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07/11/2009

Des Etats maçonniques en Afrique

 

Peut-on dire qu’il y a en Afrique des « Etats maçonniques » comme il y a au Moyen-Orient, voire sur le continent noir (la Mauritanie), des Etats islamiques ?

 

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Je suis tenté de répondre par l’affirmative après lecture d’une enquête publiée par Le Nouvel Observateur sur le Gabon, et qui évoque l’intronisation d’Ali Ben Bongo, après la mort de son père et son accession controversée à la magistrature suprême, à la tête de la Grande Loge du Gabon. Christophe Boltanski, envoyé spécial à Libreville, écrit :

 

« Ali Bongo est le président du Gabon, mais il n’en est pas encore vraiment le maître. Après un scrutin très contesté, il a succédé à son père, Omar. Il a ravi le sceptre. Mais il lui manque encore le maillet. Dans quelques jours, ce sera chose faite. Le 31 octobre, il revêtira son tablier brodé et se présentera devant ses «frères» pour une élection au résultat tout aussi attendu que la première, à la tête de la Grande Loge du Gabon (GLB). Cette fois aussi, Ali s’installera dans le fauteuil d’Omar, indéboulonnable grand maître de la franc-maçonnerie gabonaise jusqu’à sa mort en juin dernier. Et sans doute dirigera-t-il, comme son père, les deux principales obédiences du pays.

Dans ce bout d’Afrique, celui qui monte sur le «trône» se doit aussi de régner sur les temples. Le nouveau président n’a pas oublié que les conseillers de son prédécesseur, ses ministres, ses directeurs d’administration étaient tous «passés sous le bandeau». Il sait bien que la franc-maçonnerie forme depuis des années l’un des piliers du système Bongo. Il a vu comment son père s’en est servi pour asseoir son pouvoir dans son pays ou à l’étranger. Et il accueillera avec joie la conférence mondiale de la franc-maçonnerie régulière, qui se tiendra le 4 novembre à Libreville. C’est Omar qui avait «décroché» l’événement. Et Ali, qui avait suivi de près tous les préparatifs, en tirera les bénéfices. »

 

La franc-maçonnerie se présente volontiers, pour se valoriser, comme la vigie de la laïcité. Comment comprendre cette nouvelle tradition gabonaise, qui fait naturellement du chef d’Etat le chef des franc-maçons de son pays, comme si l’un n’allait pas sans l’autre ? Peut-on parler de laïcité ou de démocratie dans ces nombreux pays d’Afrique où les promotions dans l’administration dépendent de la soumission à des ordres initiatiques occultes ? Où est l’idéal républicain ? J’irai même plus loin… Où est la liberté de pensée ? Extraits de l’article du Nouvel Obs :

 

« Au Gabon, les loges sont omniprésentes et pourtant tellement taboues. Lors de la présidentielle, le pasteur Ernest Tomo a été le seul candidat à avoir osé en parler. «Forcément! s’emporte-t-il. La plupart de mes adversaires en faisaient partie.» Dans son programme, il n’abordait le sujet qu’à mots couverts :«Je veux changer les habitudes d’antan qui consistaient à choisir un homme pour un travail à cause d’un lien et non pour ses aptitudes», pouvait-on y lire. Un lien ? «Au Gabon, explique le pasteur, vous ne pouvez pas être ministre, cadre administratif, patron ou même évêque si vous n’appartenez pas à une loge.» Ernest Tomo a refusé de «recevoir la lumière». Il ne fréquente pas le bon temple. Le sien s’appelle Jérusalem. C’est une communauté évangélique qu’il a fondée à la périphérie de la ville. Cet ex-manoeuvre, qui fut aussi policier et joueur de foot, y prononce des prêches enflammés sous le nom de «Docteur Zorobabel», pendant que son épouse anime le gospel. Il est persuadé que sa critique des loges lui a valu son faible score à l’élection du 30 août dernier : 308 voix, soit 0,09%.

Un jour, pourtant, comme tant d’autres, il a été approché par les frères. «Ils m’ont fixé le rendez-vous d’initiation. Ils m’ont dit que ça serait un samedi avec un parrain, et moi j’ai dit non. Ca m’a coûté une série d’emmerdements». Quelque temps plus tard, feu Omar Bongo l’a malgré tout nommé ministre d’Etat et directeur adjoint de son cabinet, en charge des questions religieuses. Il faut dire qu’Ernest Tomo, après s’être présenté contre lui à la présidentielle de 2005, venait de se retirer sous le coup d’une «inspiration divine». Mais une fois son rival éliminé, Bongo a bien fait comprendre à Tomo qu’il ne faisait pas partie de la «famille». «Comme je n’étais pas maçon, tonne le pasteur, dont la voix résonne dans le hall d’un hôtel de Libreville, je n’avais rien, ni bureau, ni collaborateur, ni voiture de service.» Le chef de l’Etat gabonais a fini par lui dire publiquement lors d’une cérémonie : «Si tu n’en es pas, on ne te voit pas et on ne te considère pas pour ce que tu es.» »

 

« «C’est le pays d’Afrique noire qui compte le plus grand nombre de maçons par habitant. Es sont près de 500 rien qu’à Libreville», dit Joseph Badila, un frère congolais, auteur d’un des rares ouvrages sur la question (2). Ils détiennent les postes clés au sein de la classe politique et de l’appareil d’Etat. «Neuf directeurs d’administration centrale sur dix en font partie», estime un haut fonctionnaire. Leur tablier est gage de fidélité. En obéissant au maître, ils se soumettent au président. »

Je me souviens avoir lu dans L’Express une révélation inquiétante, et en avoir parlé dans un précédent post :

« Au Gabon, au Congo-Brazza ou au Cameroun, décrocher un maroquin demeure, pour le non-initié, un authentique exploit ».

En Afrique, la franc-maçonnerie serait-elle ennemie de la République ?

 

 

 

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