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29/08/2008

Obiang-Bongo : la guerre des télés

Et si la guerre de leadership entre les chefs d'Etat des "pétro-Républiques" d'Afrique centrale se poursuivait sur un terrain bien singulier, celui des chaînes de télévision panafricaines ? Tout porte à croire qu'Omar Bongo Ondimba et Teodoro Obiang Nguema, qui se méfient profondément l'un de l'autre, veulent avoir chacun "sa" Al-Jazeera, histoire de ne pas laisser à l'autre le monopole de la "parole internationale" et des petites campagnes médiatiques perfides.
omarbongo.jpgTout commence par des conflits entre les fondateurs de 3A Télésud qui se terminent par l'éjection de Constant Nemale, le "visage" de la chaîne, au profit d'un homme d'affaires gabonais, Eric Benquet, accusé par ses ennemis d'être l'homme de paille de Pascaline Bongo, la très influente fille de son père. Nemale, fils de personne, refuse de s'en laisser conter. Il lance un ambitieux projet de chaîne de télévision panafricaine, et très astucieusement, se jette dans les bras d'Obiang, qui voit en lui "un bon petit" qui améliorera l'image de son pays en chantier sur la scène internationale et qui fera comprendre à Bongo voire à Biya qu'il n'est plus un "petit président". Il annonce donc très clairement qu'il soutiendra Africa 24 dans ce communiqué que nous avons reçu au moins trois fois dans notre boîte email - ce qui témoigne de l'activisme des acteurs de cette guerre des télés à la fois sur le terrain des blogs et des mailings :

Malabo, 19-08-2008 : CIDGE- Le Ministre de l'Information, de la Culture et du Tourisme et Porte Parole du Gouvernement, Jeronimo OSA OSA EKORO, a annoncé la signature officiel d'un important accord de coopération avec une nouvelle chaîne de télévision, AFRICA 24, dont le siège de production est à Paris (France). Un acte qui s'est déroulé lors d'une conférence en présence de son Excellence ELO NDONG NSEFUMU, troisième Vice-Premier Ministre du Gouvernement et représentant spécial du chef de l'Etat à la cérémonie. Le Fondateur de AFRICA 24, a présenté les objectifs de la nouvelle chaîne, véritable première chaîne d'information mondiale sur l'Afrique qui a pour objectif de présenter le véritable visage dynamique et évolutif du continent Africain. Un continent aujourd'hui présenté par les médias internationaux sous un angle essentiellement tragique. La Guinée-Equatoriale s'est dit heureuse de s'engager aux côtés des 14 autres pays africains qui ont décidé de rejoindre la nouvelle chaîne de télévision AFRICA 24. Valorisée à hauteur de 50 millions d'euros, la nouvelle chaîne de télévision panafricaine émettra officiellement à partir du 1er janvier 2009.


Vous avez lu comme moi : Africa 24 serait soutenue par 14 autres pays africains. Réalité ou bluff ? On peut se demander, dans cette guerre de obiang.jpgchefs d'Etat, quels camps choisiront Paul Biya - qui ne cache pas son peu d'estime à la fois pour Obiang et pour Bongo - et Laurent Gbagbo - qui a souvent témoigné de l'intérêt au projet 3A Télésud du temps de Némalé...

On peut aussi se poser d'autres questions. Ces chaînes concurrentes travailleront-elles à renforcer le panafricanisme ou les guerres stupides de nos chefs de village ? Est-il souhaitable que la "parole panafricaine" ne soit affaire que de chefs d'Etat et de leurs enfants, surtout lorsque l'on sait que les deux qui sont aux prises ne sont pas particulièrement attachés à la liberté d'expression chez eux ? Quelle est donc la stratégie du leadership gabonais, qui a vendu Africa n°1 à Kadhafi après avoir acheté 3A Télésud ?
Question subsidiaire : que devient la télévision panafricaine du banquier camerounais Paul Fokam, qui a déjà réussi à être au tribunal avec de nombreux ex-cadres estimant avoir été floués ?

Denver : le discours d'Obama en VF...

... et en intégralité ici.

28/08/2008

Assassinat de Sankara : les révélations de Prince Johnson

sankara20thomas2020fotoot7.jpg
Comme un certain nombre de commentateurs, j'ai toujours mis en relation l'assassinat de Thomas Sankara en 1987, le début de la guerre au Liberia (24 décembre 1989), les convulsions en Sierra Leone et - un peu - en Guinée et la crise ivoirienne. Dans son intervention à la Commission Vérité et Réconciliation du Liberia, Prince Johnson ne dit pas autre chose et révèle que la première victime des sanguinaires "freedom fighters" des guerres de prédation d'Afrique de l'Ouest n'a été personne d'autre que le célèbre et regretté Thomas Sankara... Qui étaient leurs commanditaires de l'époque ? Prince Johnson n'est pas très explicite sur le sujet, comme le démontre cette dépêche.

Les Etats-Unis avaient secrètement libéré de prison Charles Taylor dans les années 80 pour qu'il aille renverser le président Samuel Doe à Monrovia, a affirmé l'ex-chef de guerre libérien Prince Johnson, devant la Commission Vérité et Réconciliation (TRC) du Liberia.

Charles "Taylor ne s'est pas évadé de prison. Il a été libéré (par les Américains) dans le but de venir au Liberia pour nous aider à nous défaire d'un régime dictatorial", a indiqué mardi Prince Johnson, ancien allié de M. Taylor et ancien sénateur libérien, devant la Commission.


Officiellement, l'ancien président libérien Charles Taylor s'est évadé d'une prison américaine en 1985 avant d'aller au Liberia renverser le président alors en exercice, Samuel Doe.

Mais selon M. Johnson, qui avait déjà évoqué le double jeu des Américains au Liberia entre 1989 et 1997, M. Taylor a été secrètement libéré par les autorités américaines pour réaliser cet objectif.

MM. Taylor et Johnson ont été des alliés dans les années 80 avant d'être des ennemis.

Prince Johnson, connu pour sa brutalité, notamment pour avoir fait filmer ses hommes torturant à mort le président Doe en 1990, est le premier ancien chef de guerre à être entendu par la Commission vérité et réconciliation depuis le début de ses auditions l'an dernier.

Au moins 500 personnes s'étaient pressées dans la salle d'audience bondée pour l'écouter.

Prince Johnson a également expliqué que Charles Taylor, après son retour en Afrique, s'était rendu au Burkina Faso pour y entraîner ses troupes rebelles et avait alors été sollicité pour participer au renversement du président burkinabè, Thomas Sankara, en 1987.

"Quand nous avons été là-bas (au Burkina Faso), on nous a dit que nous serions arrêtés si nous ne coopérions pas pour renverser Sankara parce qu'il était opposé à notre plan (pour renverser Doe). On nous a demandé de rejoindre une unité spéciale des armées burkinabé pour le destituer. C'est comme ça que Thomas Sankara a été renversé", a-t-il dit.

L'ancien chef de guerre libérien n'a pas précisé quels étaient les commanditaires des actions contre M. Sankara, tué en octobre 1987 dans un coup d'Etat dirigé par l'actuel président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, dont on a souvent dit qu'il avait fourni des armes à M. Taylor dans les années 90.

Le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) juge actuellement Charles Taylor pour crimes de guerre et crimes contre l'Humanité durant la guerre civile qui a déchiré la Sierra Leone de 1991 à 2001, faisant 120.000 morts. Le procès a été délocalisé à La Haye pour des raisons de sécurité.

25/08/2008

Digg-like afro-orientés

Sortant péniblement de plusieurs jours de maladie, j'ai eu la surprise d'apprendre la naissance de l'agrégateur pour l'Afrique francophone, Bao Afrobazz.
Voici ce qu'en disent les promoteurs :


"Nous vous invitons à partager "vos nouvelles" en lien avec le continent africain sur le site communautaire bao.afrobazz.com. Cette initiative a pour objectif d'offrir plus de visibilité à la blogosphère africaine francophone ainsi qu'à tout ce qui a trait au continent africain et sa diaspora. La communauté bao.afrobazz.com n'est donc pas réservée aux seuls blogeurs mais à tous ceux et celles qui souhaitent partager et commenter tout type d'information (articles, vidéos, photos...) en lien avec le continent africain.

Alors à très bientôt sur http://bao.afrobazz.com/
BAO est l'acronyme de Bouche à Oreille."


Pour proposer des liens ou voter pour des posts, des articles, des photos, des vidéos ou des podcasts qui vous ont plu, il faut s'inscrire sur le site - comme je suis en train de le faire... Ceux qui connaissent Digg, Scoopeo ou Wikio comprendront assez rapidement le système Afrobazz. Bon à savoir, un autre agrégateur afro-orienté s'est créé ces dernières semaines. Il est bilingue et a une philosophie légèrement différente : Afrikeo.
Nous, blogueurs afro-orientés, ne pouvons que nous réjouir à haute voix de la création de plateformes qui nous permettent d'augmenter notre audience. Bon vent à Bao et à Afrikeo.


Blogcamps à Abidjan : l'idée diffusée sur la Toile et à la radio

Une chose est sûre, c'est que notre idée d'organiser un "blogcamp" à Abidjan, à peine exprimée sur ce blog, a eu un retentissement assez fort au point de vue international, qui est encourageant. Le très influent portail de l'ONG GlobalVoices, qui a pour objectif de briser les barrières de langues afin de permettre à tous ceux qui le souhaitent de participer à la "grande conversation mondiale", a relayé le projet. Nous avons eu des contacts poussés avec des membres de Rising Voices, le "département" de Global Voices s'occupant d'aider les "voix montantes" des pays en développement à se faire entendre.
Philippe Couve, présentateur de la web-émission L'Atelier des médias sur RFI, nous a également donné la parole pour nous entendre expliquer notre démarche. Vous pouvez écouter notre conversation ici.

19/08/2008

Le président zambien Lévy Mwanawasa est mort

0957969bcba367187b0e54b2b612c277.jpgLe président zambien Levy Mwanawasa est mort dans un hôpital parisien où il était hospitalisé depuis début juillet après une attaque cérébrale, a annoncé mardi le vice-président Rupiah Banda sur les médias d'Etat.


Le président Mwanawasa est mort "ce matin à 10H30" (08H30 GMT) à Paris, a indiqué le vice-président en déclarant un deuil national de sept jours. "Les citoyens doivent rester calmes durant cette période", a-t-il ajouté.

La veille, le gouvernement avait annoncé une brutale détérioration de son état de santé, qui avait suscité une intervention chirurgicale urgente.

D'une santé fragile, le chef de l'Etat zambien, 59 ans, avait fait une attaque cérébrale - la seconde en deux ans - en marge d'un sommet de l'Union africaine (UA) en Egypte et avait été transféré en France après avoir été traité au Caire.

18/08/2008

Citoyen Drogba

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Parmi les livres que j'ai lus durant ces vacances, figure un ouvrage sur un sujet qui ne fait pas forcément partie de mes "gros" centres d'intérêt : le football. Mais ce n'est pas n'importe quel livre : il s'agit de C'était pas gagné, écrit par notre star nationale Didier Drogba - qui a collaboré avec l'ami Hervé Penot, journaliste à L'Equipe et bien introduit dans les cercles du football africain. Quoi de plus normal que d'être attiré par un ouvrage écrit par "DD", d'autant plus que les footballeurs ne sont pas en général considérés comme de grands intellectuels.
Au final, C'était pas gagné m'est apparu comme un livre passionnant, qui permet de mieux cerner la personnalité de Didier Drogba. Un émotif, qui carbure aux grands sentiments, qui considère la fidélité comme une valeur - ce qui peut le faire souffrir dans un milieu du foot où l'argent est roi et la mobilité souvent traumatisante.
Didier Drogba s'exprime aussi dans son livre sur la crise politique qui a déchiré la Côte d'Ivoire. Il livre sa part de vérité, sans prétention - mais l'on sent bien que sa double appartenance française et ivoirienne a souvent été difficile à gérer, notamment en novembre 2004. Comme beaucoup d'entre nous, en tout cas, il considère que la politique ivoirienne de Jacques Chirac a été, pour utiliser une litote, problématique, et il le dit dans le chapitre "Côte d'Ivoire - France : la guerre inutile". Extraits.

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20:14 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (50)

17/08/2008

Quel est le média publicitaire qui vous influence le plus ?

Participez au sondage lancé par Babiwatch, ici.

15/08/2008

Des "blogcamps" à Abidjan ?

Une petite idée fait son chemin dans mon esprit : et si nous organisions des "blogcamps" à Abidjan ? Des rencontres au cours desquelles nous échangerions sur nos expériences de blogueurs, où nous formerions ceux qui le veulent au blogging - quand on pense aux avantages que pourraient tirer nos artistes ou nos entreprises en matière d'exposition, on se dit que quelque chose se gaspille forcément...
Je reste perplexe sur un certain nombre de points :

- Où organiser de telles rencontres ?
- Comment ? En partenariat avec des organisations qui voudraient former leurs membres/adhérents/travailleurs ?
- Comment financer de telles rencontres ?
- Et puis, au final, est-ce que c'est vraiment un besoin ?

13/08/2008

Quand des Africains font de la prospective

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Je viens de terminer un livre que je distribuerais bien - si je le pouvais - à tous nos chefs d'Etat, lors du prochain sommet de l'Union Africaine. Son titre ? Intellectuels africains face à la mondialisation. C'est un ouvrage collectif coordonné par Jacques Bonjawo, ingénieur informaticien camerounais, qui a été le premier Africain à accéder à un poste de manager au siège social de Microsoft, il y a dix ans.
Neuf experts africains de haut niveau s'y expriment sur des sujets divers, dont le point commun est qu'ils relèvent de la stratégie et de la prospective à moyen terme. Ils constituent un début d'articulation de propositions pour inverser le cycle négatif dans lequel l'Afrique semble plongée depuis deux décennies.
Didier Acouetey, patron d'une boîte de recrutement, consacre son article au défi des ressources humaines, qu'il est indispensable de relever en prenant à bras le corps la "crise de compétences", liée à un système éducatif "inadapté", parce que totalement coupé des besoins exprimés par l'économie réelle. En effet, ne trouvez-vous pas aberrant qu'en Côte d'Ivoire, pays agricole par excellence, il n'y a ni CAP ni BTS en techniques agricoles et qu'on ne forme quasiment que des ingénieurs-fonctionnaires ?
Le Pr Fernand Sanou de l'Université de Ouagadougou fustige, quant à lui, un enseignement à finalité sélectionniste et plaide pour une démocratisation de l'apprentissage libre à distance, notamment grâce aux TIC (un aspect sur lequel le Pr Peter Kinyanjui consacre de longues pages), mais également - ce qui n'est pas contradictoire - pour la formation, non pas d'élites administratives, mais de vrais visionnaires.
Lucie Bourthoumieux, avocate au barreau de Paris, quant à elle, consacre un long développement au rôle irremplaçable de l'Etat dans le défi économique. Un Etat qu'il faut participer à renforcer dans son rôle régalien. "Pouvons-nous continuer à ignorer que les différentes tentatives de déstabilisation dont sont victimes les Etats africains et les souffrances des populations qui s'ensuivent sont l'une des causes fondamentales de la misère économique et sociale de ce Continent ?"
Yves Ekoué Amaïzo, économiste à l'ONUDI, revient, quant à lui, sur le projet de monnaie unique africaine. Il ne se contente pas d'incantations mais fixe une voie : une banque centrale électronique, organisée grâce à un vaste réseau informatique uniformisé qui améliorerait, dans la phase transitoire, les mécanismes de la compensation qui, mal maîtrisés, tueraient le projet.
Jacques Bonjawo lui-même évoque l'enjeu des biotechnologies agricoles et médicales. Bien adaptées, bien diffusées, fruit de consensus régionaux, elles pourraient avoir un véritable effet de levier.
J'ai refermé ce livre en me disant que l'Afrique a déjà à sa disposition le matériau programmatique de base nécessaire à sa renaissance. Il reste à le mettre en musique. Pour cela, il faudrait déjà améliorer la visibilité des idées indispensables à l'accouchement de lendemains meilleurs. Pour cela, quoi de mieux qu'un blog participatif à la fois élitaire et grand public, engagé et ouvert, comme il en existe plusieurs aux Etats-Unis ?