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26/04/2008

Mot rapide du Cameroun

Je suis au Cameroun pour un voyage express. Bien entendu, j'observe et je vous raconterai. Pour l'instant, je soumets ce papier de Clement Boursin, de l'Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture. Son titre ? Le Cameroun a trois ans pour éviter des violences postélectorales.
Dans quelques jours, ma propre analyse.

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23/04/2008

Hommage à Aimé Césaire (2)

Sur les blogs d'écrivains africains, on trouve de beaux hommages à Aimé Césaire. De très beaux hommages.
La communauté de Kangni Alem a fait un petit jeu : chacun "offre" aux autres la citation du poète qui l'a le plus marqué. Le résultat est émouvant.
L'écrivain béninois Florent Couao-Zotti a quant à lui écrit un beau texte sur l'héritage de Césaire.
Au bar "Le Crédit a Voyagé", on peut lire l'hommage du maître de céans, Alain Mabanckou, mais aussi celui d'Achille Mbembe.
Bonne lecture à tous !

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Quand Bongo se glorifie de la vigueur de la Françafrique

La vidéo qui suit est une des plus hallucinantes qu'il m'a été donné de regarder ces derniers mois. Elle nous permet d'entrer dans la "grande sorcellerie" franco-africaine et d'apprécier toute l'habileté dans le chantage d'un Bongo tellement rural et analphabète que Canal Plus se sent obligée de sous-titrer ses tirades en français accessible.

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21/04/2008

Chefs d'Etat africains : qui est franc-maçon ?

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Il est vrai que les dossiers sur les francs-maçons et leurs mystérieuses connexions sont devenues une sorte de "marronnier" pour la presse française. Il n'empêche que les "Unes" évoquant ceux qui se font appeler "les fils de la veuve" attirent toujours. Comme beaucoup d'autres lecteurs, je me suis plongé avec beaucoup d'intérêt dans la lecture de l'enquête de Vincent Hugeux et de François Koch publiée dans L'Express de la semaine dernière et intitulée "Francs-maçons : l'Afrique aux premières loges".

Je m'y suis plongé d'autant plus facilement qu'une sorte de "trombinoscope" aguicheur capte forcément l'attention. On y trouve, sur fond de carte d'Afrique, les photos des chefs d'Etat considérés comme des "frères au grand jour" - Omar Bongo Ondimba (Gabon), Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville), Idriss Déby Itno (Tchad) et François Bozizé (République centrafricaine). Le dernier cité, indique L'Express, par ailleurs révérend supérieur d’une Eglise du christianisme céleste-Nouvelle Jérusalem, a sollicité à l’automne 2007 la bénédiction du pape Benoît XVI. On y signale aussi les "frères de l'ombre", qui s'abstiennent de commenter, voire démentent :
Abdoulaye Wade (Sénégal), qui a, "semble-t-il, pris ses distances avec sa loge, d'autant qu’il doit tenir compte de l’hostilité de l’islam confrérique envers la franc-maçonnerie" ; Blaise Compaoré (Burkina Faso), parrainé par son ministre des Affaires étrangères, Djibril Bassolé ; Amadou Toumani Touré (Mali) ; Mamadou Tandja (Niger) ; Thomas Yayi Boni (Bénin) et Paul Biya (Cameroun), qui aurait été initié avant de se rapprocher de la mouvance rosicrucienne. Les "demi-frères" sont ceux qui ont été approchés et envisagent de rallier la « tribu » : Faure Gnassingbé (Togo), et Joseph Kabila (République démocratique du Congo).

Au-delà du trombino, le dossier de L'Express nous en apprend de bien belles sur les moeurs politiques en Afrique noire. Par exemple, Denis Sassou N'Guesso a "converti", en 1996, Idriss Déby et ses "frères ennemis" aujourd'hui rebelles, Tom et Timane Erdimi. L'article de L'Express confirme que les "frères de lumière" ont été les maîtres d'oeuvre de la conférence de Kléber, après Linas-Marcoussis, où il était question de "déshabiller" Laurent Gbagbo pour "habiller" Seydou Diarra et tout le lobby qu'il représente, que le général Robert Gueï a été "initié en présence d’une brochette d’anciens officiers français et catapulté en un clin d’œil au 33e degré, dignité suprême" et que la bataille de Brazzaville entre Lissouba et Sassou était aussi une bagarre entre le Grand Orient et la Grande loge nationale de France (GLNF). On peut lire cette vérité affolante, qui montre que certains de nos Etats ont été "privatisés" au profit de mouvements ésotériques tirant leur substance de l'étranger : "Au Gabon, au Congo-Brazza ou au Cameroun, décrocher un maroquin demeure, pour le non-initié, un authentique exploit".
A la fin de la lecture de cet article, on est persuadé d'une chose : franc-maçonnerie en Afrique = Françafrique. On se dit aussi que s'im est vrai qu'on reconnaît l'arbre à ses fruits, alors la franc-maçonnerie en Afrique est assurément une plante vénéneuse produisant des "tyrans éternels".

L'article en entier ici.

18/04/2008

Evénements de novembre 2004 : qui a peur de la vérité ?

Ceux qui ont fréquenté Gildas Le Lidec à Abidjan, ancien ambassadeur de France en Côte d'Ivoire, aujourd'hui à Madagascar, savent qu'il était particulièrement torturé après les événements de novembre 2004 ? Qu'a-t-il dit de si important qu'il faille absolument le cacher aux enquêteurs ? Pourquoi la France officielle fait tout pour obstruer la vérité sur le "bombardement" de Bouaké ? A-t-on déjà vu une victime avoir peur de la révélation de la vérité ?

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La Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN) a donné un avis défavorable à la déclassification d'un rapport diplomatique français concernant l'enquête sur le bombardement de Bouaké en Côte-d'Ivoire en 2004.
Ce document est "un rapport de fin de mission de l'ambassadeur en poste à Abidjan au moment des faits", selon le texte de l'avis de la commission daté du 3 avril publié vendredi au Journal officiel, qui ne publie pas les motivations de la décisioN.
La CCSDN avait été saisie le 10 mars 2008 par le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, à la suite d'une demande du 15 janvier 2008 de Florence Michon, juge d'instruction au Tribunal aux armées de Paris (TAP), chargée de l'information judiciaire ouverte pour "assassinats, tentatives d'assassinats, destructions" dans le cadre du bombardement du camp militaire de Bouaké le 6 novembre 2004.
Neuf militaires français avaient été tués, ainsi qu'un civil américain, lors du bombardement du camp français par deux Sukhoï 25 des forces loyalistes ivoiriennes.
Il revient au ministre des Affaires étrangères de se prononcer sur cet avis. Les quelque 120 avis de la CCSDN ont tous été suivis par les ministres concernés, sauf une fois, par la ministre de la Défense, à l'époque Mme Alliot-Marie, pour un détail dans un dossier concernant ce bombardement de Bouaké.
C'est le onzième avis sur le dossier de Bouaké, émis par la CCSDN depuis l'ouverture de l'information judiciaire.

AFP

18:30 Publié dans Vite dit ! | Lien permanent | Commentaires (2)

Gbagbo et "l'intelligence du village"

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Le président Laurent Gbagbo profite de son voyage aux Etats-Unis pour parler à la presse... française. Je ne parlerai pas beaucoup du fond de son entretien au "Monde", mais de sa manière de répondre ou de ne pas répondre aux questions, et de récupérer le discours des autres pour donner son point de vue.
Gbagbo a envie de dire du bien de Sarkozy, on le savait depuis son départ d'Abidjan. Mais il veut dire du bien de lui pour des raisons qui réjouiront sa base, et non comme un vulgaire Omar Bongo Ondimba. Il dresse donc le portrait d'un Sarko réformateur, liquidateur de la Françafrique. Il avait refusé de s'exprimer sur le discours de Dakar. Mais il est volontiers bavard sur le discours prononcé en Afrique du Sud. Extraits.

Vos relations avec le président français, Jacques Chirac, étaient médiocres. L'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy change-t-elle la donne ?


Bien sûr. Les observateurs de la politique africaine de Sarkozy n'ont pas remarqué une chose fondamentale. La déclaration du Cap, en février, tendant à modifier les accords de défense entre la France et ses anciennes colonies d'Afrique est révolutionnaire. Il met à terre un des piliers de ce qu'on appelait la "Françafrique". Nous le réclamons depuis toujours.

Est-ce que vous souhaitez la fermeture du 43e bataillon d'infanterie de marine français, basé à Abidjan ?


Nous sommes d'accord avec la proposition de la France qui maintiendrait, comme points d'ancrage, des bases à Dakar, Libreville, Djibouti et La Réunion. Cela veut dire que le 43e BIMA fermera.


Peut-on parler d'une normalisation des relations entre Paris et Abidjan ?


Elles n'ont plus la passion malsaine qu'un diplomate français appelait le pathos. Il suffisait que la Côte d'Ivoire dise quelque chose pour que la France se mette en branle, ou l'inverse. Il n'y a plus cette maladie-là. Les relations sont en voie de normalisation. Elles sont bonnes.


On remarquera que Gbagbo "prend la bouche de la France" pour dire que le 43è BIMA fermera. Ivoirien veut pas palabre. On remarquera aussi que lorsque le numéro un ivoirien ne veut pas répondre à une question, il ne recule devant aucune "bizarrerie" pour ne pas y répondre. Exemple.

Les experts de l'ONU chargés de surveiller l'embargo sur les armes affirment que la garde républicaine bloque le contrôle de certains sites. Pourquoi ?


Il faut le demander à la garde républicaine. Je ne peux pas lui donner des ordres, j'ai d'autres choses à faire.


Tchié ! Quand un Africain du village écoute cette réponse, il entend : "Je refuse le contrôle de certains sites en donnant ma bouche à la Garde républicaine, et je ne lèverai pas mon interdiction."

L'intégralité de l'interview :


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Mon Aimé Césaire

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Les lectures adolescentes sont sans doute celles qui nous marquent le plus profondément. L'esprit est encore vierge, il n'est pas encore corrompu par le cynisme et ce fameux "à-quoi-bon-isme" qui rend les adultes si durs, souvent inaccessibles à l'émotion poétique. J'ai lu "Cahier d'un retour au pays natal" d'Aimé Césaire quand j'avais quinze ans. L'âge où on se pose des questions. L'âge où on est prompt à la révolte. L'âge où on est à la recherche de sens.
Ce long poème a été pour moi un précis d'intelligence philosophique, politique et émotionnelle.
Ce long poème et ses phrases de révolte contre le dominateur, qui vous blesse, vous nargue, vous écrase.

Au bout du petit matin...

Va-t-en, lui disais-je, gueule de flic, gueule de vache, va-t-en je déteste les larbins de l'ordre et les hannetons de l'espérance. Va-t-en mauvais gris-gris, punaise de moinillon. Puis je me tournais vers des paradis pour lui et les siens perdus, plus calme que la face d'une femme qui ment, et là, bercé par les effluves d'une pensée jamais lasse je nourrissais le vent, je délaçais les monstres et j'entendais monter de l'autre côté du désastre, un fleuve de tourterelles et de trèfles de la savane que je porte toujours dans mes profondeurs à hauteur inverse du vingtième étage des maisons les plus insolentes et par précaution contre la force putréfiante des ambiances crépusculaires, arpentée nuit et jour d'un sacré soleil vénérien.


Ce long poème et son refus radical de toute compromission.

Accommodez-vous de moi. Je ne m'accommode pas de vous !


68163cc59a687927f7b4ac243222f3a2.jpgCe long poème et l'amertume du dominé au milieu d'un peuple de dominés qui reproduit les mécanismes de sa domination.

Au bout du petit matin, cette ville plate — étalée, trébuchée de son bon sens, inerte, essoufflée (...) embarrassée, rognée, réduite, en rupture de faune et de flore.

Au bout du petit matin, cette ville plate — étalée...

Et dans cette ville inerte, cette foule criarde si étonnamment passée à côté de son cri comme cette ville à côté de son mouvement, de son sens, sans inquiétude, à côté de son vrai cri, le seul qu'on eût voulu l'entendre crier parce qu'on le sent sien lui seul ; parce qu'on le sent habiter en elle dans quelque refuge profond d'ombre et d'orgueil, dans cette ville inerte, cette foule à côté de son cri de faim, de misère, de révolte, de haine, cette foule si étrangement bavarde et muette.

Dans cette ville inerte, cette étrange foule qui ne s'entasse pas, ne se mêle pas : habile à découvrir le point de désencastration, de fuite, d'esquive. cette foule qui ne sait pas faire foule, cette foule, on s'en rend compte, si parfaitement seule sous ce soleil (...)


Ce long poème qui exprime si bien la profondeur du passé qui ne passe pas, et cette douleur qui va bien plus loin que la rancoeur ou le prétendu "chantage mémoriel".

Que de sang dans ma mémoire ! Dans ma mémoire sont des ecb56606e69420fe539e82ae3ece8a12.jpg
lagunes. Elles sont couvertes de têtes de morts. Elles ne sont
pas couvertes de nénuphars. Dans ma mémoire sont des
lagunes. Sur leurs rives ne sont pas étendus des pagnes de
femmes.

Ma mémoire est entourée de sang. Ma mémoire a sa ceinture
de cadavres !

et mitraille de barils de rhum génialement arrosant nos
révoltes ignobles, pâmoisons d'yeux doux d'avoir lampé la
liberté féroce

(les nègres-sont-tous-les-mêmes, je-vous-le-dis les
vices-tous-les-vices, c'est-moi-qui-vous-le-dis
l'odeur-du-nègre, ça-fait-pousser-la-canne

rappelez-vous-le-vieux-dicton :

battre-un-nègre, c'est le nourrir)

(...)

Et ce pays cria pendant des siècles que nous sommes des
bêtes brutes ; que les pulsations de l'humanité s'arrêtent aux
portes de la négrerie ; que nous sommes un fumier ambulant
hideusement prometteur de cannes tendres et de coton
soyeux et l’on nous marquait au fer rouge et nous dormions dans nos excréments
et l’on nous vendait sur les places et l’aune de drap anglais et la viande salée d’Irlande coûtait moins cher que nous, et ce pays était calme, tranquille, disant que l’esprit de Dieu était dans ses actes.


Ce long poème et cette plongée dans l'humiliation, cette catharsis d'où échappe un humanisme universel et bouleversant.

Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi, les cheveux dans le
vent, ma main petite maintenant dans son poing énorme et la force n'est pas en nous,
mais au-dessus de nous, dans une voix qui vrille la nuit et l'audience comme
la pénétrance d'une guêpe apocalyptique. Et la voix prononce que l'Europe nous a
pendant des siècles gavés de mensonges et gonflés de pestilences,
car il n'est point vrai que l'oeuvre de l'homme est finie
que nous n'avons rien à faire au monde
que nous parasitons le monde
qu'il suffit que nous nous mettions au pas du monde
mais l'oeuvre de l'homme vient seulement de commencer
et il reste à l'homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins
de sa ferveur
et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l'intelligence, de la
force
et il est place pour tous au rendez-vous de la conquête et nous savons
maintenant que le soleil tourne autour de notre terre éclairant la parcelle qu'a fixée
notre volonté seule et que toute étoile chute de ciel en terre à notre commandement
sans limite.


Parmi ceux qui pleureront Césaire ces prochains jours devant l'oeil des caméras, combien sauront qui était vraiment ce grand poète que leurs larmes pleurent si bruyamment ?

Hommage à Aimé Césaire (1)

Trois dessins de Jeff, en guise d'introduction.

Parole.

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Le voyageur.

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Le nouvel homme.

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16/04/2008

Les Kényans ont-ils "acheté" la paix aux politiques ?

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Extrait d'un article lu dans Time Magazine et traduit pour vous.


Au final, ne pouvant pas s’entendre totalement, Kibaki et Odinga ont decidé de créer plus de ministères, leur nombre passant de 34 à 42. La pertinence de certains se discute. Il n’y a pas seulement un ministre du développement, mais désormais en plus un ministre pour le Nord Kenya et les autres zones arides. Nairobi, qui a déjà son propre gouvernement local, est désormais « traitée » par un nouveau ministre au point de vue national. Le pays aura aussi un ministre pour « le planning et la vision 2030 », dont les attributions sont très mal définies.
Au Kenya où la corruption est forte, ce n’est pas une surprise pour plusieurs groupes de la société civile : les leaders verront les cabinets ministériels non comme des plateformes sur la base desquelles gouverner effectivement, mais comme des prix à attribuer à des supporters loyaux. « Si vous regardez, dans l’opposition et le gouvernement, il y a des gens qui, il y a quelques années disaient “il faut un cabinet resserré, il faut réduire les dépenses du gouvernement” », explique Stephen Lugalia, president de lnstitute of Certified Public Accountants of Kenya. « Ce sont des personnes très intelligentes qui ont decidé d’ignorer leurs déclarations passées et de dire "nous allons juste veiller à prendre soin de notre peuple."


L'article en entier ici.

Cela ne vous rappelle-t-il pas le processus de sortie de crise dans un autre pays d'Afrique, où l'on a vu des analphabètes devenir ministres tant le gouvernement de sortie de crise était assimilé à une mangeoire ?

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14/04/2008

Paris-Abidjan-Kigali : réconciliation ou realpolitik ?

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Si Nicolas Sarkozy a eu un jour envie d'apparaître comme le "réconciliateur" là où ses prédécesseurs symbolisaient l'affrontement avec la Côte d'Ivoire de Laurent Gbagbo, le Rwanda de Paul Kagame et dans une certaine mesure l'Afrique du Sud de Thabo Mbeki (l'on se souvient des échanges peu amènes entre Paris et Pretoria autour de "la bataille d'Abidjan"), il doit être bien content aujourd'hui.
C'est l'idylle entre la France et l'Afrique du Sud. Sarkozy se souvient que Mbeki a été l'une des rares voix africaines à ne pas l'accabler après le discours de Dakar (l'on se demande toujours pourquoi, mais il fallait sans doute en savoir plus sur les tractations souterraines pour comprendre cette drôle de connivence).
C'est la détente entre la France et le Rwanda, et Kagame tresse des lauriers à Nicolas Sarkozy lors de la dernière interview qu'il a accordée à Jeune Afrique.


"Les signes (...) sont encourageants et indiquent que l'on progresse sur la voie de la normalisation. Nous les accueillons avec un esprit positif. Nous voulons avancer vite, et je crois qu'avec l'administration Sarkozy le Rwanda a enfin trouvé un interlocuteur ouvert."


b0f7ebab8cb56ae029c525bd07d07f28.jpgL'Ivoirien Laurent Gbagbo, qui a été l'un des quatre chefs d'Etat africains à recevoir par avance le discours de Sarkozy au Cap, fait désormais assaut de lyrisme envers la France, et flatte son homologue en le comparant (à son avantage) avec son prédécesseur Jacques Chirac. Extrait d'un article de Fraternité-Matin d'aujourd'hui.

Hier, le Président Laurent Gbagbo, «heureux» et décontracté, s’est longuement confié, «pour l’histoire» (...) Pour cela, il a témoigné de sa «reconnaissance» à l’Angola pour son soutien. Il a également remercié les Présidents sud-africain Thabo Mbeki et burkinabé Blaise Compaoré, pour leurs différentes médiations qui ont boosté le processus de paix. Le Président ivoirien est également revenu sur les relations difficiles que la Côte d’Ivoire et la France ont entretenues durant la crise, du fait de son homologue français d’alors. «La France est redevenue aux yeux de la Côte d’Ivoire ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, c’est-à-dire un pays ami, un grand frère (…) Nous sommes dans une bonne phase avec la France», a dit Laurent Gbagbo, en se félicitant de la nouvelle approche de la France, empreinte de respect et de considération.
Parlant de la sortie de crise, le Chef de l’Etat a évoqué le «travail intense» qu’il a abattu avec le Premier ministre et le gouvernement, ce week-end, pour «prendre lundi (aujourd’hui, ndlr) les dernières décisions» concernant les élections générales et «les communiquer au Facilitateur et au Conseil de sécurité» de l’Onu. «Bientôt, nous allons faire les élections et la crise sera terminée», a rassuré le Président Gbagbo. Parlant des soldats des forces de l’Onuci et de la Licorne, qu’il a remerciés, le Chef de l’Etat dira: «je souhaite qu’ils restent jusqu’aux élections, qu’ils nous aident à les sécuriser et après nous nous séparerons amicalement».


Que faut-il comprendre ? Que l'homme du discours scandaleux de Dakar, accessoirement créateur du ministère de l'Identité nationale, réussit là où ses prédécesseurs Mitterrand et Chirac ont échoué ? Qu'il arrange là où ils ont "gâté" ? Trop simpliste. Les discours bienveillants que l'on entend à Kigali, Pretoria et Abidjan témoignent plus d'une forme de realpolitik que d'autre chose.

Le temps, grand guérisseur, a pansé certaines blessures au Rwanda. Kagame apprécie d'avoir affaire, pour la f2c078198db162bc727defe61ddffb47.jpgpremière fois, à un exécutif non impliqué dans le génocide. Il ne bouderait pas, aujourd'hui, un arrangement qui dissuaderait la France de lui nuire au Conseil de sécurité de l'ONU, au sein des institutions de Bretton Woods et dans ce qu'on peut appeler la machine judiciaire internationale. Certes, il n'est pas pressé, sa situation étant plus confortable aujourd'hui qu'hier. Mais il n'est pas masochiste non plus.

Mbeki, quant à lui, n'a jamais été hostile à une cogestion des crises et des opportunités africaines avec la France et d'autres puissances. C'est l'arrogance de Jacques Chirac, qui le voyait en Bongo ou Sassou-bis, en porte-voix servile sans aucune forme d'influence supplémentaire qui a réveillé en lui le nationaliste africain. Que Sarkozy, un homme qui n'a pas connu le colonialisme le flatte en reprenant le thème de la "renaissance africaine" dans ses discours n'est pas pour lui déplaire. De plus, Pretoria est engagée dans une guerre de leadership au long cours contre Abuja. L'Afrique du Sud a besoin d'alliés, notamment dans son ambition de gagner LE siège africain du Conseil de sécurité de l'ONU. Il nous faudra sans doute bien analyser les résultats de la prochaine rencontre UA-ONU à New York pour comprendre le jeu de Mbeki.

Gbagbo va aux élections. Et il a besoin de la neutralité bienveillante de la France pour accompagner la normalisation économique (qui passe par le FMI, la Banque mondiale et les investissements étrangers, y compris français) et la normalisation diplomatique (qui passe par le Conseil de sécurité de l'ONU). Il sera à New York avec l'ami Mbeki, y rencontrera des officiels hexagonaux. Il donne donc des signaux. Le grand marchandage, la grande "sorcellerie" est ouverte.

Trop consciente de sa fragilisation dans un contexte international où l'Afrique redevient un enjeu, une princesse certes délurée et panier percé mais convoitée pour ses beaux bijoux, la France de Nicolas Sarkozy revient, au fond, à la doctrine du foccartisme originel. On ne se fâche pas longtemps avec les pouvoirs en Afrique. On les renverse ou on fait avec au nom du devoir de maintenir, partout, les intérêts français, la présence française. Mitterrand au Rwanda et Chirac en Côte d'Ivoire ont eu des obsessions passionnelles négatives. Sarkozy, qui n'a pas baigné dans l'univers du colonialisme et du néocolonialisme, qui voit l'Afrique par le prisme de l'immigration et des gros profits des grands groupes, dont les patrons sont ses amis intimes, est plus détaché, plus froid. Ce qui ne signifie pas, loin s'en faut, qu'il soit un grand humaniste tiers-mondiste.

23:10 Publié dans Vite dit ! | Lien permanent | Commentaires (2)