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10.11.2008

Assé Alafê ou les pièges de l'histoire ivoirienne

L'article qui suit est d'un de nos "villageois", David K. N'Goran, et exprime son opinion personnelle. La mienne, qui est différente, suivra.

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Assè Alafê, à l’état civil Wakili Alafê est sujet à trois types de malheurs : un premier, de type généalogique qui le fait naître quelque part à Anyama, sur une terre d’Afrique difficilement localisable dans la cartographie générale du monde. Ici, vous pouvez vivre ou mourir dans d’indifférence générale tant vous êtes assigné « hors histoire » et hors-monde ; un deuxième type de malheur de genre événementiel, dont la temporalité, hélas !, coïncide avec l’épopée d’un certain Obama, héros des temps nouveaux, dont le charisme, à force de susciter espoir et bonne humeur redonne au monde son visage radieux ; enfin un malheur de l’ordre de l’historiographie ivoirienne, celle qui s’écrit à l’insu du sujet, avec ses ruses et ses pièges sans fin. C’est ici que le journaliste, poursuivi pour « faux et usage de faux », c’est-à-dire, pour « fraude sur la nationalité ivoirienne » se mord la queue à la
façon du scorpion, victime de son propre dard.
Je l’ai connu au cours des années 1997-1998. En ces temps, là il se prévalait déjà de son titre de journaliste, puisqu’il venait de quitter l’équipe de Yao Noël, pour occuper la direction de la rédaction du journal : « le national ». Intéressé par le métier de la plume et de l’information, j’y ai esquissé quelques pas, avant de m’enfuir, loin de là, effrayé à l’idée d’avoir la vue brouillée par des slogans anti-Alassane Ouattara, des dogmes ivoiritaires doublés de doctrines xénophobes, la violence de la plume et la brutalité du discours dans une presse, pourtant jeune de son histoire pluraliste. …Tout compte fait, Ceci n’était pas le journalisme dont j’avais rêvé…
Cependant, de mes rapports personnels avec le sieur Alafè, je ne retiens rien de spécialement émouvant, hormis son côté froid, version Léviathan, ses fréquentations de types Tapé Koulou, son directeur de publication et autres hommes de mains du régime Konan Bédié, mais aussi et surtout, son goût professionnel mêlé de sa personnalité intellectuelle, se délectant de la problématique identitaire dont il a contribué à la cristallisation politicienne.
Faut-il, pour autant, se réjouir de ses déconvenues judiciaires à forte allure de feuilleton politique ? Assurément non ! L’affaire, comme on le dit à Abidjan, est « graaaaave ! » quoique banale en apparence. Elle appelle quelques observations.
Il apparaît que la plupart des cas de « fraude sur la nationalité ivoirienne » sont rarement le fait d’institutions dont la fonction en la matière est attestée. Tout se passe alors comme si on ne peut être ivoirien que « pour/contre » quelqu’un. Monsieur Alafê, semble-t-il, aurait été « dénoncé par une voix anonyme ». Ce mode oppositionnel de la revendication identitaire fonctionnant sur le registre de la dépossession, du viol ou du vol de soi explique pourquoi la foule est toujours à l’origine de ce type de contentieux. Combien d’ « étrangers » n’ont-ils pas été traînés et rudoyés par des foules mécontentes avec le chef d’accusation de « voleur de nationalité », à l’occasion des opérations d’identification ? Or, nul n’ignore combien, dans l’imaginaire africain, le sort réservé au personnage du « voleur » s’apparente tristement à celui du voleur de mouton ou de la sorcière au moyen –âge.
Il apparaît également que les cas de fraude, ainsi investis sur la place publique, n’interviennent que lorsque les supposés faussaires ont atteint de loin l’âge d’homme, c’est-à-dire, au moment où ayant intégré la production, ces sujets prétendre à la compétition, relativement à un certains nombre d’objets de contradiction s’incarnant dans des postes à pouvoir ou des lieux spécifiques de gestion des affaires publiques, eux-mêmes générateurs de pouvoir. C’est ainsi qu’Assê Alafê, devient « voleur de nationalité à 37 ans », après plus d’une décennie d’exercice de son métier de journaliste, candidat alors au poste de premier responsable de l’unjci, tout comme Alassane Ouattara devient « suspect » à 42 ans, avant d’être relégué au rang de « tampiri national », et que feu Djeni Kobenan, devînt « Ghanéen », quand Feu Kourouma commença à redouter qu’on le nommât « Guinéen ».
Enfin, pour souscrire à la sociologie spontanée de nos artistes, lesquels mettaient en garde à propos de la phobie généralisée autour de la perte de nationalité, on peut fredonner afin de le méditer

« Tu sais qui je suis ?...Le nouveau millénaire arrive, chaque personne prépare son bilan, alors l’ivoirien à la peur au ventre, parce qu’il ne sait pas s‘il sera toujours ivoirien …affaire de ivoirité…»

Ce qui précède est sans doute la preuve que les tigres qui proclament trop fort leur tigritude sont ceux qui sont habité par la hantise de sa négation ou de sa perte.

David K. N’goran

Bye Bye Mama Africa !

miriam makeba.jpgLa chanteuse sud-africaine Miriam Makeba est morte dans la nuit du dimanche au lundi 10 novembre, a annoncé l'agence Ansa. Elle venait de participer à un concert, près de Caserte (sud de l'Italie, près de Naples), pour l'écrivain menacé de mort par la mafia Roberto Saviano, auteur de "Gomorra", lorsqu'elle a eu un malaise. Voix légendaire du continent africain et devenue l'un des symboles de la lutte anti-apartheid, elle était âgée de 76 ans.
A la fin du concert, Miriam Makeba s'est évanouie. Elle a été rapidement transportée à la clinique Pineta Grande de Castel Volturno, où elle est décédée peu après des suites d'une crise cardiaque, selon l'agence Ansa.

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