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27/05/2008

Pourquoi, malgré tout, je reste en Afrique

Pour son premier numéro, le magazine AfriqueCompétences d'Honorat de Yédagne, ancien patron de FratMat, m'a demandé de rédiger, dans le cadre de sa rubrique "Chronique des Cinq Continents", un papier tournant autour des raisons pour lesquelles je vis en Afrique, alors que j'ai le choix. C'est en tout cas ce que j'ai compris. Plus bas, l'article que j'ai rédigé. AfriqueCompétences est dans les kiosques et les librairies, depuis quelques jours, du moins en Côte d'Ivoire.

2d759391e6f053f520aef853abc6edff.jpgFaut-il être fou pour choisir de vivre en Afrique, dans une Côte d’Ivoire en pleine crise, alors qu’on est Franco-Africain, qu’on a étudié dans de bonnes écoles en France, et qu’il suffit juste de trouver l’argent d’un billet d’avion pour s’en aller dans l’Hexagone jouir des acquis de l’Etat-providence et trouver un travail stable ?
Si la réponse à cette question est « oui », c’est que l’auteur de ces lignes est fou. Français d’origine Camerounaise, formé à l’Ecole supérieure de journalisme de Lille, j’ai eu l’opportunité de travailler pour la « grande presse » française, en France et en Afrique, et j’ai délibérément choisi de me transformer en journaliste de Côte d’Ivoire, un statut que l’on pourrait considérer comme dévalué par rapport à ma condition première.
Pourquoi avoir fait un tel choix ? Pour des raisons liées à de très fortes convictions sur la crise ivoirienne, au départ. Je me suis souvent expliqué sur ce qu’on pourrait appeler le déclic de départ.
Pourquoi persévérer ? Pourquoi continuer de vivre en Côte d’Ivoire, en Afrique, à un moment où toute l’effervescence que l’on a connue ces dernières années est retombée ? Pourquoi ne pas rentrer en France ?
Cette question, je me la suis souvent posée. Il y a sans doute plusieurs éléments de réponse : la routine, l’attachement sentimental à mon pays d’adoption, l’appréhension à l’idée de rebâtir une vie en partant de zéro. Il y a également une foi dans les potentialités économiques de l’Afrique de ce début de siècle.
Je pense fondamentalement que l’Afrique est capable du meilleur comme du pire aujourd’hui. La situation mondiale lui est favorable : la croissance asiatique booste les prix des matières premières, les technologies de l’information et de la communication (TIC) ouvrent des perspectives immenses et encore peu explorées en matière de télétravail, de télé-enseignement, de circulation des valeurs. Peu à peu, les peuples expriment leurs exigences démocratiques et les armures des Etats totalitaires se fendillent. Notre forte démographie, nos disponibilités en eaux et en terres, nous mettent au centre de la géopolitique mondiale. Bien entendu, les obstacles sont là, et on ne peut pas feindre de ne pas les voir : les égoïsmes, qui puisent leur dynamique dans la haine de soi et l’afropessimisme viscéral de plusieurs d’entre nous, sont là. On ne peut pas ne pas voir une culture du pouvoir oppressive, caricaturale, brutale parce que peu assurée, qui conduit aux dérives antipatriotiques que l’on constate tous les jours. Mais des brèches sont ouvertes, et le miracle est à notre portée.
Je veux vivre en Afrique ces instants déterminants, participer à des aventures visant à tirer partie de cette donne nouvelle. Je veux être du côté de ceux qui agissent pour créer une société ouverte, remplie d’opportunités, libérée parce que libérale, tolérante et débarrassée de ses complexes d’infériorité. Après six siècles de silence et d’oppression, le temps de la renaissance arrive peut-être à grands pas. Ne le retardons pas par nos sarcasmes et l’addition de nos cynismes.
Il y a du travail en Afrique. Et je sens que demain certains secteurs seront porteurs : la valorisation des terres avec une agriculture vivrière modernisée, devenue potentiellement « rentable » grâce à la hausse des prix des denrées alimentaires, qui est un phénomène de long terme dû à la croissance asiatique ; la valorisation de la force de travail de notre jeunesse à travers la formation et la création d’entreprises axées sur les TIC ; la transformation de notre croissance « sur papier » en réalisations concrètes à travers le BTP et l’ingénierie…
Et puis, de toute façon, il y a une réalité que ceux d’entre nous qui ont vécu en Europe connaissent. Ils la répètent mais personne ne veut les croire : personne n’attend les Africains en Occident, et l’immigration massive n’est ni possible, ni souhaitable.
Nous n’avons pas le choix. Nous devons travailler à ce que nos rêves s’incarnent sur la terre africaine. Dans ce contexte, ceux qui peuvent décider de s’en aller mais restent par la foi sont des « évangélistes » de la renaissance de notre continent. Quel beau ministère !

Commentaires

Bel article plein d'espoir. Beaucoup de jeunes africains ont suivi cette trajectoire, étudier à l'étranger, acquérir du savoir pour valoriser l'afrique.

L'expérience des années d'études et de travail en europe et ailleurs m'ont forgé la pleine et totale conviction que l'homme blanc n'est en rien le grand genie et sorcier qu'on lui prête.

C'est une civilisation ancienne qui a su bâtir sur ses acquis et son savoir antérieur, mettre à profit la maîtrise de l'écriture pour inventer son monde futur.

Beaucoup de belles inventions européennes ou asiatiques, de grandes écoles, de grandes villes et de fleurons d'industrie datent de plusieurs centenaires.

J'ai eu dans le cadre du travail à visiter une usine de alstom à Ornans qui fabrique les moteurs de TGV. Cette industrie en réalité est une vieille unité existant depuis la revolution industrielle, et vous pouvez me croire, le principe de fonctionnement de ces moteurs, malgré la modernisation a gardé le même principe de fonctionnement et de fabrication.

Je pense que l'Afrique est à la croisée des chemins. Demain sera certainement meilleur, et feu HB l'a compris en investissant massivement dans l'éducation des élites africaines.

Dieu est Africain et je le crois ! Arrêtons juste nos ânneries et critiquons les élites politiques, fussent-elles de notre bord idéologique!

Écrit par : Eppix | 27/05/2008

Quel beau sacerdoce !
Puisse ta foi en notre continent "contaminer" nos concitoyens vivants hors d'Afrique comme des "gueus", des indésirables; afin qu'ils comprennent que leur place est ici.
Encore merçi Theo pour ce dévouement inaltérable pour la Côte d'Ivoire et cette foi indéracinable l'Afique.

Écrit par : Cyrille | 27/05/2008

Quel beau sacerdoce !
Puisse ta foi en notre continent "contaminer" nos concitoyens vivants hors d'Afrique comme des "gueus", des indésirables; afin qu'ils comprennent que leur place est ici.
Encore merçi Theo pour ce dévouement inaltérable pour la Côte d'Ivoire et cette foi indéracinable en l'Afrique.

Écrit par : Cyrille | 27/05/2008

Bien parlé !
On est de plus en plus nombreux de retour.

Écrit par : ckof | 27/05/2008

theo,

vivre pour ses convictions d 'après mon expérience n'est pas toujours payante mais dieu fasse que tu ne regrettes jamais ce choix et que l'histoire ivoirienne surtout et Africaine en général le retienne.

Écrit par : claudine | 27/05/2008

tu confirmes tout le bien que je pense de toi.
Et si on lançait le groupe des cent, je m'explique, on pourrai par le net mettre en place un groupe d'intellectuels d'horizons et de positions variés parfois antagonistes mais unis par le souci de relever le defi de l'afrique moderne. ce groupe virtuel pourrait se faire connaitre et prendre position au niveau international pour tous les problèmes touchant à la dignité et à l'émancipation de l'africain.
qu'en penses tu?
NB: quand je vois un journal mettre en une que le vice president de l'assemblée nationale veut lutter contre l'homosexualité, je me demande bien si le fpi est un parti de gauche? quel enjeu pour ce pays qui cherche à penser les plaies de l'exclusion? quel ridicule! où est la liberté? ps: suis pas homo ni lesbienne

Écrit par : marianne | 27/05/2008

En quoi lutter contre l'homosexualité est contre les valeurs de gauche ?

D'ailleurs c'est quoi les valeurs de gauche ? dans nos villages, la solidarité a toujours été de mise, dans la récolte, dans la naissance et dans la mort.

Pourtant nous avons su garder nos valeurs sociétales?

MK est libre de lutter contre ce fléau, voilà qui est dit!

pffffffff

Écrit par : Eppix | 27/05/2008

Ouhhh Marianne,

Dès que je lis le mot "intellectuels", je détale !!

Écrit par : Nino | 27/05/2008

J'approuve entierement et j'adère! mais le problème c'est pas les Africains (les vrais) comme toi comme moi mais ceux qui sont à la solde de l'occident , qui , quand ils vont aux élèctions(s'il en a une) n'ont pas de projets mais des états majors à l'étranger qui attendent que leurs interets et sont prets à faire obéir leurs soldats sur place que pour les interets des multinationales de leurs pays. Si jamais il n'avait pas la main de l'exterieure dans les pays afiricains , le monde entier nous envierait notre culture de démocratie, c'est une réalité mais c'est triste. sinon comment expliqué que en 2008 àprès J.C on soit tant sous survaillance militaires étrangers dans les états souverains en Afrique? qui protègent ces armées et comment est ton libre de son choix politique et meme vitale si on est inqiété par des présences aussi dissuasive...;? ceux qui s'en vont n'on pas de choix ils y sont obligé! mais un jour toute cette génération inconsciente d'africain qui sacrifie d'autres africains partiront et Dieu nous ferra que le retour de la diaspora portea ces fruits!!! Courage à vous et que les manes de nos ancetres vous protège!!!

Écrit par : ibrahim | 28/05/2008

Théo,
Ta situation professionnelle est objectivement bien meilleure en Afrique que ce qu'elle était et pourrait devenir en France/Europe. Je pense que tu aurais du souligner davantage cet aspect des choses...

En effet, en une petite poignée d'années, grâce à ton seul talent/mérite, tu as acquis une position de leader d'opinion qui dépasse déjà le strict cadre de la presse ivoirienne, et te place parmi les jeunes africains de la profession comptant indéniablement pour des valeurs sûres : il n'est qu'à voir comment ton fan club (et de qlq groupies) s'aggrandit de jour en jour. Toutes choses, encore une fois, méritées...

En France, les grands éditorialistes mettent quasiment 30 ans de métier avant d'acquérir un tel leaderchip reconnu de tous (ou presque : nul n'est parfait). En sorte que si tu étais resté ici à Bakô, ou si tu y revenais, tu risquerais d'être regarder pendant encore longtemps comme une jeune pigiste, un éternel espoir du journaliste, à ronger tes freins dans une looongue file d'attente ; d'autant plus longue que tu n'as pas exactement la bonne couleur de peau...

Bref, l'intérêt du retour en Afrique aujourd'hui réside aussi en ce que ceux qui en ont vraiment les capacités professionnelles peuvent y accéder à des situations qu'ils ne pourraient même pas rêver en Europe, sauf par extraordinaire (ex. Roselmack ou Audrey Pulvar, qui au demeurant sont plutôt des Afrodescendants...).

De ce point de vue, ce sont d'immenses gisements de talents et compétences d'Afriains qui végètent à Bakô : combien de doctorants qui sont Agents de Sécurité dans les hypermarchés, et dont l'embauche dans les Services Publics africains augmenterait rapidement leur efficacité??? Qu'est-ce qui est fait pour encourager au retour de tant de "Ressources Humaines"??? Il ne faudrait pas compter sur les seuls concours de circonstances ou autres démarches sacerdotales comme celle ici considérée ; il faudrait que nos pays élaborent de vritables stratégies de Brain Drain : généralement ils n'ont rien payé pour la formation de ces Africains expatriés, ils pourraient donc faire un petit effort pour l'exploitation de ces compétences généreusement mises à leur disposition grâce à la seule débrouillardise de ces expatriés et, parfois, au soutien de leurs seuls parents...

Écrit par : ogotemmêli | 28/05/2008

Ogo, tu as trouvé les bons mots pour repondre a theo. On doit lui reconnaitre ce merite d'etre resté la bas. Mais bcp parmis nous avec les memes opportunités et réseaux que lui, seraient restés en Afrique. Je ne vois pas ici le caractere unique de cet acte qu'il nous presente comme un evangile. Ya le docteur Nzi Nicolas, specialiste des questions de communications, resident en Suisse qui fait un travail enorme sur la problematique du retour de la diaspora, dans le cas specifique de notre pays. Le premier memorandum sur les travaux, donne une idée claire des problemes structurels a un retour de la diaspora. Quand on est l'espoir, le seul soutien d'une famille appauvrie par la guerre, on ne se leve pas de facon wouyawouya un beau matin pour aller sínstaller en Afrique. Il ya bcp de parametres qu'il faut prendre en compte. je vous renvois au memorandum cité tout a l'heure allez sur ce lien. Bonne lecture.

http://www.connectionivoirienne.net/index.php?mact=News,cntnt01,detail,0&cntnt01articleid=2299&cntnt01returnid=15

Écrit par : Alex | 28/05/2008

Le retour au pays est effectivement un véritable sacerdoce. C'est pour la gde majorité des expatriés un rêve qui ne se concrétise toujours pas dans les actes. Pourquoi? Il n'y a pas une mais cent raisons ; diverses et variées. Certains ont déjà une stabilité professionnelle ailleurs que sur leur continent d'origine et hésitent à repartir de zéro. D'autres sont en occident, le seul espoir de toute une famille restée sur place. Et faute de connaissances, de réseaux pour les aider sur place, de moyens, n'ont d'autres choix que de se "sacrifier" pour aider leur famille... Il y a aussi ceux qui, partis étudier à l'étranger, y ont fondé une famille et qui se heurtent aux réticences de leur entourage quant au retour bercail. Quelques soient les situations, il faut un réel courage pour prendre la décision définitive de rentrer et ne plus repousser indéfiniment les échéances du retour au bercail.

Écrit par : Anicet | 28/05/2008

Avant toute chose, je pense qu'il faut remettre les choses là où elles doivent être. Je ne suis pas en train de dire à la diaspora qu'il faut qu'elle rentre massivement en Afrique. Je dis justement qu'il est peut-être fou de rester en Afrique alors qu'on peut partir, parce qu'il y a plein de difficultés objectives. Mais j'explique sur quoi se fonde ma "folie". Je ne parle de rien d'autre que de ma propre expérience. En plus, cela ne m'est pas venu spontanément, c'est un papier qui m'a été, pour ainsi dire, commandé.
Cela dit, j'aimerais répondre à Ogo et à Alex.
Ogo, je pense, sans fausse modestie, que je n'avais pas besoin du parcours que j'ai choisi pour me faire connaître. A 23 ans, je travaillais pour "Le Point", avec un fort relationnel avec les patrons du service "International". A 23 ans, je travaillais pour "Le Monde". Je suis sorti de l'école de Lille avec un prix de journalisme, parmi les étudiants de toutes les écoles de journalisme français en France.
Remontons le temps. Voici un jeune homme qui a le seul nom africain au Monde, et qui écrit dans la rubrique la plus prestigieuse, la rubrique "International", sur la crise quasiment la plus médiatique en France, la crise en Côte d'Ivoire, au fameux moment de la diversité... Mon avenir était tout tracé... Ma visibilité aurait été assurée d'autant plus que ma couleur de peau aurait été "légitimante"...
Mon choix, en 2002, n'avait rien de raisonné. C'était l'élan du coeur. Aujourd'hui, je ne suis pas dans une position rêvée.
Retourner en France m'assurerait un boulot, une possibilité de commencer à acheter une maison... la sécurité...
Sans me vanter, je ne pense pas que je me retrouverais agent de sécurité dans un supermarché.
Mais je préfère le risque de l'Afrique parce qu'il est plein d'opportunités, comme je l'ai dit dans mon papier. Ce n'est pas du pur romantisme comme en 2002, mais ça ne va pas non plus de soi.
Excusez moi si je vous ai blessé, si j'ai "mal parlé". J'essaie de m'expliquer.

Écrit par : Théo | 28/05/2008

Sans fausses modesties, devons nous tous sortir les CV ?

Écrit par : Eppix | 28/05/2008

Eppix, il était difficile pour moi d'aborder la problématique d'Ogo (qui était très personnalisée) sans apporter des arguments personnels. Je ne me glorifie pas de mon CV et souhaite que le débat puisse avancer. Par ailleurs, mon message n'était pas de culpabiliser les diaspos. De toute façon, j'en suis un aussi, puisque je ne suis pas originaire de la CI, mais du Cameroun.

Écrit par : Théo | 28/05/2008

Superbe article!
Claudine a dit : vivre pour ses convictions d 'après mon expérience n'est pas toujours payante mais dieu fasse que tu ne regrettes jamais ce choix et que l'histoire ivoirienne surtout et Africaine en général le retienne.

Qu'on le retienne, oui! Mais si vivre pour ses convictions n'est pas payant, cela est dû aux "faux" africains à la solde de puissance occidentale (qu'ils vivent en Afrique ou ailleurs) qui ne cherchent qu'à mettre des bâtons dans les roues des esprits éclairés...

Écrit par : zwan | 28/05/2008

Theo,

Tant que tu as des revenues sur place qui te guarantissent ton independance d'esprit et ton autonomie. Ca va !
L'avantage du choix clair que tu fais est que ca te pousse a trouver sur place des sources de ces revenues-la. et contrairement a ce que bcp des notres pensent encore, il y a des opportunites de creer ces sources. Plus aujourd'hui que hier d'ailleurs (ne me demandez pas les stats, ca peut a lui seul faire l'objet d'un topic ici).
En revanche, si les sources de revenues tendent a disparaitre pour une raison ou une autre, c'est clair qu'il faut des solutions de repli. je prefere un theo"integre" exile en occident que "zombie-ayant-vendu-son-ame" au nom du fait qu'il faut a tout pris vivre en Afrique. Non pas que en occident on ne puisse pas vendre son ame, loin de la! Dc il faut mettre des garde-fous pour eviter de tomber dans les memes erreurs que certains de nos aines qui sont rentres massivement dans les annees 90. Mongo Beti est un des tres rares qui n'a pas succombe a toutes les tentations imaginables. et je pense aussi a certains qui reprochent toujours a Monga d'etre a la Banque Mondiale. Oui, certes, mais il n'a pas vendu son ame. Il est reste integre.

Ce qui compte apres tout, c'est ce que tu realises de concret pour que ce continent regagne son independance et son autonomie politique et economique. Et on peut tres bien y contribuer en etant a l'etranger. Meme si je reste convaincu que c'est sur place que l'on reste a priori plus efficace.

Écrit par : hormheb | 28/05/2008

theo,

precision de taille:

je ne dis pas que Theo est un "zombie-ayant-vendu-son-ame". ca peut etre interprete ainsi a la lecture de mon post.
je dis que je ne souhaite pas le voir devenir ( il n'ya rien qui me laisse penser qu'il a pris cette voie-la) ainsi au nom du fait qu'il faut a tout prix vivre en Afrique.

A suivre...

Écrit par : hormheb | 28/05/2008

J'espère qu'il n'y a pas malentendu : le seul reproche que j'ai fait à cet article réside en ce qu'il met plus en avant l'aspect "sacerdoce" que celui de réel "potentiel" de développement professionnel dans la problématique du retour en Afrique.

Nulle part je n'ai dit que Théo serait ADS à Bakô, j'ai plutôt écrit qu'il aurait certainement mis plus longtemps à acquérir une notoriété comparable à celle qu'il a acquise en Afrique en si peu d'année ; même si son seul talent de journaliste le méritait ici comme ailleurs. J'ai également évoqué la question "dermique", qui n'est pas exactement celle du CV...

Bien entendu, on peut gagner très correctement sa vie sans avoir une grande notoriété. Mais c'est tout de même plus gratifiant pour un professionnel des média d'être reconnu au delà de la profession, notamment par le public : cette rémunération symbolique en quoi consiste la notoriété est encore plus rarement payée aux Afro-Français (Fondio, Andjou, etc.)...

Bref, pour moi le retour en Afrique ne devrait pas être appréhendé comme "folie"ou comme "sacerdoce", car c'est parfois une très bonne alternative à nombre de difficultés rencontrées en Diaspora (plafond de verre, discrimination dermique, etc.). On peut booster rapidement ses ambitions socio-professionnelles si l'on prépare sérieusement son projet de retour. Ce ne fut évidemment pas le cas de Théo...

En outre, l'exemple de Théo enseigne également que ce retour n'est pas à envisager exclusivement vers son propre pays d'origine, ce qui multiplie d'autant les opportunités...

Toutefois, face à cette problématique du retour, la réponse collective, politique, est quasiment nulle. Or, nos Etats récupèreraient ainsi d'immenses ressources humaines, en vue de combler dans quelque mesure les dégats provoqués par le désinvestissement massif dans le système d'éducation nationale imposé au cours des décennies 80/90 par les Programme d'Ajustement Structurel. Où l'on peut voir que ma réflexion allait bien au delà du cas personnel de Théo, afin d'essayer de considérer le sujet plus globalement...

Au total, s'il y a eu malentendu, j'espère avoir su le lever...

Écrit par : ogotemmêli | 29/05/2008

OK, Ogo, le "malentendu" est levé. On est ensemble !

Écrit par : Théo | 29/05/2008

Théo est du système Gbagbo. Quand il s'agit de petites phrases dans le discours d'un chef rebelle, il est prompt à les commenter. Mais quand Gbagbo se contredit ou raconte des conneries, il prefère regarder ailleurs et faire les faux prudents ! Dans les commentaires du poste sur les echanges entre Gbagbo et les hommes d'affaires français, il avait promis son point de vue qui n'est jamais venu. Théo a aidé à la destruction de son propre juornal. Il a ensuite eu un contrat de travail avec Stephane Kipré pour l'aider à monter Le Quotidien (pour lequel il a été payé).
Finalement, en restant malgré tout en Côte d'Ivoire, que fait concretement Théo au jour le jour ? Où travaille-t-il ? Sur quoi travaille-t-il ? Quel est le travail ici en Côte d'Ivoire qui l'occupe à tel point de laisser passer les opportunités qu'il pourrait avoir en France ? Le diable se trouve dans le détail !!!

Écrit par : Kocowoulou | 29/05/2008

Alex et Ogotemmeli ont quelque peu recentré le problème de la fuite vers l'Europe ou du refus du retour en Afrique. Mais il me semble que Théo lui-même a souligné un élément qui n'est nullement négligeable : celui de la volonté de repartir constamment à zéro. Les circonstances qui motivent la décision de demeurer ici où là sont multiples. Et souvent la décision n'est pas facile à prendre. Il faut donc se garder de généraliser au risque de s'ériger en donneur de leçons. J'ai moi-même travaillé six ans en Côte d'Ivoire avant de revenir en France. Et je peux vous dire que mon expérience peut aussi donner à réfléchir sur certaines réalités africaines. Un autre élément est à retenir ; et Théo l'a brièvement évoqué. Quand les choses bougent dans un pays, c'est qu'il y a de l'espoir. Le fait même que les pays africains passent des partis uniques vérouillés au multipartisme fait souffler dans les esprits un vent d'espoir ; et on en a besoin pour rester au pays. Ne jetez pas la pierre à ceux qui sont en Europe. Ils ne sont nullement moins fiers de l'Afrique que ceux qui vivent. Mais, par humilité, ils ne peuvent se permettre de crier trop fort qu'ils aiment l'Afrique autant que ceux qui y vivent.

Écrit par : St-Ralph | 29/05/2008

C'est avec beaucoup d'interet que j'ai lu ton article. Je pense que c'est une decision sage. Au lieu de faire des choses par conformisme, il est nettement mieux de vivre pour ses convictions. Cet engagement manque a plusieurs de nos intellos africains, pour qui, dans la plupart des cas, l'Europe est un paradis terrestre.
Beaucoup de courage dans ta lutte, que l'Eternel Dieu soit toujours a tes cotes pour t'assurer la victoire.

Écrit par : Mervy | 02/06/2008

Salut,

Le contenu de cet article est un véritable défi à la Raison en cette terre d'Eburnie! J'avais une chance de m'installer au Canada à la fin de mes études. Des parents dans une OI m'avaient même conseillé de rester à Dakar à la fin de mes études. Ils avaient certaines opportunités à me proposer.

Etant donné que j'avais quelques entrées au pays, je suis rentré précipitamment. J'ai même eu le privilège d'être recommandé auprès de 4...DG.

Cela fait ...5 ans que ça dure. Mon expérience personnelle est que je regrette de ne m'être pas installé au Canada en attendant un peu plus de lisibilité dans la situation socio-politique ivoirienne.

Bâtir l'Afrique? ça sonne des fois comme de grands (gros?) mots. A vrai dire, ici à Baby, la pyramide de Maslow s'est inversée. le premier besoin est le celui de l'appartenance. Je suis en relation avec quelques villageois qui souhaitent bien rentrer. Nous en discutons depuis un an.

Que viendront-ils faire? A partir de quoi? Qui les attend? Enfin, comme tout sacerdoce est inspiré par le sentiment de matyr...

Écrit par : Lévy | 02/06/2008

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