topblog Ivoire blogs Envoyer ce blog à un ami

29/03/2008

Faut-il continuer à soutenir Mugabe ?

ee87b989a8d62e5e7a8b95f5112baee4.jpg
Aujourd'hui, le Zimbabwe, économiquement exsangue, élit son président. Robert Mugabe, président sortant, est aux prises avec Simba Makoni, ancien de la ZANU-PF, son parti, et Morgan Tsvangirai, candidat du MDC, et "opposant historique".
Tout le monde prédit la victoire de Mugabe, que les médias occidentaux ne peuvent désigner sans ajouter à son nom le qualificatif "dictateur". Mugabe, nous explique-t-on, gagnera parce qu'il s'est donné les moyens de gagner. Et non parce qu'il est soutenu par le peuple.
Je me méfie de ce genre de jugements catégoriques - on en a beaucoup entendu en Côte d'Ivoire, et ils étaient complètement erronés.
L'Occident m'intéresse peu. Je m'interroge et j'interroge les Africains : doit-on continuer à soutenir Mugabe, au pouvoir depuis 28 ans, et qui veut mourir sur son fauteuil, pour la seule raison que sa lutte contre le scandale des terres est légitime ?
N'y a-t-il personne dans son parti qui peut continuer sa lutte pour la justice foncière dans son pays ?
Si l'on met de côté le combat contre un Occident qui soutient l'inacceptable - la monopolisation des terres arables par les Européens, qu'est-ce qui distingue Mugabe de Bongo ou de Biya ? N'est-il pas un "tyran éternel" comme les autres ?
Mugabe nous séduit parce que notre imaginaire politique s'abreuve à la source d'une certaine philosophie anticolonialiste, progressiste. Nous avons trop supporté les "puppets" de l'Occident pour être insensibles à une certaine forme de courage chez lui. Mais cela suffit-il ?
"Qu’est-ce qu’un homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais s’il refuse, il ne renonce pas : c’est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement", écrivait Albert Camus dans L'Homme révolté. Nous disons non à la dictature, au néocolonialisme, à la société verrouillée.
Mais à quoi disons-nous oui ? Personnellement, je dis oui à la liberté pour l'Afrique de choisir ses partenaires dans le contexte de la mondialisation, à la conscience patriotique de nos dirigeants, à une société libérale et démocratique. Les fondements philosophiques de l'indépendantisme à l'américaine me séduisent plus qu'une vulgate marxiste devenue trop commode pour les partisans du monolithisme politique. Ce qui ne signifie pas que je suis favorable à la politique contemporaine des Etats-Unis.
Robert Mugabe est certes un nationaliste, mais il n'est pas un républicain. En République, la mort du chef sur son fauteuil est une malheureuse exception, un accident. En monarchie, c'est la loi naturelle.
Je me méfie de plus en plus des rhétoriques politiques tournant autour du "revanchisme". Une chose est de résister fermement contre l'envahisseur, une autre est de tirer profit de l'existence ou du souvenir de l'envahisseur pour s'éterniser au pouvoir. A la démarche de Mugabe, je préfère la méthode sud-africaine, qui privilégie la restauration du lien social entre les communautés - la réconciliation, donc - et la rectification patiente des inégalités, dans un environnement pacifié.

Les commentaires sont fermés.