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11/04/2009

La culture de l'amnésie est une maladie mortelle

Je n'ai plus trop envie de parler de politique, surtout de la politique ivoirienne, tant elle charrie des passions partisanes qui font qu'on se fâche souvent avec des gens que l'on apprécie pour, au fond, pas grand chose. Cela dit, je continue à m'y intéresser. Je m'intéresse surtout à la manière dont elle est narrée, et de la manière dont elle est rapportée à l'Histoire du pays. Et des fois, les bras m'en tombent. Notre analyse politique est à ce point partisane, manque à ce point de profondeur historique, qu'elle devient de la pure propagande qui ne nous apprend rien et qui ne nous aide en rien à créer des repères durables.
Petite parenthèse. Ce matin, je me suis un peu énervé quand j'ai lu sur Facebook, en commentaire à mon post sur le scandaleux "blanchiment" des légions qui sont entrées victorieuses dans Paris après la deuxième guerre mondiale, ce petit texte d'un ami :

"Pourquoi ressassez toujours le passé, à croire que nous les africains nous ne vivons que sur le passé, notre avenir est-il derrière nous?? Bâtissons la nouvelle Afrique avec notre présent!"


Voyageons. Visitons leurs musées. Regardons leurs émissions et leurs chaînes de télé. Fouillons les bibliothèques. Ouvrons notre Bible. Et nous nous rendrons compte que les autres peuples se souviennent efficacement de leur passé, pendant que nous l'oublions ou le travestissons pour des raisons bassement immédiates.

Ainsi, lisant un article de l'ami Venance Konan dans Le Nouveau Réveil, je tombe sur un énorme mensonge à usage politicien :

"Houphouët-Boigny avait rêvé de faire de la Côte d'Ivoire un pays développé. Honte sur lui. Notre président actuel et bien-aimé en a fait un pays très pauvre et très endetté. Qu'il soit loué. Et que le général Mangou veille encore longtemps sur lui."


Une bonne partie des internautes ne sait pas que le gros de l'endettement ivoirien s'est fait sous Houphouët, et que la Côte d'Ivoire est aujourd'hui moins endettée qu'en 2000. Venance Konan, qui est cultivé, le sait. Mais il fait oeuvre idéologique en désinformant ses lecteurs. Je n'ai plus envie de parler de la politique ivoirienne parce que quand je relève un tel mensonge, je sais très bien que des amis et lecteurs me tomberont dessus en disant que je suis "pro-Gbagbo". Et ils s'arrêteront là. Or, les choses ne s'arrêtent pas là.

Comment faire évoluer le débat citoyen sur les politiques économiques à suivre lorsque les évidences du passé et du présent sont niées ? Comment tirer les leçons des erreurs du passé lorsqu'on les octroie au présent ? Comment organiser une pensée stratégique à long terme ? J'étais encore au lycée qu'on parlait déjà de l'endettement vertigineux de la Côte d'Ivoire, de ses éléphants blancs et de ses entreprises publiques mal pensées et mal gérées - dont les fameux projets sucriers de Bédié.

L'élite ivoirienne, qu'elle soit FPI, RDR ou PDCI, a plusieurs fois trahi le peuple en lui vendant une vision alors qu'elle ne brûlait que de se remplir les poches. Par le passé, elle a recouru à l'endettement extérieur. Ces dernières années, elle a utilisé la fiscalité et la parafiscalité pour favoriser l'évasion de fonds sous prétexte d'investissements. Sous Houphouët et sous Gbagbo, la Côte d'Ivoire a acheté des usines de chocolat aux Etats-Unis qui n'ont jamais été mises en route. L'élite ment au peuple en permanence. Elle ne se sent pas obligée de faire coïncider ses dires et ses actes parce qu'elle est protégée par une "analyse politique" à courte vue et manipulatoire.

Commentaires

Ce que tu dis est juste, et je te rejoins entièrement, mais j'aime bien qu'on tu ne parles pas de la politique ivoirienne, ça nuit à ton prestige.

Écrit par : baky | 12/04/2009

Théo
un autre problème est l'indigence de la réflexion et le manque de patriotisme et d'esprit nationnaliste chez des gens comme Venance Konan.Ils veulent faire dériver l'admission de la Cote d'ivoire à l'initiativeP PPTE de ce qu'elle est la reconnaissance d'une certaine injustice faite au pays par le système économique mondial.
En réalité la dette des pays africains a été payée et largement payée.L'Afrique "a reçu quelque 540 milliards de dollars en prêts et a remboursé quelque 550 milliards au titre de capital et d'intérêts entre 1970 et 2002. Toutefois, l'encours de la dette est resté de 295 milliards de dollars. Pour sa part, l'Afrique subsaharienne a reçu 294 milliards de dollars de versements, a remboursé 268 milliards de dollars au titre du service de la dette, mais conserve une dette active de quelque 210 milliards de dollars". Ce n'est pas moi qui le dit mais la CNUCED. L'initiative PPTE vise donc à nous rendre une partie de ce dont nous avons été spolié.S'il se trouve des ivoiriens pour ne pas être content de cela...
Ce que l'on ne dit pas assez c'est qu'il s'agit de remises de dette. Ce que vous devez rembourser vous le gardez et l'investissez dans la lutte contre la pauvreté. Donc il faut que l'activité nationale permette de générer des recettes fiscales adéquates.
Le seul regret pour la cote d'ivoire est de bénéficier seulement maintenant de l'initiative.C'est une des conséquences de la guerre.
Depuis quelques années, l'initiative PPTE est pervertie par des pays tel que la France qui font passer des remises de dette pour l'aide au développement.Ce qui fait que les flux en direction de l'Afrique stagnent ou baissent dans certains cas.

Écrit par : Djignab | 12/04/2009

Merci Dignab , ici on aime les chiffres!

Je crois perso qu'il ne fait plus bon de parler de politique sans avoir de réelles de connaissances ou une grande compréhension de l'économie.
Effectivement que la CIV s'est endetté sous Houphouet, et elle a bien eu raison car cela a aidé à son développement.Après, la machine à intérêt tourne et tourne à mesure que nous peinons à rembourser.la faute à la crise( guerre)!
Si tu ne travailles pas ton propriétaire s'en balle que tu n'arrives pas à payer ton loyer; pour l'anecdote.

S'agissant du PPTE: c'est la moins mauvaise des solutions pour sortir nos états de la galère économique.Ceci dit c'est pas plaisant de voir que potentiellement on aurait pu ne pas y recourir avec la richesse dont nous disposons

@ Dignab,

Quand tu dois de l'argent a quelqu'un et qu'il t'exonère d'une partie du remboursement, il te donne de l'argent:c'est un avoir.Alors j'ai pas bien saisi ton dernier paragraphe.

@ Théo,
Ta bien eu raison de t'orienter vers un magazine économique.Une meilleur façon de mieux appréhender les rouages politiques sous ce prisme.Parlons politique-économique ou
économie-politique,et ça vaudra mieux!

Bonne Dimanche de PAQUES !

Écrit par : mohamed billy | 12/04/2009

mohamed billy
Pour le dernier paragraphe je ferai un post sur mon blog pour mieux expliquer.
Ce que j'affirme c'est que l'Afrique a largement payé sa dette. C'est du vol que de vouloir encore lui faire rembourser.

Écrit par : Djignab | 12/04/2009

@ Mohamed Billy,

La Côte d'Ivoire n'a jamais vraiment réussi à payer ses dettes. Ce fait ne date pas de la guerre. L'on se souvient de la phrase d'HB qui disait qu'on ne met pas un pays en prison parce qu'il a des dettes. Il faut justement qu'on interroge les différents moments de l'endettement du pays pour voir à quoi il a servi et ce qu'il a financé. Je retiens que nos Etats ont créé des sociétés industrielles et agro-industrielles à grands frais dans les années 70 - par l'endettement - et les ont vendues à des multinationales ou à des firmes appartenant aux membres du sérail pour pas un rond vingt ans plus tard. Ces sociétés ont-elles été rentables ?
On peut aussi penser que si nous avions fait des routes à péage, au lieu de faire des routes avec plein de racketteurs prélevant le péage pour leur compte et le compte de la bureaucratie nationale par le biais de la corruption, on aurait pu avoir des milliers de kilomètres de goudron en plus.
D'où la nécessité pour moi de voir ouvrir un débat intéressant sur l'efficacité de nos dépenses publiques au fil des années.

Écrit par : Théo | 12/04/2009

je suis heureux de cette discussion sur la dette ivoirienne et je comprends parfaitement la reaction de theo, j'ai eu le meme sentiment en lisant les propos de Tiburce Koffi sur la dette ivoirienne dans le quotidien le repere du vendredi 10 avril 2009. Ce billet de monsieur Koffi disait en substance que l'endettement de la CI avait servi a sa construction et s'attaquait a Gbagbo pour avoir de maniere sybilline voulu s'en prendre a ses predecesseurs sur la question de la dette. J'ai tres peu l'habitude de commenter ce type de contribution, je n'ai cepedant pu m'empecher cette fois ci d'ecrire a l'auteur. En retour, celui-ci m'a fait comprendre les raisons de son "attaque" , ce qui est rassurant c'est qu'il reconnait en "prive" que la question de l'endettement merite reflexion, et ne saurait etre analysee seleument sous le prisme deformant du j'aime Gbagbo donc l'initiative PPTE est bonne, je ne l'aime pas donc PPTE c'est une honte pour la CI. En revanche ce qui est inquietant c'est de savoir combien il y a t-il de personnes qui savent que sa contribution n'etait qu'un pretexte pour vilipender "son amour decu" .Pour ma part j'aime la CI et je crois que c'est une bonne chose que cette initiative PPTE.

Écrit par : advocatus | 13/04/2009

Theo,
Je comprends ta frustration ca doit être difficile et je te soutiens .mais je t’avoue que nous avons besoin de tes analyses. Le problème c’est les autres journalistes sont tellement partisan qu’il n’ya que quelque uns qui font de vrai analyses politique. Te perdre serais difficile pour nos méninge.
C’est vrai que ma vision a quelque chose d’égoïste, puisque je veux enrichir « mon cerveau » au détriment de tes relations amicales. Enfin, tu vas nous manquer parce qu’en ce concerne analyse politique ivoirienne il n’y en a pas beaucoup.
Be bless

Olivier N’Da
http://dolindacafe.blogspot.com/

Écrit par : olivier N'Da | 13/04/2009

Théo,

je rejoins Olivier N'Da. On a trop besoin de ta force d'analyses! C'est pour cela que le Courrier nous manque, précisément parce que l'on a le sentiment que nos journalistes ne nous prennent pas aux sérieux (ou bien qu'eux-mêmes journalistes ont reçu une formation au rabais, ou encore qu'ils ne cherchent pas à aller au-delà de ce lque leur monde immédiat a à offrir.)

En fait ce que je veux dire, c'est que l'on a besoin de voix comme la tienne, dans ce domaine de réflexion.

Maintenant pour ce qui est de la dette: j'ai tendance à considérer que HB avait fait un pari risqué, à une époque où l'économie ivoirienne au moins faisait figure de gage crédible à l'emprunt: croissance économique en hausse permanente sur presque 25 ans, prix des matières premières élevées, etc. Il faut aussi se souvenir que l'endettement pour justifier le développement économique en ces temps de keynésianisme triomphant, n'était pas une spécificité ivoirienne, loin de là...Partout, dans ce qu'on appelait le Tiers-Monde, c'était le cas. Maintenant, comment se fait-il qu'un pays comme le Brésil ait autant réussi dans l'industrie agro-alimentaire, et pas la CI? (Je pose la question, vraiment parce que j'aimerais comprendre, ce n'est pas un effet de rhétorique)

Écrit par : Enrico | 13/04/2009

Je ne retiendrai qu'une chose du billet initial de Théo. Les analyses de beaucoup d'internautes - surtout les plus virulents - " manquent de profondeur historique ". Et c'est cette absence de profondeur historique dans les analyses qui me fait souvent abandonner les débats. Je crois personnellement que plus je m'intéresse à l'histoire, plus je comprends le présent et les luttes géopolitiques.
Celui qui a écrit à Théo en ces termes " Bâtissons la nouvelle Afrique avec notre présent " doit absolument revoir ce que CONSTRUIRE veut dire. Personne n'a jamais construit à partir de rien, mais toujours en se basant sur l'expérience des autres. Tout peuple a besoin d'avoir un passé. Un homme comme un pays ne peut se construire valablement s'il ne connaît pas son passé. Tous ceux qui veulent faire table rase du passé pour - selon eux - mieux construire leur avenir se trompent. Dans toutes les sociétés sur la terre, comme le note Théo, on fait remarquer la nécessité de préserver le passé. Car c'est le passé qui est le reflet de l'âme des humains aussi bien que des peuples. C'est la méconnaissance du passé qui fait tenir des propos blessants comme a pu le faire Nicolas Sarkozy à Dakar. On croit tenir un discours intelligent, mais on ne dit que des bêtises parce qu'on ignore le passé de ceux dont on parle.

Écrit par : St-Ralph | 15/04/2009

Un mot de plus à ma précédente intervention.
S'il est donné à chacun de s'éclipser pour éviter le débat politique, je crois sincèrement qu'il est difficile pour un journaliste de renoncer à la confrontation dans ce domaine. Certes, il peut fuir un débat stérile, mais il lui est difficile de renoncer aux débats politiques. A chacun son métier. Moi qui ne suis point journaliste, je peux me permettre de ne pas apparaître dans les débats politiques sans en subir les conséquences sur ma carrière. Pour un journaliste, c'est une nouvelle orientation qu'il lui faut envisager s'il décide de ne plus parler de politique.

Écrit par : St-Ralph | 16/04/2009

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