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08/03/2008

Gabon : mes conseils à Omar Bongo

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Les observateurs de la Françafrique se passionnent pour l'apparente dégradation des relations franco-gabonaises de ces derniers jours. Ils ont regardé avec intérêt le reportage de France 2 sur les multiples et scandaleux biens immobiliers du couple terrible Bongo-Sassou dans l'Hexagone. Ils ont aussi appris que le Gabon avait entrepris d'expulser des Français pour riposter (?) à l'expulsion de deux étudiants gabonais. Les deux informations s'emmêlent et on peut s'y perdre.
Une fois n'est pas coutume : je ne suis pas du tout d'accord avec l'analyse de Pierre Haski de Rue 89 sur ce qui nous est vendu comme la réaction d'Omar Bongo aux méthodes Hortefeux. Une analyse contenue dans un article intitulé "Expulsions de Français : le Gabon tend un miroir à la France".
Je refuse d'être embarqué dans la querelle pitoyable d'un couple égoïste qui a pris l'habitude de manger ses enfants tout simplement parce que le conjoint fragilisé se met à jouer au parent se souciant des intérêts de sa famille. Il est tout à fait étrange qu'Omar Bongo se révolte, en 2008, contre une logique d'expulsions qui a cours depuis de nombreuses années. Que ne s'est-il pas indigné plus tôt ? Tout cela a une forte odeur de manipulation.
Indigné que ses complices habituels n'aient pas empêché la révélation des preuves de sa kleptocratie par des médias français (notamment par France 2, que de nombreux Gabonais reçoivent par le biais de Canal Horizons), Omar Bongo veut rallier des "idiots utiles" : les Africains et les Français hostiles à la chasse aux étrangers version Sarkozy.
Si Omar Bongo est fâché, il peut vendre ses propriétés en France et rapatrier l'argent gagné pour créer des universités de haut niveau au Gabon où tous les étudiants gabonais et africains viendraient étudier, s'épargnant les humiliations des fonctionnaires français.
Si Omar Bongo est furieux, il peut rapatrier ses fonds placés en France et en Suisse et créer un fonds d'investissement ou de capital-risque pour investir dans des multinationales africaines qui pourront recruter les jeunes formés par les universités de haut niveau qu'il aura créés et d'autres jeunes, qui ne seront plus obligés de risquer leur vie pour arriver en Europe.
Si Omar Bongo est excédé, il peut fermer le tunnel qui relie sa résidence à la base militaire française de Libreville, en guise de protestation.
Mais il ne le fera pas. Son anticolonialisme de pacotille ne vise qu'à obtenir des garanties de ses complices en France. Bongo donne de la voix parce qu'il veut plus de Françafrique pour lui, mais surtout pas parce qu'il réclame plus de dignité pour son peuple.
Son anticolonialisme de pacotille ressemble à s'y méprendre à celui de son gendre, homologue et complice, Denis Sassou Nguesso, exprimé sur le perron de l'Elysée en juillet 2007.

Commentaires

Bonjour,

ça fait un bon oment que je suis vos analyses sur votre blog, j'aimerais tout d'abord vous féliciter pour les analyse de qualité.
J'ai pensé qu'il serait encore plus intéressant de vous écouter ou de débattre avec vous sur la question africaine de vive voix
prévenez moi lorsque vous serez de passage à paris pour une conférence dans un cercle de réflexion ou autre.

Un africain vivant en France mais amoureux de l'afrique intélligente

Écrit par : vangbe | 08/03/2008

Théophile, je ne suis pas en désaccord avec vous, en particulier sur l'analyse de l'"anticolonialisme de pacotille" de Bongo ou de Sassou. Mais je me plaçais du point de vue de l'opinion française, en espérant que cette inversion des rôles que propose Bongo en menaçant d'expulser les Français en situation irrégulière, ferait réfléchir les Français, non pas sur la nature de Bongo, mais sur la brutalité de notre politique d'immigration et surtout des quotas d'expulsions. Comme le commentateur précédent, faites signe si vous passez par Paris pour poursuivre ce débat!

Écrit par : Pierre Haski | 08/03/2008

Totalement en phase avec votre contre-analyse des rapports gabono-français actuels et par-delà de la Françafrique , je voudrais rajouter que les manifestations d'orgueil mal placé du dirigeant gabonais ne visent qu'à conforter à sa manière la " rupture" si chère à son homologue français mais en version tropicana.
Comme je continue de le penser , les tenants africains de la françafrique continueront pendant longtemps de sacrifier l'Afrique au gré de leurs intérêts carnivores et de la prévarication de leurs régimes honnis . La véritable rupture viendra d'Afrique...Mais comment et à quel prix ?
Bien à vous

Écrit par : HR | 08/03/2008

Je suis arrivée sur votre blog en suivant le chemin de RUE89.

Votre commentaire est très intéressant.

Vous avez votre explication sur la stratégie de Bongo et sur sa volonté d'utiliser ceux que vous appelez les "idiots utiles".

Votre explication est assez convaincante mais je pense que vous oubliez quelque chose: un évènement politique peut avoir différentes implications qui n"ont pas été prévues par le stratège. Je crois que c'est ce qui se passe actuellement.

Je crois qu'il est possible que cet évènement se retourne un peu contre Bongo et beaucoup contre la France.

Dans tous les cas, on entend la voix des gens d'Afrique, et ça fait du bien, car jusqu'à aujourd'hui il me semble que c'était toujours les autres qui parlaient à votre place.

Écrit par : EK | 08/03/2008

salut,

Mes copains cent'Af avaient l'habitude de me dire, après de longues heures de débat portant sur l'Avenir du Continent, qu'ils comptent sur le Bon Dieu pour les débarrasser de leurs Autorités-en les tuant!

Écrit par : Levy | 11/03/2008

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