topblog Ivoire blogs Envoyer ce blog à un ami

15/08/2009

Fête nationale : l'analyse d'un discours présidentiel

Cet article est de Sylvain N'Guessan, lecteur régulier de ce blog.


 

 

GBAGBO Laurent_ cote d ivoire.jpg

Le discours du Président de la République, la veille du 49ème anniversaire de notre pays, se veut, de manière générale, un audit des secteurs politiques, économiques et agricoles. Partant du résultat peu reluisant de ce diagnostic, il propose des esquisses de solution ; de sorte que son intervention se veut un message porteur d’espoir quant à l’avenir de notre pays.

 

 

Toutefois, afin de mieux faire ressortir notre compréhension de ce message, notre analyse en fera ressortir le bilan politique et économique, les solutions du Président et les limites que nous trouvons à cette intervention.

 

Situation socio-politique

 

A partir d’arguments juridiques, sociologiques et managériaux, le Président parvient à rassembler les Ivoiriens, les habitants de la Côte d’Ivoire autour de son discours. Il refuse de s’approprier, de façon personnelle (égoïste ?), l’APO : « nous avons su mettre en avant ce qui nous rassemble autour de ce pays qui est à nous tous, qui est notre patrie, la terre de nos pères ». Ceci pourrait être perçu comme la main tendue à la rébellion, au RHDP, à la société civile ; forces à qui il fait comprendre sa ferme volonté de les associer au bénéfice politique de l’APO : le processus de sortir de crise.

 

Après avoir suscité ce compartiment sociologique rassemblant toutes les parties en présence (en fait, c’est la copie du gouvernement), il oriente son auditoire vers ce qui préoccupe (malheureusement) toute l’opinion nationale et internationale : les élections présidentielles. A partir de cet instant, répondant (indirectement) aux propos prêtés à Sarkozy, il fait savoir que son travail « depuis mars 2007 » « a consisté à régler les problèmes politiques qui faisaient obstacles au retour à la paix ». Il va plus loin en situant les responsabilités des uns et des autres, « les élections ne sont pas organisées par le ministère de l’intérieur ni, a fortiori, par le Président de la République ». Il signifie, ainsi, (à la France, au G7 ?) que si le 29 novembre n’a pu être respecté, il faudra en demander les raisons à la CEI. Soulignons au passage qu’il nomme l’ONUCI, l’ONU sans toutefois parler de la Licorne, du 43ème BIMA, de la France alors que dans les discours précédents, il ne manquait d’évoquer ‘’les amis français’’. Après les deux premiers consacrés à la situation socio politique, les paragraphes 3 et 4 sont dévolus à l’analyse économique de la Côte d’Ivoire.

 

Lecture de notre économie

 

La Côte d’Ivoire est connue pour être productrice du binôme café-cacao. Dans son discours, le Président a tenté d’orienter les regards vers les richesses minières (« gisements de fer, de nickel, de cobalt, les mines d’or »). Cependant, il nous fait comprendre que le développement commence par l’auto suffisance alimentaire. D’où ce cri pressant à se défaire de « l’orientation imprimée à l’agriculture sous la colonisation ». Selon lui, avec « une forêt luxuriante, un sol riche », nous devrions parvenir à l’auto suffisance alimentaire. Malheureusement, selon une source du BIT, les Asiatiques travaillent 3800 h/an, les Occidentaux 2900h/an quand les Africains ne travailleraient que…500h/an ! Sans s’inspirer forcement de cette source, il demande « que nous nous donnions la peine de travailler »

 

Il mentionne également la « construction d’une ligne de chemin de fer » qui permettra de transporter aussi bien la production minière que celle du binôme café-cacao afin de désenclaver les régions du Bas Sassandra, du Moyen Cavally, des 18 Montagnes, du Haut Sassandra ; régions aussi riches les unes que les autres. Aussi convient-il de souligner que cette intervention ne se contente pas d’énumérer des difficultés, elle propose des éléments de réponse.

 

 

Solutions présidentielles

 

Le Président a choisi, à l’occasion du 49ème anniversaire du pays, de rendre « hommage aux hommes et aux femmes » oeuvrant dans « le secteur des produits vivriers ». Cet hommage lui sert de prétexte pour « les donner en exemple, en particulier à notre jeunesse ». Au travers de ce discours, il essaie de nous orienter tous vers le développement de la Côte d’ivoire ; ce qui n’est pas possible sans la paix. En clair, il nous invite à une culture, à la pratique quotidienne de quête de la paix. Toutefois, la consolidation de celle-ci n’est possible qu’avec le développement de notre pays. D’où la volonté de transformer « ici, sur place, dans nos usines, ce que nous exportions jusqu’à présent, en totalité ». Il est également fait mention « de réduire la pénibilité du travail de la terre » afin de le rendre « attractif » par la « mécanisation ». Et, « l’élevage doit devenir un véritable métier ». L’accent est mis sur les bras valides internes.

 

Durant cette intervention, il a bien voulu mettre l’accent sur la culture du travail ! Aussi riche soient notre sol et notre sous sol, nous ne pourrions aspirer effectivement à l’amélioration des conditions de vie et de travail des populations que par le travail. La révolution nipponne en est l’un des exemples les plus excitants. Il faut donc « prendre la peine de travailler » afin de sortir de cette misère ambiante. Cependant, comme toute action humaine, le discours présidentiel à la veille du 49ème anniversaire de l’indépendance de notre pays, montre des insuffisances. Nous tenterons de les mettre en exergue dans les lignes qui vont suivre.

 

Recommandations

 

Dès l’abord, le Président de la République essaie de faire ressortir un fort argumentaire : l’idée de cohésion sociale, de rassemblement « par-delà nos divergences ». Toutefois, la nation ivoirienne existe-t-elle ? Force est de constater dans les discours politiques, dans les actes administratifs, les différents recrutements, que la Côte d’Ivoire apparaît comme un vaste agglomérat de diverses associations distinctes les unes des autres, séparées des fois par une solide frontière excluant toute forme d’unité nationale. Avons-nous su « mettre en avant ce qui nous rassemble » ? Non, sinon, il n’y aurait pas eu de guerre. En clair, nous pensons que le Président fait une lecture exagérée de la cohésion sociale en Côte d’ivoire. Peut-être est-ce une façon de susciter cette cohésion. Si telle est son intention, ne vaut-il pas mieux dénoncer ce qui n’est pas afin que les uns et les autres puissent en prendre conscience ?

 

Par ailleurs, il évoque les richesses ivoiriennes sans mentionner les Ressources Humaines. Est-ce parce que notre école, notre système éducatif est incapable de permettre aux apprenants de faire face à la vivacité intellectuelle, au dynamisme scientifique, technologique de notre époque ? Mécaniser l’agriculture ? Nous ne pouvons que nous en réjouir ! Mais avons-nous les hommes qu’il faut pour cette mécanisation ? Pour la transformation sur place en totalité ? Si non, quelle école qui puisse inculquer aux apprenants les compétences requises ?

 

Pour ce qui est de la culture vivrière, nous produisons plus qu’il a pu l’imaginer. Peut-être faudra-t-il multiplier par deux ces différents chiffres. Cette production est abandonnée dans les différentes plantations à cause de l’état de nos routes (en tant que membre du comité de reconstruction et de réinsertion du Bas Sassandra, nous comptons remettre une étude sur la question au Préfet de Région) et aussi et surtout de la cupidité de nos FDS. Les différents rackets (appelés faussement ici ‘’frais de route’’) découragent plus d’un commerçant. Ceux qui parviennent à traverser tous ces rackets (véritable traversée du guerrier !) se voient obligés de multiplier de manière inimaginable le prix d’achat. Conséquence : les prix sur nos marchés sont hors de portée des ménages moyens. Il faudra certainement chercher à créer une brigade spéciale chargée d’escorter nos commerçants afin de les ‘’délivrer’’ des policiers véreux.

 

Il encourage la jeunesse à se tourner vers la culture vivrière. Cette incitation verbale peut-elle constituer une véritable source de motivation ? Nous pensons que la mise en place d’une véritable politique de développement pourrait mieux encourager la jeunesse. Celle-ci pourrait procéder par la création d’une banque de riziculteurs, d’éleveurs de sorte que le déficit puisse être comblé. L’Etat doit accompagner la riziculture, l’élevage à travers des ‘’SODE’’ (Société de Développement) effectivement présentes sur toute l’étendue du territoire national (à l’instar des SAPH); des émissions radio-télévisées valorisant les agriculteurs qui pourraient, dès lors, être perçus comme des références. Dès lors, revoir les références présentées de manière quotidienne par notre télévision.

 

Aussi ce discours laisse-t-il sur la faim dans la mesure où il n’y est aucunement fait mention de mesures concrètes afin d’éradiquer les maux actuels, les pressions existentielles aliénant les aspirations, pis les talents et potentiels de la jeunesse ivoirienne ! Et les thèmes de réflexion du comité préparant les festivités du 50ème anniversaire devront être connus dès maintenant afin d’éviter des faux débats. Un des pièges à éviter : cristalliser les réflexions autour de ceux qui ont déjà eu à gérer notre pays. Quid de la gestion de ces richesses minières ? Un cadre participatif pour définir les axes d’investissement que la part ivoirienne va générer ? Ou alors, un simple pilotage à vue ?

 

Adaptation de notre système éducatif

 

Pour clore notre analyse, le discours du Président de la République, la veille du 49ème anniversaire de notre cher pays, est tourné vers l’avenir c’est-à-dire porteur d’espoir. Il se nourrit à la mamelle indépendantiste valorisant les ressources internes (et non externes et extérieures) avec, en toile de fond, la fibre nationaliste. Toutefois, l’accent n’a pas été suffisamment mis sur notre système éducatif. Si nous voulons parvenir à « la réorientation de notre agriculture, à sa mécanisation, à la transformation de nos produits vivriers sur place en totalité », il faudrait songer à faire acquérir à la jeunesse les compétences requises. Cela passe par l’adaptation de notre système éducatif à nos besoins culturels, sociaux, économiques, politiques, sanitaires, environnementaux…

 

Notre analyse ne se prétend aucunement autoritaire. Elle se veut plutôt analyse d’ouverture. Et ce ne sont pas les insuffisances qui lui manquent. Toutefois, nous pensons qu’elle peut apporter sa modeste contribution au décorticage du discours de notre Président !

 

Commentaires

cette analyse je la trouve équilibrée. mais comme tu n'es pas rentré dans gagbo en force, kratos va te faire la peau!

j'avais également remarqué qu'il a ignoré la France, mais que peut il faire d'autre pour montrer son exaspération, alors qu'il sait qu'économiquement il n'a pas intérêt à se fâcher avec paris pour son PPTE?

j'ai toutefois deux remarques et une proposition à faire à mon tour

1. il ya comme une incompréhension entre la présidence et la cei! là ou l'un parle de régler les problèmes politiques uniquement,l'autre parle de l'absence de mise à disposition de fonds pour travailler, donc question: le rôle de gbagbo est il de simplement régler les problèmes politiques ou de trouver de l'argent pour permettre à la cei de travailler sans accrocs financiers?

2. n'est ce pas parce que sa reforme (car il faut le reconnaitre) concernant le café cacao a échoué qu'il se tourne vers le monde vivrier sentant un vote sanction (cf le fameux sondage) de la part de paysans cafe cacao, histoire de diviser le monde paysan, d'autant plus que comme tu l'as dit, dans son discours rien de concrèt? tu es président, tu vois toutes ces dérives tu fais quoi? voila la vraie question!

3.uneproposition dérivée de son discours pour les jeunes
-personne ne peut vivre sans manger quel que soit ses problèmes financiers au vu de l'état de notre production vivrière, l'état ne peut il pas organiser concrètement le circuit depuis la production jusqu'à la comercialisation interne et pourquoi pas externe par l'intermediaire d'un fond national (location de terre cultivable, sociétés de transport des produits vivriers,société de conditionnement et de sacherie, magasins de stockage, sociétés de commercialisations du vivrier autant en cote d'ivoire qu'en afrique de l'ouest, société de gardiennage pour protéger les magasins etc...) de ces produits ouvrant ainsi plusieurs milliers d'emploi aux jeunes?

Actuellement, et cela gbagbo semble l'avoir compris, les jeunes iront vers celui qui leur proposera un emploi ou des conditions de création de l'emploi, surtout pas vers des quidams à l'insulte facile ni même vers les discours anti français ou profrançais, LES JEUNES VEULENT PALPER LES JETONS POUR CONSTRUIRE LEUR AVENIR C'EST TOUT

tu vois kratos tu peux être partisan d'un homme politique et ne pas avoir d'urticaire quand on le critique et , je t'assure, tu peux le critiquer, il va pas en mourir!

Écrit par : marianne | 16/08/2009

Je te félcite pour ton analyse sur le discours anniversaire de notre independance du président GBAGBO.Toutefois, moi aussi je fais 4 remarques:
-au niveau de la date des présidentielles:aucune lisibilité.Chacun se defend:CEI et ses structures,le camp présidentiel.A qui la responsabilité?
-Sur le plan éducatif:aucun cas des resultats negatifs des examens.Développement d'achat de diplôme des parents d'élèves à leurs progénitures et concours...Acune sanction.Et nous voulons un developpement.Déçu du gouvernement
-campagne à grande échelle pour la prise en charge de la jaunesse:oui mais quelle applicabilité? Aucun resultat sur le terrain.Ce sont les mêmes.Un groupuscule s'accapare des fonds au su de tous mais rien...
-le président veut il des élections quand il dit qu'il a mis en place un comité de reflexion du cinquantenaire de notre independance 2010.Pourquoi ne pas attendre après les élections de novembre 2009?
Amicalement...

Écrit par : Philippe Konan | 17/08/2009

Oui merci de partager votre analyse du discours, c'est courageux!!
Et comme dis @Marianne tu va te faire manger tout cru par Krathos, parce que ton analyse est équilibré.

on voit dans le discours l'équilibre dont vous parlez. Il ne faut pas oublié que le président a été élu candidat a la présidentiel par son parti, le parti dont il est issue, même si cela n'est plus forcement vrai.

En tant que candidat, il ne va pas tout dire et tout le monde connaît le pâtissier. Parler de l'éducation, parler des orientation industrielles aussi bien de la transformation des produit locaux que la mécanisation de notre système agricole, etc. ce sont des sujet d'un programme politique...il ne va pas les aborder lors d'un discours pour la fête nationale.

Et comme il dit qu'il n'est pas encore en campagne il ne va pas aller trop loin ou même en parler. je ne pense que le discours aurait été le même s'il avait gagné les élections et qu'il avait enfin la légitimité qu'il recherche.

Ce que j'apprécie dans votre analyse c'est que vous mettez l'acte a votre analyse. Vous aller agir. Et surtout vous allez vous adressez au responsable local, lui au moins vous l'avez sous la main, pas le président trop entouré de caméléons.

Comme on sait tous qu'il cherche a se faire relire il ne pas dévoiler ses armes. Qu'on croit ou non a sa capacité a structurer la cote d'ivoire de demain c'est un politicien et dans CA il est très fort.

Écrit par : metu | 17/08/2009

Je ne sais pas encore ce que des gens entendent par "ÉQUILIBRÉ" ??? 4 ans déjà sans élections, et ce que "l'HOMME A LA BARRE" (sic) trouve à faire le jour de la célébration de la DÉPENDANCE, s'est de pondre une énième logorrhée de visions aussi fallacieuses qu'innopportunes.

Vraiment, laissez Krathos en paix (lol) ...
Je n'ai aujourd'hui pas envie de commenter l'analyse de M Sylvain N'Guessan et les arguties (politiques- économiques- idéologiques.

Écrit par : Krathos | 18/08/2009

... et les arguties (politiques-économiques- idéologiques) de Gbagbo.

Écrit par : Krathos | 18/08/2009

Les commentaires sont fermés.