Eddy, on est d'accord et je pense que la plus part des personnes qui échangent ici sont d'accord avec ça.

Mais il y a une chose sur laquelle on peut discuter. C'est la définition de Démocratie. On sait ce que les soit disant "démocraties" font dans le nord.
On voit les conséquences ici dans le sud. S'il n'y a plus de pauvre leur système s'écroule. Donc on sait mais en aucun cas la démocratie devrait te faire vomir, parce que ces pays la font n'est et n'applique pas la démocratie. De plus quand on regarde l'histoire on aurait dit que c'est leur propriété et que tout le monde n'y a pas droit bien dans leur intérêt.

La démocratie dont parle Mbembé est plus juste et prend en compte la responsabilité du peuple et effectivement c'est a partir du peuple que les démocraties naissent.

Donc évidemment la démocratie a l'africaine sera elle aussi particulière et dans l'intérêt des africains. Malheureusement on a été colonisés et partant de la notre indépendance n'est pas encore totalement assurée.
On y a du travail et c'est a chacun de le comprendre et d'agir c'est pourquoi je suis heureux de voir qu'un historien nous donne quelques pistes, c'est encourageant.

Le bilan des 50 années passé en tant que "pays" est important. De la on peut dire si on est des pays independants ou des Pays d'outre mer (POM) et pourquoi rien ne peut changer.

Écrit par : metu | 17/01/2010

C'est bien beau de critiquer ce que les autres disent, mais il faudrait aussi savoir apporter des idées plus concrètes que ce qu'on critique. Comme je dis toujours à mon frère KANE, vaut mieux ne rien dire sur quelque chose plutôt que de critiquer sans améliorer. Sur ce je vous souhaite de REST... IN... PEEEEEAAAAAAAAAACE!!!!!!!!!!!
P.S: Je serai toujours champion du monde poids lourd après royal rumble

Écrit par : THE UNDERTAKER | 10/02/2010

La jouvance intecllectuelle d'Achille demeure intact et tant mieux.Seulement, l'afrique avance avec ce qu'elle a de bon et de mauvais.En 50 ans, le chemin a parcourir reste long et en meme temps serieusement entamé.Les afriques n'ont qu'une chose en commun l'absence d'afrique.Alors est-il temps de parler africain au lieux de continuer à latiner?

Écrit par : mba robert | 18/02/2010

le développement est un long processus, d’ailleurs certains pays occidentaux ont mis des siècles. C’est la conséquence d'une réelle prise de conscience voire une révolution.

c'est pas parce que nous n'avons pas avancé depuis un demi siècle que nous devons baisser les bras, penser qu’à sa personne ou son appartenance, émigrer ou fuir ses responsabilités. nous - surtout les intellectuels - devons travailler de manière intègre pour le bien des citoyens. avec conviction et sans rien négliger on inverserait le cercle vicieux en un cercle vertueux.

pour moi cela passe par l'éducation et la satisfaction d’un minimum de condition de vie. les actifs d'aujourd'hui doivent préparer les générations de demain qui réussiront l'indépendance puis le développement de l'Afrique.

dans l’immédiat certains doivent être poussés à la sortie et juge s’ils sont fautifs. c’est important car la punition est préventive dans le sens qu’elle avertit des risques de faire du n’importe quoi. en outre, les honnêtes citoyens doivent être plus courageux et prendre les devant.

Écrit par : BASSE | 25/02/2010

he theo ceci est un une tres grande chose tes idees m'aideront pour mon devoir thanks et a plus. si t'as le temps passe sur mon blog: wandjinathan.ivoire-blog.com

Écrit par : nathan wandji | 10/04/2010

l' afrique stagne c'est 1 fait avec tout ce ke vous et moi savons. absence de démocratie,mauvaise gouvernance,faible niveau de vie,guerres j' en passe.toutefois ma joie c'est kil y a des signes encourageants:démocratie au bénin et ghana,libéralisation de l'espace de communication(internet,assez de journaux...) .pour ètre bref je dirais kil y'a lieu d'espérer de l'afrique .

Écrit par : m kouamé | 03/05/2010

très instructif cet article. mais moi,je dois passer mon BAC cette année et si je répond aussi directement et dis ce le pense comme vous,je n'irai pas bien loin et pire j'aurai peut-être des problèmes. comment faire? parce que moi,je suis plutôt directe

Écrit par : Gemyma ngou | 17/06/2010

Merci Théo de bien vouloir partager avec nous cette recette intellectuelle. je tombe sur le texte avec un peu de retard mais cela ne m'empêche pas, je crois, d'y laisser quelques mots en guise de commentaire.
le texte du frère Mbembe incite un nouveau paradigme en vu d'une réelle décolonisation et partant une démocratisation factuelle de l'Afrique et plus précisément de l'Afrique francophone. C'est ce qu'il a résumé sous le concept de "New Deal".un new deal qui se veut davantage concret, contrairement à ce que tu nous laisse entendre, mon chers Théo. le grand frère Mbembe systématise procéduralement comment ce paradigme inspiré de l'histoire doit œuvrer dans l'histoire afin de faire du continent noir, un continent de créativité, de développement et de responsabilité et non une simple réserve de matières premières ou lieu d'approvisionnement...un pré-carré de la France. ça ce me semble concret parce qu'il s'appuie dans son argumentaire aussi bien sur les intellectuels que sur la société civile dont il l'investie d'une sémantique plus large. Ces variantes sont à même d'ouvrir de nouveaux horizons au continent.
il y a nécessité de démocratiser profondément le continent car la politique en Afrique me semble t-il, ne profite pas aux masses. on a perdue le sens du terme politique et on confond consciencieusement la République entendu comme "res-publica" et le patrimoine familiale et le grand-frère Mbembe parle fort heureusement de "chefferie". une révolution, on le voit s'impose; et c'est à ce prix que le continent pourra véritablement incarné son stature
écrit par: Yves

Écrit par : yves | 10/01/2011

il y a bien de coquilles dans mon texte... juges plutôt le fond

Écrit par : yves | 10/01/2011

il n y aura pas d afrique sans africains,mais l afrique sans occident est possible,explique et commente

Écrit par : ambiok | 02/03/2011

Voudriez-vous dire à tous nos frères africains que le régime politique propre à la culture démocratique africaine dans ses souches n'est ni parlementaire, ni présidentiel, ni mixte? Il est plutôt arbitral en référence à la palabre africaine. En rapport avec la théorie de la séparation des pouvoirs, l'organisation du pouvoir politique compte cinq institutions, à savoir:l'Exécutif, le Législatif, le Judiciaire, l'Information et le Support. Précisons que,le Législatif en Afrique doit fonctionner sans Parlement et sans partis politiques, comme dans une palabre africaine.

Écrit par : Iyolo Lobondola | 02/03/2012

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