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13/08/2008

Quand des Africains font de la prospective

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Je viens de terminer un livre que je distribuerais bien - si je le pouvais - à tous nos chefs d'Etat, lors du prochain sommet de l'Union Africaine. Son titre ? Intellectuels africains face à la mondialisation. C'est un ouvrage collectif coordonné par Jacques Bonjawo, ingénieur informaticien camerounais, qui a été le premier Africain à accéder à un poste de manager au siège social de Microsoft, il y a dix ans.
Neuf experts africains de haut niveau s'y expriment sur des sujets divers, dont le point commun est qu'ils relèvent de la stratégie et de la prospective à moyen terme. Ils constituent un début d'articulation de propositions pour inverser le cycle négatif dans lequel l'Afrique semble plongée depuis deux décennies.
Didier Acouetey, patron d'une boîte de recrutement, consacre son article au défi des ressources humaines, qu'il est indispensable de relever en prenant à bras le corps la "crise de compétences", liée à un système éducatif "inadapté", parce que totalement coupé des besoins exprimés par l'économie réelle. En effet, ne trouvez-vous pas aberrant qu'en Côte d'Ivoire, pays agricole par excellence, il n'y a ni CAP ni BTS en techniques agricoles et qu'on ne forme quasiment que des ingénieurs-fonctionnaires ?
Le Pr Fernand Sanou de l'Université de Ouagadougou fustige, quant à lui, un enseignement à finalité sélectionniste et plaide pour une démocratisation de l'apprentissage libre à distance, notamment grâce aux TIC (un aspect sur lequel le Pr Peter Kinyanjui consacre de longues pages), mais également - ce qui n'est pas contradictoire - pour la formation, non pas d'élites administratives, mais de vrais visionnaires.
Lucie Bourthoumieux, avocate au barreau de Paris, quant à elle, consacre un long développement au rôle irremplaçable de l'Etat dans le défi économique. Un Etat qu'il faut participer à renforcer dans son rôle régalien. "Pouvons-nous continuer à ignorer que les différentes tentatives de déstabilisation dont sont victimes les Etats africains et les souffrances des populations qui s'ensuivent sont l'une des causes fondamentales de la misère économique et sociale de ce Continent ?"
Yves Ekoué Amaïzo, économiste à l'ONUDI, revient, quant à lui, sur le projet de monnaie unique africaine. Il ne se contente pas d'incantations mais fixe une voie : une banque centrale électronique, organisée grâce à un vaste réseau informatique uniformisé qui améliorerait, dans la phase transitoire, les mécanismes de la compensation qui, mal maîtrisés, tueraient le projet.
Jacques Bonjawo lui-même évoque l'enjeu des biotechnologies agricoles et médicales. Bien adaptées, bien diffusées, fruit de consensus régionaux, elles pourraient avoir un véritable effet de levier.
J'ai refermé ce livre en me disant que l'Afrique a déjà à sa disposition le matériau programmatique de base nécessaire à sa renaissance. Il reste à le mettre en musique. Pour cela, il faudrait déjà améliorer la visibilité des idées indispensables à l'accouchement de lendemains meilleurs. Pour cela, quoi de mieux qu'un blog participatif à la fois élitaire et grand public, engagé et ouvert, comme il en existe plusieurs aux Etats-Unis ?

Commentaires

Bel ouvrage ! Belles réflexions ! Belles propositions !

Mais ce ne sont pas les idées qui manquent aux Africains, en réalité. C'est à la pratique qu'ils demeurent inefficaces. Pour quelles raisons ? On aura sans doute des éléments de réponses à travers les échanges qui démarrent maintenant.

D'ores et déjà, je peux dire que de toutes ces propositions, aussi pertinentes les unes que les autres, j'ai retenu, dès la première lecture, l'idée de Monsieur Didier Acouetey ainsi que celle de Mme Lucie Bourthoumieux.

Je relis encore une fois le texte et je reviens dans le débat. N'est-ce pas que l'élan fait partie du saut ?

Écrit par : Youzan | 13/08/2008

Merci pour cette ouvrage que je souhaite ardemment lire.Sincèrement je souhaiterais avoir l'adresse d'une librairie qui en disposerait en Côte d'Ivoire .Ensuite je souhaiterais , cela est une proposition, que nous ayons un blog spécialisé et consacré à l'idée de cette ouvrage.J'attends votre suite....Merci

Écrit par : hilaire kouakou | 14/08/2008

Théo,
Je suis en train de lire cet ouvrage. Il y'a effectivement quelques bonnes idées mais ce ne sont pas les idées qui manquent... Je termine ma lecture et je reviens

Écrit par : Etum | 14/08/2008

@ Etum,

On attend ton avis non ?

@ Hilaire,

La Librairie de France distribue les livres de Bonjawo, qui y fait traditionnellement ses dédicaces.

Écrit par : Théo | 14/08/2008

Ok, quand je serai sur Abidjan , je chercherai cet ouvrage , car il promet d'être riche en proposition...Merci et penchez-vous sur ma proposition , dans la mésure du possible , faites moi un mail ou un mot sur mon blog pour que j'y participe

Écrit par : hilaire kouakou | 14/08/2008

L'Europe s'est développé avec le Rationnalisme des Descartes, Montesquieu et autres. L'Afrique devra suivre le même schéma qu'elle le veuille ou non. Le siècle des lumière a commencé ici, sur ce blog, sur ces échanges entre cheveux crépus. Le siècle des lumières est virtuel pour l'instant. Mais il faudra bien passer à la réalité : alphabétiser les masses, instruire les jeunes, chasser les intellos aux idées fixes pour faire bouger l'Afrique.
Merci pour ta contrib' à ce processus. Tam-tam-parleur soutient les bonnes idées quand il les détecte.
(En parlant d'idées fixes, il faudrait penser à faire bouger un peu la page d'accueil de Ivoire-blog. les mêmes images, les mêmes noms, les mêmes textes... on aurait dit une réplique de la Côte d'Ivoire : pas très dynamique tout ça ...)

Bonne journée !

Yach, Tam-Tam-Parleur

Écrit par : yach | 14/08/2008

Brother Théo,

Merci de nous signaler la marche de l'Histoire. Fort malheureusement, letourbillon de l'Histoire est si touffu qu'il est assez difficile de réaliser de grands pas. Les Idées? Elles ont tjrs fourmillé sous nos cieux; à l'instar du vaste programme dénommé Refondation.

Mais on en fait quoi? Là-dessus,on se perd en conjectures. Ces derniers tps, j'en suis venu, en interrogeant l'Histoire, à me rendre compte que le dvlpmt amorce (hélas) bien souvent sous de terribles ...dictatures!!!

Ne vous en faites pas, chers amis, je suis militant droit-de-l'Hommiste. Je fais une simple lecture de l'Histoire.

Alors, et si c'était cette dictature qui manquait à l'Afrique? Je voudrais signaler, à toutes fins utiles, que la Démocratie doit ses lettres de noblesse à Rousseau et à Tocqueville. Or, aussi paradoxal que cela puisse paraitre, Rousseau a reconnu qu'un Régime si parfait ne convient pas à des hommes mais à un Peuple de Dieux.

Pour les Hommes? La Dictature...éclairée.

Alors? Question à mille inconnues!!! J'entends déjà les sirènes des Libertariens...

Écrit par : Lévy | 14/08/2008

Je découvre à peine votre blog. Je peux tout simplement vous suggérer de promouvoir gratuitement votre livre sur notre site continentalnews.fr édité par des Français et des Africains.

Aloys

Écrit par : Aloys | 14/08/2008

Théo,

Comme je le disais hier, il y a beaucoup de choses à dire sur les propositions contenues dans ce livre. Je ne parlerai pas de monnaie commune africaine, car c’est trop compliqué pour moi.

En revanche, je conviens avec Mr Didier Acouetey qu’il faut adapter notre système éducatif aux besoins réels et aux priorités de nos pays. Là n’est pas tellement le problème.

L’Afrique regorge d’intelligence, de compétence et de richesses naturelles. Tout a été dit, écrit et re-écrit sur l’Afrique. Nos Gouvernants, avant d’ccéder au pouvoir, rédigent d’impressionnants programmes de Gouvernement.

Pourquoi ces gouvernants sont si inefficaces au pied du mur ?

Pourquoi, malgré tous ses atouts, l’Afrique ne décolle pas ?

Lucie Bourthoumieux y répond : « les différentes tentatives de déstabilisation dont sont victimes les Etats africains et les souffrances des populations qui s'ensuivent sont l'une des causes fondamentales de la misère économique et sociale de ce Continent ».

Mais pourquoi l’Afrique est constamment déstabilisée ?

Parce qu’elle a le devoir de pérenniser le « pacte colonial », en ce qui concerne l’Afrique noire francophone, en tout cas. Ceux qui ne sont pas en mesure de protéger les intérêts du colonisateur sont appelés « anarchistes », ils doivent être bouter hors du pouvoir. Ceux qui sont mesure de le faire peuvent dormir tranquille, ils sont protégés. Ils peuvent même, à terme, obtenir le honteux titre de « doyen des chefs d’Etat africain ». Que le Peuple se débrouille !

Alors, que faire ?

Il faut :

-se doter d’une vraie armée dissuasive. Une armée nationale qui sera en mesure d’écraser n’importe quelle rébellion, avant qu’on ne nous impose des « forces (im)partiales ».
-limiter absolument le nombre de mandats des présidents, pour tuer dans l’œuf toute velléité de confiscation du pouvoir par les « amis personnels » des déstabilisateurs.
-Incendier le pacte colonial, à commencer par supprimer totalement les bases militaires en Afrique.
-Etc.

Une fois débarrassée des coups d’Etat et des adeptes de la longévité au pouvoir, l’Afrique aura son destin en main. Les régimes incompétents seront sanctionnés dans les urnes. Par cette voie, les dirigeants africains finiront par prendre conscience de la nécessité d'agir dans l'intérêt de leur peuple.

D’autres idées me viendront sans doute. Mais je m’arrête là pour l’instant.

Écrit par : Youzan | 15/08/2008

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