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28/11/2008

Le blog de Yoro, meilleur blog francophone

Notre "con-villageois" Yoro est sur la plus haute marche du podium. A l'occasion de la coupe du monde des blogs (The Bobs) organisée par la radio allemande à vocation internationale Deutsche Welle, son blog a été désigné meilleur blog francophone, devant des finalistes très expérimentés.
Nous lui disons donc un gros "félicitations" et remercions également les villageois de la grande communauté Ivoire-Blog, qui s'est mobilisée de manière unique pour "plaider" pour lui. Le portail abidjan.net a également donné un coup de pouce très utile. Mais le principal mérite revient à Yoro lui-même, qui a été constant dans l'effort, créatif et plein de désir de témoigner sur sa Côte d'Ivoire.
L'éléphant blogueur a gagné la médaille d'or !

27/11/2008

Un excellent article sur la crise en RDC

Il est du blogueur Cédric Kalonji et il est diffusé sur Rue89. Au-delà de la super couverture médiatique des faits et méfaits de la rébellion, il s'interroge sur les vrais enjeux et les questions sans réponse, notamment l'étrange récupération, par NKunda, de la guerre économique des Occidentaux contre la toute nouvelle coopération entre Kinshasa et Pékin.
Ce que j'en dis, c'est que les conflits entre ethnies et les orgueils mal placés de dirigeants de pays voisins ne suffisent pas à créer le type de rébellion qui prospère en Côte d'Ivoire ou en RDC. Les rébellions sont des entreprises guerrières multinationales, qui ont toujours une profondeur stratégique ne s'arrêtant pas en Afrique. J'ai trop parlé. Lisons Cédric ici.

21/11/2008

Pourquoi bloguer sur l'Afrique ?

Avec la participation de tous les blogueurs afro-orientés, j'aimerais bien lancer une nouvelle "chaîne de blogs", après la première "Barack Obama à travers le regard d'un Africain". J'aimerais que nous nous exprimions sur le thème suivant : pourquoi bloguer sur l'Afrique ? A bien y réfléchir, cela ne va pas de soi : déjà parce qu'Internet n'est pas une réalité franchement démocratique en Afrique. Bloguons nous pour la diaspora et le vaste monde, coupé de nos contemporains sur le continent ? Blogue-t-on sur l'Afrique comme on blogue sur l'Europe ou l'Asie ? La blogosphère afro-orientée a-t-elle quelque chose de spécifique à offrir au concert de l'universel version 2.0 ?
Le principe de la chaîne est simple. Je tague un certain nombre de personnes, qui en font de même, pendant deux semaines. Je suis sûr que de belles choses se dégageront. Ma réponse à moi :

"Je blogue sur l'Afrique avec joie parce que je crois que c'est de nos voix individuelles et mêlées que naîtra la renaissance africaine qui arrivera aussi sûrement que le rêve de Martin Luther King est devenu réalité quarante années plus tard. Je lis les blogs afro-orientés avec bonheur parce qu'ils me donnent une image moins monolithique et moins catastrophiste du continent et de ses habitants."

Je tague :

L'Afro Sapiens.
- Etum.
- Hilaire Kouakou
- Delugio.
- Saint Raph.
- Le blog politique du Sénégal.
- Mohamed Billy.
- Philippe Couve.

Boursiers ivoiriens en France : "on a faim"



Pour en lire plus, cliquez ici.

20/11/2008

Obama est comme moi...

Il a un compte Flickr. Et c'est sur son Flickr qu'il a diffusé en exclusivité les images de la fameuse nuit où la face du monde a changé avec son élection à la tête de l'Empire.
Médias, où est votre pouvoir si les hommes politiques, les artistes, les chefs d'entreprises peuvent parler au grand public à travers leurs blogs, leur profil Facebook, leur compte Flickr ou leur Twitter ?
Que devient le métier que j'ai appris ?
En 2008, les journalistes sont-ils une espèce en voie de disparition ? Le voile qui séparait les grands de ce monde et la foule est-il déchiré grâce ou à cause du web 2.0 ?

Après la victoire d'Obama, les incidents racistes en hausse aux USA

barack obama.jpg
Les incidents racistes sont en forte hausse aux Etats-Unis depuis l'élection début novembre de Barack Obama à la présidence du pays, s'alarment des observateurs et des universitaires, mettant en garde contre un « retour de bâton » au sein d'une partie de la communauté blanche.
En Pennsylvanie (est), un couple mixte a découvert une croix brûlée sur son perron; en Californie (ouest), des voitures ont été maculées de croix gammées et de slogans racistes comme « retournez en Afrique ».
Des mannequins pendus ont été retrouvés sur une île du Maine (nord-est), tandis que dans l'Idaho (nord-ouest), des élèves ont chanté « tuez Obama », autant d'exemples parmi « des centaines et des centaines » de cas, selon Mark Potok, directeur du « Southern Poverty Law Center » basé dans l'Alabama (sud).
« Depuis les dernières semaines de la campagne, nous avons assisté à un réel et important retour de bâton (chez des) Blanc(s), et je pense que cela empire », déclare-t-il à l'AFP.
Selon lui, des incidents ont commencé à se produire lors de discours de campagne de la candidate républicaine à la vice-présidence, Sarah Palin, quand des « Tuez-le! », en référence à M. Obama, ont commencé à être entendus dans la foule.
« Mais ce que nous voyons en ce moment va des croix brûlées aux menaces de mort, en passant par des mannequins représentant Obama pendu et des incidents raciaux affreux dans des cours d'école de tout le pays », explique M. Potok.
Brian Levin, un professeur à l'université de Californie à San Bernardino (est de Los Angeles), effectue le même constat. Spécialisé dans l'étude du racisme et de l'extrémisme, il estime toutefois que cette hausse s'inscrit dans une tendance à plus long terme.
« Nous ne possédons pas de statistiques exactes, mais je peux dire qu'il semble y avoir un pic important d'incidents racistes depuis l'élection jusqu'à aujourd'hui », dit-il.
L'universitaire note aussi qu'il semble y avoir eu une forte hausse de la fréquentation des sites internet professant la suprématie de la race blanche, commme StormFront, dont le serveur est tombé en panne après l'élection de M. Obama, le 4 novembre, en raison d'un trop grand nombre de connexions.
Pour M. Potok, la hausse de ces crimes résulte de la coïncidence de plusieurs facteurs: l'augmentation de l'immigration non blanche, l'estimation récente par le bureau national du recensement que les Blancs deviendraient minoritaires aux Etats-Unis en 2040 et l'augmentation du chômage.
« Ajoutez à cela l'idée d'un Noir à la Maison Blanche et vous vous retrouvez avec un important nombre de Blancs qui ont l'impression d'avoir tout perdu, et que le pays construit par leurs ancêtres leur a été dérobé », explique M. Potok, dont l'organisation vient en aide aux victimes présumées d'actes racistes: « je pense que l'on assiste à une crise d'identité parmi certains Blancs ».
Cette hausse des tensions n'est pas sans précédent historique, selon M. Levin. « A de nombreuses reprises, lorsque les relations entre communautés se sont améliorées aux Etats-Unis, des retours de bâton violents se sont aussi produits », fait-il remarquer, citant le cas du Ku Klux Klan, qui a percé juste après l'abolition de l'esclavage.
Pour les racistes, « Barack Obama n'est rien d'autre que l'Antéchrist », soutient M. Levin.

(Source AFP)

13/11/2008

Crise financière, ce que l'Afrique doit craindre

Cet article de réflexion nous est "offert" par Eugène Nyambal, conseiller principal pour l'Afrique de l'administration du FMI. Il remet en doute le dogme libéral du "laissez-faire" et appelle au retour de l'Etat dans la régulation de l'économie.

crise financière.jpgLa crise financière provoquée par la crise immobilière américaine représente la plus grande menace sur la stabilité du système financier international depuis le krach boursier de 1929. Cette crise de confiance et de liquidités marque également la fin du règne sans partage du laisser-faire depuis trois décennies et la réhabilitation du rôle de l’Etat dans la régulation du marché. Pour sauver le système financier international et réduire l’impact de la crise sur l’économie réelle, les principaux pays avancés ont adopté une démarche coordonnée au niveau des banques centrales, ainsi que des plans de sauvetage systémiques inspirés de l’approche britannique. Les pays de l’Union Européenne ont ainsi adopté des plans de sauvetage de l’ordre de 2.000 milliards d’euros et les Etats-Unis un plan de 700 milliards de dollars auxquels il faut ajouter 500 milliards de dollars provenant de la nationalisation des agences de
refinancement Fannie Mae et Freddie Mac, d’AIG et les garanties de la FED pour le rachat de Bear Stern.
Ces différents plans reposent sur les volets suivants : recapitalisation du système bancaire par injection de fonds publics et fourniture de liquidités à court terme aux banques pour faire redémarrer le crédit à l’économie; garantie des prêts interbancaires et des dépôts pour restaurer la confiance entre les banques et auprès des épargnants, et rachat par le Trésor américain des créances douteuses pour soutenir la reprise du marché des titres immobiliers. Pour être efficace, le plan de sauvetage doit être complété aux Etats-Unis en particulier par des mesures visant à réduire les saisies immobilières et à stabiliser les prix de l’immobilier. Les différents pays doivent également se préparer à des programmes de relance budgétaire en vue de soutenir l’activité.

Les origines de la crise financière

La crise financière internationale actuelle est liée à un ensemble de facteurs. En premier, la bulle immobilière a été créée par la politique monétaire accommodante mise en place aux Etats-Unis à partir de 1999 après l’éclatement de la bulle des nouvelles technologies et par le financement des déficits budgétaire et extérieur américains par l’épargne internationale. En second lieu, la crise provient des innovations dans le secteur financier, notamment la réduction substantielle de l’apport initial et des autres exigences pour permettre aux ménages peu solvables d’acheter une maison (créant ainsi le marché des subprimes), la titrisation qui permet aux banques de vendre leurs créances pour trouver de nouvelles sources de financement et la dispersion des risques pour réduire le niveau d’exposition des investisseurs.
En troisième lieu, la crise est liée aux insuffisances en matière de gouvernance d’entreprise, notamment à la faiblesse des systèmes de gestion des risques et aux mécanismes d’incitation privilégiant les résultats à court terme. En quatrième lieu, le développement de produits structurés opaques et illiquides et la montée des risques sont liés à une réglementation inadaptée aux innovations financières, aux faiblesses des agences de notation en matière de prévention des risques et à l’absence d’infrastructures adéquates pour mettre en place un marché organisé et capable de gérer les risques de contrepartie.

La propagation de la crise du subprime


Pour maximiser leurs profits, les banques ont donné des crédits aux ménages à faibles revenus et peu solvables à des taux d’intérêt faibles au départ et renégociables à la hausse au bout de quelques années. Pour avoir de nouvelles ressources, les banques transféraient ces créances aux banques d’affaires qui les regroupaient dans des paquets de créances « pools de crédit » sous forme de titres financiers pour faire apparaître un risque global plus faible et revendre ces titres aux investisseurs du monde entier, notamment les banques, les caisses de retraite, les compagnies d’assurance et les investisseurs privés. Les racheteurs de ces créances étaient d’autant plus rassurés que les agences de notation (Moody’s, Standard and Poors) donnaient à ces titres des notes de risques comparables à celles des dettes de l’Etat avec un rendement plus élevé.
La machine s’est grippée lorsque la hausse des taux d’intérêt américains a mis des millions de ménages américains dans l’incapacité de rembourser les crédits immobiliers et créé une spirale à la baisse des prix. Ceci a entraîné des pertes énormes au sein des établissements financiers. Dès lors, personne ne savait plus combien valaient les titres basés sur le crédit immobilier. Face à cette situation, les agences de notation ont révisé à la baisse la note de ces titres dans la deuxième moitié de 2007 et leur vente est devenue plus difficile, car personne ne voulait dorénavant prêter des ressources aux établissements qui empruntaient à court terme sur le marché inter-bancaire pour acheter ces titres.
L’application des normes comptables obligeant les banques à corriger quasiment en temps réel la valeur de leurs actifs en fonction de l’évolution de la bourse a également contribué à amplifier les variations à la baisse et à fragiliser les bilans des établissements financiers et des investisseurs ayant ces actifs dans leurs portefeuilles. Après la faillite de Lehman Brothers, la nationalisation d’AIG a été salutaire car la crise aurait pu s’étendre au marché de l’assurance contre les risques de défaillances des emprunteurs « Credit Default Swap » qui pèse 54 000 milliards de dollars. En effet, Lehman et AIG étaient parmi les principaux vendeurs de ces protections.
La plupart des pays européens ont été affectés par la crise financière internationale, compte tenu de la forte implication de leurs places financières et de leurs investisseurs institutionnels dans la globalisation financière. En ce qui concerne les pays émergents, l’Asie est moins touchée que les autres continents grâce à ses énormes réserves de changes. Cependant, malgré les progrès accomplis au niveau macroéconomique, nombre de pays émergents subissent de plus en plus la contagion de la crise.
Les pays plus vulnérables sont ceux ayant des déficits courants élevés ou ayant financé leur boom du crédit par les capitaux étrangers et les lignes de crédit des banques étrangères. Ce groupe de pays sera pénalisé par le rapatriement des capitaux et la hausse du coût de financement qui aurait eu un impacts sévère sur leur balance des paiements. Dans ce cas de figure, ils pourraient solliciter l’appui financier du FMI.

La transmission vers le secteur réel


Le pire des scénarios serait qu’une crise prolongée des institutions financières ne s’étende au secteur réel à travers le resserrement du crédit. Imaginons une situation où l’insuffisance des fonds propres des banques et la crise de confiance aboutissent à une contraction prolongée du crédit qui provoquerait un ralentissement de l’économie, l’explosion du chômage et la contraction de la consommation. Il s’en suivra une forte baisse des profits aux entreprises.
Au niveau du secteur financier, le ralentissement de l’économie réelle conduirait à la hausse des défaillances, y compris sur les crédits immobiliers et à la consommation, ainsi qu’à la baisse supplémentaire de la valeur des actifs des banques et des institutions financières. Ceci fragiliserait davantage le secteur financier qui mettrait l’accent sur le renforcement des fonds propres au détriment du financement de l’économie. Ce cercle vicieux pourrait entraîner l’économie dans une longue période de récession.

L’Afrique dans la tourmente


A priori, l’Afrique serait le continent le moins touché par la crise financière compte tenu de sa faible intégration à la mondialisation économique et financière. De manière générale, la crise économique et financière mondiale aura un impact négatif sur la croissance et l’équilibre interne et externe de nombreux pays africains, en raison de la baisse des exportations des matières premières. Au niveau du secteur financier, il y a peu de vulnérabilités, car la plupart des banques sont surliquides et prêtent peu aux entreprises. Cependant, il convient de regarder de près le comportement des filiales des banques étrangères, ainsi que la gestion des réserves de change par les banques centrales. L’impact de la crise se fera davantage ressentir sur l’aide publique au développement dont le volume risque de baisser, compte tenu des restrictions budgétaires dans les principaux pays avancés. Au regard de la contraction du crédit et
du ralentissement de l’économie mondiale, les flux d’investissement des multinationales et les transferts de la diaspora vers le continent vont également diminuer considérablement au moment où l’accès aux marchés internationaux de capitaux deviendra plus difficile. L’impact du choc sur l’Afrique dépendra en partie du rôle d’amortisseur que pourraient jouer les pays émergents comme la Chine ou l’Inde sur la stabilité des prix des matières premières et les flux d’investissement étrangers.

Les leçons de la crise


A mon avis, la principale leçon à tirer de cette crise est la fin de la conception idéologique des marchés qui sous-tend le « Consensus de Washington » et la réhabilitation de l’Etat comme garant du bien-être sociétal. Au niveau international, il est indispensable de repenser le rôle, l’architecture et la gouvernance de la globalisation économique et financière, de privilégier une approche coopérative et de renforcer la réglementation et la supervision du système financier au regard des innovations financières récentes.
Une série de sommets du G20 (groupe des pays industrialisés et des pays émergents) est prévue à cet effet. Malgré son poids marginal dans l’économie mondiale qui interpelle au plus haut point les décideurs du Continent, l’Afrique ne devrait pas être exclue des discussions sur la réforme du système monétaire et financier international. Au-delà de la nécessité de s’adapter aux défis de cette crise, les africains devraient comprendre que le marché sans règles devient un casino qui permet aux plus forts de privatiser les bénéfices et de socialiser les pertes.
Pour que les Africains puissent tirer profit de l’économie de marché, il convient avant tout qu’ils sortent de l’esprit de dépendance pour se réapproprier la réflexion sur leur destin et qu’ils mettent en place un Etat stratège, dépourvu de rôle direct dans la production mais capable de mieux planifier, piloter et réguler l’économie. En un mot, l’Etat doit renforcer son efficacité dans la gestion de ses fonctions régaliennes, régulatrices et mieux suivre la gestion des activités concédées au secteur privé, notamment dans le secteur de mise en œuvre de l’eau, de l’électricité, des télécommunications et des transports.

Conseiller principal pour l’Afrique, de l’Administrateur du FMI
Auteur de « Afrique, les voies de la prospérité »

Dans une tribune, Gbagbo analyse la victoire d'Obama

A lire ici.

12/11/2008

Bakassi : les otages libérés contre treize pirates

A lire dans Le Jour de Yaoundé.

L'affaire Alafé : une photo troublante de la postcolonie

l'intelligent.jpgJ'ai longtemps réfléchi avant de pouvoir traduire en mots le malaise qui m'habite depuis le début de ce que l'on pourrait appeler le feuilleton Assé Alafé, du nom du patron du quotidien L'Intelligent d'Abidjan, arrêté après une dénonciation anonyme, jugé de manière expéditive et condamné à 18 mois de prison pour fraude sur l'identité. Alafé aurait eu trois extraits de naissance présentant des filiations différentes et ayant pour conséquence de faire de lui soit un Nigérian soit un Ivoirien.
Comment évoquer cette "affaire" qui, sous les traits d'un banal fait divers dont le personnage principal serait une figure de la presse, est à mon avis une parabole illustrant assez bien les errements de l'Etat postcolonial tel qu'il se présente sous nos cieux ? Il est important d'ébaucher, à grands traits, le "décor" de "l'intrigue". Journaliste célèbre, pur produit du "printemps de la presse" des années 90, patron de presse ambitieux, Assé Alafé était candidat à la présidence de l'Union nationale des journalistes de Côte d'Ivoire (UNJCI) quand son passé présumé a resurgi, et que des "anonymes" l'ont dénoncé comme "fraudeur à la nationalité". Dans un contexte d'enrôlement en vue des prochaines élections générales.
C'est une évidence : l'on ne peut commenter l'arrestation et la condamnation d'Alafé sans prendre en compte un environnement politique - au sein de la corporation journalistique et dans le pays - qui parasite complètement l'enjeu et contribue au malaise.
Peut-on oublier un contexte où l'identification de la population est engagée et où les ressortissants de la CEDEAO (considérés comme supporters potentiels d'un Alassane Ouattara qui a lui même un rapport compliqué avec la Nation ivoirienne) sont vivement exhortés à se mettre en retrait ? Alafé n'est-il pas un "outil de communication" destiné à montrer que l'Etat ivoirien est décidé à punir les ressortissants ouest-africains désireux de voter en dépit de la loi ? Comment éluder le fait qu'Alafé se voit rappeler ses problèmes de nationalité alors qu'il est candidat à un poste très convoité ?
Nul n'est censé ignorer la loi, certes. Mais la loi, qui doit s'appliquer à tous et en toutes circonstances, s'affaiblit et se compromet lorsqu'elle finit par ressembler à un instrument, à une sorte de "bombe atomique" utilisée opportunément, dans le contexte d'intrigues et de batailles de pouvoir. C'est ainsi qu'une décision légalement justifiée peut apparaître à l'opinion comme moralement injuste.
Si Assé Alafé était un ministre ivoirien issu des Forces nouvelles, c'est-à-dire un Ivoirien ayant pris les armes contre son pays, et qu'il rencontrait les mêmes problèmes de nationalité, aurait-il été jeté en prison ? Allons plus loin : s'il était un leader de parti politique ayant réussi à faire entendre sa voix en appelant, à coups de milliards, le démon de la guerre sur son pays, aurait-il été arrêté comme un vulgaire voleur en allant se faire enrôler en compagnie de son épouse et de sa garde rapprochée onusienne ? Bien sûr que non. Une fois de plus, on peut dire qu'on a la preuve que dans la Côte d'Ivoire embourbée dans la crise depuis bientôt dix ans, le crime paie. Une fois de plus, l'on se rend compte que, pour être protégé de toutes ses turpitudes présentes ou passées, mieux vaut être membre d'un groupe signataire des fameux accords de Linas-Marcoussis. D'où le malaise.
Par ailleurs, l'on se demande où sont passés les officiers d'état-civil qui ont octroyé au confrère Alafé les fameux "papiers à problèmes". Comme lors du procès des déchets toxiques, aucun serviteur de l'Etat n'est condamné. Irresponsabilité administrative à tous les étages ! C'est pourtant cette irresponsabilité administrative - qui est une des tares les mieux partagées dans notre Afrique contemporaine - qui est la mère du délitement de nos Etats, qui avance lentement mais sûrement.
Sortons de l'affaire Alafé, mettons de côté les controverses sur la nationalité, élargissons notre regard. Si l'on devait enquêter sur la véracité de l'état-civil (âge voire patronyme) de chacun des footballeurs participant à la Coupe d'Afrique des nations, combien en sortiraient indemnes ? Ce petit exemple, je l'utilise pour mettre en évidence le caractère irresponsable des administrations africaines, inconscientes de l'importance de l'état-civil pour la cohésion nationale, voire la sécurité - imaginez des délinquants qui se font faire une pièce d'identité au nom d'un riche homme d'affaires pour aller prendre de l'argent au guichet de sa banque ou qui s'évadent de prison et changent de nom comme de chemise.
Et pourtant... Un grand nombre de conflits de l'Afrique contemporaine tournent autour de l'état-civil, quand on y réfléchit bien. Si les limites de la nationalité ne sont pas clairement établies, le sentiment national ne peut s'imposer. Et dans ce cas, l'on a affaire à des revendications identitaires exploitées par des nageurs en eaux troubles. N'est-ce pas le cas en Côte d'Ivoire, dans le Kivu et à Bakassi ?

00:11 Publié dans Analyse | Lien permanent | Commentaires (25)