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20/05/2008

Johannesburg : le panafricanisme au mont Golgotha

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L'année 2008 n'est décidément pas une bonne cuvée pour ceux qui croient en une Afrique digne. Après les jeux de massacre du Kenya et du Zimbabwe, c'est l'Afrique du Sud - notre joyau ! - qui offre des scènes de violences urbaines d'une sauvagerie dont on se serait bien passé. Des dizaines d'étrangers ont été tués - et de quelle manière - et des milliers d'entre eux traqués par un certain nombre de Sud-Africains les accusant, en bref, de manger le pain des autochtones. De loin, on ne peut voir qu'une chose : des Noirs qui tuent d'autres Noirs.

On en revient aux invariants de la nature humaine, qui ne se soucient guère de nos constructions idéologiques. Faut-il parler de "seuil de tolérance" en Afrique aussi ? Les Africains ont beaucoup ergoté sur la Côte d'Ivoire et son "ivoirité" sans se rendre compte qu'un certain nombre de contradictions à l'intérieur de ce pays n'étaient que le fruit d'une grande contradiction continentale : une disparité de développement entre pays voisins qui crée des poussées migratoires dans des nations qui, bien qu'ayant plus ou moins sorti la tête de l'eau, demeurent très pauvres. Dans ce type de configuration, le frère du pays d'à côté est vu comme un "étrange étranger", selon l'expression déjà employée par Diégou Bailly. Dans ces conditions, comment parler de panafricanisme ?

Ce qui est certain, c'est que les violences de Johannesburg sont indissociables de la crise au Zimbabwe, qui elle-même est indissociable de la crise démocratique en Afrique. On ne peut pas faire son temps et celui de ces enfants. Mugabe, comme beaucoup de dirigeants africains, ne l'a pas compris. Tant qu'il n'y a pas de paix, tant qu'il n'y a pas de standards démocratiques acceptés de tous, aucune construction politique transnationale ne sera possible, et les pays démocratiques et apaisés seront toujours menacés par le chaos des voisins.

Les violences de Johannesburg sont aussi indissociables de la pauvreté des townships, et de son corollaire, l'ignorance. Au fond, que sait le pillard de Reiger Park de ce patrimoine de luttes dont parle Mgr Desmond Tutu de manière pathétique, en rappelant que l'Afrique du Sud est sortie de l'apartheid grâce à la solidarité exemplaire des pays de la "ligne de front" ?

Pourtant, il le faut. Il faut que l'élite sud-africaine se souvienne et se mobilise pour arrêter les pogroms. C'est une exigence morale absolue. La sagesse africaine dit :

"Quand tu ne sais pas où tu vas, n'oublie jamais d'où tu viens".

La Bible, le livre de chevet de Tutu, dit :

"Tu ne porteras point atteinte au droit de l’étranger et de l’orphelin, et tu ne prendras point en gage le vêtement de la veuve.
Tu te souviendras que tu as été esclave en Egypte, et que l’Éternel, ton Dieu, t’a racheté ; c’est pourquoi je te donne ces commandements à mettre en pratique.
Quand tu moissonneras ton champ, et que tu auras oublié une gerbe dans le champ, tu ne retourneras point la prendre : elle sera pour l’étranger, pour l’orphelin et pour la veuve, afin que l’Éternel, ton Dieu, te bénisse dans tout le travail de tes mains.
Quand tu secoueras tes oliviers, tu ne cueilleras point ensuite les fruits restés aux branches : ils seront pour l’étranger, pour l’orphelin et pour la veuve.
Quand tu vendangeras ta vigne, tu ne cueilleras point ensuite les grappes qui y seront restées : elles seront pour l’étranger, pour l’orphelin et pour la veuve.
Tu te souviendras que tu as été esclave dans le pays d’Egypte ; c’est pourquoi je te donne ces commandements à mettre en pratique." (Deutéronome 24)


L'Afrique, quand bien même elle comprendrait le terreau sur lequel la violence de ces jours prospère, regarde l'Afrique du Sud.


Des milliers d'immigrés, en particulier des Zimbabwéens, fuient leurs maisons dans les townships de Johannesburg après des attaques xénophobes qui ont gagné les quartiers pauvres du centre-ville, faisant au moins 22 morts depuis une semaine.

Des bandes de Sud-Africains écument les anciens ghettos noirs et zones défavorisées de la capitale économique du pays. Munis de machettes et d'armes à feu, ils ont tué et blessé des étrangers, les forçant à fuir leurs masures en flammes et en immolant même certains par le feu.

Cette violence xénophobe a débuté le 11 mai dans le bidonville d'Alexandra, où deux personnes ont été tuées, et s'est étendue à d'autres ce week-end.

"Une actualisation du bilan montre que 22 personnes ont été tuées depuis le début des violences la semaine dernière et 217 ont été arrêtées", a indiqué à l'AFP le porte-parole de la police, Govindsamy Mariemuthoo.

"La nuit dernière (dimanche à lundi) a été relativement calme comparée aux précédentes. Nous avons eu quelques incidents et un meurtre a été signalé à Alexandra", a ajouté M. Mariemuthoo.

A Reiger Park, dans la banlieue d'East Rand, la violence a cependant repris lundi, avec des habitants forcés de quitter leur maisons incendiées. Près d'une cabane, un homme gisait, en sang, marqué de brûlures.

Une épaisse fumée a recouvert la zone toute la journée et les hélicoptères de la police scrutaient les rues à la recherche de nouveaux corps.

Un autre corps a été découvert. "Il a été tailladé et brûlé", a dit un policier montant la garde auprès du cadavre, ajoutant qu'il s'agissait sans doute d'un Malawite.

Dimanche, un immigré est aussi mort brûlé: ses assaillants l'ont ficelé dans sa couverture avant d'y mettre le feu. L'image de cette torche humaine faisait la "Une" des journaux.

"Tout ça, c'est la faute des Zimbabwéens. Ils faut qu'ils s'en aillent", a lancé une Sud-Africaine déclarant s'appeler Noxolo.

Les violences ont déplacé des milliers d'étrangers, accusés par beaucoup de Sud-Africains de prendre des emplois et d'être responsables de la criminalité.

Des centaines de personnes se sont réfugiées dans les centres sociaux et les postes de police des zones touchées, principalement la partie mal famée du centre-ville et les bidonvilles de l'est.

"La nuit dernière, nous avons accueilli plus de 2.000 personnes", a dit Mxolisi Koom, bénévole au centre civique de Germiston, proche d'un bidonville dans l'East Rand, à environ 40 kilomètres (25 miles) du centre.

Dans le quartier central de Cleveland, où six victimes ont été comptabilisées dimanche matin, "c'est très tendu, il n'y a vraiment rien d'ouvert", a déclaré à l'AFP la porte-parole de la police Cheryl Engelbrecht, précisant qu'au moins 300 personnes s'étaient réfugiées au commissariat.

La majorité des immigrants arrivés en Afrique du Sud ces dernières années sont des Zimbabwéens qui fuient la crise politico-économique de leur pays. Leur nombre est estimé à trois millions.

Le président sud-africain Thabo Mbeki et le chef du parti du Congrès national africain (ANC, au pouvoir) Jacob Zuma ont condamné ces attaques.

Le Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR) a pour sa part accusé lundi le gouvernement de "ne pas avoir pris convenablement en compte" la question de la xénophobie.

Le prix Nobel de la Paix Desmond Tutu a plaidé pour l'arrêt des violences.

"Je vous en prie arrêtez tout de suite ces violences", a déclaré l'ancien archevêque anglican du Cap. "Ce n'est pas une façon d'agir. Ce sont nos frères et nos soeurs. S'il vous plaît, s'il vous plaît, arrêtez."

Mgr Tutu a rappelé que pendant qu'ils luttaient contre le régime d'apartheid, des combattants sud-africains avaient été accueillis dans les pays voisins: "Nous ne pouvons les remercier en tuant leurs enfants. Nous ne pouvons déshonorer notre lutte par ces actes de violence".

Commentaires

Je me souviens encore des écrits des ivoiriens qui avaient inscrit la Côte d'Ivoire au premier rang des pays les plus exénophobe du monde. Je me souviens de leurs propos sans discernement, partisan à l'encontre de leur pays, où l'absence d'analyse profonde étalait aussi bien leur inculture que leur cécité. Ces comportements sauvages que nous découvrons en Afrique du sud procèdent à la fois des difficultés économiques des autochtones et de la mauvaise gestion des problèmes économiques et poliques des pays voisins. On peut déplorer, critiquer la xénophobie des Sud-Africains comme on l'a fait pour les Ivoiriens. Mais je suis d'avis qu'il ne faut jamais oublier la carence des voisins dans la gestion de leur population. Quand vous devenez un îlot de paix et d'abondance dans un désert d'incompétence et de manque de prise en compte des besoin des populations, on devient l'objet de sollicitations de tous les démunis du monde alentour. C'est une révison globale de la manière de gouverner les peuples d'Afrique qu'il convient de revoir afin d'améliorer les gestions économique et sociale des populations. Pour tout dire, les voisins de l'Afrique du sud sont aussi coupables que les Sud-Africains dans ce qui ce passe dans ce pays. Quant au genre humain, qu'on n'oublie pas qu'il reste un animal dont l'amour de soi lui permet de se défendre contre tout ce qui tend à lui nuire.

Écrit par : St-Ralph | 20/05/2008

Et après on se plaindra du fait que les Européens nous ferment les portes de leurs Pays.
C'est assez ecoeurant de voir à quel point les africains se traitent comme des loups les uns envers les autres.le prétexte de la chèreté sur les marchés et le chommage n'est qu'une excuse.tout le continent entier en a été frappé.est ce pour autant qu'on ait vu de tels actes chez nous ?
En 2008 si nous en sommes encore à ce genre de tels gestes pour résoudre un quelconque problème, et bien ce n'est pour maintenant le développement dont on espère tant.ça fait mal de le dire, mais les africains n'ont jamais atteint un niveau de raisonnement capable de les faire avancer en évoluant.
Dans le fond, et ces manifestations en sont la partie visible de l'Iceberg, le Panafricanisme n'existera que sur les lèvres et dans les textes de l'Afrique.ce modèle de rapprochement voulu pour établir la base d'un éssor économico-social ne sera jamais instauré sur le vieux continent.

Écrit par : cartunelo | 20/05/2008

Une analyse plus pertinente peut nous emmener à comprendre qu'est ce qui est à l'origine soudain de ce regain de violence ?

Ces violences sont inacceptables ;

mais quand un étranger que tu accueilles ne t'aiment pas toi même (dixit Espoir 2000) on t'appelle comment ?

Écrit par : Eppix | 20/05/2008

Les violences xenophobes en RSA sont les conséquence directes de 1) les ravages de l'economie ultraliberale dans laquelle l'Af du sud est plongée et qui concentre les richesses aux mains des multinationales; 2) une désapartheisation ratée qui a laissé toutes les richesses aux mains d'une minorité blanche toujours arrogante et insolente.3) une manipulation du sentiment nationaliste par des forces tapis ds l'ombre a des fins politiques. Ces manipulateurs laissent croire, dans un discours simpliste que s'il n'ya pas du travail, c'est a cause des étrangers zimbabwéens et autres qui volent les emplois... Un peu ce que lepen dit en France ou ce que le NPD dit en Allemagne!
Mais le problème de fonds reste le systéme capitaliste qui concentre les richesses entre les mains ensanglantées de bourgeois, au détriments du prolétariat qui grandit de jour en jour en Afrique du Sud. Les gouvernements Mandela et Mbeki n'ont vraiment pas fait grand chose pour gommer les inegalités criantes qui vous éclaboussent la figure lorsque vous faites un tour dans l'une des banlieue de johannesburg.

Écrit par : http://cnrmun.afrikblog.com/ | 20/05/2008

Salut,

Le sentier pouvait dire: "si tu arrêtes de m'emprunter, sache que tu m'as une fois emprunté et que je serai tjrs là qd tu auras besoin de moi". Il suffit de remplacer "sentier" par "village"!

Bref, je crois qu'il ne faut pas se limiter au simple clivage idélogique socialisme-libéralisme. En interrogeant l'Histoire (je vous y invite), rares snt les pays qui ont pu dvlper la politique du wefare state sans avoir atteint un certain seuil de capitalisme. Il ne s'agit donc pas d'inviter le Frère Mbeki au socialisme prq cessent ces tueries!

Il y a une grande masse de Nègres qui, du fait de l'apartheid, n'a pu avir le minimum d'instruction. cette masse n'a que sa force physique aujurd'hui pour améliorer ses conditions de vie. Les activités nécessitant des cmpétences hautement cmplexes leur sont "interdites".

Alors quand on voit d'autres origines venir lutter ce marché avec vous...

Que faire? Une politique d'alphabétisation? de mise à niveau? Un nationalisme étroit?

Espérons que les cris de coeur des uns et des autres seront entendus!

Écrit par : Lévy | 20/05/2008

Eppix, est-ce que les Zimbabwéens ont manifesté, à ta connaissance et de manière organisée, leur haine des Sud-Africains ?

Écrit par : Théo | 20/05/2008

Lévy, je ne crois absolument pas que ce qui se passe en Afrique du Sud soit une question de manque d'instruction. Ce n'est pas parce cette population a un niveau intellectuel bas qu'elle s'en prend aux étrangers. Il faut reconnaître que dans tous les pays du monde, lorsque la pauvreté des autochtones rencontre un grand nombre d'étrangers dans son espace vital, cela produit des étincelles. Théo se demandait dans son article s'il convient en définitif de parler de seuil de tolérance. Et je disais dans mon message précédent que l'homme et l'animal partagent le même amour de soi qui vous pousse à vous défendre contre ce qui tend à vous nuire. Il importe donc que les pays qui apparaissent comme des oasis économiques et ceux qui ne prennent pas en compte les besoins de leurs populations aient à l'esprit cet élément afin de nous épargner le genre de sauvagerie qui se déroule en Afrique du Sud.

Écrit par : St-Ralph | 21/05/2008

Mon exemple est plus général et ne s'applique pas aux immigrés zimbabwéen.

La violence contre ces africians est répugnante et abominable.

Par contre en CIV, je constate que certains ressortissants frontaliers sont prêts à mettre l'huile sur le feu pourvu que la CIV sombre et que leurs tuteurs crèvent la faim !

Aime l'étranger comme toi même, même s'il veut ta mort ?

Écrit par : Eppix | 21/05/2008

Théo, laisse Mugabe tranquile, il y a des président africains pire que lui, au pouvoir depuis plus longttemps que lui, beaucoup moins democrates que lui ! Son plus grand crime, c'est qu'il s'est attaqué aux inérêts des blancs. Voila pourquoi ils utilisent leurs puissants medias pour le denigrer. Et les africains qui ne reflechissent pas assez se jettent sur "le dictateur" que l'Occident met au banc des accusés de façon subjective.

Écrit par : Kocowoulou | 21/05/2008

St-Ralph,

Je tente de montrer que ceux des Sud-Africains qui s'en prennent aux non-nationaux le font parce les compétences dont ils disposent-la force physique-réduit leur champ d'action. N'étant pas hautement qualifiés, ils ne bénéficient pratiquement pas du progrès sud-africain.

Là, j'ai emprunté la démarche descriptive. Certains copains du CODE dont l'ami TENE SOPE (Tarek) dont parle parle souvent Théo, de retour d'une mission en Af Sud, nous ont dépeint le situation vécue par les Black. Difficile à supporter. Je ne prenais pas le racourci liant barbarie au manque d'instruction. Je tentais plutôt de lier cette violence à la lutte pour la survie; sur la base de "données économiques".

Écrit par : Lévy | 22/05/2008

Ne rêvons plus.
L'Afrique noir n'est pas encore prête à aller de l'avant à aucun niveau.
J'ai des frissons et une angoisse indescriptible rien qu'en réalisant que ces actes ignobles sont posés par des "Noirs" Sud Africains de la non encore totalement en ensevelit apartheid.
Cependant, comme le décris Théo, ce n'est que la résultante de toutes les approximations et malversations politique de mauvaise fois de nos dirigeants Africains qui n'ont pas encore assimilé le fait qu'ils ne doivent être au pouvoir que par le peuple et pour le peuple

Écrit par : Claudus | 23/05/2008

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