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15.05.2008
Désarmement en Côte d'Ivoire : faut-il craindre le syndrome du plan "B" ?

Le principe de la réintégration est simple : une partie des combattants sera reversée dans l'armée, la gendarmerie et la police, tandis qu'une autre rejoindra le service civique ou le Programme national de réinsertion et de réhabilitation communautaire (PNRRC).
Le journal abidjanais "Le Quotidien" affirme dans son édition d'aujourd'hui :
"De sources crédibles (...) ce sont 5 000 hommes qui intégreront la nouvelle armée. Parmi ces 5000 ex-combattants des Forces armées des Forces nouvelles, 4 000 seront reversés à la gendarmerie et à la police. Le service civique prendra en charge 20 000 personnes, tandis que 6 000 ex-combattants des Forces nouvelles regagneront le PNRRC."
Difficile de ne pas tiquer quelque peu en lisant ces chiffres. La rébellion que nous avons tous connue avait-elle en son sein 35 000 combattants - c'est en effet le nombre qu'on obtient quand on additionne les chiffres ci-dessus. Difficile également de ne pas frémir en imaginant que 5000 rebelles entreront dans les casernes des Forces de défense et de sécurité. La différence de "culture d'entreprise" et de niveau académique entre les rebelles et les loyalistes est grande. La greffe prendra-t-elle ?
Les expériences du passé récent dans des pays voisins (le Mali et le Niger) poussent au scepticisme. Passés par l'itinéraire classique de la réinsertion et intégrés dans l'armée, les rebelles touarègues ont repris les armes. En Angola, l'UNITA avait repris les armes malgré le DDR, inclus dans les accords de paix de 1991. En RDC, après le processus de paix et le désarmement, des groupes armés continuent d'être rebelles à l'autorité de l'Etat. Au Burundi aussi.En Côte d'Ivoire, le risque du syndrome du "plan B" existe. L'expression est du général zimbabwéen Sibusiso Moyo, aujourd’hui à la retraite. Lors d'une conférence organisée à Freetown en 2005, il a admis que dans l’accord de pays d’il y a 25 ans, les mouvements nationalistes de son pays qui combattaient le régime minoritaire blanc de Rhodésie, avaient accepté de démobiliser et de participer aux élections nationales. Sans pour autant faire confiance à l’issue du scrutin. Ils ont donc gardé des troupes et de l’armement lourd en réserve, une sorte de “plan B” en cas de reprise du conflit. Les autres participants à cette conférence, organisée, par les Nations unies, ont reconnu que le syndrome du “Plan B” était toujours répandu en Afrique.
Comment éviter un retour à la case départ, à la malienne, à la nigérienne ou à l'angolaise après le désarmement ? Telle doit être dès à présent la préoccupation numéro un des acteurs politiques et de l'intelligentsia ivoirienne. Il faut se réjouir du remodelage politique engagé depuis la signature de l'accord de Ouagadougou et espérer que l'autonomisation des "Forces nouvelles" par rapport à l'opposition ivoirienne et surtout au RDR d'Alassane Ouattara continue. Si les stratégies de Soro, qui n'est pas candidat à la présidentielle et de Ouattara, qui l'est, sont distinctes, il est plus probable que l'ex-rébellion sorte vraiment de la belligérance et s'attache à construire son avenir politique sans armes. L'UNITA de Savimbi a repris les armes en Angola parce que son chef visait avant tout le fauteuil de Dos Santos pour lui-même et dans l'immédiat.
Aujourd'hui, l'on s'engage dans divers processus de réinsertion pour les ex-combattants. Il est important que cette réinsertion se fasse sérieusement, loin de l'amateurisme institutionnel si fréquent en Afrique. Il ne faut pas insérer des ex-rebelles dans l'armée parce que cela fait joli, parce que l'ex-MPCI veut s'en prévaloir dans le cadre des prochaines législatives au nord. Il ne faut pas faire du service civique une foire, une sorte de réceptacle qui se videra dès que le pays sera normalisé. Au Mali et au Niger, c'est la difficile réinsertion des rebelles dans l'armée qui a accouché du "revival" de la rébellion. En Sierra Leone, de nombreux jeunes, un temps insérés dans des programmes institutionnels, ont été laissés à eux-mêmes, comme l'indique un article de AfriqueRelance datant de 2005 :
"Momoh Koroma, qui a été enlevé pour servir dans le Front révolutionnaire uni à 16 ans, a reçu deux mois de formation professionnelle comme mécanicien auto suivant sa démobilisation. A présent il “ne fait rien”, selon ses propos.
Abdul Kamara – autrefois connu comme “ Jésus noir” pour ses prouesses militaires avec le Conseil révolutionnaire des Forces armées a reçu une formation de trois mois comme électricien et à présent vivote de petits boulots.
Mohamed Karim Kanu, enlevé il y a 10 ans par les troupes du Conseil révolutionnaire des Forces armées à 11 ans, souhaite retourner à l’école. Mais il n’a aucune nouvelle de sa famille et l’organisation non gouvernementale qui l’a pris en charge après sa démobilisation n’a pas eu les moyens de l’aider. Du coup, il ne fréquente pas l’école et subsiste “en faisant la manche dans le quartier”.
Il est évident que Momoh, Abdul et Mohamed sont des cibles idéales pour n'importe quel entrepreneur politique véreux. Comme il tombe sous le sens que si, après la rébellion ivoirienne, les ex-combattants sont laissés à eux-mêmes, il ne manquera pas d'hommes politiques putschistes pour les enrôler dans de nouvelles aventures meurtrières.
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