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05.11.2008

L'Afrique peut-elle dire "yes we can ?"

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L'affaire est pliée : Barack Obama est le 44ème président des Etats-Unis d'Amérique. C'est un grand jour pour la première puissance du monde, qui nous prouve une fois de plus qu'elle peut faire rêver le monde entier, comme elle l'a fait par le passé avec Kennedy, Clinton, Michaël Jackson et Hollywood. C'est aussi un très grand jour pour les Noirs du monde entier, tout simplement parce que c'est un jour de guérison intérieure. "Non, nous ne sommes pas maudits, loin de là/Même qu'on est tous bénis comme les autres croyez moi", chantait Corneille. L'enthousiasme d'une Amérique "arc-en-ciel" pour le fils de l'ex-étudiant kényan vient comme en écho à ce refrain. C'est une belle histoire, qui parle à tous les damnés de la terre. Psychologiquement, l'hirondelle Barack vient comme pour relever ceux qui ont le dos courbé.

Ce jour est-il pour autant un jour de gloire pour l'Afrique ? Pour ma part, je le vois plutôt comme un jour d'interrogation anxieuse, au regard du contexte. Et si Barack Obama, fils d'un Luo du Kenya, était une preuve de plus qu'extrait de la "fange" de notre continent, l'Africain se libère s'épanouit, relève de grands défis, dans la lignée des "inventeurs noirs" des Etats-Unis, de Cheikh Modibo Diarra (ex-navigateur interplanétaire à la NASA), de Jacques Bonjawo (ex-membre du "top management" de Microsoft), de Manu Dibango, de Richard Bona, etc ? Barack Obama nous prouve que nos rêves peuvent s'incarner... mais ailleurs que sur la terre de nos ancêtres !

Pendant qu'il triomphe dans un enthousiasme inédit, Goma, la principale ville du Kivu, en République démocratique du Congo, est de nouveau visitée par le démon d'une guerre alimentée par le Rwanda de Paul Kagame, qui n'en finit pas de faire payer à son voisin sa complicité coupable avec les génocidaires d'hier et surtout ses bénédictions minières. Combien de "Obama" aux talents incroyables se sont éteints dans ce Kivu en proie à la guerre depuis plus de dix ans ? Combien de "Obama" sont morts lors des dernières émeutes post-électorales au Kenya et au Zimbabwe ? Combien de "Obama" ont été brisés dans nos grandes villes africaines d'aujourd'hui, remplies de dureté, de corruption, de mépris de l'intelligence et du talent ?

"Yes We Can", "oui, nous le pouvons", n'ont cessé de dire Obama et les siens. L'Afrique peut-elle en faire autant ? En général, quand nous nous mobilisons, c'est pour dire "non". En Côte d'Ivoire, nous avons dit "non", avec beaucoup d'énergie et de passion, au néocolonialisme français, pendant ces jours enfiévrés de novembre 2004. Mais avons-nous dit "oui" à un rêve clair, construit, partagé, pour lequel un grand nombre était prêt à s'oublier un peu ? Pas si sûr. D'autres, ailleurs, disaient "non" à "l'ivoirité" tout en construisant une sorte de société d'exclusion ethnique farouche et de prédation économique au service d'intérêts inavoués.

A quoi ressemble notre "we", notre "nous" ? Pouvons-nous accoucher de ce type de "nous" inclusif qui a soulevé les Etats-Unis d'Amérique, de ce type de "nous" qui endort les peurs et réveille la meilleure part de notre humanité ? Pouvons-nous tourner le dos aux démons du tribalisme, de l'ultranationalisme, qui nous isolent et nous livrent aux appétits des puissants qui n'ont pas encore admis notre pleine humanité ?

Can we ? Avons-nous le pouvoir de vouloir ? Avons-nous la force de vouloir vraiment, profondément, ce que nous disons vouloir et de nous investir ensemble dans la concrétisation d'un rêve qui nous guérit de notre afropessimisme ancré, de cet afropessimisme qui fait de nous nos propres pires ennemis ? Dansons, mais interrogeons-nous. Profitons de la guérison intérieure que la victoire de Barack nous procurera en tant que Noirs pour faire sauter les verrous, les cadenas et les prisons qui nous retiennent encore captifs en tant qu'Africains...

Barack Obama a gagné parce que Martin Luther King a rêvé, d'un rêve collectif et glorieux, il y a 50 ans.

N'ayons donc pas peur de croire que l'Afrique de demain sera plus belle que celle d'aujourd'hui et soyons optimistes et généreux, par acte de foi en un avenir meilleur pour nous et pour nos enfants. Oui, nous le pouvons... à condition d'y croire, vraiment, passionnément, à la folie...