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16/10/2008

Il était grand temps, par Josua Christian Zady

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Les résultats du concours d’entrée à l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) session 2008, tous cycles confondus, sont connus du grand public depuis quelques jours. Contrairement à l’année dernière, ceux de cette année n’ont pas entraîné de façon manifeste une vague de contestation et de récrimination de la part des candidats même s’il reste entendu que des failles subsistent encore. C’est vrai, on ne change pas aussi facilement des pratiques et des habitudes acquises avec le temps et que l’inexistence d’une véritable opinion publique avait fini par consacrer voire légitimer. Le moins que l’on puisse dire, c’est que notre combat a eu le mérite, sinon de juguler totalement le phénomène de la fraude et de la corruption, du moins de le réduire à des proportions « raisonnables », encore que le terme raisonnable est incongru. Cependant, l’espoir d’une éradication totale de ce fléau demeure, à la condition seulement, comme le souligne en substance François Perroux dans son œuvre Aliénation et Société industrielle, que les élites intellectuelles, dans leur ensemble, prouvent un souci actif et efficace de « déprolétariser » les masses.
C’est un secret de polichinelle que le terme d’exclusion est devenu au seuil des années 90 la référence du débat social. Entendons-nous bien, nous ne parlons pas d’exclusion dans le sens où la politique et les politiciens ivoiriens la perçoivent, mais d’exclusion comme l’apparition d’une nouvelle forme de pauvreté due au chômage de longue durée ; d’exclusion entendue comme l’ensemble des processus de mise à l’écart. Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes sont dans l’impasse, incapables de jouer un rôle dans la société, frappés par la drogue, l’alcool sans qu’ils paraissent s’en émouvoir. Une spirale de mécomptes les tire vers le bas. Pour ceux-là, il faut faire quelque chose dans l’urgence et le Ministre Dosso Moussa ne croyait pas si bien dire lorsqu’il a affirmé dernièrement que l’intégration de la jeunesse constitue un défi majeur. Nous l’en félicitons au passage et en profitons pour dire que cela passe par l’assainissement des concours de la Fonction Publique. Un aperçu nous a été donné cette année avec les concours de l’ENA qui ont connu un brin d’objectivité grâce à nos écrits ; la fraude à grande échelle n’a pu s’opérer. Tous les observateurs s’accordent même à reconnaître les efforts consentis par nos autorités pour dissuader les principaux acteurs de la corruption, à travers notamment la mise en place, au forceps, de la Commission de surveillance dirigée par Monsieur Sanogo Porno dont l’éthique et la longue expérience professionnelle ont permis de déjouer au cycle moyen supérieur des velléités de fraudes orchestrées par les membres de l’Administration de l’ENA.
Néanmoins beaucoup reste encore à faire pour donner la chance à tous ceux qui n’ont ni parents haut placés, ni suffisamment d’argent pour s’offrir une place dans l’Administration Publique. On nous reprochera assurément de parler beaucoup de l’ENA ; cela est vrai. Mais c’est parce qu’elle le mérite : elle permet de voir gros et de saisir que la société ivoirienne, dans l’état actuel, est en déliquescence comme elle est incapable de promouvoir l’excellence. La preuve nous a été donnée par le Ministre Cissé Bacongo qui a ouvertement disqualifié l’examen du BTS par la découverte de faux diplômes. Le chiffre de deux mille (2000) faussaires annoncé par le Ministre ne constitue pas seulement une hallucination, mais aussi et surtout une grande honte pour l’Etat de Côte d’Ivoire dont la corruption du système éducatif vient ainsi d’être portée à nu. Nul n’ignore qu’en Côte d’Ivoire le BTS est devenu une marchandise qu’on peut acheter sur le marché en l’occurrence la DECOES. Avec une somme de trois cent mille francs (300 000) on peut facilement s’offrir ce diplôme sans être régulièrement inscrit dans une école et parfois même sans avoir nécessairement besoin de subir les épreuves écrites et orales. Les étudiants qui savent l’existence de cette pratique le répètent à l’envi à certains professeurs qui refusent de donner dans la compromission et qui sont réputés pour leur rigueur au travail. Nombre de ces enseignants nous ont approchés pour nous confier qu’ils ont volontairement arrêté depuis des années de participer aux examens de BTS au motif qu’il est inadmissible que les opérations de délibération ne se font pas dans le centre même de correction et qu’ils n’y sont pas associés. En effet, disent-ils, une fois les corrections achevées, les copies sont acheminées à la DECOES qui se charge de la transcription des notes et de la publication des résultats. Cela veut tout simplement dire qu’il n’y a pas de procès-verbal dûment signé par l’ensemble des correcteurs comme on a l’habitude de le faire au Baccalauréat. Comment alors ne peut-on pas s’attendre à une fraude massive savamment entretenue par ceux-là mêmes qui sont supposés garantir la crédibilité dudit examen? Voici dépeint dans toute sa laideur les conditions d’organisation du BTS depuis de longues années. Il faut saluer le courage du Ministre Cissé Bacongo qui a pris la décision d’assainir le milieu. Décision noble, mais qui ne portera véritablement ses fruits qu’avec le départ de l’actuelle direction de la DECOES qui se caractérise par sa longévité à la tête de cette structure.
On ne le répétera jamais assez, un peuple ne dure et ne se sauve que par sa culture, le renouvellement perpétuel de ses valeurs morales et spirituelles ainsi que par la qualité de la formation de sa jeunesse. Or ce qui nous est donné de constater avec le système éducatif ivoirien dans son ensemble n’est que l’échec patent d’un modèle de société.
Le Collectif des Jeunes Diplômés de Côte d’Ivoire, contrairement à ce que de nombreuses personnes croient, n’a pas vocation que de critiquer. Il se définit comme un organe de contrôle qui, se plaçant au-dessus de la mêlée, fustige les dérives d’où qu’elles viennent, mais sait aussi apprécier les bonnes actions. C’est pourquoi il remercie le Gouvernement d’avoir prêté une oreille attentive à ses nombreuses critiques et revendications. Nous voulons également saisir l’occasion pour dire à toute la jeunesse et singulièrement aux heureux candidats de cette année que rien ne s’obtient sans lutte et sans sacrifice. Si aujourd’hui ils sont nombreux à fêter leur succès sans bourse déliée, c’est justement parce que des jeunes gens comme eux, au mépris de tous les risques encourus, ont eu le courage de dénoncer les dérives de notre société et de refuser le gouffre sans fond dans lequel semblaient nous précipiter des individus sans foi ni loi. C’est pourquoi il ne faut jamais oublier notre ami Assalé Tiémoko Antoine, 1er vice-président du Collectif des Jeunes Diplômés de Côte d’Ivoire qui a payé au prix fort les conséquences de cette lutte et qui croupit actuellement dans les geôles de la prison.
Deux enseignements majeurs peuvent être tirés de cette lutte :
Le premier, c’est que le seul combat qui mérite aujourd’hui d’être mené par la jeunesse et qui doit mobiliser tout ce que nous avons d’énergie, c’est celui de notre devenir et de l’avenir de notre pays. Nous avons la lourde responsabilité de sortir notre pays du sous-développement par l’imposition d’une exigence éthique. Ainsi, les gens qui ont été poussés à la mendicité, à la nécessité, au désespoir et qui se servent de leur mythomanie comme viatique doivent voir se briser ce cercle et trouver des rêves nouveaux.
Le deuxième, c’est qu’on peut obtenir satisfaction de ses revendications sans violence forcément, sans battre le pavé, mais dans le dialogue et dans un esprit citoyen. Qu’on n’a nul besoin d’accepter les compromissions pour se frayer un chemin dans la vie. Notre génération est une génération qui peut se trouver une raison de vivre et qui a le devoir de donner du rêve aux générations futures.
Si nous avons compris cela, nous avons le devoir de construire, comme l’affirme Gérard Mermet, dans Francospie 1995, Editions Larousse, une société centripète qui s’efforce à intégrer la totalité de ses membres à l’opposé de celle d’aujourd’hui qui est centrifuge parce qu’elle tend à exclure tous ceux qui ne parviennent pas à se maintenir dans le courant parce qu’ils n’ont pas les relations nécessaires.
Retenons enfin que notre avenir et celui de notre pays seront ce que nous en ferons ou ce que nous avons décidé d’en faire.
Dieu bénisse la jeunesse ivoirienne pour les batailles à venir !!!

Fait à Abidjan, le 13 Octobre 2008
Collectif des Jeunes Diplômés de Côte d’Ivoire
Le Bureau Exécutif National
collectifdesjeunesdiplomes@yahoo.fr
09 40 35 38

Photo d'illustration tirée du compte Flickr de Kvidje.

Commentaires

d'abord une réflexion: lorsque des dirigeants du vieux parti disent le fpi n'a pas de cadre! n'est ce pas le signe qu'en cote d'ivoire, les gens du pouvoir avaient l'habitude de réserver ces institutions à leurs proches!

parceque à la reflexion, qui savait comment on rentrait à l'ena avant la refondation? tout se passait sous le sceau de l'omerta!

Ensuite, je revois le bedonnant flatulent lors de son récent passage à la telé, on sentait visiblement la joie d'être premier ministre au forceps en oubliant que cette promotion l'a été au détriment des vrais problèmes de société comme les scandales aux concours publics et privés!

enfin, les ivoiriens ont les yeux ouverts grâce à gbagbo! les gens s'organisent pour lutter pour leurs droits, les gens ne sont plus prêts à accepter les situations intolérables!

une opinion publique est entrain de s'imposer en cote d'ivoire!

Écrit par : marianne | 16/10/2008

Quand le FPI à fini son boulot de destruction de la solvabilité de cette structure, il faut bien la réhabiliter un jour...L'espoir est permis...RIEN EST ETERNEL

Écrit par : hilaire kouakou | 17/10/2008

Marianne, cette opinion publique existe depuis des lustres mais j'aimerais juste te rappeler au passage les escadrons de la mort, Mars 2004 et aussi l'emprisonnement du Jeune Assalé Antoine. Assalé Antoine n'a fait qu'alarmer à ce propos, et aujourd'hui où se trouve-t-il ?

Ce texte est certes plein de vérités mais j'ai l'impression de constater un pléonasme ambiant dans la politique ivoirienne. Si on était 2 ans en arrière, le producteur de ce texte serait en prison ou tabassé par les miliciens sauvages du FPI.

Ne venons pas jouer la comédie en reproduisant sur un blog, ce qu'on a évité de reconnaitre dans le passé.
"IL était grand temps "depuis des lustres et non seulement à quelques encablures des élections. La Comédie a assez duré.

Écrit par : Krathos | 17/10/2008

petite opinion...la lutte contre la mauvaise gouvernance doit continuer et s'intensifier ! je suis personnellement tres loin d'etre satisfait... et je pense qu'a la longue il va falloir selon moi privatiser au moins de facon partielle sinon totalement les concours d'entrée dans l'administration publique et pourquoi pas auditer ceux de ces 10 dernieres années?
quelqu'un a dit que le PDCI (parti conservateur) fraudait, oui mais pas a cette échelle ! tous ces responsables du FPI (parti a idéologie variable selon...) qui, avec des bourses de l'Etat ivoirien ont fait des 3e cycles un peu partout en France, combien de jeunes ivoiriens ont-ils envoyé se perfectionner a l'etranger ? les bourses Affi et Presidentielles depuis l'an 2000 nous le savons tous ont ete distribuées sur la base du militantisme et du nepotisme. Soyons sérieux et objectifs dans nos prises de position. Merci.

Écrit par : Gbansé Alexis | 17/10/2008

Petit pays, petit président, petite ambition... De quelle élite parle-t-on ? Après avoir connu de très près cette institution, je crains le pire pour la suite. Une école qui est infichue de produire le débat où ne serait-ce qu'un exercice aussi simple que sa propre modernisation, ne sert à rien si ce n'est reproduire une génération mongoloïde et sous cultivée de fesciste demi lettrés. Arrêtez de croire que Gbagbo à une vision pour la Côte d'Ivoire regardez un peu autour de vous. Etre courageux (voir!!) ne constitue en rien un programme de gouvernement. Quant à vouloir que le pays soit développé, débarrassé de la corruption et autres tartes à la crème de ces personne appelées abusivement hommes politiques, l'obscénité et l'escroquerie n'ont que trop durées !

Écrit par : Rabet Zokou Gbeuli | 17/10/2008

@ Krathos,

Si tu avais suivi ma plume depuis des années, tu saurais que cela fait plus de deux ans que je dénonce la corruption, la tricherie et l'économie de guerre généralisée.
Mais ne compte pas sur moi, bien entendu, pour critiquer comme TOI tu aurais critiqué.

Écrit par : Théo | 17/10/2008

Grand Frère Théo, pour avoir su que tu officiais à des organes de presse propagandistes du FPI, je n'ai pas besoin de trop perdre mon temps sur cette "mauvaise étape" de ta plume. Oui, j'ai lu certains de tes écrits dans le passé mais la petite connotation "voilée" qui en suintait me répugne.

Je ne critique pas de manière tautologique ou de manière intéressée parce que mon "ventre" n'a jamais été corrélé à l'intégrité de mon esprit critique. La campagne électorale inspire, en effet, de nouvelle passions de justicier et de porte-voix des souffrances du peuple, ça c'est connu de tous (Gbagbo en est l'exemple frappant)mais l'amnésie passagère qui en découle ne passe pas inaperçue.
Au nom de la (pseudo) guerre de 3 mois, "on" a tout cautionné et aujourd'hui la justice et le droit citoyen deviennent la primauté du "TEMPS".

Je ne suis pas né de la dernière pluie, surtout pas de la dernière "enfarinade" !!!

Écrit par : Krathos | 17/10/2008

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