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16/04/2009

Respecter les idées et la valeur des autres*

C’est le type d’histoires que l’on a tellement entendu qu’elle ne surprend plus. Un patron de start-up ou un chercheur, qui a développé une nouvelle idée ou un concept révolutionnaire, prend rendez-vous avec le directeur d’un département d’une multinationale ou avec un banquier. Il désire obtenir un partenariat « win-win » ou un financement. Se rendant compte du potentiel de la vision de son interlocuteur, et après avoir pris la peine de collecter le maximum d’informations sur le projet, le directeur de département ou le banquier l’éconduit avec mépris… et se précipite pour appeler deux ou trois amis, afin de récupérer à son propre compte, à l’aide d’une société-écran, l’idée dont il a ridiculisé le concepteur.
Si à chaque fois que ce type de scénario se produisait sous nos cieux, les victimes allaient faire valoir leur bon droit en justice, les tribunaux crouleraient sous les dossiers. Pourquoi notre culture des affaires contemporaine considère-t-elle donc l’idée comme une sorte de chose vide de valeur, qu’il est de bonne guerre de « piquer » sans états d’âme ? Au-delà de la dimension morale, ce genre de plagiat, qui se confond souvent avec du délit d’initié et de l’abus de position dominante, a des conséquences économiques claires, en ce qu’il entrave les voies de l’innovation et retardent l’évolution et la maturation de nos marchés.

Les « voleurs d’idées » sont très rarement géniaux. Ils ne sont guère habités par le projet qu’ils portent, mais recherchent en général de l’argent facile étant donné qu’ils se débrouillent souvent pour être à la fois les clients et les vendeurs. L’aventure de l’entreprise ne les fait pas forcément vibrer. Ils n’ont pas toujours de la suite dans les idées et ne sauront pas faire évoluer des concepts dont ils ne sont pas accoucheurs.
C’est parce qu’ils le savent que les Occidentaux ont créé, en plus des banques, des entreprises spécialisées dans l’accompagnement des porteurs de projets novateurs. Les fonds de capital-risque (« venture capital »), par exemple, appuient les entreprises en phase d’amorçage ou qui ont besoin de fonds pour financer leur développement. De nombreuses innovations, dans le monde riche, voient le jour grâce aux « business angels ». Le « business angel » est une personne physique dont la particularité est, selon l’encyclopédie libre Wikipédia, d’investir une part de son patrimoine « dans une entreprise innovante à potentiel et qui, en plus de son argent, met gratuitement à disposition de l’entrepreneur, ses compétences, son expérience, ses réseaux relationnels et une partie de son temps ».

Une société où les détenteurs de positions sociales oppriment les détenteurs d’idées, qui privilégie donc le fait accompli et la rente au détriment de la découverte et du risque est une société sclérosée. On ne peut pas développer un pays sans croire de manière passionnelle à l’Homme et à son potentiel.

Plus profondément, nous devons en finir avec un schéma social fondé sur les obstacles et les embûches et choisir un modèle de société ouverte. Pourquoi avons-nous tant de mal, en entreprise, à laisser circuler l’information, à donner leur chance aux plus jeunes, à ouvrir le système ? Il ne faudrait pas que les cadres du secteur privé qui se trouvent à des postes de responsabilité, singent les attitudes négatives d’un leadership politique qu’ils sont pourtant prompts à critiquer vertement.

* Cet article est l'éditorial du numéro 8 d'Objectifs Hebdo.

Commentaires

Il me semble exagérer de dire que le développement d'un pays est étroitement lié au fait de " croire de manière passionnelle à l'homme et à son potentiel ". Nous n'allons pas demander à celui à qui nous exposons notrre projet de nous sauter au cou pour nous embrasser.
Cependant, je suis d'accord avec toi pour reconnaître que le vol des idées est une plaie dans les pays sous-développés. Il manque, dans nos pays, cette foi désintéressée qui pousse à donner à l'autre les moyens de son épanouissement par des projets dont on perçoit les intérêts que le public pourrait en tirer. Ils me semble que ces pilleurs voient plus l'intérêt du solliciteur que celui du public. Et dans ce cas, ils se disent, pourquoi pas moi ?
" Pourquoi avons-nous tant de mal à ouvrir le système " ? te deamandes-tu. On m'en voudra encore de tout remettre sur le dos de la France, mais je crois que nous avons hérité d'une culture française où cette foi dont je parlais plus haut est très aléatoire. Il suffit d'évoquer la fuite des chercheurs français aux E.U et au Canada ou les lenteurs administratives dissuasives pour tous les porteurs de projets. D'autre part, cette attitude peut s'expliquer par le fait que les ministres et les administrateurs ne sont pas tenus de développer le secteur qu'ils dirigent. Visiblement, chacun se contente de rendre en l'état le secteur qui lui a été confié. On attend que les innoations et les progrès viennent de l'état et non point de l'entreprise individuelle.
Le mécénat n'est pas une notion connue en Afrique. Nous ignorons que nous pouvons tirer gloire d'avoir eu foi en l'autre. Même en France, les mécènes n'existent plus ou presque plus.

Écrit par : St-Ralph | 16/04/2009

Théo,

Le sujet que tu soulèves est très grave, aussi bien pour toi, pour moi, que pour tous les créateurs (ingénieurs, concepteurs, développeurs, chercheurs...), mais traité avec une légèreté déconcertante par nombre de nos décideurs. Si on commençait, dans nos pays, dans nos sous-régions, par créer de vraies autorités (agences, conseil, institut..., appelons ça comme on veut), où chacun irait déposer son brevet, son projet, son idée, son concept, avant d'aller voir le banquier ou le financier. Tu me diras que dans certains pays, ça existe déjà, mais il faut alors que les choses soient accompagnées de vraies cadres juridiques donnant non seulement la possibilité aux créateurs de voir leurs oeuvres protéger, mais aussi de sanctionner les voleurs, même en col blanc ou en grand boubou. Au Congo-M'foa, il existe un BCDA (Bureau congolais du droit d'auteur): combien d'artistes ont réellement eu leur argent quand leurs oeuvres sont jouées partout sans qu'on leur versât le moindre kopeck?

Obambé GAKOSSO, http:/obambegakosso.unblog.fr

Écrit par : Obambé GAKOSSO | 16/04/2009

@OG
http://www.oapi.wipo.net/fr/OAPI/index.htm

Écrit par : Etum | 16/04/2009

Le problème avec un concept ou une idée, c'est que le voleur peut tout à fait dire qu'il avait l'intention de le ou la développer avant de vous voir. Deux personnes peuvent avoir la même idée, la mauvaise foi fonctionne malheureusement.

Écrit par : Théo | 16/04/2009

Chers tous.
La question semble un peu plus complexe que l'angle sous lequel elle est traitee. Juridiquement la question de la protection des idees a toujours fait l'objet de controverses. En effet, certains auteurs se sont prononces contre l'idee d'une protection de l'Idee.A ce propos je cite le professeur Henri Desbois pour qui: "Les idées, comme telles, échappent à toute appropriation, car, par nature, elles sont destinées à la libre circulation…Sinon, le développement de la culture se heurterait à des obstacles, qui entraveraient ou arrêteraient le progrès des communautés humaines dans l’ordre intellectuel." A ce sujet je vous renvois a l'introduction du memoire d'une consoeur que vous trouverez sur le lien suivant :http://www.avocats-publishing.com/La-protection-de-l-idee-a-valeur,150. Ainsi, loin d'etre un probleme africain, il s'agit a la realite d'un probleme universel pour lequel les reponses peuvent varier en fonction du contexte economique. Apres il faut egalement voir a quel stade se situe l'Idee et de quelle type de protection elle peut beneficier. Mais en tout etat de cause, il s'agit d'une reelle preoccupation pour laquelle, et la je preche pour ma paroisse il faudrait s'attacher les services d'un avocat. De facon generale, je crois que c'est le travail intellectuel qui est mal recompense dans son ensemble en Afrique que l'on soit au stade de l'Idee ou du travail fini.

Écrit par : advocatus | 17/04/2009

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