topblog Ivoire blogs Envoyer ce blog à un ami

23/10/2009

Sur le site de Libé, le journalisme à valeur... retranchée !

lg_libe.gifHier, j'ai lu, sur le site de Libération, quotidien français, un de ces articles qui justifient tout le mal que l'on peut penser de l'info en ligne, souvent dénoncée comme bas de gamme, y compris sous des marques de presse considérées (à tort ou à raison) comme fortes. Son titre ? "Laurent Gbagbo candidat à sa propre succession en Côte d'Ivoire".

La faiblesse de cet article est justement qu'il ne se contente pas d'être une réécriture d'une dépêche d'agence, mais qu'il est une réécriture  pompeuse et qui a des prétentions éditorialisantes qui dépassent les connaissances de son "auteur". Du coup, le journaliste anonyme qui l'a pondu enchaîne les erreurs grossières qui discréditent totalement et son papier et la marque de presse qui le publie.

L'article dit  tout de go et de manière très affirmative que le père d'Alassane Ouattara était "burkinabais", se trompant sur la désignation des habitants du Burkina Faso (Burkinabé ou Burkinabè), et tranchant sans élément nouveau une controverse qui reste entière (ADO ayant toujours affirmé qu'il est Ivoirien de père et de mère tandis que ses contradicteurs mettent en doute la nationalité de son père et l'identité de sa mère). Les commentaires servant tout de même à quelque chose, l'orthographe du mot "burkinabé" a été changé par la suite, tandis que la nationalité du père d'ADO est désormais mis au conditionnel... Entretemps, Notre Voie, journal du FPI, s'est bien marré, affirmant que les Français qui soutiennent Ouattara connaissent bien leur ami...

Libé écrit : "Lors des élections prévues le 29 novembre, sur la tenue desquelles pèsent encore de lourdes interrogations, il devrait être opposé à l'ex-chef de l'Etat Henri Konan Bédié et à l'ancien Premier ministre Alassane Ouattara. Ce dernier, proche de Nicolas Sarkozy, avait été exclu du précédent scrutin de 2000 (...) Cette grossière manoeuvre de Gbagbo pour écarter son principal rival avait été l'une des premières causes de la rébellion au nord du pays." Le "journaliste professionnel" qui a commis cet article ignore absolument que lors du scrutin de 2000, c'est le général Robert Gueï qui était aux affaires, et que Gbagbo l'a battu et imposé sa victoire dans la rue... Où est donc la valeur ajoutée de notre profession face à un journalisme citoyen où on peut trouver le pire et le meilleur, mais qui a le bon goût de ne pas se poser pas en référence et d'interagir avec les lecteurs ? Au fait, avez-vous déjà vu un journaliste d'un "média classique" qui réagit aux commentaires des internautes, y compris pour reconnaître ses erreurs ?

Par la suite, Libé s'enfonce : "Dès ses premières déclarations de campagne, le président-candidat a d'emblée retrouvé son thème favori : l'ivoirité. «Le combat est engagé contre ceux qui n'aiment pas la Côte d'Ivoire (...) Il y a des hommes et des femmes dont l'existence politique ne repose que sur les liens qu'ils ont avec l'étranger. Moi, mon lien c'est avec la mère nourricière, c'est à dire la Côte d'Ivoire» a-t-il ainsi lancé, visant explicitement ses deux adversaires, régulièrement accusés par les siens d'être soutenus par l'ancienne puissance coloniale française." On en oublierait que l'ivoirité est un concept qui a été promu par Henri Konan Bédié (posé en victime de l'ivoirité dans cet article), et qu'il n'a rien à voir avec le rapport à la puissance coloniale qu'évoque Gbagbo, quelle que soit l'interprétation qu'on en fait.

Qu'on me comprenne : le parti pris anti-Gbagbo de ce texte n'est pas le problème. Le problème, c'est cette manière de faire réécrire à des journalistes sans connaissance particulière des dépêches purement informatives pour en faire des pamphlets mal informés.

Il me semble qu'il aurait fallu retranscrire la dépêche dans toute sa froideur sur le net, et peut-être de faire analyser, pour les clients qui paient - en ligne ou sur papier - l'actualité ainsi relatée par un journaliste ou un universitaire qui connait bien le sujet, et qui pourrait taper sur Gbagbo de manière plus précise et plus crédible...

Ah ! le journalisme à l'ère d'Internet, des clics et de la gratuité ! Pourrait-il aller plus loin que des synthèses ressemblant trop à des longues traînes ramassant sur leur passage un cortège de clichés ?

 

Commentaires

Qui sait? C'est peut être un TH décomplexé qui joue sa particition dans la campagne électorale ivoirienne.

Écrit par : Djignab | 23/10/2009

personnellement, je ne crois pas que ces bouts de papiers dirigés puissent changer quelque chose à l'issue de la campagne électorale! le temps où je me levais triste et inquiet après une charge haineuse de rfi et autre sur la côte d'ivoire est révolu. on dira tempête dans un verre d'eau qui ne trouvera preneur que chez les candidats de l'étranger (ce qui est différent de candidat étranger, faut qu'on explique ça aux gens de petite réflexion).

Écrit par : marianne | 24/10/2009

GRAND ET BIEN AIME THEO

J'ai lu le même article que toi et j'ai eu un réel sentiment de malaise à cause de
la "mésinformation" qui le caractérise et qui donne une vue d'ensemble de ce que le Journal qui le porte représente en vérité.

Parce que j'ai fait la même analyse que toi au sujet de cet article,je peux alors dire que tu as lu et que tu dis juste.

L'attrait que tu exerces sur tes lecteurs vient précisément de là,de ce que tes analyses révèlent des vérités qui sont difficilement incontestables et incontestées. D'où le fait qu'elles honorent le Journalisme et nourrissent la réflexion.

Bonne continuation donc !

Écrit par : LE PRINCE | 25/10/2009

Mais Théo, ce que je trouve ahurissant dans cette affaire, c'est que ce genre d'erreurs ont eu lieu et continuent d'avoir lieu dans nombre d'articles sur des pays africains, parce qu'inconsciemment ils obéïssent à une logique qui veut qu'en Afrique a priori le chef de l'Etat en exercice a tort, et que ses opposants doivent avoir raison (puisqu'ils sont les opposants.)Je pense aussi qu'il y a une grande paresse intellectuelle dans les salles de presse occidentales quand il est question d'Afrique - aussi parfois (et c'est encore plus triste) dans les départements universitaires...Le défi est immense, parce que l'on se rend que ceux-là même dont c'est la mission de savoir, renoncent à l'accomplir comme il se doit. Pour le moment, le droit de réponse est la seule arme disponible - et il faut l'utiliser!!!

Écrit par : Enrico | 25/10/2009

Mais le sentiement Anti-Gbagbo peut etre parfois plus discretement exprime ( conf article sur le site de jeuene afrique en date 26/10/09 par Francois Soudan que je cite : C’est à n’y plus guère comprendre. Alors que la rumeur d’un nouveau report de l’échéance se fait de plus en plus insistante à Abidjan, n’importe quel politologue un peu averti vous confirmera qu’avec une telle constance favorable dans les sondages, l’intérêt de Laurent Gbagbo serait que l’élection présidentielle ivoirienne se tienne… le plus rapidement possible.Sous ces paroles sibyllines ce qu'il faut comprendre , c'est que François Soudan ne comprends pas pourquoi Gbagbo "refuse d'aller aux élections alors que tout indique ( sondages notamment qu'il ya intérêt). C'est amusant de décortiquer les écrits journalistiques surtout ceux qui paraissent anodins

Écrit par : avocatus | 28/10/2009

Les commentaires sont fermés.