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30/12/2009

Ivoire-Blog et blogosphère ivoirienne : bilan après deux ans

Où en est la blogosphère ivoirienne aujourd'hui ? Où en est Ivoire-Blog, plateforme emblématique de cette blogosphère ? Quels sont les défis d'aujourd'hui, après un succès d'estime qui s'est manifesté à travers les distinctions glanées par les citoyens de notre petit village, dont Yoro (prix BOBS du meilleur blogueur francophone, prix Waxal du meilleur blogueur d'Afrique de l'Ouest) Babiwatch (consacrée best woman ICT reporter par Highway Africa) et moi-même (soutien des AbidjanBlogCamps par Rising Voices) ?

Quelques pistes de réponses à ces questions lors de l'entretien que j'ai accordé à Yoro dans le cadre de son émission Radio Avenue Web ici.

29/12/2009

Des terminaux spécifiques pour Internet en Afrique ?

L'Internet peut-il connaître en Afrique une forte croissance, à l'image de la téléphonie mobile ? Je pense que oui. Les mêmes causes - besoin vital d'être connectés pour des raisons économiques et familiales - vont produire les mêmes effets. D'autant plus que le téléphone mobile peut sembler limité dans ses fonctionnalités. Dès lors que les fournisseurs d'accès Internet (FAI) choisissent de mettre en place des formules prépayées grand public en plus des formules illimitées, une des plus importantes barrières à l'entrée disparaît.

cherrypal africa.jpgLe salarié qui gagne 100 000 FCFA par mois et qui n'est pas capable de se payer une connexion qui lui reviendrait à 25 000 FCFA par mois peut avoir une connexion à la maison grâce à une clé 3G ou à un modem wimax à bas prix... et payer chaque mois 3000 F pour avoir, disons, 10 heures de connexion... Au Cameroun, Camtel et Ringo l'ont compris. En Côte d'Ivoire, Aviso lance un forfait assez compliqué à comprendre mais dont il ressort qu'il sera possible d'avoir 50 heures de connexion à 10 000 FCFA en payant progressivement avec des cartes de recharge allant de 2000 FCFA à 5000 FCFA... si j'ai bien compris ce qu'explique le site Internet du FAI.

Au-delà de l'évolution de la tarification, il me semble qu'un Internet populaire passe par une réflexion profonde sur les terminaux les plus adaptés au contexte de l'Afrique subsaharienne. Le web, le PC... ont été tout de même fabriqués en Occident pour des Occidentaux éduqués, alphabétisés, à l'aise avec la complexité... là où le téléphone mobile est fondé sur l'oralité et quelques notions simples en matière de chiffres.

Au moment où en Occident, la créativité se déchaîne et nous offre régulièrement de nouveaux terminaux voués à la navigation web, pensés pour un usage mobile et simplifié, souvent spécifique (Internet des objets), pourquoi ne réfléchirions-nous pas sur le terminal le mieux adapté aux différents publics qui gagneraient à être connectés au-delà du simple téléphone ?

La mère de famille de Bamako ou de Bangangté (Cameroun) qui a ses enfants dans le monde entier et aimerait voir leurs photos et leur parler par Skype sans trop s'éloigner de l'expérience utilisateur du téléphone mobile, le planteur ghanéen ou ivoirien dont les opportunités dépendent de sa capacité à être bien informé, le petit commerçant qui veut passer ses commandes de manière simplifiée, le technicien ou le pasteur voulant bénéficier d'une formation continue le soir en regardant des vidéos en ligne sur sa télévision... toutes ces personnes peuvent trouver leur bonheur avec des terminaux spécifiques adaptés à des technologies mobiles comme la 3G ou le wimax. Des terminaux bien entendu moins coûteux que l'Iphone ou le Blackberry.

La firme Cherrypal a annoncé un netbook dénommé "Africa" à 99 dollars (image d'illustration). C'est bien. Mais il faut aller plus loin en brisant les codes, en regardant les Africains vivre et en essayant de comprendre quels terminaux low cost conviennent le mieux à leurs usages. S'ils n'existent pas encore, il faudra les créer. Tout simplement.

Gros problème à l'horizon : nos FAI et opérateurs de téléphonie mobile font-ils de la recherche-développement ? Je n'ai pas l'impression.

28/12/2009

Quelques liens pour vivre l'Alloco Blogueurs Party

J'étais présent à l'Alloco Blogueurs Party organisée de main de maître par Manassé/Cartunelo. La deuxième édition de cet événement sympa visant à rendre réelles les connexions virtuelles a connu un franc succès, avec plusieurs dizaines de blogueurs présents, y compris les tout nouveaux, issus de "l'école" des AbidjanBlogCamps.  Quelques liens pour vivre ou revivre cet événement très intéressant, dont on attend avec impatience la prochaine édition.

http://bit.ly/7xBT0B

http://bit.ly/7CvjrI

http://bit.ly/5yjeQw

http://bit.ly/52jmTf

23:12 Publié dans Vite dit ! | Lien permanent | Commentaires (1)

27/12/2009

CAN 2010 : un site pour suivre et pronostiquer

La CAN 2010 arrive et bien entendu elle sera médiatisée, y compris à travers la blogosphère. Le Petit Nègre, en bon pro du buzz, lance un minisite à partir duquel on pourra suivre l'agenda des matchs, puis les matchs eux mêmes. Ils pourront aussi proposer leurs pronostics en ligne... pour le fun bien sûr... Que la LONACI soit rassurée ;) Pour découvrir le minisite et s'inscrire pour commenter et pronostiquer, cliquez ici.

Tout n'est pas encore fini et le promoteur de l'opération est ouvert aux critiques et suggestions...

Au fait, y a-t-il déjà un hashtag CAN 2010 sur Twitter ?

 

Yannick Koffi, dix ans, génie de la guitare bass

C'est une belle histoire, celle d'un petit garçon ivoiro-australien, fils de musicien qui, dès son plus jeune âge, a montré à ses parents ébahis des talents innés, apprenant à taper en rythme sur des pots et des casseroles en même temps qu'il faisait ses premiers pas et prononçait ses premières paroles.

Très vite, on se rend compte que Yannick est capable de maîtriser un instrument aussi vite qu'il pose ses mains sur lui. Pour son cinquième anniversaire, il reçoit un kit de batterie jazz. Six mois plus tard il joue du clavier. Dès que son corps le lui permet, il devient un pro de la guitare basse. Il fait partie intégrante de Africa Diaspora, premier orchestre ouest-africain d'Australie, aux côtés de son frère aîné et de son père. Son talent explose sur Myspace, Youtube et dans les médias traditionnels, puisqu'il est passé au Oprah Winfrey Show. Jusqu'où ira celui qu'on appelle le "Mozart de Marickville ? A suivre... Le site de Yannick Koffi ici.

16/12/2009

Pour n'avoir pas pu empêcher la guerre, Gbagbo demande pardon aux Ivoiriens

C'était aujourd'hui, lors de la cérémonie de commémoration des 45 ans du quotidien ivoirien Fraternité-Matin.

’La conception d’une guerre armée en Côte d’Ivoire, je ne l’avais jamais faite. Je ne pensais pas que les gens étaient capables d’une telle violence dans la conquête du pouvoir d’Etat. Je ne veux pas parler de Soro Guillaume qui a rendu d’énormes services à la nation en prenant la tête de la rébellion. En s’affichant comme le patron. Avec lui il y a eu l’accord de Ouaga et nous sommes bientôt au bout du tunnel avec les élections qui s’annoncent. J’ai été surpris de cette violence car je n’ai jamais envisagé pareille situation. Les langues se délient petit à petit et des gens comme Charles Pasqua citent des noms. Un jour on saura la vérité. Pour l’heure, je présente des excuses aux Ivoiriens qui m’ont fait confiance et qui m’ont confié leur pays. Et moi, par naïveté, j’ai laissé attaquer leur pays’’, a regretté le chef de l’exécutif ivoirien qui était accompagné du premier ministre Pascal Affi N’guessan, des ministres Sy Savané et Patrick Achi ainsi que des directeurs généraux de sociétés d’Etat. Faisant sienne désormais la maxime qui dit qui veut la paix prépare la guerre, il a tenu à rassurer les Ivoiriens que ‘’toutes les dispositions ont été prises pour que la Côte d’Ivoire ne soit plus surprise.’’ Et mieux, qu’elle soit désormais en Afrique de l’Ouest, un pays de référence en termes d’armement.

L'article en entier sur l'excellent site spécialisé MinutePolitique.

15/12/2009

Les Etats africains contemporains vivront-ils un siècle ?

A la veille du cinquantenaire de l'indépendance de beaucoup de pays africains, la question se pose. Dans une interview donnée à Pierre Prier du Figaro, Laurent Gbagbo, chef de l'Etat de Côte d'Ivoire, donne son opinion :

gbagbo.jpg"La décision de l'Organisation de l'union africaine, en 1963, de ne pas remettre en cause les frontières coloniales a été sage. Mais je pense que les États africains ne resteront pas dans ces frontières. Je ne pense pas à des guerres, mais à des alliances et à des accords. Il y aura des regroupements sous forme de fédérations ou de confédérations, qui ne seront pas construites sur des bases idéologiques mais pragmatiques."

Quand on voit la nouvelle alliance Abidjan-Ouagadougou, qui permet de faire du ferroutage jusqu'au Niger, et qui permettra demain d'amener les rails du train jusqu'aux mines d'uranium et aux puits de pétrole du pays dirigé actuellement par Mamadou Tandja, quand on voit les hommes se déplacer et s'établir en Afrique de l'Ouest et en Afrique australe en dépit des frontières, on se dit que l'Etat-nation africain est déjà bien épuisé. On se dit que quelque chose doit se passer.

Mais quand ?

Mais comment ?

 

11/12/2009

Côte d'Ivoire : polémiques historiques en série

Après l'ancien chauffeur d'Houphouët - dont la fonction est remise en cause par Le Patriote et le fond des propos interrogés par Nord Sud -, l'ancien ambassadeur du Burkina Faso aux Etats-Unis donne une interview au journal L'Observateur où il alimente la polémique sur la nationalité d'Alassane Ouattara, en faisant des confidences sur des faits vieux de plus de quarante ans.

"Je connais la classe politique ivoirienne, en particulier ADO. Alassane Dramane Ouattara a fait ses études primaires à Tengrela (Banfora), puis sa première partie du BAC au lycée Ouezzin-Coulibaly, la 2e au Zinda. Arès son BAC, il était sans bourse. Moi, ambassadeur aux USA, j’ai réussi à obtenir 250 bourses pour la Haute-Volta. Mais le gouvernement voltaïque a refusé. Finalement, les Américains sont venus sur place. ADO et Arba Diallo ont bénéficié de ces bourses plus deux autres Voltaïques dont j’ai oublié les noms. Je me souviens que lorsqu’ils sont arrivés à New-York, ils logeaient à l’hôtel Aldruin. Je leur ai fait même avancer à chacun 400 dollars, car ils n’avaient pas touché leurs bourses. Bédié, qui y était comme ambassadeur, a remarqué ADO et lui a proposé une bourse, qu’il a refusée... Alassane est ensuite allé à la BCEAO comme cadre, ensuite au FMI, puis est retourné à la BCEAO au nom de la Haute-Volta. Sur ce poste à la BCEAO, je voudrais dire qu’en fait, la Haute Volta n’avait pas un cadre de ce profil. On a donc appelé Lamizana pour lui dire qu’on avait besoin du fils du chef de Tengrela. “C’est un Ouattara”, Lamizana a alors répondu : “An ka dé lo !”. La Révolution est venue déloger Ouattara de la BCEAO, et le FMI l’a récupéré comme Directeur-Afrique. A la mort du gouverneur Abdoulaye Fadiga de la BCEAO, il lui succédera, et après, Houphouët, qui avait des problèmes avec son café-cacao, l’a appelé comme Premier ministre pour redresser la situation."

C'est le même Frédéric Guirma qui était, il y a dix ans, "l'avocat d'ADO" dans les médias face aux accusations de Bédié. ADO lui a d'ailleurs fait appel dans son argumentaire lors du Forum pour la réconciliation nationale, en 2001.

"Après mes études secondaires sanctionnées par le Baccalauréat en 1962 à Ouagadougou, j'ai bénéficié d'une bourse américaine. La question que se posent souvent les personnes sceptiques est la suivante : s'il n'est pas voltaïque, comment a-t-il pu bénéficier d'une bourse au titre de la Haute Volta ? La réponse est simple : les bourses offertes pour effectuer des études à l'extérieur d'un pays étaient attachées à cette époque au territoire et non à la nationalité du bénéficiaire. Ainsi, ils sont légions les ressortissants des pays voisins qui ont fait leurs études avec des bourses étrangères offertes à la Côte d'Ivoire. On ne choisit pas forcément dans une classe ou dans un établissement scolaire les personnes de la nationalité du pays mais les meilleurs élèves même s'ils ne sont pas des nationaux. A leur lieu de destination, ils sont classés automatiquement dans le contingent du pays de départ.


Beaucoup de ces personnes sont aujourd'hui établies dans leurs pays d'origine. Tel est mon cas. A cause de ce qu'on a raconté à ce sujet, l'Ambassadeur Frédéric Guirma qui représentait la Haute-Volta aux Etats-Unis en 1962, a été amené à faire plusieurs mises au point à travers des interviews dans des journaux dont Jeune Afrique et la radio anglaise BBC, précisant que j'ai bénéficié de cette bourse en tant qu'Ivoirien."

Une question de fond : réussirons-nous un jour à écrire notre Histoire sereinement, au-delà des polémiques et des enjeux liés à l'actualité immédiate ?

10/12/2009

Pourquoi il faut sauver Le Messager

A la suite de Etum du blog africa2point0, j'affirme ici haut et fort qu'il faut sauver le quotidien camerounais Le Messager, créé par Pius Njawé, icône du combat pour la liberté de la presse en Afrique.

Il faut sauver Le Messager si l'on veut participer à démontrer qu'au Cameroun, qu'en Afrique, le mal et l'inversion des valeurs ne triomphent pas toujours. Si Le Messager meurt, c'est une part de notre rêve qui meurt avec lui. Car l'histoire de Pius Njawé et de son journal est une belle histoire, une authentique belle histoire. C'est l'histoire d'un jeune homme qui n'a pas eu la chance de faire des longues études, amoureux des lettres et d'une certaine idée de son pays, qui a lancé en 1979, dans une ville de province, Bafoussam, un hebdomadaire qui résiste depuis trois décennies.

pius_njawe3.jpgC'est l'histoire d'un patron de presse courageux dont le journal a ouvert mon esprit et mon coeur à la cause de la démocratie et de la liberté. Je n'avais pas quinze ans, je lisais encore des trucs comme "OK Podium" quand j'ai commencé à lire Le Messager, ses éditorialistes remplis de talent et son regard sans concession mais plein d'amour pour le Cameroun et l'Afrique. Malgré tous les défauts qu'on peut trouver à Njawé et au Messager, il y a un côté chevaleresque dans cette aventure.

Comment sauver Le Messager ? Pour pouvoir débattre sérieusement autour de cette question, il faut en poser une autre. Qu'est-ce qui menace de mort Le Messager ? Selon François Soudan de Jeune Afrique, Pius Njawé aurait évoqué à la fois Internet et les mauvaises manières d'un opérateur télécom (visiblement Orange Cameroun). A ce sujet, l'édito de Njawé ici.

Le blogueur Etum sous-estime l'effet Internet. Je me demande pourquoi. Les acheteurs les plus sûrs d'un journal qui coûte 400 FCFA, ce sont les salariés assez bien payés du secteur formel. Ils sont nombreux à avoir le net au moins au bureau. Pourquoi achèteraient-ils ce qu'ils peuvent consulter gratuitement ? De toute façon, on peut avoir une heure de connexion dans un cyber à 400 FCFA, ça permet de consulter ses mails, d'en écrire, de lire les journaux. Selon le classement Alexa, lemessager.net est le 38è site le plus consulté au Cameroun - le deuxième site média après cameroon-info.net, portail dont le modèle économique est de piller les contenus des journaux sans rien leur reverser et de collecter de la publicité. Tous ces gens qui consultent le site du Messager au Cameroun, l'achètent-ils ? Non. L'achetaient-ils par le passé ? Une partie d'entre eux, sans doute. Manque à gagner.

Je comprends que cette histoire gêne les partisans des contenus gratuits sur Internet. Mais il faut bien se poser une question. La presse de nos pays, où le niveau de vie est bas, où la culture de l'abonnement est inexistante, où les apporteurs de fonds sont invisibles, où le marché de la publicité est souvent irrationnel, survivra-t-elle à la culture de la gratuité ?

Et puis, je pense tout de même que Le Messager est de manière centrale victime du pouvoir camerounais qui le harcèle de diverses manières et lui refuse une licence pour créer des médias audiovisuels, tandis qu'il en donne à d'autres. Si Le Messager, marque forte, avait pu créer sa radio et sa télé, comme La Nouvelle Expression par exemple, les choses se seraient passées autrement, c'est évident. De plus, c'est le gouvernement camerounais qui refuse d'appliquer la convention de Florence, recommandant aux gouvernants de ne pas taxer les intrants utilisés pour fabriquer les journaux, qu'il a librement signée. C'est ce refus entêté qui fait que les journaux coûtent désormais 400FCFA. Or, c'est bien ce prix qui limite le nombre possible d'acheteurs.

Comment aider Le Messager ? Je suis favorable à la création d'une SA comme le dit Etum, mais si les fondamentaux ne changent pas, cela ne servirait qu'à donner un sursis au groupe. Quel modèle économique une marque comme Le Messager ? Je n'ai aucune certitude là-dessus.

Sans doute faudrait-il transformer le quotidien en hebdo, avec des parutions exceptionnelles - et relayées par un réseau de médias audiovisuels partenaires - aux lendemains des jours où il y a eu des événements forts ; renforcer le site ; et - impérativement ! - créer, ailleurs qu'au Cameroun, une chaîne de télévision payante de débats et d'analyse de l'actualité qui serait diffusée  par le satellite et les câblo-opérateurs, dans le monde entier et au Cameroun, si le gouvernement ne le leur interdit pas. Qu'en pensez-vous ?

Sur Twitter, répandons le hashtag #sauvonslemessager.

09/12/2009

Une interview intéressante du chauffeur d'Houphouët

kalilouThiero32.jpgKalilou Thiero, Malien originaire de Ségou et inamovible chauffeur d'Houphouët-Boigny de son vivant, a donné une interview assez surprenante au journal "Le Ségovien" sur laquelle je suis tombée. Il parle de son regretté patron et livre quelques anecdotes croustillantes.

Sur Houphouët, Senghor, Sékou Touré et Sankara

Houphouët n’avait vraiment pas la même idéologie que Senghor. Rien qu’à entendre souvent leur débat où Houphouët se voyait vexé par la manière philosophique de Senghor d’aborder les sujets. Et puis, Houphouët se définissait toujours devant Senghor comme un héritier d’une chefferie. Les conceptions du pouvoir n’étaient pas les mêmes. A peu près, c’est la même chose qu’avec Sékou Touré qui lui demandait d’opter pour un régime de révolution qui fait fi du colonisateur.

Pour Sankara, je peux attester qu’Houphouët avait le sommeil coupé. La révolution de Sankara le dérangeait. Depuis une colère noire piquée contre son ministre, Jean Baptiste Moké qui ne fut pas satisfait d’un réaménagement technique du gouvernement, je n’ai jamais vu Houphouët, régulièrement colérique qu’avec Sankara.

 

Sur Houphouët, ADO, Bédié, Gbagbo et la fameuse carte de séjour

"En Côte d’Ivoire, tous les maliens étaient RDA, le parti qui dirigeait le pays mais avec la carte de séjour, nous avons tous basculé au FPI. Cette carte de séjour existait, mais c’est Alassane Ouattara qui l’a appliquée aux étrangers. Je me rappelle que j’ai pris mon courage à deux mains pour dire à Houphouët : « Mais Papa, affaire d’Alassane, c’est trop fort ! ». Il m’a dit : «  Mon fils, c’est vrai, Alassane a mal fait mais qu’est ce que tu me proposes ? ». Je lui ai dit que les étrangers, surtout les maliens, ne peuvent pas payer 10 000 F, déjà qu’on avait à payer 3 000 F pour la pièce d’identité malienne. Je lui propose 4 000 ou 5 000 F. Il me regarde et semble convaincu. Du coup, je le vois appeler Alassane et lui dire « bon Alassane, désormais tu mets la carte à 5 000 F, il ne faut pas qu’avec cette carte nos militants partent chez Gbagbo ».

Malgré tout ce qu’on peut dire, Houphouët aimait et admirait Gbagbo. C’est l’un des rares politiciens qui lui disait la vérité. Ça faisait mal à Houphouët mais en prenant du recul, il adhère à ses critiques. C’est le cas d’une milice d’Houphouët Boigny que Gbagbo a combattue et que par la fin, Houphouët s’en était débarrassé. C’est le cas, et rarement on en parle, de certains remaniements ministériels dont les critiques de Gbagbo sont à l’origine.

En ce qui concerne Alassane, ses relations avec Houphouët datent de son séjour en tant que fonctionnaire international à Dakar puis à Abidjan, sinon Alassane est bien un burkinabé mais détesté par Sankara. Houphouët a donc sauté sur l’occasion pour contrer Sankara en le nommant Premier Ministre. A cette époque, tout était presque au point pour qu’Houphouët désigne Gbagbo comme Chef du gouvernement. Pour le cas de Bédié, rien à dire, Houphouët l’avait élevé et adopté."

 

L'article en entier.