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01/03/2008

Emeutes au Cameroun : le temps des analyses (3)

Pour Vincent Sosthène Fouda, politologue vivant à Montréal, au Canada, le président Paul Biya est coupé de son pays. L'intégralité de sa tribune publiée dans le quotidien Mutations.

2d5522a069ae715f0194fa43e3b50b04.jpgEtrange adresse du Chef de l’Etat à la Nation, il n’identifie pas ceux à qui il s’adresse montrant certainement que l’heure est grave. Il parle tour à tour de jeunes et de "délinquants attirés par la possibilité de pillages ", il évoque " les apprentis sorciers qui dans l’ombre ont manipulé" les jeunes, nous découvrons que le Chef de l’Etat donne une réponse de gangster aux délinquants et aux apprentis sorciers au moment où beaucoup attendent un discours d’apaisement, des actes concrets devant amener le peuple camerounais à réaliser que le Gouvernement garde la main – que la politique n’est pas comme on semble le découvrir depuis des décennies au Cameroun une somme des hasards. En réalité, les discours du président de la République se suivent sans se ressembler, preuve d’une certaine incapacité à apporter des solutions aux problèmes de notre temps qui s’imposent à notre pays. A qui peut-on faire croire aujourd’hui qu’un conflit social ne cache point un conflit politique ? A qui veut-on faire que le mouvement des transporteurs est le bras qui a allumé le brasier ?

S’il est à déplorer des casses dans l’ensemble du territoire alors que l’immense majorité des camerounais tire déjà le diable par la queue, on ne saurait attribuer ces actes à la force de manipulation des " apprentis sorciers qui dans l’ombre " manipulent les jeunes. Ceci pour au moins une raison, ceux qui n’ont pas hier gagné du crédit par les urnes n’ont pas les moyens de mobiliser l’immense majorité de la République. Conséquence, soit le Gouvernement a perdu tout crédit soit alors il faut chercher les raisons ailleurs.
Pour nous, c’est ailleurs justement qu’il faut chercher l’origine de ce conflit. Comme nous l’avons souligné plus haut, les adresses du Chef de l’Etat se suivent sans se ressembler – Lors de l’entretien qu’il a accordé à France 24 le 30 octobre 2007, le Chef de l’Etat affirmait en effet " J'ai un mandat de sept ans et j'ai fait la moitié de ce mandat. A l'heure actuelle nous avons d'autres priorités et la constitution telle qu'elle est aujourd'hui ne me permet pas de briguer un troisième mandat. Cela étant, nous avons d'autres urgences : lutte contre la corruption, contre le SIDA, contre la pauvreté. Il faut assurer la stabilité dans l'Afrique centrale et j'estime que ces problèmes d'élections sont posés prématurément ".

Le 31 décembre dans ses vœux à la Nation, défiant toute intelligence, le Chef de l’Etat parle des constitutions comme étant " … par ailleurs de portée générale et ne concernent qui que ce soit en particulier ", signifiant par là qu’il n’est point visé par un quelconque article de la Constitution de 1996 y compris l’ article 6 alinéa 2 qui stipule clairement qu’au terme de 2 septennats le Chef de l’Etat en exercice ne puisse plus se présenter aux suffrages du peuple. Monsieur René Sadi Secrétaire Général du RDPC dans un entretien au quotidien gouvernemental Cameroon Tribune explicite encore mieux les choses en affirmant que " la révision de la constitution est " un enjeu majeur " pour son parti qui détient une majorité écrasante de députés à l’Assemblée Nationale soit 153 députés sur un total de 180.

…les mauvais souvenirs d’une époque que nous croyons révolue …
Le Chef de l’Etat conclut son allocution par ces deux phrases qui nous rappellent des temps d’une autre époque : " A ceux qui ont pris la responsabilité de manipuler des jeunes pour parvenir à leurs fins, je dis que leurs tentatives sont vouées à l’échec. Tous les moyens légaux dont dispose le Gouvernement seront mis en œuvre pour que force reste à la loi. " Le Président Ahmadou Ahidjo s’adressant aux étudiants en grève leur avait signifié que " l’ordre règnera par tous les moyens ", le souvenir des solutions dictatoriales s’affiche donc au grand jour à Yaoundé et dans l’ensemble du Cameroun où l’on compte déjà des dizaines de morts depuis le début des manifestations lundi dernier.

Le Chef de l’Etat ne manque cependant pas de rappeler que " le Cameroun est un Etat de Droit et entend bien le rester. Il a des institutions démocratiques qui fonctionnent normalement. C’est dans ce cadre que sont traités les problèmes de la Nation. Ce n’est pas à la rue d’en décider. " Il omet cependant d’identifier clairement les institutions auxquelles il fait allusion sans clairement y faire référence. Il omet de parler du pouvoir d’achat des Camerounais alors qu’en même temps on assiste à une flambée des prix des denrées de première nécessité. Si les prix de certains produits suivent une évolution mondiale, d’autres produits localement méritent que le Chef de l’Etat s’y attarde et apporte des solutions politiques car justement tel est le rôle du politique, non pas d’esquiver les problèmes, non pas d’exceller dans la manière d’éviter les questions mais plutôt dans la capacité que doit avoir tout leader politique à proposer des solutions réalistes quand il est sollicité.

Le Chef de l’Etat confirme alors sa rupture avec la base de la société camerounaise, les discours préparés par Patricia Balme et son équipe sonnent de plus en plus creux, et montrent un réel fossé entre le panier de la ménagère camerounaise et le panier du Palais de l’Unité.
Au final, il est nécessaire que le Chef de l’Etat s’implique réellement dans la vie politique du Cameroun pour les 3 ans qui lui restent à passer au pouvoir, qu’il sécurise ses concitoyens qui sont de plus en plus inquiets face à la flambée des prix de produits de première nécessité, qu’il augmente le pouvoir d’achat des ménages et enfin que s’inspirant des institutions démocratique auxquelles il fait allusion, il respecte la Constitution du Cameroun et organise en Chef d’Etat, la transition attendue aujourd’hui par tous. En attendant, le peuple camerounais attend avec l’impatience notamment la mise sur pied des institutions démocratiques prévues dans la constitution de 1996, le sénat, la Cour Constitutionnelle.

Commentaires

Quand le Cameroun s'embrase, l'Afrique et les amis de l'Afrique sont touchés. La crise - constitutionnelle? - a dégénéré au point de semer la mort et le chaos.
Dans cette situation dramatique, il convient de se recueillir et de réfléchir.
Je me permets de vous signaler qu'une conférence publique aura lieu, ce 5 mars à Paris
¤ Révisions constitutionnelles en Afrique. Le Cameroun marche-t-il vers le chaos?
http://www.la-constitution-en-afrique.org/article-17134586.html

Au plaisir d'échanger

SB

Écrit par : La Constitution en Afrique | 03/03/2008

Si Théo pouvait lire ceci http://www.quotidienmutations.info/mutations/mars08/1204522758.php
et nous dire de quoi il en retourne....ça serait bien.
Le texte est pour ma part indigeste...

Écrit par : Nino | 04/03/2008

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