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02/04/2008

Vie chère : mes propositions à nos gouvernements

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Le district d'Abidjan a été secoué pendant deux jours par des manifestations contre la vie chère. La Côte d'Ivoire rejoint le Sénégal, le Burkina Faso et le Cameroun qui ont été ébranlés par la colère des consommateurs. Dans une intervention télévisée hier dans la nuit, le président Gbagbo a annoncé des mesures fiscales et douanières et a déploré la "spéculation inacceptable" de certains opérateurs économiques.
Pour ma part, j'ai quelques suggestions que j'aimerais verser dans la "boîte à idées" du président et du gouvernement.

- Premièrement, je pense qu'il faut faire quelque chose au plan mondial pour des denrées comme le riz et le blé. Les économistes nous expliquent que la tendance haussière des prix est une tendance au long cours. Ces denrées deviennent donc des denrées stratégiques. Les Etats doivent s'impliquer dans leur importation. Je songe à des négociations avec les gouvernements des pays producteurs sur la base du troc. Le troc revient en force sur les marchés internationaux. Pourquoi ne pas proposer des formules "cacao contre riz" voire "pétrole contre blé" ? Les pays africains bénéficient aussi de la tendance haussière des prix. Il y a des compensations possibles. Les denrées alimentaires sont désormais des enjeux diplomatiques.

- Deuxièmement, il faut lancer des campagnes pour encourager les populations dans les zones périurbaines à s'investir dans l'agriculture vivrière. On peut travailler en ville pendant la semaine et aller au champ le samedi. L'agriculture doit devenir une activité secondaire plus courante. En Côte d'Ivoire par exemple, la réinsertion des ex-combattants voire le retour des "déplacés de guerre économiques" doit comporter un volet "création de fronts agricoles", notamment dans les zones dépeuplées de l'Ouest.

- Troisièmement, les gouvernements devraient financer des "comparateur de prix" consultables sur Internet et grâce aux téléphones mobiles. L'information économique rend le consommateur plus puissant et encourage les "attitudes citoyennes" parmi les industriels et les commerçants.

Puisqu'il faut être constructif, voici quelques idées. Je suis sûr que "le village" en a d'autres...

Commentaires

Salut Théo

Je pense que tes suggestions sont exellentes.

En ce qui concerne le "Comparateur de Prix" dont tu parles; pas très loin nous, juste à coté au Ghana, des jeunes gens ont mis sur pieds cet outil : www.tradenet.biz qui intègre internet et téléphone portable.

En fait, c'est une bourse électronique des denrées alimentaires au niveau de la sous région où les participants peuvent accéder à l'information via SMS ou internet.

Ciao !

Écrit par : Garba | 02/04/2008

Théo, tes propositions sont excellentes. Et comme tu l'as souligné nos gouvernants doivent mener des politiques volontaristes en faveur de l'auto-suffisance alimentaire. En Côte d'Ivoire, toutes les poches climatiques sont favorables à la culture du riz. Il faut amenager de vastes parcelles dans toutes les régions avec le soutien des conseils généraux; et au niveau de l'Etat, réduire le coût des intrants qui induira une reduction des coûts de production.

Écrit par : Amos | 02/04/2008

Théo, tes deux dernières propositions sont pertinentes, contrairement à la première, "cacao contre riz" que je ne partage pas. Tu sais pourquoi la filière du riz a disparu en Côte d’Ivoire? Eh, bien, c’était pour permettre à certaines personnes d’être importateurs exclusifs de riz. En 1980, il y avait une société d’Etat, SODERIZ, qui produisait du riz et qui n’avait pas de problème. Le riz produit par SODERIZ était si bon qu’il était consommé au palais (chez Houphouet). Un midi, à table, le Directeur Général a appris à la télé que la société qu’il dirigeait le matin venait d’être dissoute. Parce ce qu’à cette époque, le Système avait jugé bon de s’octroyer l’importation du riz qu’il ne pouvait faire qu’en cassant SODERIZ. En réalité, en Côte d’Ivoire, produire du riz ne coûte pas plus cher que l’importer. Les animateurs de l‘État qui ont le pouvoir de décider la production sont plutôt intéressés par ”le-tout-cuit’’, l’importation. Si demain M. Gbagbo veut produire du riz, qu’il le fasse savoir sur ton blog, je lui donnerai les noms des techniciens du cadre à l’ouvrier, formés en Côte d’ivoire et au Grands-Moulins de Paris, qui ont fait le succès de SODERIZ. Ces techniciens sont encore vivants. Mais il ne le fera pas parce que l’africain, en général, et l’ivoirien en particulier, est comme ça : aucun sens d’initiatives. Je ne fais que partager en d’autres termes ce que Thierry Tanh (Ivoir Café) dit tous les jours. Pendant qu’on y est, sais-tu que l’igname pourrit à Bondoukou, la banane aussi à dans des campements de Bounafla, tandis qu’il y a pénurie à Yamoussoukro? Que la Côte d’Ivoire est formateur d’ingénieurs en logistique aussi performants que ceux sortis de Westpoint? Alors que les dames du marché Gouro n’ont jamais été à l’école, elles qui assurent la logistique de la grande partie de ce qui se consomme comme vivriers à Abidjan? Non, la cherté de la vie n’est pas importée, c’est notre propre invention. «Quand ce que tu sais produire devient cher, réjouis-toi au lieu de pleurer.»

Écrit par : Alfred Cablan | 03/04/2008

effectivement, un pays comme la côte d'ivoire, terre bénie des Dieux comme certains se plaisent à le dire souvent, n'a pas besoin d'importer pour se nourrir, nous subissons les politiques d'ajustement structurels du FMI qui nous ont au contraint à nous tourner vers une agriculture de type "industrielle" au détriment de l'agriculture vivrière. excuses moi de revenir à nouveau dans mon contexte dans mon contexte m'batto mais je trouve navrant qu'aujourd'hui qu'il y'ait pénurie de certaines denrées alimentaires dans mon village, chose qui était inimaginable dans les années 80.Même l'attiéké parfois faut se rendre à Abidjan pour l'acheter.

Pour ce qui est de l'incitation au retour à la terre, je pense que ta proposition est déjà une réalité, informelle, mais une réalité tout de même. Ne dit on pas pas "fonctionnaire la semaine" et paysans le week end...des amis étudiants m'on même appris que certains de leurs profs regroupaient leur cours le week end pour pouvoir se rendre au champ la semaine.

Écrit par : Djé | 03/04/2008

j'aime bien ta dernière proposition mais dans le cas ivoirien je me demande si elle n'a pas 5 ans d'avance.

Écrit par : Djé | 03/04/2008

je me souvient tres bien de la soderiz: voila une reussite qui a ete sabote. Afrique yako!
Je suis particulierement d'accord avec l'idee de Garba. Mais surtout il est important de developer les culture de grande consommation sur place ou developer cela quelque part dans la sous-region. c'est un garant de la stabilite nationale et sous-regionale. Pour la securite national il faut forcement produire un minimum de choses sur places quand on sait que les marches internationaux obeissent a une donne de profit emmanant de jonglages de l'offre et de la demande.
En ce moment certains predisent une crise mondiale avec pour origine les USA, pendant que d'autres trouvent que les pays emergeant vont equilibrer la donne pour permettre une reprise. La realite est que la chine qui est celle qui en ce moment permet au pays emergeants et en developpement de tenir la bar (pour ne pas dire battre des records) se trouve de plus en plus confrontee a de gros problemes internes. Avec son avidite en matiere premiere et en ressouces, elle a participe a faire grimper les cours mondiaux. Le probleme est qu'aujourd'hui elle est devenu un importateur net de denree alimentaire. Et ses besoins ne cesse de croitre. ne serait-ce pas un cas qui pourait exacerber les problemes actuels? Dans ces condtions notre salut reside dans nos propres possiblites a produire nos aliments (Enfin produisons le maximum de ce que nous pouvons sur place et importons ce que nos climats ne nous permtte pas de produire.) Au dans ce cas de figure on peut toujours jouer a substituer ce qui est importe avec ce qu'on produit sur place. Oui on s'adapte quand on n'a pas le choix. Ensuite soyons sur nos gardes pour la comparaison des prix. Avec internet aujourd'hui chacun peut etre le citoyen anonyme qui veille a la bonne marche des mecanismes des marches de son pays.

Écrit par : ivorion | 03/04/2008

Cablan, je suis d'accord avec toi sur la production locale de riz. Le "troc" serait une étape intermédiaire avant les résultats dans ce domaine. C'est ce que j'écrivais dans un post précédent, bien avant les émeutes de CI.

http://kouamouo.ivoire-blog.com/archive/2008/03/10/afrique-pourquoi-les-emeutes-de-la-faim-risquent-de-se-multi.html#comments

Écrit par : Théo | 03/04/2008

quatriéme proposition : maintenir les droits de douane sur les importations de nourriture au lieu de les supprimer comme le fait Gbagbo. Si le riz importé est cher, les paysans seront encouragé à faire du riz ou de l'igname. Evidemment, les abidjanais se plaindront à leurs voisins politiciens car le riz importé leur convient. Mais qui va payer le riz importé pour les urbains? Les paysans en exportant du cacao, bien sur.
Satisfaire les urbains ou les paysans, telle est la question.

cinquiéme proposition : developper l'enseignement agricole au collège, au lycée et même un peu à l'école primaire. Les paysans ivoiriens grattent la terre avec leur daba et cultivent le riz dans les bas-fonds avec des rendements minables. Il faut former la nouvelle génération à la mécanique agricole, l'attellage des boeufs et les techniques agricoles de base. La Cote d'ivoire pourrait nourrir 60 millions de personnes si elle cultivait le riz comme le Vietnam, exporter des millions de tonnes d'huile de palme comme la Malaisie tout en gagnant autant avec le cacao, si il était de bonne qualité. Au lieu de ça vous formez des sociologues et des professeurs de biologie moléculaire. gnrinporte quoi.

sixiéme proposition (pas sérieuse) : envoyer les propriétaires de Maybach et de Hummer travailler dans les champs pendant 3 mois avec leurs chauffeurs, leurs gardes du corps et leurs maitresses.

Écrit par : wobebli | 03/04/2008

on ne reste pas dans magnans pour enlever magnans!

avez vous dejà vu un pays ou la moitié est occupée par des contrebandiers et le gouvernement dirigé par un contrebandier être propère?

Les solutions quelqu'elles soient ne pouront être qu'une cauterisation d'une jambe de bois dans le contexte actuel!!!

allons aux élections, votons pour des gens qui ont des idées claires pour la côte d'ivoire et vous verrez

Écrit par : marianne | 03/04/2008

Je pense, Wobebli, qu'il faut peut-être deux types de mesures : d'urgence (pour éteindre le feu dans les grandes villes) et de fond (pour gérer une situation qui durera dix ans).

Écrit par : Théo | 03/04/2008

Il faut en finir avec ses hypocrisies des institutions internationales qui demandent aux États africains de se désengager des secteurs productifs. Il faut re-créer des sociétés d’État. Il faut re-créer SODERIZ et l’améliorer par rapport à la défunte. Boeing et Dassault n’ont pas créé leurs sociétés avec des économies sur leurs salaries ou des prêts de banques privées. C’est bien avec ou l’argent des contribuables de leurs États respectifs ou du pillage des États-colonies ou les deux. Pour développer la production de riz, on a besoin de structures formelles, organisées: de capital public (une société d’État), des écoles d’ouvriers spécialisés, les terres fertiles et les structures universitaires existant déjà dans cette caricature ivoirienne qu’on peut qualifier d’“armée polonaise”: le secteur agricole ivoirien regorge de généraux et d’officiers (ingénieurs agronomes, des moniteurs de Produits Végétaux et Agricoles, etc.) mais pas d’ouvriers agricoles spécialisés. Quelqu’un qui a été à l’école 13 années durant pour être en Terminale, qui a tenté 2 années durant le BTS, et qui veut retourner à la terre, pensez-vous qu’il peut attraper une machette pour une bonne performance? Non, je crois qu’en 15 années de banc durant, la paume de sa main se sera trop ramolie pour ça. Donc cette bonne volonté aura besoin qu’on l’aide à accéder aux moyens techniques avancés mais simples, à savoir, comment épandre un herbicide, comment réparer un petit moteur diesel KFC pour labourer son champ, comment créer son propre engrais (compost), etc., etc. Même quand il utilise un boeuf pour travailler la terre, il a besoin de savoir comment mesurer le pH de son sol pour éventuellement en corriger la qualité et assurer ses récoltes. Bref, on a les moyens de faire tout cela. Il n’est pas plus compliqué de produire du riz que de l’importer, pas plus de former des ingénieurs agronomes que de former des ouvriers agricoles. Les institutions financières internationales nous trompent. L’État ne doit pas se désengager du secteur productif, pas plus d’ailleurs que les pays de l’OCDE. L’investissement public est indispensable dans la création des petites et grandes industries, amorce du processus de développement. Seulement, il faut faire en sorte que des mains expertes gèrent ce capital, mais ça c’est un autre problème. Trouvons des mécanismes de bonne gestion et prenons des initiatives publiques. Nous n’irons pas vite comme sans ces handicaps d’aujourd’hui (ce gouvernement “façon- façon” que nous avons), mais nous progresserons.

Écrit par : Alfred Cablan | 04/04/2008

Il faut en finir avec ses hypocrisies des institutions internationales qui demandent aux États africains de se désengager des secteurs productifs. Il faut re-créer des sociétés d’État. Il faut re-créer SODERIZ et l’améliorer par rapport à la défunte. Boeing et Dassault n’ont pas créé leurs sociétés avec des économies sur leurs salaries ou des prêts de banques privées. C’est bien avec ou l’argent des contribuables de leurs États respectifs ou du pillage des États-colonies ou les deux. Pour développer la production de riz, on a besoin de structures formelles, organisées: de capital public (une société d’État), des écoles d’ouvriers spécialisés, les terres fertiles et les structures universitaires existant déjà dans cette caricature ivoirienne qu’on peut qualifier d’“armée polonaise”: le secteur agricole ivoirien regorge de généraux et d’officiers (ingénieurs agronomes, des moniteurs de Produits Végétaux et Agricoles, etc.) mais pas d’ouvriers agricoles spécialisés. Quelqu’un qui a été à l’école 13 années durant pour être en Terminale, qui a tenté 2 années durant le BTS, et qui veut retourner à la terre, pensez-vous qu’il peut attraper une machette pour une bonne performance? Non, je crois qu’en 15 années de banc durant, la paume de sa main se sera trop ramolie pour ça. Donc cette bonne volonté aura besoin qu’on l’aide à accéder aux moyens techniques avancés mais simples, à savoir, comment épandre un herbicide, comment réparer un petit moteur diesel KFC pour labourer son champ, comment créer son propre engrais (compost), etc., etc. Même quand il utilise un boeuf pour travailler la terre, il a besoin de savoir comment mesurer le pH de son sol pour éventuellement en corriger la qualité et assurer ses récoltes. Bref, on a les moyens de faire tout cela. Il n’est pas plus compliqué de produire du riz que de l’importer, pas plus de former des ingénieurs agronomes que de former des ouvriers agricoles. Les institutions financières internationales nous trompent. L’État ne doit pas se désengager du secteur productif, pas plus d’ailleurs que les pays de l’OCDE. L’investissement public est indispensable dans la création des petites et grandes industries, amorce du processus de développement. Seulement, il faut faire en sorte que des mains expertes gèrent ce capital, mais ça c’est un autre problème. Trouvons des mécanismes de bonne gestion et prenons des initiatives publiques. Nous n’irons pas vite comme sans ces handicaps d’aujourd’hui (ce gouvernement “façon- façon” que nous avons), mais nous progresserons.

Écrit par : Alfred Cablan | 04/04/2008

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