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03/05/2008

Pourquoi abidjan.net est un géant aux pieds d'argile

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C'est le portail internet le plus connu par les Ivoiriens si l'on exclut bien évidemment des "monstres" comme Yahoo et Google, qui ne sont d'ailleurs utilisés que pour les fonctionnalités courrier électronique et moteur de recherche. Abidjan.net est indubitablement LA success story de l'Internet en Côte d'Ivoire. Ses promoteurs ont eu l'idée géniale de miser sur le net alors qu'il était encore embryonnaire en Afrique. Ils ont également profité du contexte de la longue crise politique en Côte d'Ivoire - une crise politique qui a passionné une bonne partie du continent.

Si l'on en croit le site de mesure d'audiences alexa.com, abidjan.net est le huitième site Internet de Côte d'Ivoire en termes de visiteurs uniques. Derrière les mastodontes du courrier électronique et de la recherche (Yahoo, Google, MSN), mais aussi derrière le réseau social Hi-5. Devant un géant mondial comme YouTube. Devant un phénomène planétaire comme Facebook. Mais surtout très loin devant les sites des quotidiens. Seul Frat-Mat est présent dans le "Top 100" et se situe à la 88è place.

C'est un comble ! C'est un comble surtout parce que l'info apporte à abidjan.net plus de la moitié de son trafic, et que cette info est produite quasi-uniquement par les quotidiens ivoiriens, qu'abidjan.net pille systématiquement depuis des années. Ainsi, abidjan.net est quasiment le "propriétaire" des archives de la presse ivoirienne sur le net, avec allafrica.com, qui va jusqu'à faire payer des archives volées !

Comment se fait-il que cette anomalie prospère et qu'abidjan.net prospère sur cette anomalie ? Une seule raison à ce "scandale". L'incompétence crasse des journalistes de Côte d'Ivoire sur tout l'univers du web, et l'ignorance des patrons des rédactions quant à la possibilité de "monétiser" leur site. Il fut un temps où pour nous assurer de la visibilité, nous étions capables de supplier abidjan.net de passer nos papiers...

Tout le monde le sait. La nature a horreur du vide. Et abidjan.net a été pour nous tous une source d'information précieuse, dont la diversité a souvent contrebalancé la pensée unique des médias français sur la crise ivoirienne. Mais voilà : il n'est pas normal que le fournisseur de contenant prospère sur le dos des fournisseurs de contenus. La presse ivoirienne se vend de moins en moins bien, parce que les lecteurs qui ont le net à la maison et surtout au bureau ne voient plus pourquoi ils achèteraient des contenus qui sont gratuits, mais malheureusement sur un support (abidjan.net) dont les promoteurs n'ont pas dépensé le moindre kopeck pour produire l'information. Ce n'est pas juste ! Ce modèle, un jour ou l'autre, sera activement contesté par les rédactions ! Ce jour là, abidjan.net aura du souci à se faire. Frat-Mat, par exemple, a tout à fait le droit de demander à abidjan.net de retirer de son site tous ses contenus, présents ou passés.

Les sociétés de service et d'ingénierie informatique (SSII) et les agences de communication interactive devraient réfléchir à des modèles économiques qui préservent à la fois les intérêts des producteurs de contenus et des "fabricants de contenants". Aujourd'hui, on peut tout à fait réaliser un portail fédérant les contenus de plusieurs sources d'information (la force d'abidjan.net !) tout en respectant le droit à la propriété des journaux grâce à l'outil des flux RSS - c'est exactement ce que fait, par exemple, le portail wikio ! Ceci dit, avant d'implémenter une telle solution, il faudrait déjà que les sites des journaux africains soient mieux faits. Par exemple, le site de Frat-Mat n'est pas doté de flux RSS ! Impossible de se tenir informé des nouveaux articles par son Netvibes ou par n'importe quel autre agrégateur d'info !
Face à l'incompétence des journaux à réaliser des sites potables, les "opérateurs techniques" pourraient opter sur des modèles économiques valorisant le "partage de revenus". Les journaux auraient des sous-portails dans les portails globaux, et ils partageraient les revenus publicitaires générés à partir de leurs pages avec les propriétaires des portails, qui doivent également supporter les coûts en matière de bande passante, de graphisme et d'ingénierie.

L'Internet, en Côte d'Ivoire, doit cesser d'être l'ennemi de la presse ! Les grands sites Internet qui font du bénéfice devraient arrêter la piraterie !

Commentaires

Je comprends maintenant tes griefs (que tu avais déjà exprimés sans toutefois approfondir sur le sujet) vis à vis de ce portail. Pour ma part je plaiderai pour une solution à l'amiable entre abidjan.net et les journaux ivoiriens. En tant qu'expatrié, abidjan.net m'a été d'un grand secours durant la crise ivoirienne.De plus ce site est désormais une référence dans la diaspora africaine. Sinon, je ne sais pas pour vous mais j'ai l'impression que plus le temps passe plus ce portail vire au vert...

Écrit par : Djé | 03/05/2008

lool,

pas bien ca, se sucre comme ca sur le dos des autres.
vraiment pas bien.

moi je pensais peut etre a ceci

Écrit par : tenlep | 03/05/2008

La situation d'Abidjan.net est similaire à celle de Cameroon-info.net, Camerounlink.net, Seneweb.com, lemali.fr, afriquenligne.fr, etc...

Les médias d'Afrique Subsaharienne minimisent l'impact du web et son intérêt. De la même façon qu'il minimise une source de revenus potentiellement importante: la diaspora.

50% du traffic d'Abidjan.net vient de l'extérieur de la Côte d'ivoire, selon Alexa.

Dernièrement, j'apprenais que les dirigeants de Mutations trainaient des pieds pour lancer un portail en ligne (projet dans les cartons depuis plus de 2 ans).

Je pense qu'il n'y a que la jeune génération qui va amorcer la transition, les "anciens" ne changeront pas maintenant; eux qui sont convaincus que le vrai journal restera papier.

Au fait, l'entreprise qui gère Abidjan.net est une LLC américaine, il ne suffira pas de Frat-Mat demande de supprimer ses contenus. ça pourrait être plus compliqué que ça.

Le mieux serait pour les journaux de demander leur part de revenus publicitaires à Abidjan.net, car après tout, personne n'a intérêt à ce que le gâteau disparaisse.
Mais la diaspora préfèrera toujours un site qui aggrège tous les journaux, plutôt que devoir parcourir 10 portails de journaux différents.
Aujourd'hui, Abidjan.net est une vraie marque, aucun journal ne peut faire comme si ça n'existait pas.

Mais à qui la faute si les journaux n'ont pas été les premiers à croire au web? Je comprends bien qu'il y a du contenu obtenu sans en demander l'autorisation (ce qui est visiblement assez courant partout où Internet commence à réellement pénétrer), mais voudrais-tu qu'Abidjan.net disparaisse du paysage cybernétique ivoirien?
ça serait une perte pour tout le monde, même si c'est difficile à accepter.

Écrit par : Nino | 04/05/2008

Nino, c'est pas aussi compliqué d'intenter un procès à Abidjan Net. Qu'Abidjan Net soit géré par une LLC américaine - Limited Liability Company => SARL en francais (Société A Responsabilité Limitée) ou une autre société domiciliée sur la planète Mars, le droit de la propriété intellectuelle est une disposition internationale qui ne fait aucune concession aux fraudeurs. Si la presse ivoirienne est vraiment sérieuse et ambitieuse, elle peut s'attacher les services d'avocats partout dans le monde où Abidjan Net fait l'exercice d'une domiciliation juridique. Et ce ne sont pas des Ivoiriens qui manquent sur la planète Mars pour documenter le pillage de la propriété intellectuelle de la presse ivoirienne écrite. Donc, Nino, c'est très simple. Observe le mouvement des eaux dans les mois qui viennent. Tu verras que les choses vont bientôt changer. On parie?

Écrit par : Le dernier de VAHA | 04/05/2008

Nino, tu as raison de dire que les journaux n'ont pas cru assez tôt au net. Mais on ne peut pas voler un incompétent sous prétexte qu'il est incompétent. Le partage de revenus avec les producteurs de contenus professionnels devient la norme sur les portails. YouTube et DailyMotion le font aujourd'hui. Par ailleurs, TF1 a créé son YouTube à lui (wat.tv) et a porté plainte contre YouTube et l'a obligé à enlever de son portail des milliers de vidéos.
abidjan.net, cameroon-info.net et autres portails nationaux tuent la créativité africaine en ligne. Ils diffusent du contenu que des entreprises ont produit en casquant. Les journaux qui ont des sites Internet, ça va encore. Mais imagine, un "pure player" sur le net dans le genre de Slate, Huffington Post, Rue 89. Il va perdre son temps à créer des contenus qui lui coûteraient de l'argent alors qu'un mastodonte pique quotidiennement du contenu produit difficilement par d'autres ?
Pour l'avenir de l'info sur le net, ces sites-portails doivent arrêter leurs pratiques actuelles.

Écrit par : Théo | 05/05/2008

Wow...et moi qui pensais naïvement qu'il existait une sorte d'agrément entre abidjan.net et les journaux ivoiriens ...
Autre chose, ton sujet est au centre des débats sur les "grands débats" d'abidjan net...

http://forums.abidjan.net/viewreplies.asp?cbid=1&tid=2455997.

Écrit par : Green Man | 05/05/2008

Merci d'avoir mis le doigt sur un problème relatif au respect de la propriété privée et à l'ignorance de ses droits. Je crois que dans cette affaire, les journaux ivoiriens apparaissent comme des sociétés qui ignorent leurs droits et qui ne cherchent nullement à les défendre. Je ne les crois même pas capables de se défendre. A moins que ton article ne provoque un sursaut d'orgueil. Peut-être que dans leur bêtise, les journaux ivoiriens sont très fiers de paraître sur Abidjan.net. Ne riez pas ! Je vous assure que cela pourrait être le cas.

Écrit par : St-Ralph | 05/05/2008

Les amis,

Je ne dis pas que la situation d'Abidjan.net doit rester en l'état, mais elle est justifiée par un besoin passé, un vide juridique et un laxisme des médias ivoiriens qui ont fermé les yeux.
Abidjan.net a donc pu prospérer.

Je dis seulement qu'économiquement parlant, la diaspora ivoirienne est très attachée à Abidjan.net et la diaspora ivoirienne constitue une cible à part entière (ce que ne constituent pas les diasporas américaines ou françaises pour reprendre les cas de Rue89 ou HuffingtonPost).
Les problématiques ne sont cybernétiquement les mêmes.

Théo, tu y vas un peu fort quand tu dis que ces portails "tuent" la créativité africaine en ligne. Quand ils ont été créé, cette créativité n'existait pas. Et à ce que je vois, cette créativité nexiste toujours que très peu.

Penses-tu que Dailymotion ait tuée la créativité française en ligne à ses débuts, quand il ne partageait pas les revenus?
De la même façon, Youtube ne tue pas la créativité mondiale en ligne parce qu'il a hébergé des vidéos sans accord à ses débuts.

Mais que chacun veuille sa part du gâteau est légitime. Et je réitère que personne n'a intérêt à voir Abidjan.net mourir, car c'est une vraie vitrine ivoirienne aujourd'hui, une vraie marque.
Qu'on veuille qu'il se réoriente, ou partage les revenus est une chose normale.

Honnêtement, quand on est un petit journal, oui, on a envie de paraître sur Abidjan.net car on jouira d'une grande visibilité. C'est un fait.

Le parallèle avec Google est saisissant. Google alimente son moteur de recherche en indexant des milliards de sites sans les rémunérér. Alors que son moteur de recherche lui rapporte de l'argent.
Et aucun législateur ne peut aisément trancher cette question, c'est très complexe. Les supports numériques ne sont pas évoqués dans les lois subsahariennes pour la plupart.

Et par rapport à ce qu'elle gagne en visibilité, non censure possible, tous les journaux ivoiriens veulent-ils que leurs articles disparaissent d'Abidjan.net? Je ne le pense pas.

Écrit par : Nino | 05/05/2008

Nino, Google rend un service, il fait de la redirection grâce à un algorithme puissant. Et il aide les sites. Beaucoup d'entre eux reçoivent du trafic grâce aux recherches sur Google. Et on peut choisir facilement quand on crée son site ou son blog de ne pas apparaître dans les moteurs de recherche.
Le problème de fond, c'est l'Etat de droit et l'intelligence collaborative. Si des ingénieurs ou des développeurs ont des solutions pour mettre en ligne la presse, pourquoi ne pas voir avec la presse des solutions win-win ?

Écrit par : Théo | 05/05/2008

Théo,

Sur le même principe, peux-tu affirmer que les ventes de Fraternité Matin n'ont pas augmenté à un moment donné grâce à la publicité indirecte que lui a faite Abidjan.net?

Le problème de fond est le partage de revenus; il n'est pas question de droit ou de collaboration; mais d'argent.
Peut-être sais-tu combien Abidjan.net gagne comme argent, et tu trouves injuste que les revenus ne soient pas partagés, ce qui est normal.

Wikio vit en indexant des flux RSS sans demander leur avis, tu as dû suivre la fermeture de Fuzz en France (bien qu'envoyant du traffic vers d'autres sites, le législateur n'avait pas à juger ces aspects de la question).
Wikio est aussi sur la sellette avec un procès actuellement en cours.
Ce n'est pas parce qu'un service semble bien qu'il est légal. Bien et légal sont distincts.

Sinon:
- La presse ivoirienne a-t elle demandé des comptes à Abidjan.net?
- Qu'a répondu Abidjan.net ?
- Si la presse n'a pas demandé de compte, pourquoi Abidjan.net se chercherait des problèmes ?
- Quelle genre de solution win-win peuvent être mises en place?
- Que dit le droit OHADA sur cette question? Que dit la loi américaine?
- Combien la presse ivoirienne peut-elle espérer d'un partage de revenus avec Abidjan.net?

Écrit par : Nino | 05/05/2008

Nino, la problématique de Fuzz est différente. C'est un type qui a été calomnié par un bloggeur dont le flux a été relayé par Fuzz qui a fait condamner l'agrégateur. Sinon, là, je sens qu'on bavarde par plaisir de bavarder. On est d'accord pour le partage de revenus entre ces portails et les titres de presse. Quant à moi, je pense que ces titres auront bientôt leur propre stratégie Internet et récupéront leurs biens qui sont ailleurs pour le moment. Il faut bien que sur place la presse vive et non qu'elle soit étouffée par des ingénieurs de la diaspora qui gagnent bien leur vie par ailleurs. Que serait le monde sans lemonde.fr ?

Écrit par : Théo | 05/05/2008

Je crois sincèrement que Nino n'a pas tort de se poser la question de savoir si les journaux ivoiriens n'ont pas gagné de l'argent grâce à Abidjan.net. Leur manque de réaction le laisse croire. Cependant je comprends tout à fait la réaction de Théophile quant à l'état de totale impunité dans lequel prospèrent quelques ingénieurs de la dispora sur le compte de la presse ivoirienne. En tant que journaliste, il serait injuste de lui en vouloir de s'insurger contre une telle pratique. Car aujourd'hui, tout se paie. Et se permettre de publier les oeuvres d'autrui sans aucune rémunération ou contrepartie est assurément un vol. Certes, les concernés gardent le silence peut-être par ignorance ou par faiblesse. Mais est inéluctable qu'un jour une voix s'élève pour dénoncer la pratique. Et pour l'heure, cette voix est celle de Théo. Nous verrons s'il réveillera ses amis de la presse écrite ivoirienne.

Écrit par : St-Ralph | 06/05/2008

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