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13/07/2009

Quelles solutions à la crise malgache, par Michel Galy

Michel Galy, politologue au Centre d'étude sur les conflits à Paris, offre au village cette analyse de fond qui revient sur les formes structurelles de la violence à Madagascar.


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Quelle crise malgache ? Celle qui vient d’avoir lieu s’achemine lentement vers une reconnaissance internationale de la nouvelle équipe et un processus de légitimation électoral. Mais n’est-elle pas, au fond, qu’un épisode d’une interminable et continue crise politico-militaire, depuis 1960 et l'Indépendance formelle ? Quelle est la signification profonde de ces violences à répétition, dont les observateurs ont bien marqué que le rythme s'accélère, tandis que la paupérisation progresse?

L'ancien premier ministre, Norbert Ratsirahona, interrogé récemment sur la crise politique actuelle, osa parler de « jurisprudence malgache », à propos de la récente et chaotique succession de pouvoir! Ce qui pour être juste depuis l’Indépendance, fit désordre pour un spécialiste du droit constitutionnel...Caractériser le régime de la HAT (Haute Autorité de Transition) et le pouvoir de son président, Andry Rajoelina, n'est certes pas facile, et ne représente pas qu'un exercice nominaliste ou qu’un cas d'école politologique: le terme employé conditionne en effet sa reconnaissance par les institutions internationales, et donc son avenir politique.

Peut-on comparer la crise malgache à d’autres sorties de crise africaines ? Il y a bien une spécificité malgache, qui ne va pas sans xénophobie tout azimuts (contre l’ancien colonisateur, contre l’Afrique en général et ses médiateurs en particulier…).Et pourtant Sadec et Union africaine se disent concernés par les violences de Madagascar, condamnent fermement le « coup d’Etat » (en principe « interdit » par l’U.A.), avant ici comme ailleurs de transiger !
D’ailleurs, que d’applications nuancées de ce nouveau « principe africain » : à la Mauritanie, où la déposition de l'ancien président est universellement contestée, à la fois par la classe politique locale et les instances internationales, s'oppose la « divine surprise » du coup d'Etat guinéen, quand le jeune capitaine Camara, avec la bénédiction de tous (y compris de l'opposition civile) s'essaie à mettre fin à plus d'un demi siècle de dictature.
Comme à Conakry, l'armée malgache et singulièrement la base du CAPSAT aux portes de la capitale, est bien intervenue pour remettre le pouvoir au jeune maire de Tananarive, le 7 février 2009 ; ce faisant, elle n’a pourtant que cristallisé un long mouvement sociopolitique excédé des abus de pouvoir et du travestissement de la démocratie élective par le régime Ravalomanana.
Notons au passage l'incroyable solution trouvée par la « communauté internationale », à travers ses représentants locaux- en totale contradiction avec les « principes » déjà évoqués: lier le départ de Marc Ravalomana à la venue d'un « directoire militaire », éphémère « solution » d’un jour, que personne ne regrettera...
Et certes l'ancien premier ministre Ratsirahona a raison de noter l'instabilité profonde des régimes malgaches préférant les coups de force à la légitimation élective:entre autres 1972, 1975,1991, 2002...et 2009 ! Mais le pervertissement du pouvoir personnel et un patrimonialisme exacerbé dans la corruption quotidienne, l'absence ou le dépérissement des institutions démocratiques n'expliquent pas tout.

Le psychanalyste Octave Mannoni s'essayait en pleine période coloniale à discerner un « complexe de Caliban », devant l'image tutélaire du colonisateur; vertement critiqué par Franz Fanon, cette version malgache du « Maître et de l'esclave » hégélien recouvre-t-elle au contraire des réalités autochtones? Si la série des coups d’Etat et le fréquent interventionnisme de Paris traduisent en effet un assujettissement relatif et un plaquage institutionnel toujours en porte à faux, des structures sociales malgaches provoquent une instabilité de longue durée.
On assiste en effet à une série de non-dits politico sociaux refoulés - ou forclus, par le système électif. Le premier, vigoureusement démenti envers l’étranger par le discours nationaliste malgache, qui se veut égalisateur et unanimiste, est la domination persistante des anciennes élites mérinas des Hauts Plateaux: le fait que la division ait été sciemment entretenue et instrumentalisée par l'ancien colonisateur n' empêche pas sa pertinence; on n'en voudra pour preuve que la répartition implicite des postes, depuis 1960 (rappelant le « modèle libanais ») entre un président côtier et un premier ministre merina . Equilibre inversé sous Ravalomanana et Rajoelina (ces derniers étant originaires de l’Imerina), avec notamment pour ce dernier la nomination du premier ministre Monja Roindefo (issu du sud antandroy), aux affaires pour la HAT. Et le rôle primordial de l'action politique dans la capitale, le réinvestissement des symboles et des lieux confirme bien qu'on ait pu parler depuis une décennie de « réaction merina », si ce n'est de « restauration de caste »...
Or le profond clivage social –notamment dans la capitale, entre les deux castes supérieures (« aristocrates » et « hommes libres »), et les « descendants d' andevo » (anciens esclaves), très souvent encore exclus des terres , du travail et des biens de consommation, persiste en sourdine, et semble instrumentalisé par les prétendants. Qui n'a vu des foules de « mainty » descendants d'esclaves noirs issus des quartiers misérables de la capitale, aux meetings d' Andry Rajoelina? Inversement le teint clair des « fotsy » à Antananarive ou Paris soutenant majoritairement Marc Ravalomanana montre bien un très dangereux antagonisme, pour le moment dénié mais connu de tous, où un lumpen-proletariat urbain peut favoriser, car n'ayant rien à perdre, toutes les aventures...
Les jeunes militaires du CAPSAT, qui se sont soulevés pour Andry Rajoelina, rentreront- ils de sitôt dans leurs casernes? Eux aussi avaient tout à gagner à inverser les hiérarchies d'une armée « à la mexicaine » encombrée d'officiers supérieurs prébendiers.
Ce problème de fond concernant des élites déconsidérées touche surtout la classe politique, tout autant les anciens leaders ayant pillé l'Etat – (mais à qui on reproche plus encore une disqualifiante « dette de sang ») qu'en mineur les frasques des députés et ministres aux goûts dispendieux pour des avantages matériels sans cesse croissants! L' « Amiral rouge » Didier Ratsiraka ne peut faire oublier le massacre d'une foule pacifique, au palais d'Iavoloha, a en août 1991; non plus que Marc Ravalomanana effacer les tirs sans sommation sur des civils désarmés, lors de la manifestation du 7 février 2009, en plein Tananarive. En ce sens les médiations contradictoires de l'introuvable « communauté internationale », oubliant ou méconnaissant ces fondamentaux- en particulier le traumatisme d'une certaine violence politique, ne peuvent être qu'inefficaces.
Dans le cas de Madagascar, ne discerne-t-on pas en effet en abîme, un « modèle » sociétal de gestion de la violence qui oscille entre le pôle idéologique du « fihavanana » (vivre ensemble pacifique) et de l'évitement de la violence par des rituels minutieux (comme les kabary -sorte de meetings dialogués ; mais compromis et prébendes y font bon ménage…) et des explosions aussi violentes qu'incontrôlées?
Ainsi des fameuses « O.P .K. »ou « opérations (anti-) karanes » (sic) dans lesquelles les plus démunis se vengent par le pillage d'un groupe commerçant d’origine indienne. Ou des « rotaka », émeutes violentes et violemment réprimées? Dans ce sens, les crises politiques à répartition ne seraient, comme ailleurs, que la partie émergée d'un « continuum de la violence ».

A charge donc aujourd’hui pour la nouvelle équipe politique de retisser du lien social, et de rétablir des relations internationales plus équilibrées. Sur ce dernier point, le nouveau régime malgache avance prudemment entre la reconnaissance implicite d'un « état de fait » (notamment par la diplomatie française) et la condamnation toute théorique par des instances onusiennes ou africaines bien obligées de légitimer à terme les changements politiques ...ainsi celui de Marc Ravalomanana en 2002 !

Stabiliser ces régimes fragiles - et mettre fin aux crises politiques à répétition, voudrait sans doute dire pour les bailleurs de fonds se préoccuper un peu plus, en amont, de la corruption ordinaire et de la violence des régimes autoritaires plutôt que de se crisper, dans une judiciarisation excessive des changements politiques, sur les formes chaotiques des inévitables successions. Mais surtout de favoriser, dans le cas malgache, la prise en compte des clivages profonds de « groupes castés » encore antagonistes, enfin de favoriser l’émergence des classes moyennes et la stabilisation institutionnelle de corps intermédiaires en pleine déliquescence.

Commentaires

Monsieur,

Permettez-moi de vous faire cette remarque un peu "directe" mais vous n'avez vraiment rien compris...
Vous vous êtes surement basés sur des coupures de presse dans votre analyse.

Écrit par : Rajoelina Jean Luc | 15/07/2009

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