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27/04/2009

Fonction publique et secteur privé*

Pendant quelques mois encore, les Africains – dont l’auteur de ces lignes – vivront « l’effet Obama » et s’inspireront du parcours du « premier couple » américain, modèle « aspirationnel » s’il en est. Si l’itinéraire professionnel du président des Etats-Unis interpelle – il a exercé dans les quartiers pauvres de Chicago comme travailleur social avant de retourner à l’université et d’entrer dans un des cabinets d’avocat les plus prestigieux du pays –, celui de son épouse Michelle est tout aussi parlant. Aujourd’hui en « mise en disponibilité » pour des raisons évidentes, la Première Dame américaine a quitté le secteur privé – sa belle carrière d’avocate – pour travailler dans la fonction publique décentralisée, à la mairie de Chicago.
Dans la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui, existe-t-il de vraies passerelles entre service public et entreprises privées ? Pas vraiment. Dans le monde du travail, les parkings sont partagés. Il y a d’un côté ceux qui, parce qu’ils sont entrés dans une école – police, gendarmerie, ENA, etc… –, parce qu’ils ont eu un concours administratif ou sont passés par une voie de recrutement spéciale, savent qu’ils jouissent de la sécurité de l’emploi et des revenus dans un système peu contraignant en termes de rendements individuels. De l’autre côté, il y a ceux qui savent que rien n’est acquis, soit parce que leur entreprise peut subir des revers ou estimer qu’ils ne sont pas à la hauteur, soit parce qu’ils sont eux-mêmes entrepreneurs et qu’ils connaissent la précarité de ce statut dans un contexte où la conjoncture peut changer à tout moment. Deux mondes, celui de la production et celui de l’administration, cohabitent sans s’interpénétrer.
Cette réalité des univers professionnels parallèles explique en partie l’incompréhension sans cesse croissante entre les hauts fonctionnaires, notamment des Impôts et des Douanes, et les entrepreneurs. Les premiers voient les seconds comme des distributeurs automatiques de billets. Tandis que les seconds considèrent les premiers comme des privilégiés insatiables, incapables de comprendre la réalité du monde de l’entreprise, capables de pousser à la faillite des unités de production bâties durant des années voire des décennies juste pour se prouver à eux-mêmes qu’ils ont le pouvoir suprême. Celui de détruire.
Pour un développement harmonieux, l’Etat central devrait empêcher, par divers moyens – notamment le recours à des appels d’offres ouverts à tous lors de la sélection de certains responsables de la haute administration et des entreprises publiques – le développement d’un tel clivage. Si la fonction publique devient une sorte de tyran se faisant fort d'effrayer, par une sorte de déformation professionnelle, les créateurs de richesses, le déclin n’est pas loin !
La question du « niveau global » des cadres exerçant dans le public et le privé est également une source de préoccupation légitime. Autant les grandes écoles par lesquelles passent les futurs décideurs du privé et le système de recrutement dans le privé, notamment dans les grandes entreprises, obéissent à des règles rationnelles où le mérite tient une place prépondérante, autant les filières administratives sont intégrées en fonction de critères de plus en plus fantaisistes. Le danger est que l’on se retrouve dans un contexte où « le dernier de le classe » finit par devenir le « contrôleur des impôts » de l’entreprise dirigée par « le premier de la classe ». Foncièrement incapable de comprendre un environnement des affaires de plus en plus complexe, le « dernier de la classe » pourrait être tenté de prendre une revanche historique sur le petit prétentieux qui l’a longtemps complexé.
La fonction publique doit cesser d’être un monde protégé de la réalité, rempli de personnes plus soucieuses de leurs avantages corporatistes que de la santé d’un Etat dont elles surestiment les capacités de résistance et qu’elles pourraient un jour tuer, par excès d’insouciance.

*Editorial Objectifs Hebdo numéro 10. Objectifs Hebdo est l'hebdo ivoirien du monde de l'entreprise.

Objectifs Hebdo numéro 10 !

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1. "Ceci est un porte-monnaie !"
2. L’Edito : Fonction publique et secteur privé
3. Actualités
4. Le SIAG associe imprimerie et développement durable
5. et 6. La vie des entreprises :
- Hudson & Cie vend la BRVM à l’étranger
- SAPH : un budget de crise pour 2009
- SHELL CI : un résultat net en forte contraction
- Genestar : des cartes à code barres faites maison
- Rifat, la restauration comme spécialité familiale

7, 8, 9,10. Pleins feux :
o Le téléphone mobile, nouveau terminal bancaire
o Une opportunité fantastique pour l’Afrique
o Celpaid en cavalier solitaire
o Scash à la recherche de partenaires stratégiques
o Les ambitions d’eTranzact, solution non exclusive
o Le m-paiment pour le développement des ventes sur internet

11. Management : l’information, clé de la réussite, des cadres et gestionnaires
12. Culture éco :
 La désignation des organes sociaux d’une entreprise
 Le livre de la semaine : Economie politique e la corruption et de la gouvernance
13-15. Comment demander une augmentation de salaire (1)
Offres d’emploi
16. Hors champ : Basile SIAGOUE, le marché de Dabou…à Paris !

24/04/2009

Merci Franck !

Je suis très heureux de ce petit coup de pub de Franck Agani, un entrepreneur passionné et inspiré, qui est l'un des "early adopters" de Objectifs Hebdo.

23/04/2009

Spot télé sur la grippe aviaire...

... réalisé par Armand Brice Tchikamen.



Qu'en pensez-vous ?

22/04/2009

Les impasses du marketing "censitaire"

Ci-dessous, l'éditorial du numéro 9 d'Objectifs Hebdo, l'hebdo ivoirien du monde de l'entreprise.

Lire la suite

21/04/2009

Objectifs Hebdo numéro 9

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2 L’Edito : les impasses du marketing « censitaire »
3. Actualités
4. Management : comment gérer efficacement un processus de transition
5. et 6. La vie des entreprises :
- la BNI lance sa «carte salaire »
- Solibra : les ventes de bières en baisse
- Léon Assémien, l’homme de Menarini Group à Abidjan

7, 8, 9,10. Plein feux :
o Les nouvelles stars de l’agro-industrie
o La filière anacarde, un potentiel immense encore inexploité
o Le jatropha, une mine d’or à exploiter prudemment
o Hévéa : l’engouement malgré la crise mondiale
o SAPH : rester prudents, malgré les bons résultats

11. Expertises : pourquoi faire appel à un architecte
12. Culture éco :
 Sociétés cotées à la BRVM : publiez vos résultats trimestriels
 Le livre de la semaine : « le FCFA et l’Euro contre l’Afrique »
13-15. Comment réussir à son premier poste(2)
Offres d’emploi

18/04/2009

Où l'on reparle du PPTE

La fabrication d'amnésie est un sport difficile. Là où notre ami Venance Konan accusait récemment le grand méchant Gbagbo d'être celui qui a fait de la Côte d'Ivoire un pays pauvre très endetté, les économistes du parti dont il est proche (le PDCI) publient des déclarations justifiant le fort endettement de la Côte d'Ivoire au nom du développement, et affirment que ce sont eux les pères de l'initiative PPTE tant raillée par un certain nombre de chroniqueurs de leur bord.

"La Côte d'Ivoire, bien que classée pays à revenu intermédiaire a pu se rendre éligible en 1998, en faisant admettre et prévaloir le ratio service de la dette sur recettes budgétaires (50%) au lieu du ratio habituel service de la dette sur recettes d'exportations(25%), C'est le coup d'Etat de 1999, qui a empêché la réduction effective de la dette, prévue en mars 2001. Par conséquent l'Initiative PPTE ne date pas d'aujourd'hui!"


Nous avons donc perdu du temps dans un faux débat, complètement superficiel, sur la politique économique du pays des Eléphants. Par ailleurs, il me semble vain de parler de la Côte d'Ivoire comme d'un pays isolé évoluant en dehors d'un certain contexte. Quasiment tous les pays africains sont passés par les Programmes d'Ajustement Structurel (mises sous tutelle de pays qui n'arrivent pas à payer leurs dettes), et par l'initiative PPTE. Pourquoi cette forme de fatalité ?

Mon point de vue est que c'est tout simplement parce que l'Afrique subsaharienne a échoué dans la construction d'Etats modernes. Les Etats modernes ne contractent pas des dettes tous azimuts, pour des projets inutiles, à des taux usuraires. C'est bien ce qui s'est passé pourtant en Côte d'Ivoire et ailleurs. Les Etats modernes ne font pas tout et n'importe quoi et laissent le secteur privé créer de la valeur ajoutée au lieu de monter des usines clé en main sans la moindre étude pour "aider" des amis à Paris ou d'acheter des usines abandonnées aux Etats-Unis. Des Etats modernent savent collecter l'impôt, organiser le secteur financier. Nous avons trop laissé nos pays dans les mains des multinationales et maintenu toute la production nationale de richesses dans les marges de l'informel. Nous avons persécuté les créateurs de PME, encouragé les secteurs économiques non "normés", le pillage postcolonial et le parasitisme de l'administration.

Si nous maintenons cette "économie politique du masochisme", l'initiative PPTE ne servira à rien. Au Cameroun, par exemple, malgré les "milliards" du PPTE, le taux de croissance ne cesse de baisser, et les prévisions pour cette année sont d'environ 2%.

Peut-être tout cela arrive parce qu'on n'a pas tiré les leçons du passé, et que le niveau des querelles politiques locales empêche le grand nombre - et l'élite ! - de prendre conscience de la nature du problème, qui dépasse bien les considérations "messianiques" et les diverses manoeuvres de propagande de la gauche ou de la droite.




20:57 Publié dans Analyse | Lien permanent | Commentaires (27)

16/04/2009

Objectifs Hebdo 8 !

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Page 2 : Edito

Page 3 : Actu

- Demba Traoré, nouveau DG de VITIB SA
- Quel avenir pour l'ONATEL à la BRVM ?
- Brèves

Pages 4 et 5 : Evénement

- Le Salon de la monétique comme si vous y étiez

Page 6 : La vie des entreprises

- Bloomfield ou comment dompter le risque-crédit
- Smart Care, l'entretien de véhicule assisté par ordinateur

Pages 7 à 10 : Pleins feux

- Production audiovisuelle : Comment gagner de l'argent

Page 11 : Management

- Pour booster vos affaires, créez-vous un réseau

Page 12 : Culture éco

- Comment la CEDEAO gère ses noms de domaine
- Le livre de la semaine : La comédie du développement

Page 13 à 15 : Emploi

Page 16 : Hors champ

- Roselyne Metthy, le social envers et contre la guerre

Respecter les idées et la valeur des autres*

C’est le type d’histoires que l’on a tellement entendu qu’elle ne surprend plus. Un patron de start-up ou un chercheur, qui a développé une nouvelle idée ou un concept révolutionnaire, prend rendez-vous avec le directeur d’un département d’une multinationale ou avec un banquier. Il désire obtenir un partenariat « win-win » ou un financement. Se rendant compte du potentiel de la vision de son interlocuteur, et après avoir pris la peine de collecter le maximum d’informations sur le projet, le directeur de département ou le banquier l’éconduit avec mépris… et se précipite pour appeler deux ou trois amis, afin de récupérer à son propre compte, à l’aide d’une société-écran, l’idée dont il a ridiculisé le concepteur.
Si à chaque fois que ce type de scénario se produisait sous nos cieux, les victimes allaient faire valoir leur bon droit en justice, les tribunaux crouleraient sous les dossiers. Pourquoi notre culture des affaires contemporaine considère-t-elle donc l’idée comme une sorte de chose vide de valeur, qu’il est de bonne guerre de « piquer » sans états d’âme ? Au-delà de la dimension morale, ce genre de plagiat, qui se confond souvent avec du délit d’initié et de l’abus de position dominante, a des conséquences économiques claires, en ce qu’il entrave les voies de l’innovation et retardent l’évolution et la maturation de nos marchés.

Les « voleurs d’idées » sont très rarement géniaux. Ils ne sont guère habités par le projet qu’ils portent, mais recherchent en général de l’argent facile étant donné qu’ils se débrouillent souvent pour être à la fois les clients et les vendeurs. L’aventure de l’entreprise ne les fait pas forcément vibrer. Ils n’ont pas toujours de la suite dans les idées et ne sauront pas faire évoluer des concepts dont ils ne sont pas accoucheurs.
C’est parce qu’ils le savent que les Occidentaux ont créé, en plus des banques, des entreprises spécialisées dans l’accompagnement des porteurs de projets novateurs. Les fonds de capital-risque (« venture capital »), par exemple, appuient les entreprises en phase d’amorçage ou qui ont besoin de fonds pour financer leur développement. De nombreuses innovations, dans le monde riche, voient le jour grâce aux « business angels ». Le « business angel » est une personne physique dont la particularité est, selon l’encyclopédie libre Wikipédia, d’investir une part de son patrimoine « dans une entreprise innovante à potentiel et qui, en plus de son argent, met gratuitement à disposition de l’entrepreneur, ses compétences, son expérience, ses réseaux relationnels et une partie de son temps ».

Une société où les détenteurs de positions sociales oppriment les détenteurs d’idées, qui privilégie donc le fait accompli et la rente au détriment de la découverte et du risque est une société sclérosée. On ne peut pas développer un pays sans croire de manière passionnelle à l’Homme et à son potentiel.

Plus profondément, nous devons en finir avec un schéma social fondé sur les obstacles et les embûches et choisir un modèle de société ouverte. Pourquoi avons-nous tant de mal, en entreprise, à laisser circuler l’information, à donner leur chance aux plus jeunes, à ouvrir le système ? Il ne faudrait pas que les cadres du secteur privé qui se trouvent à des postes de responsabilité, singent les attitudes négatives d’un leadership politique qu’ils sont pourtant prompts à critiquer vertement.

* Cet article est l'éditorial du numéro 8 d'Objectifs Hebdo.

15/04/2009

Objectifs Hebdo : voici le spot TV