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14/04/2008

Paris-Abidjan-Kigali : réconciliation ou realpolitik ?

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Si Nicolas Sarkozy a eu un jour envie d'apparaître comme le "réconciliateur" là où ses prédécesseurs symbolisaient l'affrontement avec la Côte d'Ivoire de Laurent Gbagbo, le Rwanda de Paul Kagame et dans une certaine mesure l'Afrique du Sud de Thabo Mbeki (l'on se souvient des échanges peu amènes entre Paris et Pretoria autour de "la bataille d'Abidjan"), il doit être bien content aujourd'hui.
C'est l'idylle entre la France et l'Afrique du Sud. Sarkozy se souvient que Mbeki a été l'une des rares voix africaines à ne pas l'accabler après le discours de Dakar (l'on se demande toujours pourquoi, mais il fallait sans doute en savoir plus sur les tractations souterraines pour comprendre cette drôle de connivence).
C'est la détente entre la France et le Rwanda, et Kagame tresse des lauriers à Nicolas Sarkozy lors de la dernière interview qu'il a accordée à Jeune Afrique.


"Les signes (...) sont encourageants et indiquent que l'on progresse sur la voie de la normalisation. Nous les accueillons avec un esprit positif. Nous voulons avancer vite, et je crois qu'avec l'administration Sarkozy le Rwanda a enfin trouvé un interlocuteur ouvert."


b0f7ebab8cb56ae029c525bd07d07f28.jpgL'Ivoirien Laurent Gbagbo, qui a été l'un des quatre chefs d'Etat africains à recevoir par avance le discours de Sarkozy au Cap, fait désormais assaut de lyrisme envers la France, et flatte son homologue en le comparant (à son avantage) avec son prédécesseur Jacques Chirac. Extrait d'un article de Fraternité-Matin d'aujourd'hui.

Hier, le Président Laurent Gbagbo, «heureux» et décontracté, s’est longuement confié, «pour l’histoire» (...) Pour cela, il a témoigné de sa «reconnaissance» à l’Angola pour son soutien. Il a également remercié les Présidents sud-africain Thabo Mbeki et burkinabé Blaise Compaoré, pour leurs différentes médiations qui ont boosté le processus de paix. Le Président ivoirien est également revenu sur les relations difficiles que la Côte d’Ivoire et la France ont entretenues durant la crise, du fait de son homologue français d’alors. «La France est redevenue aux yeux de la Côte d’Ivoire ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, c’est-à-dire un pays ami, un grand frère (…) Nous sommes dans une bonne phase avec la France», a dit Laurent Gbagbo, en se félicitant de la nouvelle approche de la France, empreinte de respect et de considération.
Parlant de la sortie de crise, le Chef de l’Etat a évoqué le «travail intense» qu’il a abattu avec le Premier ministre et le gouvernement, ce week-end, pour «prendre lundi (aujourd’hui, ndlr) les dernières décisions» concernant les élections générales et «les communiquer au Facilitateur et au Conseil de sécurité» de l’Onu. «Bientôt, nous allons faire les élections et la crise sera terminée», a rassuré le Président Gbagbo. Parlant des soldats des forces de l’Onuci et de la Licorne, qu’il a remerciés, le Chef de l’Etat dira: «je souhaite qu’ils restent jusqu’aux élections, qu’ils nous aident à les sécuriser et après nous nous séparerons amicalement».


Que faut-il comprendre ? Que l'homme du discours scandaleux de Dakar, accessoirement créateur du ministère de l'Identité nationale, réussit là où ses prédécesseurs Mitterrand et Chirac ont échoué ? Qu'il arrange là où ils ont "gâté" ? Trop simpliste. Les discours bienveillants que l'on entend à Kigali, Pretoria et Abidjan témoignent plus d'une forme de realpolitik que d'autre chose.

Le temps, grand guérisseur, a pansé certaines blessures au Rwanda. Kagame apprécie d'avoir affaire, pour la f2c078198db162bc727defe61ddffb47.jpgpremière fois, à un exécutif non impliqué dans le génocide. Il ne bouderait pas, aujourd'hui, un arrangement qui dissuaderait la France de lui nuire au Conseil de sécurité de l'ONU, au sein des institutions de Bretton Woods et dans ce qu'on peut appeler la machine judiciaire internationale. Certes, il n'est pas pressé, sa situation étant plus confortable aujourd'hui qu'hier. Mais il n'est pas masochiste non plus.

Mbeki, quant à lui, n'a jamais été hostile à une cogestion des crises et des opportunités africaines avec la France et d'autres puissances. C'est l'arrogance de Jacques Chirac, qui le voyait en Bongo ou Sassou-bis, en porte-voix servile sans aucune forme d'influence supplémentaire qui a réveillé en lui le nationaliste africain. Que Sarkozy, un homme qui n'a pas connu le colonialisme le flatte en reprenant le thème de la "renaissance africaine" dans ses discours n'est pas pour lui déplaire. De plus, Pretoria est engagée dans une guerre de leadership au long cours contre Abuja. L'Afrique du Sud a besoin d'alliés, notamment dans son ambition de gagner LE siège africain du Conseil de sécurité de l'ONU. Il nous faudra sans doute bien analyser les résultats de la prochaine rencontre UA-ONU à New York pour comprendre le jeu de Mbeki.

Gbagbo va aux élections. Et il a besoin de la neutralité bienveillante de la France pour accompagner la normalisation économique (qui passe par le FMI, la Banque mondiale et les investissements étrangers, y compris français) et la normalisation diplomatique (qui passe par le Conseil de sécurité de l'ONU). Il sera à New York avec l'ami Mbeki, y rencontrera des officiels hexagonaux. Il donne donc des signaux. Le grand marchandage, la grande "sorcellerie" est ouverte.

Trop consciente de sa fragilisation dans un contexte international où l'Afrique redevient un enjeu, une princesse certes délurée et panier percé mais convoitée pour ses beaux bijoux, la France de Nicolas Sarkozy revient, au fond, à la doctrine du foccartisme originel. On ne se fâche pas longtemps avec les pouvoirs en Afrique. On les renverse ou on fait avec au nom du devoir de maintenir, partout, les intérêts français, la présence française. Mitterrand au Rwanda et Chirac en Côte d'Ivoire ont eu des obsessions passionnelles négatives. Sarkozy, qui n'a pas baigné dans l'univers du colonialisme et du néocolonialisme, qui voit l'Afrique par le prisme de l'immigration et des gros profits des grands groupes, dont les patrons sont ses amis intimes, est plus détaché, plus froid. Ce qui ne signifie pas, loin s'en faut, qu'il soit un grand humaniste tiers-mondiste.

23:10 Publié dans Vite dit ! | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Analyse pertinente et révélatrice à mon avis.
Quand on ajoute à cette liste le Président Tchadien Idriss Déby en se souvenant du cocktail "Inculpation des 6 Français l'arche de Zoe - N'djamena attaqué et Déby enfermer dans le palais présidentiel entouré de rebelles armés lourdement - retrait des forces rebelles qui avaient pourtant pris le contrôle de N'Djamena - Libérations des 6 Français l'arche de Zoe suite à une grace présidentielle accordé par Idriss Déby", il y a lieu de se poser des questions dont les réponses sembles évidentes.

La France a changer de dirigeant et de tactiques peut être, mais pas son idéologie de conquête basé sur des plans tendancieux et fallacieux.

Écrit par : Claudus | 15/04/2008

Woody, ne te laisse pas flatter par les discours des pro-sarko. Cherche seulememt à défendre nos intérêts. Les relations inter sont régies par tout, sauf la morale.

Écrit par : Levy | 15/04/2008

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