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29/02/2008

Sarkozy au Cap pour corriger l'affront du discours de Dakar ?

Ci-dessous, l'intégralité de l'intervention du président français Nicolas Sarkozy au Parlement sud-africain. Qu'en pense le village ?

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Madame la Présidente
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Je voudrais vous dire mon émotion de parler devant le Parlement d’un pays
qu’en France nous admirons, je veux dire votre pays, l’Afrique du Sud.
Avec le recul, le vingtième siècle apparaît comme l'un des siècles les plus
brutaux de l'histoire de l’humanité. Le vingtième siècle pour l’humanité ce
fut : deux guerres mondiales, un génocide, la shoah, des dictatures, des
exilés.


Le vingtième siècle, ce fut pour le monde un siècle de fer. Et l’Afrique, votre
Afrique en a subi dans sa chair toute la violence et toute l’horreur. L’Afrique
a enduré la colonisation ; les conséquences des grands conflits mondiaux
ne lui furent pas épargnées à l’Afrique puisque vos fils en payèrent aussi le
prix en combattant au service des puissances coloniales. Puis vinrent les
luttes pour la décolonisation et de nouvelles victimes, puis vinrent des
conflits entre pays africains qui accompagnèrent le conflit entre l’Est et
l’Ouest. Et puis comme si cela ne suffisait pas, il a fallu que l’Afrique
connaisse les génocides.
Plus que d'autres, l'Afrique fut victime du mépris et du racisme.
Et c'est pourtant de ce continent souvent humilié, parfois bafoué, et
précisément d'Afrique du Sud, qu'est venue à la toute fin du vingtième siècle
une magnifique leçon d'humanité. Alors qu’ici même régnaient l'apartheid et
ses violences, alors que la vengeance et de nouvelles oppressions auraient
pu naître de tant d'humiliations, le peuple d'Afrique du Sud, guidé par des
hommes hors du commun, a voulu rompre la longue chaîne du malheur.
Cette extraordinaire réussite humaine, qui est la vôtre, doit beaucoup à
l’homme qui après 27 ans de prison a dit à ceux qui l’avaient si longtemps
privé de sa liberté : « L’oppresseur doit être libéré tout comme l’oppressé.
L’opprimé et l’oppresseur sont tous deux dépossédés de leur humanité. »
Je vous prie de croire que dans mon engagement politique, cette phrase a
beaucoup compté.

Et vous, les Sud-Africains, vous avez délibérément choisi la réconciliation.
En décidant d'emprunter ce chemin, je suis venu vous dire en tant que
Président de la France que vous avez en quelque sorte aussi racheté le
siècle. Vous avez permis qu'en dépit des atrocités du vingtième siècle, ce
siècle qui fut le siècle de l’horreur puisse se clore sur un immense signal
d'espoir pour l'humanité tout entière, et ce n’est pas rien que ce signal
d’espoir soit venu d'Afrique.
C'est donc empreint, Mesdames et Messieurs, de respect pour votre Nation
que je me présente devant vous, les Représentants de ce grand peuple
d'Afrique du Sud, hérauts d'une société plus juste et plus humaine parce
que plus fraternelle. C'est pour saluer ce peuple et l'espoir qu'il nous donne
que j'ai souhaité venir ici, en Afrique du Sud.
Parce que l'Afrique a su faire naître cet espoir, la France veut travailler avec
l’Afrique du Sud. Notre monde doit s'appuyer désormais sur votre exemple
pour dire qu’il n’y a pas de fatalité. La France apporte à cette lutte contre la
fatalité ses valeurs, la liberté, l'égalité et la fraternité.
Mais la France et l’Afrique du Sud, j’en ai la conviction, ensemble, peuvent
mieux contribuer que d’autres à l'émergence d'un monde apaisé.

Ce défi commun, nous l'avons en partage d'abord pour que l'Europe et
l'Afrique tissent enfin des liens nouveaux ; des liens qui ne soient plus ceux
de l'inégalité, de l'exploitation et du ressentiment. A l’inégalité, à
l’exploitation, au ressentiment, je veux opposer l’égalité, l'équité et le
respect entre l’Europe et l’Afrique.

La relation entre la France et l’Afrique est ancienne. Je ne veux éviter
aucune question et escamoter aucun problème. La relation entre la France
et l’Afrique a pu être douloureuse, et en tant que Président de la France je
veux vous dire que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer les crimes et les fautes
commises. Et je n’ai pas l’intention de les oublier, parce que je sais que sur
ce continent, on a la mémoire, la mémoire des anciens, la mémoire des
malheurs et la mémoire des douleurs.
Il ne faut pas oublier non plus ce que la France doit à l’Afrique. Je pense
notamment à l’aide précieuse que l’Afrique nous a apportée dans les deux
guerres mondiales. Et je n’oublie pas que l’Afrique du Sud a combattu à nos
côtés.

La force de ces liens n’appartient pas qu’au passé, elle s’inscrit aussi dans
l’identité française. Savez-vous mes chers amis que 10% de la population
française aujourd’hui peut revendiquer son origine africaine ?
Elle s’inscrit aussi dans l’identité africaine à travers la langue française.
Mais en dépit de la profondeur et de l’ancienneté de ces liens, la relation de
la France avec l’Afrique, particulièrement avec l’Afrique sub-saharienne, se
distend.
Le nombre de Français vivant en Afrique, les exportations et les
investissements français vers l’Afrique ont baissé.
Il en résulte que nos partenaires traditionnels en Afrique ont parfois le
sentiment d’un abandon ou au minimum d'un désintérêt de la France à leur
endroit.
Alors cette relation est compliquée parce que s’y mêlent depuis toujours à la
raison le sentiment et la passion, parce qu’elle est depuis toujours chargée
d’une grande affectivité, mais aussi parce que cette relation est en décalage
par rapport à ce que veulent les Africains et à ce que perçoivent les
Français.
Aujourd'hui, je le dis du fond de mon coeur, l'ancien modèle de relations
entre la France et l'Afrique n'est plus compris par les nouvelles générations
d'Africains, comme d'ailleurs par l'opinion publique française, il faut changer
le modèle des relations entre la France et l’Afrique si l’on veut regarder
l’avenir ensemble.
Je sais même qu’au sein de cette Assemblée, certains d’entre vous,
militants de la lutte de libération, perçoivent eux-mêmes encore ces
relations de la France et de l'Afrique à travers le prisme de la colonisation.
Votre présence pour m’écouter n’en a d’ailleurs à mes yeux que davantage
de prix.
Nous nous trouvons dans une situation où notre engagement politique,
militaire ou économique aux côtés de l'Afrique est perçu par beaucoup non
comme une aide sincère, mais comme une ingérence néocoloniale ; mais
dans le même temps, ayez l’honnêteté de reconnaître que certains nous
reprochent une indifférence, un retrait ou une absence d’engagement, un
abandon ou une ingratitude. Pour les uns on fait trop, ou mal pour les autres
pas assez.
Et je sais parfaitement que les Africains en ont assez de recevoir des leçons
de morale ou de bonne gouvernance. Ils les perçoivent, ces leçons, comme
arrogantes ou condescendantes ; mais dans le même temps, les sociétés
civiles, les opinions publiques d’Afrique nous interpellent, nous la France, et
elles souhaitent notre implication directe à leur côté pour dénoncer la
corruption ou la mauvaise gouvernance.
Il existe aujourd’hui une sorte d’exception africaine dans l’opinion publique :
ce qui est considéré comme normal avec d’autres régions du monde fait
naître le soupçon quant aux intentions du gouvernement français dès qu'il
s'agit de Afrique.
La jeunesse africaine entretient avec la France une relation ambivalente
d’attirance et de contestation.
Actuellement, plus de 100.000 Africains font des études supérieures en
France. Contrairement aux idées reçues, il n’y a jamais eu autant
d’étudiants africains dans les universités françaises. Et cependant, la
jeunesse d’Afrique éprouve le sentiment que la France se ferme à elle.
Mesdames et Messieurs, c’est mon devoir de Président de la République de
lever ces malentendus, de dénoncer ces paradoxes qui trahissent une
situation qui n’est satisfaisante ni pour vous ni pour nous.
Ma conviction est que la relation franco-africaine est pleine d’avenir à
condition que nous lui donnions un nouvel élan.
De même que l’Afrique du Sud incarne une Afrique nouvelle, la relation
franco-sud-africaine doit inspirer une relation nouvelle entre la France et
l’Afrique.
La France et l’Afrique du Sud peuvent avoir des relations exemplaires,
équilibrées, transparentes, et si vous me le permettez décomplexées.
Vous êtes devenu notre premier partenaire économique. 160 sociétés
françaises développent des partenariats industriels et créent des emplois.
Ce matin, avec le Président Thabo Mbeki nous avons signé des accords
dans les domaines de l’énergie, des transports, de la science et du tourisme
qui témoignent de la diversité de ces liens.
Nous devons aller plus loin.
Le niveau de développement atteint par l’Afrique du Sud n’explique pas à lui
seul la nature de nos relations. Et je souhaite un partenariat véritable entre
nous.
5/12
Monsieur le Président, Cher Thabo, vous avez coutume de dire que
"l’Afrique du Sud ne peut être un îlot de prospérité au milieu d’un océan de
misère". La France pense exactement la même chose.
Je veux affirmer devant vous que la sécurité et la prospérité de la France et
de l’Europe sont indissociables de la sécurité et de la prospérité de l’Afrique.
14 kilomètres séparent l’Afrique et l’Europe par le détroit de Gibraltar. Ne
pas comprendre que nos destins sont liés, c’est procéder à un contresens
historique dont les conséquences seraient dramatiques. L’Europe et
l’Afrique auront le même destin en terme de sécurité et de développement.
La Renaissance de l’Afrique, la France la souhaite. La France souhaite la
renaissance de l’Afrique de toute son âme, elle la souhaite de tout son
coeur, elle la souhaite au nom de tout ce qui l’unit à l’Afrique.
Cette Renaissance, l’Afrique du Sud la veut. Elle en a donné le signal. Elle a
montré l’exemple.
La Renaissance, ce n’est pas d’abord une affaire de moyens. C’est d’abord,
Mesdames et Messieurs, une affaire de mentalités. Mais qu’est-ce que
l’homme de la Renaissance ? C’est l’homme qui croit que tout est possible.
L’homme de la Renaissance est un homme qui croit en l’Homme. Et parce
qu’il croit en l’homme, il pense que l’homme peut changer le monde.
L’homme de la Renaissance c’est un homme dont les rêves sont plus
grands que ce qu’il peut accomplir !
Pour travailler à cette Renaissance, la France veut refonder ses relations
avec l’Afrique. La France ne veut pas être en Afrique pour perpétuer sous
d’autres formes des rapports inégaux qui appartiennent à un passé révolu.
Si la France veut refonder sa relation avec l’Afrique, la France doit
commencer par reconnaître et assumer ses intérêts en Afrique.
La paix et la sécurité du continent africain, la lutte contre la pauvreté, la
croissance économique du continent, votre insertion dans la mondialisation
sont pour nos deux pays des intérêts communs.
La France, comme l’Afrique du Sud, a intérêt au développement de
l’Afrique. Parce que les guerres, les pandémies, les trafics ou le terrorisme
en Afrique auront des conséquences directes en Europe et en France. Si
vous échouez aujourd’hui, ce sera le drame pour nous demain.
La France, comme l’Afrique du Sud, ont un même intérêt à une meilleure
régulation de la mondialisation. La mondialisation est entrée dans notre
histoire. Il serait illusoire et dangereux de prétendre gérer les grandes
affaires du monde sans l’Afrique. La France n’acceptera pas qu’on puisse
traiter des grandes affaires du monde sans qu’un pays africain ne puisse
prendre sa part et parler au nom du continent africain.
Mais est-ce que les autres dirigeants du monde se rendent compte que
l’Europe et l’Afrique représentent ensemble près de la moitié des pays de la
planète ? Et c’est ensemble seulement que les Européens et les Africains
pourront peser sur la mondialisation. L’Afrique du Sud est pour nous un
partenaire dans la mondialisation. Nous avons une approche commune. Et
je le dis comme je le pense, il est profondément anormal que le G8 ne fasse
pas toute sa place au G5. On ne peut pas prétendre traiter des grandes
questions du monde sans faire un place à égalité au G5, et donc à l’Afrique
du Sud.
Je pense la même chose du Conseil de sécurité des Nations unies. Il y a un
milliard d’Africains dans le monde. Qui peut concevoir que l’Afrique n’ait pas
au moins un siège de membre permanent du Conseil de sécurité des
Nations unies ? C’est une évidence.
Je pense la même chose des grandes organisations internationales comme
le FMI. J’ai participé, cher Thabo, tu le sais, à mon premier G8 de Président
de la République à Heiligendamm. Et j’ai constaté que pendant deux jours
et demi, nous avons travaillé à huit pays et que pour le déjeuner du dernier
jour, nous avons invité – excusez du peu – deux milliards et demi
d’habitants. J’étais gêné pour les invités de la dernière minute qui auraient
dû être invités à la première minute de ce sommet.
Pas un pays d’Amérique du Sud. Pas un pays d’Afrique. Pas l’Inde et pas la
Chine. Il faut pour le XXIème siècle, l’organisation du XXIème siècle et pas
l’organisation du XXème siècle.
Alors, il ne nous appartient pas de décider qui représentera l'Afrique. Mais
je constate que l'Afrique du Sud marche à l'avant-garde de ce continent ;
qu’elle a tous les atouts pour faire entendre sa voix dans ces enceintes.
Le Président Mbeki a par le passé gratifié la France du titre de "Citoyenne
d’Afrique". C’est à mes yeux un vrai compliment et je souhaite que la
France le mérite.
Pendant la campagne présidentielle française, j'ai exprimé ma volonté de
rénover la relation entre la France et l’Afrique. Je mènerai à bien cette
rénovation je vous demande de me comprendre.
Il y a trois semaines au Tchad, alors que des mouvements rebelles tentaient
de renverser par les armes les autorités légales du pays, la France, s’est
interdit de s’immiscer dans les combats. Je n’ai pas autorisé à ce qu’un seul
soldat français tire sur un africain, même si pour moi il convenait de soutenir
le gouvernement légal du Tchad. C’est un changement sans précédent.
Mais je veux aller plus loin aujourd’hui.
Ce changement il faut le poursuivre, parce que la présence militaire
française en Afrique repose toujours sur des accords conclus au lendemain
de la décolonisation, il y a 50 ans !
Je ne dis pas que ces accords n’étaient pas à l’époque justifiés. Mais
j’affirme que ce qui a été fait en 1960 n’a plus le même sens aujourd’hui. La
rédaction est obsolète et il n'est plus concevable, par exemple, que l’armée
française soit entraînée dans des conflits internes. L’Afrique de 2008 n’est
pas l’Afrique de 1960 ! La France en tirera toutes les conséquences avec
ses partenaires africains.
Et je veux devant le Parlement d’Afrique du Sud faire quatre propositions.
La première porte sur les accords de défense entre la France et les pays
africains. Ils doivent refléter l’Afrique d’aujourd’hui, et non pas l’Afrique
d’hier. Ils doivent reposer sur les intérêts stratégiques de la France et de
ses partenaires africains. Je ne dis pas qu’il faille nécessairement faire table
rase et tout effacer d’un seul trait de plume. Mais je dis que la France
souhaite engager des discussions avec tous les Etats africains concernés
pour adapter les accords existants aux réalités du temps présent et en
tenant le plus grand compte de la propre volonté des pays africains. La
France sera ouverte au dialogue avec tous ceux qui souhaiteront nouer
avec elle un nouveau partenariat en matière de sécurité.
Deuxième proposition, je vais refonder nos relations sur un principe qui
n’existait pas et que j’imposerai, le principe de la transparence. La
transparence, c’est la meilleure garantie pour des relations solides et
durables, le meilleur antidote aux fantasmes et aux incompréhensions.
Contrairement à la pratique passée, j’annonce au Parlement d’Afrique du
Sud que tous les accords de défense entre la France et les pays africains
seront intégralement publiés. J’associerai également étroitement le
Parlement français aux grandes orientations de la politique de la France en
Afrique.
Troisièmement, je propose que la présence militaire française en Afrique
serve en priorité à aider l’Afrique à bâtir, comme elle en a l’ambition, son
propre dispositif de sécurité collective. L’Union africaine souhaite disposer
de forces en attente à l’horizon 2010 – 2012 ? Eh bien que cet objectif soit
aussi celui de la France ! La France n’a pas vocation à maintenir
indéfiniment des forces armées en Afrique, l’Afrique doit prendre en charge
ses problèmes de sécurité.
Que l’on me comprenne bien : il ne s’agit nullement d’un désengagement de
la France en Afrique. C’est tout le contraire. Je souhaite que la France
s’engage davantage au côté de l’Union Africaine, cher Thabo, pour
construire le système de sécurité collective dont l’Afrique a besoin car la
sécurité de l’Afrique c’est d’abord naturellement l’affaire des Africains.
Enfin, ma dernière proposition vise à faire de l’Europe un partenaire majeur
de l’Afrique en matière de paix et de sécurité. C’est le sens du partenariat
conclu entre nos deux continents à Lisbonne en décembre dernier. C’est
notre intérêt à tous, car une Europe forte a besoin d’une Afrique forte.
Mais je sais bien que le meilleur garant de la paix et de la sécurité, c’est la
démocratie et la justice. Alors parlons-en de démocratie et de justice. La
France souhaite en Côte d’Ivoire la tenue d’élections libres, justes et
reconnues. Aucun pays ne peut espérer le développement sans organiser
des élections démocratiques. Cela fait trop d’années que nous les
attendons. Et il en va de même au Zimbabwe. Et il en va de même au
Tchad où l’enracinement de la démocratie appelle dès maintenant de
nouveaux efforts de la part de tous. Et je veux le dire : la démocratie et les
Droits de l'Homme, cela vaut aussi en Afrique et ce n’est pas une
conditionnalité exposée de l'extérieur. La démocratie et les Droits de
l'Homme n'ont rien d'étranger à l'Afrique. Ce sont des aspirations des
peuples africains que la France partage.
En matière de développement, je souhaite que la France contribue plus
activement à la lutte que vous avez engagée contre la pauvreté.
La France maintiendra son engagement financier pour la réalisation des
Objectifs de Développement du Millénaire. Le Président Mbeki m’a
interrogé, ma réponse est claire.
Mais j’ai souhaité que la France intervienne de manière plus ciblée pour
favoriser l’accélération de la croissance économique. Et que nous
contribuions directement à la création d’entreprises africaines génératrices
d’emplois.
C’est pourquoi j’ai décidé aujourd’hui de lancer une initiative de soutien à la
croissance économique.
Cette initiative sera mise en oeuvre par l’Agence Française de
Développement. Elle comportera trois composantes :
Nous allons créer un fonds d’investissement de 250 millions d’euros pour
prendre des participations dans d’autres fonds mixtes ou thématiques, de
façon à développer les entreprises africaines.
La deuxième composante, c’est la création d’un fonds de garantie doté
aussi de 250 millions d’euros, pour permettre de faciliter l’accès des PME
africaines au crédit bancaire et au capital.
La troisième composante sera le doublement de l’activité de l’Agence
Française de Développement en faveur du secteur privé, soit un
engagement de 2 milliards d’euros, que je vous annonce, en 5 ans.
Au total, l’initiative de la France mobilisera donc deux milliards et demi
d’euros en 5 ans qui financeront directement ou indirectement 2000
entreprises africaines, pour la création de 300 000 emplois.
En intégrant cette initiative, le total des engagements financiers français
bilatéraux pour l’Afrique subsaharienne s’élèvera donc à 10 milliards d’euros
sur les 5 prochaines années. Qui osera après parler de désengagement de
la France ?
Enfin, je voudrais terminer en évoquant un sujet difficile, mais il ne sert à
rien de faire des voyages si on ne parle pas des questions difficiles.
Je voudrais parler de l’avenir des relations entre la France et l’Afrique
s’agissant des migrations. 65% des 200 000 étrangers qui s’installent
chaque année en France viennent du continent africain.
Cependant, il ne s’agit pas seulement d’un phénomène Nord-Sud. La
grande majorité de ces mouvements migratoires est interne au continent
africain.
L’Afrique du Sud vous accueillez vous-même, à vous seule, près d’un quart
des populations migrantes de l’Afrique.
La réalité de l’immigration n’est pas satisfaisante aujourd’hui. Elle ne l'est
pas pour nous, mais elle ne l'est pas davantage pour vous. Nous sommes
confrontés ! Européens et Africains du Sud, au même défi. 500 000
personnes entrent illégalement en Europe tous les ans, l'ampleur du
phénomène vers l'Afrique du Sud l'oblige également à un très grand nombre
d'expulsions. Qui pourrait se satisfaire d’une situation pareille ?
Je n’ai jamais dit, parce que je ne le pense pas, que l’immigration est un
phénomène qu’il faudrait combattre. Et j’ai toujours dénoncé le concept
scandaleux d’immigration zéro, qui est une idée dangereuse et une idée
irréaliste. La France comme l’Afrique du Sud sont deux nations qui doivent
une part de leur essor à l’apport des migrants, nous ne pouvons pas
l’oublier.
Aucun pays au monde ne peut se permettre de recevoir, cependant, une
quantité de migrants qui excède sa capacité à les accueillir dignement, dans
le travail, le logement, l’éducation et les soins. La rupture de cet équilibre
entraîne des phénomènes de chômage massif, d’exclusion et de ghettos.
C’est donc la responsabilité de tout Gouvernement de décider combien de
migrants il est prêt à accueillir sur son territoire et dans quelles conditions.
La France prépare une réforme capitale de sa politique de l’immigration. Un
quota annuel de nouveaux migrants accueillis en France sera débattu et
voté chaque année par le Parlement. Ce plafond comportera des sous-catégories par motifs d’immigration – travail ou regroupement familial. Il
sera négocié avec les pays d’origine dans le cadre des accords de gestion
concertés des flux migratoires.
On ne gère pas l’immigration uniquement par la décision du pays d’accueil,
mais également par la décision du pays de départ.
Le temps est venu de construire un partenariat euro-africain sur les
migrations, sur trois sujets essentiels, capitaux à mes yeux :
D’abord le pillage de vos cerveaux. C’est un sujet d’une gravité extrême. Un
rapport de l’OMS de 2006 souligne cette situation invraisemblable : l’Afrique
supporte 24% du fardeau des maladies, et la même Afrique qui supporte
24% du fardeau des maladies ne possède plus que 3% du personnel
médical sur son territoire. Comment allez-vous soigner les vôtres si tous les
médecins que vous formez s’en vont chez nous pour essayer de trouver un
développement qu’ils ne trouvent pas chez vous ? Le pillage des cerveaux,
il convient d’y mettre un terme. Cette situation n’est pas tenable. Il faut
éviter le départ définitif des élites africaines.
Savez-vous qu’il plus de médecins béninois qui exercent dans mon pays
que de médecins béninois qui exercent au Bénin ? Ne croyez-vous pas que
le Bénin qui est l’un des pays les plus pauvres du monde, a besoin d’avoir
ses médecins plutôt que la France.
Ensuite, la répression des filières : il est temps que la communauté
internationale se mobilise contre cet odieux trafic qui exploite la misère de
malheureux qui n’ont d’autres espoirs que dans le départ. Nous devons être
plus sévères avec ces esclavagistes des temps modernes qui déshonorent
l’humanité.
Enfin le co-développement, la mobilisation des populations migrantes pour
le développement des pays d’origine.
Ce nouveau chantier fait partie d’un large paquet de mesures adopté lors du
2ème Sommet UE Afrique à Lisbonne. Et je développerai cette relation
lorsque j’exercerai, à partir du 1er juillet de cette année, les fonctions de
Président de l’Union européenne.
Au-delà de la relation entre Etats, nous devons multiplier les liens qui
existent entre nous. Alors j’entends bien que ces liens, ils ont suscité
beaucoup de déception dans le passé. Et je voudrais notamment dire
combien je souhaite la poursuite des Sommets Afrique-France. Mais je veux
que ces rencontres changent dans leur méthode et dans leur nature. Il est
nécessaire de les adapter quant à leur finalité et à leur déroulement.
Il est nécessaire de changer les sommets Afrique-France, de changer les
méthodes, de changer les objectifs. Leur préparation mérite plus de
concertation, les débats gagneront à être structurés différemment, il y a lieu
d’ajuster leur périodicité à celle d'autres rencontres, dans le cadre de
l’Union européenne ou de la Francophonie. On peut songer enfin à leur
conférer un caractère plus concret, tirer des bilans ou formuler des
orientations.
Je propose que la prochaine réunion ministérielle de suivi qui précèdera le
prochain Sommet déjà prévu au Caire en 2009 soit l’occasion de se
prononcer en commun sur de nouvelles modalités. Comprenez-moi bien :
parce que je crois à la nécessité de l’amitié entre la France et l’Afrique, je ne
veux avoir aucun tabou dans la refondation de nos relations.
Alors que débute le XXIème siècle, j’ai parfaitement conscience que notre
génération porte la lourde responsabilité d’éviter les drames qu’a connus le
précédent. Le message d’humanité et de réconciliation venu d’Afrique du
Sud doit donc nous guider.
Dans mon bureau, mes chers amis, à Paris, il y a une photo de Nelson
Mandela qu’il m’a offerte lorsqu’il est venu l’année dernière. Quand je
regarde ce visage qui pour le monde entier est devenu le visage du pardon,
je pense toujours à deux choses qu’il a dites.
La première, c’était pendant la campagne de 1994. Il disait à ceux pour la
dignité desquels il s’était tant battu – il a eu le courage de leur dire cela -
« Si vous voulez vivre mieux, vous devez travailler dur. Nous ne pouvons le
faire à votre place ; vous devez le faire vous-mêmes. »
Le deuxième message, c’est ce passage magnifique à la fin des mémoires
de Nelson Mandela, quand il dit – ce qui est bouleversant pour nous - :
« Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur
de sa peau, ou de son passé, ou de sa religion. Les gens doivent apprendre
à haïr, et s’ils peuvent apprendre à haïr, on peut leur enseigner aussi à
aimer. »
Quand Nelson Mandela parle ainsi, il n’appartient pas à l’Afrique du Sud, il
fait honneur au monde dans son ensemble.
Votre histoire nous enseigne que les hommes ne sont pleinement humains
que par et grâce à d’autres hommes. Votre pays en fait tous les jours la
démonstration en faisant coexister les descendants des esclaves et ceux
des maîtres ; en faisant coexister les descendants des fermiers venus
d’Angleterre, des Pays-Bas ou de France et ceux des conquérants zoulous
et des guerriers khossas ; en faisant coexister les descendants des
métayers venus du Gujarat et ceux des mineurs venus de toute l’Afrique
Australe.
Votre histoire, mes chers amis d’Afrique du Sud, démontre que les valeurs
de votre révolution, comme celles de la Révolution Française, peuvent
toujours permettre de transformer le monde. Ensemble, Africains du Sud et
Français, nous croyons à l’égalité des droits, nous croyons à l’égalité des
dignités, nous refusons le racisme.
Votre histoire nous dit que le monde, pour réussir, a besoin de l’Afrique, de
la voix de l’Afrique, mais d’une Afrique debout, d’une Afrique vivante et
d’une Afrique libre.
Vive l'Afrique du Sud,
Vive la France.

Commentaires

Sarko est un bouffon!!!

Écrit par : xada | 29/02/2008

Wade ne joue pas dans la même division que M'beki...
le contenu du discours ainsi que les nombreux contrats signés l'attestent : real politic

Qu'est ce que l'Afrique du Sud a à voir avec les accords de défense ? l'annonce de leur hypothétique réforme (pas annulation) aurait dû se faire dans les pays concernés : petite foutaise.

2,5 milliards d'euros (prêts compris) à l'Afrique sur 5 ans,rien sur l'annulation de la dette et 15 milliards d'euros cadeau aux riches français en 1 an (paquet fiscal)...

Mr immigration choisie s'émeut de la fuite des cerveaux africains!!! : c'est l'hôpital qui se fout de la charité

Rien sur le CFA : l'art d'éviter les sujets qui fâchent.

Bref tout cela m'inspire un grand BOF

Écrit par : Djé | 29/02/2008

Nous aurions pu applaudir des deux mains le discours de sarkozy. Pourquoi? Parce qu'il propose ce que les partisans de l'Afrique digne réclament depuis plusieurs années déjà... Mais nous ne le ferons que d'une seule main. Pourquoi? Pour plusieurs raisons. Tout d'abord parce que ce discours aurait dû être tenu non pas au cap, où il n'existe ni base française ni accord de défense mais à Dakar, à Ndjamena ou à Abidjan. Ensuite parce que nous avons espéré, de toutes nos forces, qu'un de nos présidents - Africains - soit à l'origine de cette révolution. Les patriotes ivoiriens et africains ont crié haut et fort leurs envies et lers rêves, mais il a fallu tendre l'oreille pr entendre les réponses balbutiantes de nos dirigeants sur une question aussi cruciale pour nos pays. En Côte d'Ivoire, malheureusement, Mamadou Koulibaly s'est battu... tout seul... sur ce terrain. Alors on peut douter de la sincérité du président français. On peut aussi estimer que cette décision s'impose à la France qui n'a plus les moyens de jouer les gendarmes de l'Afrique. C'est donc de la "réal politique" certes mais nous n'avons pas d'autres choix qu' applaudir le discours de Sarkozy mais toujours d'une seule main. Pourquoi? Parce que la deuxième reste toujours enchaînée.
En espérant que lors des discussions prévues nos responsables oseront, cette fois, aborder toutes les questions qui fâchent... accord de défense, de coopération, bases militaires certes mais aussi le volet économique ...franc CFA, BCEAO...
Si tel est le cas, il n'y a donc plus aucune raison que nous n'applaudissions des deux mains.

Écrit par : Anicet | 02/03/2008

Il n'est rien de plus grave pour un leader politique que la perte de sa crédibilité, et je crois bien que c'est ce qui est arrivé à Sarkozy...Quand bien même il esaaierait de se "rattraper" de l'injure proférée à Dakar, on ne peut même pas se pemettre de croire à ce qu'il dit, tant il est devenu familier des déclarations à l'emporte-pièce...Dommage.

Écrit par : Enrico | 04/03/2008

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