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21/03/2008

Jean-Marie Bockel, le sacrifié

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Dans la France de Nicolas Sarkozy, c'est une mauvaise manière que d'affirmer que l'on veut "signer l'acte de décès de la Françafrique". C'est un acte de délinquance que de donner des sueurs froides au père Omar Bongo Ondimba, très nerveux ces derniers mois, ou au camarade Sassou.
Jean-Marie Bockel vient de le comprendre. A l'occasion du dernier remaniement ministériel, il a été débarqué du lieu d'où il entendait écrire l'épitaphe du néocolonialisme à la française. Il est désormais chargé de gérer les Anciens Combattants. Retour vers le passé donc, pour celui qui se rêvait l'homme du futur et de la rénovation.
Le "délit" de Jean-Marie Bockel est contenu dans une tribune libre publiée dans Le Monde le 15 janvier 2008. Il y écrivait :

"C’est justement parce que je suis un ministre d’ouverture et que j’ai adhéré au discours de Nicolas Sarkozy sur l’Afrique que je souhaite que les choses changent. Or la rupture tarde à venir. Il y a encore trop de rentes de situation, trop d’intermédiaires sans utilité claire, trop de réseaux parallèles pour permettre un partenariat assaini, décomplexé, d’égal à égal. La "Françafrique" est moribonde. Je veux signer son acte de décès. Il ne s’agit pas de faire la morale, mais d’aider au développement. Or, à cause de défauts de gouvernance dans certains pays, notre politique de coopération, malgré de multiples réalisations, ne permet pas des progrès à la hauteur des efforts consentis. (...)
La mauvaise gouvernance, le gaspillage des fonds publics, l’incurie de certaines structures administratives ou politiques, la prédation de certains dirigeants, tout le monde connaît ces facteurs ou les imagine. Au total, sur 100 milliards de dollars annuels d’aide pour l’Afrique, 30 milliards s’évaporent. Certains pays ont d’importantes ressources pétrolières, mais leur population n’en bénéficie pas. Est-il légitime que notre aide soit attribuée à des pays qui gaspillent leurs propres ressources ? Il faut donc revoir les conditionnalités, évaluer l’efficience de notre aide."


Comment Jean-Marie Bockel se sent-il aujourd'hui ? Affectant de rester droit dans ses bottes, il dit ne pas retirer un mot sur la Françafrique. Il n'empêche qu'il n'est plus dans le circuit...

Et Robert Solé consacre, à lui et à son ambition contrariée, un billet court, ressemblant justement à une épitaphe...

"Contre son gré, Jean-Marie Bockel passe du secrétariat d'Etat à la coopération à celui des anciens combattants. Il essaie de s'en consoler et de faire bonne figure en soulignant sa "passion pour la défense". Est-ce bien à propos ? On ne lui demande pas de concocter des plans d'invasion, mais, après avoir combattu pour la coopération, de coopérer avec d'anciens combattants.


Les autorités gabonaises se frottent ouvertement les mains. Le soldat Bockel avait beaucoup déçu certains potentats africains en réclamant des relations moins tordues entre la France et ses ex-colonies.

Les secrétaires d'Etat passent ; les chefs d'Etat restent. Président du Gabon depuis 1967, Omar Bongo déclarait récemment : "Je serai candidat en 2012 si Dieu me donne encore la force." Il n'a pas précisé ses intentions pour 2019, mais tout indique que seul le Tout-Puissant pourrait le soustraire à son devoir. N'oublions pas que si l'Afrique est le plus jeune des continents par l'âge moyen de sa population, c'est aussi le plus vieux : les premiers hommes y seraient nés il y a 100 000 ans, bien avant la Coopération."

On ne peut s'empêcher de comparer Jean-Marie Bockel à Jean-Pierre Cot, premier ministre de la Coopération sous François Mitterrand, sacrifié sur l'autel de la Françafrique. Ironie du sort, Bockel se croyait plus malin que Cot :

"C’est un vieil ami. Il s’est vite isolé et n’a pas forcément fait la bonne analyse. Moi, je suis avant tout un pragmatique. Je sais gérer les gens, les budgets, les contradictions."

00:45 Publié dans Vite dit ! | Lien permanent | Commentaires (8)

Commentaires

admirable commentaire

Écrit par : kangni | 21/03/2008

On attend maintenant le retour en grande pompe à Libreville des deux français sans papier expulsés

Écrit par : Djé | 21/03/2008

Moi, il y a quelque chose qui me frappe: on dirait que les africains attendent que la france décide de la mort de la francafrique pour que cette mort soit une mort. Mais mon Dieu qu'ont fait ces africains là pour qu'ils soient si amorphes! Tous attendent. Un contrat ça ne se dénonce pas seulement toujours par une des parties. Chaque partie peut le dénoncer. Cela coûte combien aux africains pour un matin dire et décider de manière unilatérale et sans retour en arrière que ces contrats de défense sont caducs, nuls et de nul effet à compte de jour!

Écrit par : Kassi | 21/03/2008

Bonne question, Kassi. Faut-il en conclure que les Africains n'aiment pas la liberté, comme Gbagbo l'a dit lors de sa dernière interview à la télé et dans New African ? Peut-être sommes-nous encore trop divisés, et que rien n'a changé depuis le temps de la pénétration coloniale. Ou bien ?

Écrit par : Théo | 21/03/2008

apparemment la dégringolade "sondagesque" de sarkozy avait beaucoup de raisons que son seul côté "blin blin" n'expliquait!

Pourrait il en être autrement quand on sait que la france ne peut esperer gagner des marchés en afrique face à des concurrents bon marché que sont la chine et l'inde?

On revient aux anciennes habitudes pudiquement appelé françafrique qui ont permis de garder ou de gagner des marchés sans coup ferir

Mais les temps ont changés, des chefs d'état nouveaux sont apparus (aucun nom pour ne pas susciter la polémique politicienne) et surtout le monde est devenu un village planetaire!

Ce qui me fait marrer c'est que ces mêmes françafricains dénonceront la gabegie et la predation de l'aide au dévéloppement un peu comme le lezard et sa queue

Écrit par : marianne | 21/03/2008

Les gars, la sortie du joug néocolonial français ne viendra pas de da la France. C'est à NOUS de tout faire pour les bouter dehors eux et leurs patins locaux...

Écrit par : Nkoyi | 21/03/2008

As-t-on encore besoin de le rappeler? "Les Etats ne badinent pas avec leurs intérets" et la France n'est grande que quand elle monte sur les épaules de l'Afrique. Alors, ce n'est pas demain que Marianne abandonnera ses méthodes mafieuses.

Écrit par : Mikke | 21/03/2008

...En même temps qu'il ne faut pas croiser les bras pour la belle mort de la françafrique, il ne faut pas oublier que le prix à payer ne relève pas de simples discours.

cela y va de la chair à offrir aux canons français aux cadres africains compétents et intègres en paddant par le chamboulement de l'espace politique africain pour nous défaire de nos potentats locaux.

Écrit par : Lévy | 24/03/2008

Les commentaires sont fermés.